L’EUROPE, qu'elle soit de l'ouest ou de l'est, voit réapparaître,
dans d'inquiétantes proportions, les spectres d'un passé
récent
: ceux du nationalisme et du racisme. Les évènements
de 2001 en Grande Bretagne en témoignent.
La guerre, qui fit rage dans l'ex Yougoslavie, avec ses "purifications
ethniques", les attaques des foyers pour réfugiés en
Allemagne, la forte montée de l'extrême droite en France
dans les années 90 : Le Pen à plus ou moins 30% de sympathisants
(à
ne pas confondre avec les 10% de votes estimé). En Allemagne,
en 1994, 34% des Allemands disaient "comprendre" les
violences des groupes néo-nazis contre les immigrants pendant
que le parti d'extrême droite "l'Union du Peuple Allemand"
affirmait haut et clair sa volonté de préserver la "pureté
Germanique". Dans le même temps, en Autriche, 20% des Autrichiens
souhaitent que l'accès aux principales fonctions soit interdit
aux Juifs. Cela n'a-t-il pas des relents de déjà vu
?
En effet, ces phénomènes ne sont pas nouveaux, comme
ne l'est pas la récupération de ces ressentiments par des
politiciens
qui en profitent par des propos démagogiques, pour se constituer
un auditoire, malheureusement toujours grandissant.
La question est de savoir pourquoi et comment en sommes nous arrivés
là ? Quelles sont les causes qui engendrent la
résurgence du nationalisme et du racisme en Europe ?
Nous allons donc tenter d'analyser ces phénomènes,
d'une part, dans une perspective historique, et montrer combien les
mythes généalogiques anciens et les théories raciales,
mises en place par des pseudo-scientifiques des siècles précédents,
influencent les mouvements actuels.
D'autre-part, d'un point de vue plus pragmatique, nous verrons
comment la situation économico-sociale, en Allemagne et en
France, est directement liée à ces phénomènes.
Nous verrons également comment la construction d’une l'Europe unie
favorise
l'exacerbation de sentiments xénophobes et laisse apparaître
en filigrane un « euroracisme ». Pour des raisons de
temps et de
place, nous nous limiterons, dans cette étude, à l'Europe
de l'ouest et aux deux pays susmentionnés.
Mais tout d'abord, tentons de définir ce qu'on nomme une race, ainsi que son triste corrélat : le racisme.
NOTIONS DE RACE ET DE RACISME : UN PEU D'HISTOIRE
C'est un truisme de dire que tous les hommes ne sont pas rigoureusement
identiques. Ils se ressemblent tous par le fait d'avoir
2 bras, 2 jambes, une tête mais sont dissemblables quant à
la couleur des yeux et de la peau, la nature de leurs cheveux, bref
toutes les caractéristiques morphologiques. Aujourd'hui,
dès lors que géographiquement est regroupée une population
dont au
moins 75% ont les mêmes caractéristiques, alors les anthropologues
parlent d'une « race géographique » ou population
génétique. Actuellement, on trouve quatre sous groupes
principaux : europoïde, mongoloïde, négroïde, australoïde.
Ceci est
donc une classification zoologique. En ce qui concerne la biologie
et la génétique, il semble que le découpage de l'espace
humaine en races soit controversé. En effet, les découvertes
montrent que l'espèce humaine entière semble être une
grande
famille où chaque membre possède un patrimoine génétique
initial commun, autrement dit, si le génotype (le patrimoine
héréditaire) des êtres humains peut être
similaire, c'est le phénotype qui change, c'est-à-dire la
réalisation de ce patrimoine
héréditaire en fonction du milieu . De plus, bon nombre
de scientifiques répugnent à utiliser le mot race en raison
de la charge
affective de ce mot et à son utilisation subversive à
travers l'histoire. Si aujourd'hui les scientifiques sont donc prêts
à
abandonner une classification « biologisante » de l'espèce
humaine et ainsi éviter les dérapages idéologiques,
il n'en a pas été
toujours été de même dans le passé.
Le mot race est apparu au XVIe siècle. L'origine
du mot est obscure, il pourrait venir soit du latin ration (raison) ou
de l'italien
razza ou l'espagnole raza ou encore du mot arabe qui signifie tête.
La classification de l'espèce humaine s'est d'abord opérée
grâce à des observations. Un médecin français,
François Bernier, qui le premier a tenté une classification
de l'humain, écrivait
dans un article daté de 1684 qu'il avait recensé, après
ses nombreux voyages, 4 ou 5 races d'hommes. Il les classifiait selon
leur couleur de peau, les cheveux et leur physionomie mais sans y apporter
aucune hiérarchie entre-elles. Carle von Linné,
naturaliste suédois, au milieu du XVIIIième, commençait
à hiérarchiser en écrivant à propos des nègres
:"Pausé, paresseux,
négligent... noir, flegmatique, il est gouverné par la
volonté arbitraire de ses maîtres".
Il y a donc deux méthodes de classification de l'espèce
humaine: sans hiérarchiser les individus ou les groupes comme l'ont
fait
bon nombre de scientifiques et philosophes, et à partir du XVIe
en la hiérarchisant, la conséquence étant alors l'existence
de
races supérieures et inférieures, une des notions qui
est à la base du racisme. L'autre notion apparue plus tard
est le
déterminisme biologique immuable des traits sociaux-culturels
et psychiques. Autrement dit, chaque race possède son essence
propre et son patrimoine qu'elle transmet à ses descendants,
essence et patrimoine naturellement et biologiquement de valeur
inégale entre les races. Cette méthode de classification
hiérarchisante a germé au XVIe, toutefois ce n'est que bien
plus tard,
au XIXième, avec Joseph Arthur Gobineau entre autres que sont
apparues des théories sur les inégalités des races.
Elles ont
germé avec le colonialisme. En effet, le mot racisme est
apparu à cette époque lorsque les colons ont pratiqué
la discrimination
et l'extermination des peuples aborigènes.
