Sébastien Simard
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Pas étonnant que les sectes millénaristes voient dans l'arrivée du 2000 la révélation du jugement dernier. Le royaume des cieux? Peut-être pour nous, qui en avons marre de toutes ces pubs, ces événements, ces rétrospectives de fin de millénaire, ces concours, ces annonces de partys du jour de l'an dans les endroits les plus impossibles de la terre; dès le premier janvier, nous aurons peut-être un grand repos médiatique, le passage au nombre mythique provoquant un certain désintérêt de la part des veilleurs incorrigibles qui se lèveront avec la gueule de bois; désintérêt aussi des médias qui retrouveront la frappante banalité d'un quotidien inchangé. Le nombre ne change rien. Il est arbitraire.
Alors, que se passera-t-il le premier janvier 2000? Même lendemain de veille que les autres années, mêmes restes de dinde, même estomac en compote. Et après? Retour au travail, même boulot, même vie : ni voiture volante, ni vacances dans l'espace (il y a bien Mir, si on peut appeler ça des vacances). Tout compte fait, les Jetsons, c'était dans les années 50, non?
Mais si l'an 2000 est relatif à notre calendrier judéo-chrétien, qui calcule le passage des années à partir de la naissance du Christ (dont la date exacte est en fait très floue), il n'en va pas de même de tous les calendriers. Par exemple, le calendrier pataphysique perpétuel divise son année en treize mois depuis 1873 (naissance d'Alfred Jarry, père de cette Science des solutions imaginaires). On peut aller plus loin encore: le calendrier musulman commence le 16 juillet 622, une année islamique comptant 354 jours (sauf en année bissextile, qui en comporte un de plus). Le calendrier grégorien, quant à lui, était loin d'être parfait: le lendemain du 2 septembre 1752 a été un 14 septembre, question de corriger le décalage entre la date et le cycle des astres. C'est d'ailleurs vers cette époque, en Angleterre, qu'on instaura le 1er janvier comme étant jour de l'an; avant, c'était le 1er mars...
Ainsi donc, l'an 2000 est relativement arbitraire par rapport au cours du temps, compte tenu des tâtonnements scientifiques du passé et de la question à savoir pourquoi l'an zéro a été fixé à la naissance du Christ (autorité religieuse oblige). Arbitrarité ou non, toute les raisons sont bonnes pour que le grand spectacle médiatique exploite la simple arrivée d'un chiffre rond.
Et le 1er janvier 2000, il n'y aura pas que le chiffre qui sera rond.
Donald McRonald : MERDRE.
« … même estomac en compote. Et après ? »
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Dans la nuit du 31 décembre 1999, je serai couché. Au risque d'être plate. Au risque de manquer la fin du monde (apocalypse de style hollywoodienne, du genre astéroïde extra-terrestre détruisant les grandes capitales à l'aide d'un monstre géant crachant du beurre à pop-corn bouillant). Au risque de manquer le Grand Bogue, je serai dans mon lit, dormant sur mes deux oreilles déjà endolories d'entendre les mots «an 2000» prononcés à toutes les cinq minutes, dans tous les médias imaginables.
En fait, la fin du monde ou le bogue n'auront probablement pas lieu (le sociologue Baudrillard a même titré l'un de ses essais: L'an 2000 n'aura pas lieu); je ne raterai donc pas grand chose. Mais voilà, ce qu'on ne peut manquer, c'est le battage médiatique, culturel et commercial fait autour du nouveau millénaire; si l'avènement du 2000 (avènement, ça sonne biblique) suscite autant d'engouement, c'est parce que le chiffre rond est médiatiquement préconisé, pour sa forme conceptuellement attrayante; un 2 et trois zéro, chiffre d'une rondeur parfaite, symbole d'infini.
Par les temps qui courent, le 2000 est le nombre «in» (pour ne pas dire «tendance») du point de vue du publicitaire en mal de concept: chez Tapis 2000, c'est la vente du millénaire! Voilà un nombre remplit de pureté: en effet, qui veut d'un «1999», nombre sale, contenant trois fois le chiffre 9, ce chiffre grimaçant, doté d'une petite queue diabolique, aspérité indésirable et qui, pour ajouter au côté malsain, forme le 666 lorsqu'il est inversé?

Albrecht Dürer, pièce de L'Apocalypse de Saint Jean, 1496-98.
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Mais quand débutera donc le XXIe siècle? En 2000 ou en 2001? Théoriquement, il n'y a pas eu d'an 0 (pour parodier Baudrillard: l'an 0 n'a pas eu lieu?) et le prochain siècle commencerait donc le 1er janvier 2001. Or, il y a objection; le vingtième siècle, si l'on en croit les historiens de domaines variés, n'est pas arrivée en 1900 ni en 1901. En histoire, on fait correspondre le début du XXe siècle avec l'arrivée de l'industrialisation, soit vers les années 1880. Ainsi, le XXIe siècle serait arrivé, à vue de nez, vers les années 1989-1990, soit les années où l'informatique a connu son évolution la plus rapide: tiens, si nous faisions coïncider le début du XXIe siècle avec l'arrivée de Windows 95? Pas étonnant que l'an 2000 soit devenu synonyme de bogue.
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