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Petite aventure, grandes émotions

Je travaille à plus de 100 km de chez moi.
Il m'arrive, quand la journée a été
trop fatiguante, de passer la nuit à l’hôtel.
Je le fais aussi parce que c'est pour moi l'occasion
de me retrouver femme.
L’hôtel est un ancien prieuré, avec
un petit parc.
Les chambres sont dans un bâtiment séparé.
il y fait tranquille.
Ce soir là, je venais de prendre mon bain,
j’avais apporté un soin particulier à mon maquillage et à
ma coiffure. J’étais superbe.
J’avais un ensemble tailleur rouge, jupe courte,
veste décolletée, quelques bijoux discrets, des bas noirs
satinés, mes talons hauts. J’avais collé de faux ongles rouge
sombre assortis à mon rouge à lèvre.
Je portais des dessous ravissants, petit string
de dentelle jaune, porte jarretelle et soutien assortis.
Je me sentais pleine d’audace.
D’habitude, je me contente de me promener dans
ma chambre, de me regarder dans le miroir, de faire des photos (j’ai un
appareil à télécommande), de passer le temps à
lire, marcher de long en large, changer de vêtements, regarder la
télé.
C’est tout, mais c’est si délicieux de
le faire en femme.
Mais je n’ose pas m’aventurer au dehors, sauf
quelques pas à la sauvette dans le couloir en laissant la porte
entrouverte pour me précipiter si quelqu’un arrivait.
Finalement, je ne tiens plus, je me décide
à tenter la grande aventure.
Je prends ma clef magnétique (c’est comme
une carte de crédit), je prend mon petit sac verni, je respire profondément
et je m’élance.
Je ferme doucement la porte derrière moi.
Clic.
Et voilà, je suis dans le couloir, la
retraite est coupée.
Personne!
Je m’enhardi et avance dans le couloir.
J’entend les bruits de télé derrière
les portes, les bruits de salle de bain, les conversations, j’ai le coeur
qui bat à 100 à l’heure.
Je suis dans le hall, est-ce que j’oserais sortir
et me promener dans le parc? Je suis déjà si loin de ma base!
J’y vais.
Je pousse la porte et me voilà dans la
fraîcheur du soir.
Blam! La porte s’est refermée derrière
moi.
Il fait déjà un peu sombre, ouf,
ça me rassure un peu!
Le ciel est clair, il y a une belle lune, j’adore
la lune.
Personne dehors, sauf à l’autre extrémité
du parc, quelques voitures sur le parking du club de tennis.
Je marche, simplement, attentive à être
élégante. Je me tiens bien droite.
Je sens l’air vif entre mes cuisses, juste au
dessus de la limite de mes bas.
Ma petite culotte me rentre entre les fesses,
c’est délicieux.
Je suis folle de plaisir. J’ai envie de crier
tellement cela m’excite.
J’ai avancé de près de 50 mètres.
Et si quelqu’un arrivait derrière moi et
me coupait la retraite?
J’hésite, je rebrousse chemin. Je panique
un peu, mes pas se font plus rapides. Mes talons claquent sur l’asphalte
du chemin,
j’ai l’impression qu’on m’entend à
des kilomètres.
Est-ce qu’on me regarde des fenêtres?
J’arrive à la porte, je tourne la poignée…
catastrophe, elle ne s’ouvre pas de l’extérieur, j’avais oublié.
Ou est ma carte?
J’ouvre mon sac. J’ai du mal à la saisir
avec mes ongles longs…
Je l’ai, elle m’échappe et tombe par terre.
Je m’accroupis, cuisses serrées, mes genoux
près du menton,
j’essaie de la ramasser, mes ongles… attention.
Enfin je l’ai, je me redresse, je tire un peu
sur ma jupe qui est remontée,
je remets mes cheveux en place.
La carte! Je la glisse dans la fente… rien!
La petite lampe reste rouge! Bon sang!
J’essaie de la rentrer à nouveau, toujours
rien!
Je la retourne et la rentre dans l’autre sens,
encore toujours rien.
Je commence à m’affoler. Je ne parviens
pas à ouvrir.
Qu’est-ce que je vais faire? Je ne peux
quand même pas aller à la réception, en pleine lumière,
et demander que l’on m’ouvre ou qu’on me donne une autre carte. On va me
poser des questions sur mon identité, la chambre est louée
à un homme et il est seul…
Et puis on connaît mon nom, le nom de ma
société, si on se rend compte que je suis un travesti, c’est
la catastrophe… que faire?
Comble de malchance, voilà maintenant une
voiture qui rentre dans le parc. Elle se range face à la porte.
Ses phares me clouent sur place.
Je suis comme paralysée. Je n’ose pas
me retourner.
Pas moyen de m’enfuir, l’allée est bordée
de haies, pas question de remonter l’allée face à la lumière.
Mon dieu, quelle idée j’ai eu de sortir!
Pourquoi n’éteint-il pas ses foutus phares?
Ah, enfin, ils les éteint.
J’entends une portière qui claque. Des
pas se rapprochent…
Je suis perdue! Il s’arrête. Il est juste
à côté de moi. Je me pousse un peu sur le côté.
Ma carte à la main. Je n’ose pas regarder. Je tourne un peu la tête.
C’est un homme d’une cinquantaine d’années, genre cadre supérieur.
Il me regarde aussi. Il a l’air relax, plutôt
gentil et bien élevé.
Il me sourit. Je lui rend son sourire, persuadée
qu’il va deviner que je suis un travesti et m’insulter ou m’agresser…
Je suis au comble de l’affolement. Et s’il me
parle?
Le temps me semble arrêté. J’entend
mon coeur qui cogne sur mes tempes et dans ma poitrine. J’ai soudain la
sensation de sentir mon sang battre jusqu’au bout de mes seins, j’ai envie
de faire pipi, comme une femme, mes jambes tremblent.
- Vous permettez…
Il glisse sa carte, ouvre la porte et m’offre
galamment le passage.
J’hésite.
Il ajoute.
- Je vous en prie, mademoiselle, après
vous.

J’avance, il me suit. Je sens son regard dans
mon dos. Il m’observe.
Je me retourne au bout du hall d’entrée.
Il s’est dirigé vers l’autre côté et s’est arrêté.
Il me regarde.
- Bonne soirée mademoiselle.
Le ton a un accent un peu charmeur...
Je lui fais un timide sourire en guise de réponse,
j’ai la gorge trop nouée.
Il me regarde encore, me fait un petit signe
de la main.
Je rentre dans le couloir. La moquette étouffe
les bruits de mes pas, heureusement, car j’en sautillerais tellement je
suis émue par ma petite aventure.
Ma porte est devant moi, ma carte, ça
marche, je me retourne une dernière fois. Le couloir est vide. Je
referme la porte.
Demain, je recommence!
***
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