Mais tout au début de la découverte des terres lointaines,
que pouvait ressentir l'homme blanc face à l'aborigène ?
Sans doute
un sentiment de surprise, de curiosité et de crainte également
devant l'inconnu, puis peut-être de l'aversion fondée sur
les
différences des cultures, avec le réflexe de considérer
l'autre et ce qu'il fait, moins bien, donc inférieur. Mais
ce n'était pas à
proprement parler du racisme, mais plutôt une expérience
individuelle face à l'altérité. Comme disait
Montaigne: "Chacun
appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage" . C'est plus tard,
avec la création des différentes routes maritimes, des
comptoirs, et donc le développement du commerce avec les métropoles,
que les préjugés raciaux et de couleurs se sont
considérablement développés. Cela allait du noir
mal dégagé de son animalité jusqu'à la perversion
naturelle des indigènes
américains. L'exploitation des richesses naturelles des
colonies, le commerce et l'impérialisme, développèrent
l'esclavage, mais
si le mercantilisme, l'appat du gain, justifia ce besoin de l'homme
blanc à se définir comme supérieur de façon
à exploiter les
autres, il faut noter que la position de l'Eglise n'est pas sans reproche.
En effet, dans l'Ancien Testament, il est écrit dans la
Genèse IX 27: "Et que Cham soit leur esclaves". Cham était
l'un des 3 fils de Noé à qui on a donné l'Afrique
; ceci permet au
révérend Thomas Thompson de publier en 1772 un livre
intitulé Comment le commerce des esclaves noirs, sur la côte
d'Afrique, respecte les principes d'humanité et les lois de
la religion révélée.
Du côté de la science, toutes sortes de théories
avalisent la suprématie blanche : les Noirs ont un cerveau de volume
moindre,
leur sang est impur, c'est pour cette raison qu'ils sont noirs, leur
constitution est simiesque. Un naturaliste allemand, Lorenz
Oken (1779-1851) est même allé jusqu'à affirmer
que puisque le Noir ne peut rougir il ne pouvait donc exprimer une vie
intérieure et donc être un homme : "qui sait rougir est
un homme, qui ne le sait pas est un nègre" . Avec l'évolution
de la
médecine, de la biologie et de l'antropologie, c'est au XIXe
siècle que les théories scientifiques prennent tout leur
poids. Bien
malgré lui, Charles Darwin, avec sa théorie évolutionniste
des espèces, influença les théories racistes.
En effet, en affirmant que
la survivance et l'évolution des êtres est due à
une lutte entre chaque membre de l'espèce et que le plus fort survient
aux
dépends des plus faibles, il donnait justification à
l'esclavage et aux massacres des "populations inférieures" au nom
du progrès
et de l'évolution de l'homme blanc. Ainsi, d'une théorie
scientifique sur l'évolution des espèces, les pseudo-scientifiques
racistes
ont repris à leur compte une doctrine et l'on adaptée
à leurs propres intérêts. De plus, l'Église
par sa volonté d'évangéliser tout
ce qui n'était pas chrétien, pouvait soit reconnaître
les aborigènes comme des sous-hommes et ainsi les laisser aux mains
des
esclavagistes, soit comme brebis égarées et affirmer
que tous les moyens étaient bons pour les ramener dans le droit
chemin,
leurs souffrances étaient le prix à payer pour racheter
leur égarement.
Plus tard, le Père Wilhelm Schmidt (1868-1954) ethnologue
autrichien, favorable à un empire pangermaniste chrétien,
s'est
attelé à prouver la supériorité de la race
blanche sur les Noirs et sur les Juifs, autres grandes victimes du racisme
à travers
l'histoire. Sa hiérarchisation des races n'est pas seulement
la résultante du facteur biologique, mais également écologique.
Celui-ci, à plus ou moins long terme, serait capable de modifier
le patrimoine génétique et donc la morphologie des hommes.
Il
veut mettre en garde les Européens contre les métissages
qui sont pour lui un abâtardissement et une dégénérescence
de la race
blanche. Cette dernière est assurément supérieur
et a pour mission d'élever les autres races inférieures et
ainsi leur "insuffler le
sentiment de responsabilité et la fierté" . Wilhelm Schmidt
était un fervent antisémite. Il leur reprochait comme
tout bon chrétien
le meurtre du Christ. Il tenait à la pureté de
l'Allemagne, il craignait que les Juifs "contaminent" le sang allemand
et exigeait au
moment du choix matrimonial "le rejet de partenaire héréditairement
taré" .
Un autre scientifique s'est intéressé à la
question juive. Il s'agit de Georges Montadon (1879-1944).
Suisse d'origine
française, il est d'abord médecin. Il s'intéresse
à l’ethnologie après une expédition en Éthiopie.
Nommé en poste au Musée
d'Histoire Naturelle de Paris, il consacre son temps à mettre
en valeur les données recueillies durant ses voyages. Jusque
là
rien d'anormal. Mais à partir de 1935, dérapage. Montadon,
après avoir défini ce qu'était pour lui une ethnie:
une communauté
d'esprit et de langue, devient le théoricien de l'ethnoracisme,
surtout envers l'ethnie juive: "C'est seulement sur la base de
l'ethnoracisme que l'action néfaste juive internationale pourra
être éliminée" . Montadon, antisémite
forcené, se fait-il l'apôtre
du racisme hitlérien ? Cela en a tout l'air. En
effet, le 5 novembre 1939 il fait paraître dans un journal italien
un article intitulé
"l'ethna Putana" où il tente de démontrer que l'ethnie
juive à la particularité d'être une ethnie putaine.
Les raciologues nazis
applaudissent. Durant la seconde guerre mondiale, Georges Montadon
est attaché en qualité d'ethnologue au CGQJ
(commissariat général aux question juives), il est chargé
de la délivrance des certificats de non appartenance à la
race juive,
après avoir fait passer toutes sortes d'examens "scientifiques"
aux pressentis Juifs.
