Initiation à Narbonne Plage (Round 1)

Lui de Toulouse, moi de Marseille, nous avions convenu de nous rencontrer à mi-chemin pour ce premier affrontement. Un ami y disposait d’une petite villa dans un secteur tranquille non loin du bord de mer; je l’avais réquisitionné pour le week-end. Lad avait aimablement accepté de lutter avec moi après que je l’ai contacté via le Net.

J’étais un peu tendu n’ayant jamais lutté malgré mon intérêt pour ce sport. Le Net et ses sites costauds comblaient mes fantasmes. Ce Lad, je ne le connaissais ni d’Ève, ni d’Adam. Le samedi matin, jour de notre combat, je le passai à la plage, histoire de relaxer un peu tout en gardant la forme par la natation. Peut-être Lad était-il ici parmi ces nombreux jolis garçons qui affichaient leur musculature à la vue de tous. Puis une heure avant notre rendez-vous, je retournai à la villa. Je descendis au sous-sol où mon ami avait aménagé une salle de séjour. C’est là que se déroulerait le combat. Je fis un peu de rangement, déroulai le tapis de gym et attendis.

Une sonnerie se fit entendre. Je montai à l’étage ; c’était Lad. Je fus agréablement surpris : vêtu d’un jean, d’un t-shirt vert militaire, de verres fumés, il était, d’après ce que je voyais, à peu près de la taille et du même gabarit que moi. Ouf. J’avais craint de devoir affronter un Mike Colombo, un Brad Rochelle ou un autre de ces scupturaux athlètes qu’il est agréable de contempler sur le Net, mais avec qui il est plus difficile de se mesurer sur un tapis.

Je lui serrai la main – sa poignée de main était ferme, virile – et l’invitai à me suivre dans la salle de séjour.

Au centre du tapis, j’enlevai ma chemise, dévoilant ce torse musclé que j’entretenais régulièrement par des séances au gym. Cette fois, j’aurais l’occasion de voir ma force et ma vigueur à l’œuvre… Lad ne sembla pas impressionné outre-mesure – du moins ne le laissa-t-il pas paraître. Il en allait autrement pour moi. Lad était séduisant et je pouvais difficilement détacher mes yeux de cette musculature mince et admirablement bien proportionné.

Première fois ? » demanda-t-il.
- Oui.
- T’inquiète, on lutte seulemment pour s’amuser, c’est tout. Laisse-toi aller. Tu t’entraînes ?
- T’as des doutes ?
- C’est ce qu’on va voir.

Tel un rugbyman – il y en a beaucoup dans le Midi – Lad se précipita sur moi m’enserra à la taille et me souleva.

Cette prise de l’ours inattendue me sidéra. Lad me pressait contre lui, un sourire ironique lui fendait les lèvres. Je sentais ses avant-bras croisés dans le bas de mon dos. Un peu gelé par ce début de combat saisissant, je repris mes esprits. Comme parade, je glissai mes bras libres sous les aisselles de Lad, puis ramené mes bras et surtout mes mains vers l’avant, plaçant mes mains sous le menton de Lad, menton que je repoussais vers l’arrière.

L’épreuve de force commença : pecs contre pecs, ses bras autour de ma taille, les miens repoussant son menton, je réussis à le faire céder. Lad lâcha prise, mais ce ne fut que pour me saisir une jambe au genou. La manœuvre me fit chuter au sol. Je tombais sur le côté, Lad s’empara d’une jambe et d’un bras qu’il tira vers lui pendant que ses pieds poussaient sur mes abs. Étourdi par ma chute, solidement tenu par Lad, je ne pouvais faire grand chose d’autant plus que ses pieds mettaient à rude épreuve mes abdos.

Un peu tanné de mon inaction – première fois, ça paraît me lança-t-il – abandonna la prise, me laissant retomber face contre terre. Il attendit quelques secondes, puis s’empara de mes jambes et m’infligea un douloureux Boston Crab qui me fit hurler et frapper le sol.

Malgré la douleur, je résistai à cette prise qu’il considérait manifestement comme finale, attendant un mot d’abandon de ma part qui malgré son évidente et puissante supériorité ne franchissait pas mes lèvres.

Lad semblait exaspéré par ma résistance… quoique ce lutteur émérite eut préféré un lutteur plus expérimenté et moins passif.

Il lâcha mes jambes constatant son incapacité à m’arracher un mot d’abandon. Il se releva, un pied m’écrasant la région entre les omoplates de cet ectoplasme que j’étais, m’empêchant de me relever. Il y réussit quelques seconde, mais je parvins néanmoins à me relever.

Pas pour longtemps, Lad me saisit sous les bras dans un full Nelson : je me retrouvai assis sur mes fesses, le genou de Lad dans le dos, ses bras tentant lentement de m’engourdir provoquant un sommeil propre au vaincu.

A ce moment, une sonnerie se fit entendre, une clé dans la serrure se fit entendre et la porte des appartements du haut s’ouvrit. Il y a quelqu’un ? demanda une voix. C’était celle de Stéphane, l’homme d’entretien de mon ami. C’était jour de ménage, je l’avais oublié.

Saisissant l’occasion au bond pour m’éviter une défaite, je répondis rapidement : un instant, je monte.

Lad, mécontent, dû lâcher sa prise et sa victoire qu’il tenait.

Vas-y, mais n’oublie pas que tu m’en dois une.

Pas de problème. Je l’avais évité belle.

Antony



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