Raynor
Lorsqu’il s’éveilla, Raynor marchait au beau milieu d’un désert où il ventait à un point tel que son champ de vision se limitait à quelques mètres seulement. Il avançait lentement mais sans avoir l’air importuné. Il était vêtu d’une grande cape munie d’une cagoule qui le protégeait du sable. Il porta ses bras vers l’avant comme pour analyser leur portée et leur force. De ce seul geste, il sentit l’étendue de ses pouvoirs et bouillonna à l’idée de les utiliser. À son dos pendait une énorme lame cachée dans un grand tissu qui lui était resserré de gros cordages. Il empoigna le pommeau de sa main droite par-dessus son épaule, mais la laissa là. Satisfait de se retrouver, il bondit vers l’avant à une vitesse mystifiante…
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Peu après le couché du soleil, Raynor se retrouva en haut d’une grande colline. En bas, il y avait un village dont les feux de camp ajoutaient à la brillance de ce ciel étoilé. Le grand personnage ne put s’empêcher de relâcher un soupir de soulagement devant ce si beau panorama. Puis, dans le plus grand calme, il descendit vers le village.
Le guerrier avait trouvé comme refuge le fond d’une ruelle qui ne faisait pas plus de quinze mètres. Il avait réussi à dormir quelques heures et cela suffisait amplement. Il s’avança vers l’entrée de la ruelle, mais resta caché dans ses vêtements sales en s’immobilisant, car il sentit un danger imminent. Deux grands gaillards habillés en soldat arrivèrent en bousculant les passants. Ils cherchaient visiblement quelqu’un car à quelques reprises, il les vit s’emparer des femmes et scruter leur visage avant de les relâcher brutalement. Un troisième surprit Raynor en arrivant devant lui. Il le prit par le collet et lui enleva sa cagoule. Lorsqu’il vit qu’il était un homme, il le repoussa et poursuivit sa besogne.
Les cheveux de Ray étaient longs et soyeux. Ils étaient d’un blanc vif, ce qui faisait contraste avec son accoutrement brun sale. Il remit sa cagoule en place sans toutefois se cacher les yeux, puis il s’accota au mur en épiant la scène. Soudain, une femme s’interposa devant l’un des soldats lorsque celui-ci voulut soulever un sac de farine laissé devant une porte de maison.
- Je vous en prie ! Repartez ! Ce que vous cherchez n’est pas ici !
Sans un mot, l’homme dégaina son épée et la planta sans remord dans la gorge de la femme. Raynor sursauta, surpris par la vitesse d’exécution. Le corps inanimé s’écroula lorsque l’homme retira son arme et il défonça la porte, suivi par les deux autres.
Raynor allait les poursuivre, mais il s’arrêta net en voyant une autre femme qui ressemblait à celle qui venait de succomber sur le balcon à l’étage. Elle se prit à deux mains sur la rampe et fit un saut par-dessus pour atterrir dans la rue. Elle se releva péniblement et commença à s’enfuir, mais le soldat qui avait passé la porte le dernier en ressortit fougueusement, l’épée à la main.
La fille courait en direction de Raynor. Il put voir qu’elle avait l’air beaucoup plus jeune que celle qui gisait maintenant à terre. Ses cheveux longs étaient verts comme ses yeux, mais son visage était immaculé de sang. Elle boitait lamentablement depuis sa chute, mais malgré cela, elle se retourna rapidement vers son adversaire et hurla une incantation magique tout en agitant son bras droit comme pour dessiner un symbole dans le vide sans qu’on ne le voit.
Une bête au poil blanc, grosse comme une tête, apparut au sol devant le soldat. Sans tarder, elle fit un bond vers celui-ci et l’attaqua au visage. L’homme fut obligé de freiner sa course, mais il attrapa la bête accrochée à lui et la tira dans les airs. Sans même attendre, il bondit vers elle et la trancha en deux. Du coup, la femme lâcha un cri de douleur et s’effondra en pleurant. Le soldat avança d’un pas décidé vers celle-ci et leva son épée souillée de sang. Il frappa vers elle, mais l’arme s’arrêta à mi-chemin sur une autre lame, occasionnant un bruit sourd.