Il semble donc que les substrats du racisme soient, jusque dans
un passé récent, de trois sources : commerciale, religieuse
et
scientifique.
Sur le plan commercial il est intéressant de constater
que l'on peut faire une lecture marxiste du racisme. En effet, si
on
considère que le racisme à été mis en place
comme légitimation de l'exploitation économique de type capitaliste,
alors la lutte
contre le racisme est comme la révolution marxiste ; elle doit
se passer au niveau mondial : « faites disparaître la classe
oppressante: les capitalistes, et vous ferez, du même coup, disparaître
l'impérialisme et le racisme » . Je vois une limite
à cette
interprétation, c'est qu'elle se situe uniquement sur le plan
collectif et idéologique, alors que le racisme se vit aussi sur
le plan
individuel et quotidien, mais nous verrons un peu plus loin comment.
L'Eglise de son côté est revenue à des valeurs
plus conformes à la morale chrétienne c'est à dire
respect, tolérance et
égalitarisme : "il a fait naître d'un seul sang tout le
genre humain pour habiter sur toute l'étendue de la terre" (actes
des apôtres,
26). Le pape Pie XI a entre autre condamné le racisme et encouragea
le développement d'un clergé aborigène et critiqua
violemment les nazis, tandis que le controversé Pie XII, durant
la seconde guerre mondiale donna asile à de nombreux Juifs.
Enfin, dans le domaine de la science. D'un concept basé
sur des observations, l'homme blanc a franchi une étape en
aboutissant à un point de vue doctrinal. D'une proposition:
il existe différents groupes humains hétérogènes
dans un
environnement spécifique qui possèdent une même
apparence physique, qu'on décide d'appeler race, on passe à
une
comparaison instituant un jugement de valeur : c'est la doctrine biologisante
de l'inégalité entre les races. Durant longtemps la
science a cautionné cette fallacieuse théorie, se faisant
ainsi complice d'une escroquerie et d'un énorme mensonge au nom
d'idéologies subversives. L'historien Pierre Vidal Naquet
qualifie tous ses pseudo-scientifiques "d'assassins de la mémoire
" .
Si désormais la science, notamment grâce à
la génétique, a pu démontrer l'égalité
de tous les hommes au niveau biologique, et
ainsi détruire les théories racistes, malheureusement
les comportements et préjugés demeurent.
RACISME ET NATIONALISME MAINTENANT
Voyons donc maintenant, comment et où le racisme se matérialise,
et tentons de comprendre pourquoi il se manifeste
actuellement avec beaucoup de véhémence, lié à
une forte montée du nationalisme en Europe. Il me semble qu'il faut
d'abord
faire un distinguo entre ce qu'est le racisme idéologique, celui
des nazis par exemple qui peut conduire à l'extermination d'un
peuple, et le racisme d'aujourd'hui qui revêt un sens populaire
et populiste qui se manifeste par le mépris, la haine, l'irrespect
et
l'hostilité envers les différences, et cela peut aussi
bien viser un individu ou un groupe et être également l'expression
d'un individu
ou d'un groupe. Nous pouvons trouver le racisme à plusieurs
nivaux, soit au quotidien, dans la rue, à l'école par exemple,
soit
dans les institutions étatiques ou encore dans le monde du travail.
On parle alors de discrimination systémique.
Déjà dans un passé récent certains
états s'étaient dotés d'institutions raciales.
Ainsi, la France en octobre 1940 faisait des juifs
une catégorie spécifique en procédant à
la dénaturalisation de ces citoyens dont la nationalité française
avait été acquise à une
date anterieure. Toujours en France, mais en 1985, le Conseil de Paris
avait réservé le bénéfice de l'allocation municipale
de
congé parental pour le 3ième enfant, seulement aux "bons
français", également en 1992, la préfecture de l'Oise
a refusé à un
maghrébin la venue de son fils "compte tenu des difficultés
d'intégration à redouter dans le quartier" , remettant
ainsi en
question le droit au regroupement familial. Ces décisions
sont évidemment illégales et anticonstitutionnelles.
En Allemagne, l'État nazi a instauré, dès
son arrivée au pouvoir en 1933, une politique raciste grâce
à des lois comme celle
appelée "loi sur la rénovation du corps des fonctionnaires"
qui prescrit le licenciement de tous les fonctionnaires ou employés
juifs de l'état. En 1935, nous trouvons la loi sur la
protection du sang allemand et de l'honneur allemand interdisant tout
mariage entre Juifs et Allemands. L'Allemagne, nous le verrons
plus loin, a une longue tradition nationaliste ; n'est pas allemand
qui veut, aujourd'hui, seule la personne pouvant justifier un ancêtre
de sang germanique peut obtenir la nationalité. Cette
idéologie peut être critiquable dans la mesure ou elle
pose l'identité comme donnée naturelle, il y a comme pour
le racisme une
arrière pensée et de déterminisme et de fixisme.
Nous avons vu que jusqu'au milieu du XXe le racisme était
surtout dirigé vers les noirs à cause du colonialisme, et
vers les juifs
à cause de considérations religieuses et économiques.
Mais aujourd'hui, il semble y avoir un glissement de racisme. On
n'est
plus raciste envers une race mais envers un statut, celui d'immigré:
en France les Arabes en Allemagne les Turcs. Ils sont
devenus les cibles idéales des groupuscules et partis nationalistes,
mais également de la classe politique plus modérée.
Depuis quelques années nous assistons à une résurgence
du nationalisme en Europe et plus particulièrement, en Espagne,
Allemagne et en France, bien que l'Italie, la Belgique et dernièrement
la Grande Bretagne connaissent aussi ce phénomène. Les
immigrés sont désignés à la vindicte publique.
On les dénonce comme responsables de tous les maux de la société:
chômage,
insécurité, vandalisme et drogue, entre autres.
