| Récits |
| Incognito
Je me rends compte que la recherche de la reconnaissance revient souvent
dans mes réflexions.
Une chose me frappe. Quand je quitte mon apparence d’homme pour devenir femme, la métamorphose est telle que mes amies, celles qui ne me connaissent qu’en femme et avec qui je passe parfois de longs moments à parler, se demandent qui je suis lorsque je suis homme. Cela me faisait un plaisir immense. Pourtant, je me souviens qu’au début, je me “reconnaissais” très bien et j’avais le sentiment qu’il en était de même pour tous ceux qui me regardaient. Je me trouvais belle et féminine, mais je savais que c’était une apparence et je ne croyais pas vraiment faire “illusion”. Faux! Pour reconnaître, il y a une démarche pro-active qui suppose qu’on s’intéresse à la personne. Or le plus souvent, les gens ne regardent pas. Ils voient mais leur pensée est ailleurs. Ce sont leurs pensées qu’ils ont devant les yeux et pas la réalité du monde qui les environne. Alors, une fois femme, qu’est-ce qui se passe? On ne reconnaît plus l’homme, puisqu’il a cessé d’exister… et la femme, si elle est “banale”, passe inaperçue. En somme les deux sont incognito. C’est clair! Oui et non. Les choses sont en réalité un peu contradictoires.
Avec vous, mes amies, le jeu est un peu faussé. Vous savez qui je suis, vous comprenez ma démarche et vous jouez le jeu… Votre reconnaissance ne m’apporte donc pas la certitude que je cherche. Et dès lors, j’éprouve le besoin d’être vue par des gens qui ne savent pas. De sentir par exemple le regard jaloux d’une (vraie) femme, ou le regard d’un homme dont j’ai éveillé l’intérêt… A ce moment là, j’ai la preuve qu’on voit en moi la femme et donc j’existe. Mais exister entraîne automatiquement jugement de la part du protagoniste, donc risque de d’agression…ou entreprise de séduction… finie la belle sécurité que je cherche. Alors qu’est-ce que je veux finalement? Deux choses incompatibles probablement, mais n’est-ce pas là justement la caractéristique principale de la vie? Tout est contradiction en nous et notre propension à vouloir tout simplifier et ramener à des schémas simples, le bien et le mal, le beau et le laid, le masculin et le féminin, est donc source de stress. Le monde est par essence complexe et non réductible à un simple modèle manichéen. Finalement, incognito ne devrait s’appliquer qu’à l’homme que je suis et reconnaissance à la femme que je deviens. Et ces deux aspects de ma personnalité que je ne peux vivre simultanément, c’est moi dans mon entièreté. *** |
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