Nous savons que la mondialisation de l'économie et le perpétuel
progrès
technique qui a doucement remplacé l'homme par les machines
a créé beaucoup de perte d'emploi. Discours trop complexe
et
surtout trop abstrait pour le bon peuple, alors, les pouvoirs politiques,
incapables de régler les problèmes économiques et
sociaux tendent à incriminer ces immigrés qui pourtant
sont les fils ou les petits-fils de ceux que l'on a fait venir en masse
pour
reconstruire le pays après la seconde guerre mondiale, ou faire
travailler pour pas cher dans nos usines, sur nos routes et
surtout pour ramasser nos poubelles. Ce faisant, les politiques et
démagogues comme en France Jean-Marie Le Pen créent
chez les nationaux des frustrations et réveillent un sentiment
populiste et nationaliste.
Le principe du nationalisme est simple, il s’agit de rendre Autrui-Intrus
responsable de tous les maux. On exacerbe les
pulsions violentes sur celui qui ne nous ressemble pas en apparence
: en faire un bouc émissaire. Il devient la cible expiatoire
de
nos déceptions, rancunes, peurs; de notre incapacité
à assumer nos responsabilités et à régler nos
problèmes. C'est en quelque
sorte, et je parle aussi pour le racisme que j'appellerai dans ce cas-ci,
« racisme opportuniste », un réflexe de défense
de sa
propriété, de ces acquis, lorsque ceux-ci tendent à
être menacés ou diminués. Pourquoi s'en prendre à
l'autre qui ne nous
ressemble pas? Tout simplement parce que s'en prendre à
un autre de sa propre ethnie serait comme être face à un miroir
nous
renvoyant l’image de notre échec. C'est donc afin de ne
pas se détester soi-même qu'on projète son fiel
sur l'autre.
Face à ce racisme que peut l'anti-racisme ? Quelles sont
ses armes pour lutter ? La science bien-sûr, nous en avons déjà
parlé,
mais elle à ses limites. Il est difficile de désamorcer
les préjugés dus à la méconnaissance de l'Autre.
L'imaginaire qui alimente
ces préjugés entretient une sorte de paranoïa face
à l'autre qu'il ressent comme une menace pour son identité
et sa culture, donc
son équilibre. Menace d'autant plus grande que ces immigrés
sont visibles et structurés, comme par exemple les musulmans.
Nous verrons plus tard la peur qu'inspirent les Arabes et surtout leur
religion, l'Islam.
L'anthropologie moderne a de plus fait l'apologie des différences,
et prôné le relativisme culturel, c'est à dire la non
hiérarchisation des culturelles. Ce faisant, elle a retourné
l'argument contre elle. En effet les racistes l'on repris à leur
compte:
puisqu'il faut absolument respecter et ne pas altérer les identités
et les cultures des autres et que nous sommes nous-mêmes les
autres des autres, alors surtout ne nous mélangeons pas afin
de préserver nos identités respectives. Ainsi la volonté
d'exclusion
est justifiée non seulement pour nous sauvegarder mais aussi
pour protéger les étrangers. Les racistes sont devenus les
fervents
défenseurs du différencialisme.... comme les antiracistes.
Prenons maintenant nos deux pays : l'Allemagne et la France et
tentons de comprendre à la lumière ce qui a été
dit, la
résurgence du nationalisme et la montée des haines raciales.
LE CAS ALLEMAND
Il est intéressant de jeter un coup d'oeil sur ce qu'a
écrit Léon Poliakov sur le racisme et la nationalisme.
Pour expliquer les
"convulsions européennes du XXe ", et plus précisément
le génocide juif, il n'hésite pas à remonter très
loin dans le passé à la
recherche des mythes d'origines.
Pour lui le nationalisme actuel s'appuie sur ces mythes préchrétiens
que certains scientifiques et auteurs (Gobineau,
Chamberlain) ont fait ressurgir au XIXe. Ainsi, en Allemagne,
durant la période dite du Romantisme, véritable vecteur de
l'identité germanique, le Mythe Aryen et sa doctrine l'Aryanisme
ont été très présents, atteignant son paroxysme
avec le
nazisme. Il s'agissait, afin de satisfaire l'orgueil racial germanique
et justifier l'antisémitisme, de rechercher loin dans l'histoire
de
glorieux et puissants ancêtre, afin de démontrer la supériorité
des blancs et surtout du blanc allemand sur le reste de l'humanité.
Les aryens seraient à l'origine de la race indo-européenne
qui, après avoir envahi l'Europe et s'être mélangés
aux différents
peuples déjà présents, auraient perdu leur pureté,
tandis que les latins auraient complètement dégénéré,
les nordiques, et surtout
les allemands auraient le plus échappés à cette
dégénérescence. Donc les Germains seraient les descendants
les plus directs de
cette race originelle. Gobineau (1816-1862), théoricien raciste,
auteur de Essai sur l'inégalité des races les décrit
comme
grands, puissants, les cheveux blonds, les yeux bleus, intelligents,
virils, de noblesse innée, bref, l'homme parfait. Les
descendants les plus purs, les Allemands font donc partie de ce qu'appelait
Nietzsche: "la race des seigneurs".
Il n'est pas difficile d'imaginer, comment en Allemagne, ce genre
de théorie qui montre l'Allemand comme l'homme idéal et
supérieur, véhiculé par une littérature
fasciste, puisse faire rêver une certaine jeunesse qui a perdu toutes
illusions en son avenir.
Le retour à un passé glorieux est plus attrayant
qu'un présent, où règne le chômage et le vide
de valeurs hégémoniques, et
qu'un avenir plus qu'incertain. Ces croix gammées et les crânes
rasés ont refait surface en grand nombre. Leurs cibles : les
Turcs. Ce sont les immigrants en plus grand nombre en Allemagne:
1,8 million. Ils représentent 27,7% de la population
étrangère .
Pour parler chiffres, l'Allemagne vit encore actuellement une
crise économique, elle a plus de 4 millions de chômeurs et
entre 6
et 8 millions d'Allemands vivent sous le seuil de la pauvreté.
Dans l'ex RDA, la moitié de la population active est condamnée
au
chômage, à la pré-retraite ou est sans emploi.
Le coût de la réunification est exorbitant, 400 milliards
de mark. Pour financer ce
coût, le gouvernement a imposé une taxe de 7.5% aux salariés,
diminuant par là-même le pouvoir d'achat des Allemands et
donc la consommation nationale. Sur fond de crise économique
donc, les extrémistes se réjouissent devant une police qui
semble parfois apporter une complicité silencieuse, de par la
lenteur de ses réactions. Les attaques de foyer pour réfugiés
et
immigrants sont courantes. Une attaque à Solingen a fait
5 morts dont 3 petites filles. Ceux qui ont perpétré
cette attaque,
étaient connus des services le police. Mais le pire est
sans doute que les bons pères de famille mettent la main à
la pâte pour
aider les extrémistes, par exemple en apportant des bidons d'essence
pour que les néo-nazis enflamment les battisses. Ainsi,
parfois, les applaudissements de la foule accompagnent les exactions
commises contre des foyers, comme celui de de
Hoyers-Werda, en ex-RDA. Il apparaît que l'ex RDA frustrée
de sa situation face à la RFA s'en prend aux plus faibles qui
servent d'exutoire à l'agressivité ressentie envers les
Allemands de l'ouest.
On peut tenter une interprétation « psychologisante
» pour expliquer le racisme allemand. Souvent issus d'un milieu social
et
familial défavorisé, ces jeunes en quête de reconnaissance
et d'identité se laissent finalement entraîner et manipuler
par le milieu
néo-nazi qui, cultivant virilité et esprit de groupe,
peuvent leur apporter une image gratifiante d'eux-mêmes. Renouant
ainsi avec
une certaine autorité, que les pères n'ont pas été
capables de démontrer, ils se trouvent à l'intérieur
d'un groupe cohérent
véhiculant des valeurs hégémoniques. Ces jeunes
se sentent investis d'une mission héritée de leurs glorieux
ancêtres et tristes
prédecesseurs du IIIe reich.
Je disais plus haut que les extrémistes se réjouissaient
sur fond de crise économique, je pourrais ajouter également
sur fond de
musique rock. En effet, un phénomène s'amplifie en Allemagne,
celui de la musique raciste. Des groupes de skin-heads
véhiculent les idées fascistes à travers leurs
textes. Ainsi des groupes comme Endieg (victoire finale), dans sa
chanson
Kanaken (les canaques), préconisent les camps de concentration
pour les Turcs: "Ils mâchent de l'ail et viennent en Allemagne
salir tout ce qu'ils touchent. Il faut les cogner, il faut les tuer.
Jetons-les en prison. Foutons-les dans les camps" . Un groupe
facho de Francfort, les "Böhse Onkelz", qui existe depuis 1981,
est monté à la 5ème place du hit parade avec 250 000
albums
vendus. Ce n'est qu'en août 92 que le ministre de l'éducation
en a interdit la vente.
Un dernier point concernant l'Allemagne, la justice semble être,
elle aussi, infiltrée d'éléments fasciste. En
effet, en mai 1994,
un des chefs du mouvement néo-nazi a été acquitté
après avoir nié l'holocauste lors d'une émission de
TV. Le tribunal a donc
implicitement émis des doutes quant à l'existence du
génocide Juif. C'est contradictoire avec la politique officielle,
dès lors
qu'on se souvient que le Chancelier Kolh s'était officiellement
recueilli au pied d'un monument aux morts, édifié à
la mémoire
des Juifs tués durant la 2ème guerre mondiale.
LE CAS FRANÇAIS
Dans l'Hexagone, a une certaine époque, les politiciens
rivalisaient de petites phrases à couleurs xénophobes pour
essayer de
faire grimper leur côte dans les sondages. Ancien Premier ministre
à l’époque, Jacques Chirac feignait d'être incommodé
par
les odeurs de cuisine exotique qu’il ne sentait pourtant que dans les
restaurants chics. Edith Cresson, également Ex-premier
ministre, envisageait de « charteriser » les immigrants
indésirables ainsi que de créer des camps de transit près
des aéroports,
pour ceux en attente d'un statut. Subitement, on se croirait au temps
où Daladier déjà affirmait "la France envahi" ?
Notre
peuple commence à considérer avec méfiance, en
ces jours de crise économique, les catégories d'étrangers
inassimilables qui
vivent entre eux [...], et souvent reçoivent l'allocation chômage"
.
La stratégie de Le Pen et consort est de reprendre les
mêmes discours. Ils exploitent le désarroi et la déception
face à la
mauvaise situation économique d'une large couche de la population.
Cette dernière en a d'ailleurs assez de la classe politique
traditionnelle qui a perdu sa crédibilité, engluée
qu'elle est dans l'affairisme et incapable d'améliorer la situation
économique,
social et in fine le bien être général. La tentation
de se tourner vers un pouvoir fort dirigé par un homme pourvu de
charisme, est
forte. Bien que le F.N. n'ait pas de programme économique à
proprement parler, la politique du bouc émissaire est suffisante
pour lui attirer un électorat. L'extrémisme est séducteur
dans la mesure où on n'a pas besoin, ni d'analyser la situation,
ni de
réfléchir aux solutions possibles, on ne fait que laisser
exprimer ses pulsions primaires de haine et de violence, simplement en
pointant l’autre.
Le Pen a en outre bénéficié d'une publicité
gratuite, je veux parler des médias, TV et presse écrite.
Quand le FN a commencé
à prendre de l'importance, les TV ont également commencé
à l'inviter pour lui demander de s'expliquer, le mettant sur la
sellette
en le montrant un peu comme un curieux animal. Mal leur
en a pris car Le Pen loin d'être un imbécile, s'est toujours
montré à
la hauteur face aux journalistes qui l'ont interrogé. Une émission
de TV au large audimat du nom de "L'heure de vérité" fut
un
tremplin pour le tribun. Le Pen avait été invité
à répondre aux questions de 4 éminents journalistes.
Le politicien, calme et posé,
avait tourné en ridicule les journalistes incapables d'être
à l'aise et percutant dans le domaine du racisme et de l'immigration.
Durant les quelques jours qui ont suivi, la presse écrite faisant
écho de cette émission, avait trouvé la prestation
des journalistes
pauvre et donc celle de Le Pen bonne, apportant du même coup
de l'eau à son moulin et l'économie d'une campagne
publicitaire.
Voyons quelles sont les raisons de ce climat délétère
qui permettent au FN et autres mouvements d’extrême droite de prendre
de l'importance sur l'échiquier politique.
Bien que la France, depuis la Révolution Française
se soit dotée d'une déclaration des droits de l'homme et
du citoyen, ouvrant
ainsi la voie à une France théoriquement républicaine
et humaniste, tous ses citoyens ne sont pas considérés de
la même façon.
Les Juifs par exemple, sont victimes de racisme plus ou moins flagrant
selon les époques. Il faut se rappeler, entres autres, de
l'affaire Dreyfus au début du siècle, de l'antisémitisme
du gouvernement de Vichy durant la seconde guerre mondiale, ou en mai
1990, la profanation du cimetière de Carpentra.
Avec le monde arabe, on entre dans le coeur de la problématique
du racisme français. "Les beurs", "robeux", "bougnoules",
"ratons" sont la cible préférée des populistes.
Le racisme envers les Arabes n'est pas nouveau et la guerre d'Algérie
à beaucoup
aidé à véhiculer les préjugés anti-musulmans.
C'est d'ailleurs à cette époque qu'est apparu le concept
du "Seuil de tolérance aux
étrangers", qui affirme "qu'au delà d'une certaine proportion
d'étrangers au sein d'une population nationale, des tensions et
conflits apparaissent" . L’argument est pratique pour légitimer
les ratonnades et autres violences envers l'ennemis qui se
trouvaient intra-muros. Nous y reviendrons plus tard avec l'attitude
de la police.
Une Française me disait dernièrement qu'à
paris il ne manquait plus que les chameaux et les palmiers pour "s'y croire".
Je me
suis contentais se lui répondre que les Arabes n'utilisaient
pas des chameaux mais des dromadaires! Sous un trait humoristique
d'apparence anodin, cette personne posait en fait le problème
de la cohabitation pluri-ethnique et au-delà, de l'intégration
des
immigrés et des relations inter-culturelles. Il est vrai que
dans des quartier à Paris, comme Barbes-Rochochoir ou autour de
la
place Clichy dans le XVIIIe, la concentration d'immigrés est
très forte. Mais on t-ils le choix ? Il faut savoir que c'est aussi
là
que l'on trouve les logements les plus anciens et les plus délabrés,
donc aux loyers les moins chers. Également dans les
banlieues, les grandes cités où sont concentrés
les immigrés forment de sordides ghettos. Cloisonnés au milieu
de ses grandes
battisses de béton sans âmes, où peu de structures
socio-éducatives sont mises en place, les immigrés, pour
beaucoup au
chômage, sur l'aide sociale ou décrocheurs "s'emmerdent"
et peuvent déraper vers la drogue, l'alcool, le vandalisme et la
violence urbaine. Edouard Balladur, Premier ministre français
de l’époque affirmait : "Je répète que nous avons
un problème
grave dans notre pays [...], la moitié des délits concernant
la drogue sont commis par des étrangers" . S'il y a « surdélinquance
» des immigrés, elle est le reflet d'un déséquilibre
social. En effet, la plupart des actes de vandalisme, vols, trafic de drogues
sont perpétrés par ces jeunes moins scolarisés
et moins intégrés que la population moyenne. Constater des
faits est une chose,
agir pour régler les problèmes en est une autre. De concrètes
mesures pour rendre plus humaines les cités, évidemment
s'attaquer différemment au problème du chômage
et améliorer l'intégration des jeunes en milieu scolaire
endigueraient
certainement l'augmentation de la délinquance étrangère,
donc le sentiment d'insécurité dont souffre actuellement
la France.
La méconnaissance de l'autre, de ses traditions et sa culture
peut aussi engendrer des peurs, c'est ce qui se passe au niveau
des Musulmans en France. L'Islam fait peur. Il fait peur parce que
la majeure partie de la population française réduit l'Islam
à sa
forme extrémiste et fanatique: l'intégrisme. Sa méconnaissance
fait qu'on le perçoit comme une menace, à travers un passé
ancien: la guerre d'Algérie, la révolution islamique
de Khomeny, mais aussi le présent: l'intégrisme en Algérie
avec le FIS, en
Égypte aussi et bien sûr les Talibans, ou plus exactement,
maintenant les membres d’Al Qaïda.
Une fois de plus là où la connaissance objective fait
défaut, l'imagination prend le dessus et déforme la réalité.
On estime à 3.5
millions le nombre des immigrés vivant actuellement en France.
Ce qui ne veut pas dire qu'ils sont tous musulmans. Et, même s'il
représente la majorité, seulement 38% se déclarent
croyants et 37% pratiquants . Pourtant quelque années
auparavant, le 17
octobre 1961, la police parisienne a massacré à coups
de crosse, noyé, fusillé plus de 200 arabes, hommes, femmes
et enfants.
Le préfet de Police, Maurice Papon, collabo notoire à
partir de 1942, a couvert ces actes barbares et racistes. La France était
certes en guerre contre l'Algérie, mais aucun de ceux qui ont
défilé pacifiquement contre le couvre-feu instauré
n'étaient armés.
Aujourd'hui encore la police compte dans ses rangs des éléments
extrémistes. Ces sympathisants de l’extrême droite aiment
"casser de l'Arabe". Les bavures policières en témoignent.
J'aimerais consacrer quelques lignes à un phénomène
qui peut paraître moins important que la crise économique,
moins
important que les ressentiments véhiculés par des préjugés
tels que: les Arabes nous prennent notre travail, nos meilleurs
logements sociaux et sont tous des délinquants potentiels. Je
veux parler, à l'instar de la musique raciste en Allemagne, de la
littérature raciste en France. Cela commence, pour les plus
jeunes, avec Tintin (voir TinTin au Congo) qui sous une forme
humoristique, propage quelques préjugés, jusqu'à
SAS de Gérard de Villiers qui verse parfois dans l'abject et le
racisme pur et
dur. Plusieurs millions de livres vendus, traduit, en une dizaine de
langues. G.de Villiers a fait fortune en insultant surtout tout ce
qui était balsané, noir ou juif. Parlant d'un hôtel
en Somalie: "Quant à la salle de bain, elle possèdait la
sobriété fonctionnelle des
salle de douche d'Auchwitz et les serviettes semblaient faites en duvet
de crocodile" , à propos des Zaïrois: "Ils ressemblent
à
des insectes de science- fiction avec leurs énormes lunettes
noires, les traits bestiaux, les yeux globuleux, illettrés [...]
d'abord
Malko crut qu'il s'agissait d'un singe puis reconnu un être humain"
.
Littérature ordurière autorisée et tout à
fait légale, bien que la loi française interdise l'incitation
à la haine raciale. Même si SAS
n'explique en rien la montée du nationalisme, il entretient
toutefois avec force racisme et préjugés chez ses nombreux
lecteurs.
LE CAS EUROPÉEN
Nous avons vu qu'en Allemagne comme en France, racisme et nationalisme
sont très présents. Ils s'inscrivent dans un cadre
national. Mais 1993 est l'année où la C.E.E a décidé
d'ouvrir grandes ses frontières à ses travailleurs-citoyens.
Quelle incidence
peut avoir la construction de l'Europe Unie sur ces deux phénomènes
?
L'unification de l'Europe permet la libre circulation des travailleurs-citoyens
de chaque état vers les autres états, avec le droit
de s'y installer. La première conséquence est l'agrandissement
du marché national du travail à un marché trans-national,
la
seconde étant l'accroissement de l'inégalité juridique
entre ressortissants de la C.E.E et immigrés non naturalisés,
qui ne peuvent
bénéficier de cet avantage.
Si la restriction quant à la libre circulation des membres
de la C.E.E est levée, il apparaît qu'une volonté politique
commune de
contrôle de l'immigration des non membres de la C.E.E se renforce.
Ce, pour des raisons de terrorisme, de trafic de drogues
mais surtout pour limiter l'immigration clandestine, essentiellement
en provenance d'Afrique et d'Europe de l'Est.
De plus, la récession économique acteulle, les immigrants
non C.E.E sont désormais jugés gênant voire indésirables,
ce qui
aide à légitimer un sentiment xénophobe pan-européen.
La création de la " forteresse Europe" engendre donc un nouveau
type
de racisme : l'euro-racisme. En effet, le sentiment d'appartenance
à un projet: la construction de l'entité Europe, fait que
les
immigrés non C.E.E, écartés du projet, sont désormais
deux fois des étrangers, par rapport au pays d'accueil et à
cette identité
supra-nationale.
Le processus « d'européanisation » ne vise
pas à effacer les différences culturelles entre chaque pays.
L'Europe est "une
communauté d'états-nations où chacune revendique
la perpétuation de son identité nationale spécifique"
. L'homogénéisation
est donc plus au niveau politique, économique et social.
Toutefois, dans un avenir lointain, ne peut-on pas imaginer un
aplanissement des différences entre chaque pays, créant ainsi
une
« Euro-culture ». A l'instar de l'Espéranto, peut-être
que linguistes et grammairiens tenteront la création d'une «
Euro-langue »,
qui serait enseignée très tôt dans les écoles,
avec le risque de perdre à très long terme, la langue maternelle,
surtout si le monde
des affaires et les médias fonctionnent principalemant en Euro-langue.
Scénario peut être farfelu, pourtant le premier pas de
l’homogénéisation fut accomplie le 1 janvier 2002 avec
la mise en circulation de la monnaie unique européenne. Déjà
l'européanisation s'accompagne de la création d'une nouvelle
identité supra-nationale, accroissant l'exclusion des non C.E.E
et
créant de facto un « Euro-racisme ».
QUE FAIRE ?
C'est la question qu'il est temps de se poser. Que peut-on faire
pour changer et améliorer la situation ? La crise actuelle nous
renvoie à nos modèles d'organisation sociale. Quel serait
le plus efficace, le plus harmonieux, celui qui engendrerait le moins de
conflits entre ses membres ?
Une première réponse est évidente: s'attaquer
à la crise économique structurelle maintenant globale et
tenter de résorber le
chômage. On sait que le travail est une des choses qui contribue
fortement à la définition identitaire de l'individu ainsi
qu'à sa
dignité. Chacun fait ce qu'il doit faire et s'occupe moins de
ce qu'a l'autre: moins de chômage égale plus de détente
sociale.
L'enseignement est une autre sphère où le problème
du racisme peut être traité. L'école est un élément
fondamental du
processus d'intégration des immigrants et d'éducation
à l'altérité pour les nationaux. C'est à l'école,
avec des cours de
géographie et d'histoire que l'on apprend à se situer
dans le monde: quelques cours spécifiques sur les pays d'origine
des
immigrés, avec la participation active de ceux-ci, aideraient
à mieux les connaître et à nous sortir du folklore
et des préjugés.
Mieux connaître l'autre permet de moins le craindre. Rien de
neuf ici.
La philosophie peut apporter sa contribution avec sa réflexion
sur le droit à la différence, la tolérance, la perception
du Soi face
à Autrui ainsi que sur les croyances religieuses ; bref, réveiller
les consciences face aux clichés et préjugés, de façon
à élever le
débat et créer une ouverture culturelle pour lutter contre
le racisme, aussi bien chez les nationaux que chez les immigrés.
Enfin, presque naïvement, travailler de sorte que l'école
ne soit pas un microcosme qui reproduise les inégalités sociales
de
l'extérieur. Faire en sorte que les enfants des familles défavorisées,
bien souvent les immigrés, puissent avoir autant de chances
de réussir que les autres.
La question de la citoyenneté est également importante.
Doit-on la donner à tout immigré qui travaille légalement
et paye ses
impôts comme tout citoyen natif ou naturalisé ? Être
ou devenir citoyen d'un pays, c'est faire siennes les valeurs et les règles
de
ce pays, c'est une sorte de contrat, en échange duquel vous
obtenez la nationalité et les droits politiques.
L'immigré qui deviendrait citoyen du pays d'accueil est mis sur
un pied d'égalité avec les nationaux, tout au moins juridiquement
parlant. Son statut d'électeur potentiel lui donnerait plus
de poids dans la société. Les politiciens seraient obligés
de respecter sa
voix – dans toutes les acceptions du terme - et de l'inclure dans leurs
programmes et projets.
Que faire des irréductibles, des partis extrémistes comme
le Front National en France. Les interdire serait aller contre les
principes de la démocratie. Ils ne reste plus alors qu'à
les combattre pour démonter leurs arguments fallacieux, quant à
la
responsabilité des immigrés face aux problèmes
sociaux-économiques.
Faire aussi du travail de terrain, aller là où le
racisme sévit; dans les " banlieues chaudes " par exemple et faire
de l'information,
du social, créer des liens entre les locaux et les immigrés.
Intervenir auprès des jeunes immigrés et nationaux de façon
à leur
donner confiance en leur avenir commun et en commun. Essayer de leur
offrir d'autres horizons et quelques certitudes.
CONCLUSION
Nous avons vu qu'à travers l'Histoire, l'Occident à
développé et systématisé une attitude face
aux autres civilisations, nommé
racisme. Elle consiste à considérer que les êtres
humains sont par essence différents et formes des races, et que
certaines
d'entres elles sont supérieures aux autres; la blanche étant
supérieur à toutes les autres.
Il semble que ce concept soit historiquement ancré dans
l'homme blanc. En effet, ses découvertes sur le plan scientifique
et
technique, son développement culturel lui donnent des raisons
de s'enorgueillir et de penser que le progrès du monde est sa
responsabilité, enfin qu'il a une mission civilisatrice. Nous
avons également vu que les intérêts commerciaux et
l'impérialisme
n'étaient pas étranger à cette attitude, justifiant
par exemple l'esclavage. Au XIXe en France et surtout en Allemagne avec
le
Romantisme, les théories racistes et le nationalisme se sont
affirmés, accompagnés d'attitudes xénophobes et antisémites
qui ont
atteint leur paroxysme avec le nazisme.
Après une certaine accalmie, réapparaît avec
force, dans les années 80, le spectre du nationalisme et du racisme.
Plus
idéologique en Allemagne qu'en France, et ce malgré Le
Pen, les deux courants populistes ont pour cible les immigrés. Même
si
la nature du racisme diffère dans les deux pays, les raisons
qui permettent leur résurgence sont, pour certaines, communes: crise
économique, chômage, terrorisme et opportunisme politique
de certains démagogues qui tendent à promouvoir la politique
du
bouc émissaire et ainsi légitimer les ressentiments envers
les étrangers.
Si les problèmes économiques sont une cause majeure
de la résurgence du nationalisme, le racisme lui, peut être
présent
uniquement par la force du préjugé. Un grand travail
d'éducation, d'information et de communication est à faire
dès l'école,
pour éviter que le racisme s'enracine chez les jeunes, entraînant
plus tard la perpétuation de la discrimination individuelle mais
aussi systémique. Les États doivent, de par leurs institutions
et leurs politiques permettre une meilleure intégration des immigrés.
Veiller à éviter, ou éliminer les mesures d'exclusion
et de discrimination qui peuvent apparaître dans la société.
Les médias, qu'en à eux doivent dénoncer
ces mesures si elles existent et désigner les responsables. Ils
doivent également
favoriser la réflexion et non s'arrêter aux faits, arriver
à démonter que le racisme et le nationalisme ne sont en rien
des remèdes
aux maux des sociétés.
Ces vents idéologiques sont le reflêt d'un malaise
des sociétés, pour paraphraser Freud. Une sonnette d'alarme
sonne. Il faut
éteindre l'incendie au lieu de rajouter de l'huile sur le feu,
sinon nous risquons de tomber dans la spiral infernal de la violence et
recommencer les mêmes erreurs du passé.
Des efforts mutuels de compréhension et de tolérance
sont à fournir. Nous vivons sur une planète peuplée
de myriades d'êtres
humains tous membres de diverses sociétés très
différentes, et à une époque ou l'internationalisation
et la mondialisation des
échanges et de la collaboration progressent. C.Levis-Strauss
propose: "Ma solution[...] fonde, sur les mêmes principes, deux
attitudes apparemment contradictoires: lne respect envers des sociétés
très différentes de la nôtre, et la participation active
aux
efforts de transformation de notre propre société".
Il faut non plus seulement s'adapter aux changements et
mutations du monde, mais les provoquer pour promouvoir l'unité de
l'humanité dans ses différences.
BIBLOGRAPHIE
Le racisme devant la science, UNESCO 1960.
Les applications de la génétique, J.M.Goux, Que sais-je
1975.
La société face au racisme, le genre humain 1984.
Phénomènes ethniques, UNESCO/ERES 1987.
Le Mythe Aryen, Léon Poliakov, Editions Complexe 1987.
Ethnologie et racisme, Ethnologie Française, A. Colin 1988.
Penser le racisme, Revue N-12; Librairie Seguier 1990.
Face au racisme, tome 1&2; La Découverte/Essai 1991.
Racisme, Ethnicité, Nation, Sociologie et Société.
UdM 1992.
Copyright, GILLES PORTENSEIGNE, 2002