Raynor s’interposait entre lui et la fille, mais sa large épée était toujours dans sa couverture attachée par des cordes sur son dos. Les témoins du spectacle pourraient jurer qu’il l’avait stoppé avec l’avant bras, mais en vérité, l’épée avait touché une lame qui s’était matérialisée tout au long de l’avant-bras de Raynor.
Le soldat recula avec son arme, surpris, et l’empoigna à deux mains.
- Tasse-toi de mon chemin ! S’écria-t-il derrière son casque.
La lame qui flottait au-dessus de l’avant-bras de Raynor disparut. Il porta sa main à sa ceinture et fit le geste de dégainer une épée. Magiquement, l’épée courte apparut progressivement comme si elle sortait d’un fourreau invisible. Voyant cela, le soldat courut vers lui, mais Raynor porta un seul coup directement dans la fente sur le devant du casque. L’homme s’écroula de toute sa masse et ne bougea plus.
Les deux autres sortirent de la maison. Constatant leur camarade étendu à terre, ils chargèrent vers Raynor. L’un d’eux brandissait son épée de façon hystérique. Raynor lança son épée courte dans les airs et celle-ci se dématérialisa dans un crépitement doux à l’oreille. Il empoigna le pommeau de sa géante épée. Il la souleva d’un coup sec et bondit comme un fauve. En moins d’une seconde, il frappa violemment sur le premier soldat. L’impact fut si puissant que l’épée continua sa trajectoire sur le deuxième tout en emportant le cadavre. Il fut happé de plein fouet et les deux s’écroulèrent plus loin, complètement inertes. La lame avait été débarrassée magiquement de sa couverture protectrice. Elle devait faire environ six pieds de long et elle était presque aussi large que Raynor.
Calmement, il reporta l’arme sur son dos. La couverture apparut toute seule et cacha lentement toute la surface de la lame jusqu’à la garde, puis les cordages apparurent, déjà en place. Elles ne firent que resserrer le tout et ce fut complet.
Pendant un instant, Raynor garda l’œil sur les corps défaits tout en calmant sa respiration. Puis, lentement, il jeta un coup d’œil sur la jeune fille. Elle sanglotait lourdement et tremblait violemment. Ses yeux étaient fixés sur les cadavres. Sans rien dire, elle se leva et voulut courir vers la maison, mais elle hurla de douleur et s’effondra de nouveau.
Raynor voulut intervenir, mais trois villageoises vinrent l’aider à se relever. Dès qu’elle fut debout, elle reprit tout de suite sa course folle. Elle passa à côté de Raynor qui ferma les yeux en devinant ce qui devait suivre… La malheureuse éclata en sanglots déchirants en attrapant le corps inerte de sa parente. Raynor l’écouta sans broncher pendant quelques secondes, puis ouvrit les yeux. Il vit que les témoins de la scène l’observaient lui plutôt que la victime, mais il ne s’en soucia pas. Il tourna à nouveau la tête vers la petite et vit que les filles tentaient de la défaire de son étreinte. L’une d’elle tentait de la consoler tandis que deux hommes s’affairaient à déplacer la défunte. Raynor se retourna et se dirigea tout droit vers l’auberge, faisant voler sa cape.
Il entra à l’intérieur. Il y avait des tables et des chaises dans toute la pièce, mais personne n’y siégeait. En revanche, il y avait derrière le bar un homme dans la cinquantaine. Son air ébranlé démontrait qu’il n’avait rien manqué de ce qui s’était passé à l’extérieur.
Raynor s’approcha du bar et s’assied au comptoir en jettant un coup d’œil vers la grande fenêtre au devant de la bâtisse.
- Vous devriez quitter ce village, étranger. Les soldats d’Avanil reviendront sûrement en force.
- Qui sont ces soldats ? Et pourquoi ont-ils voulu massacrer ces femmes ?
- Ce sont les sbires du Roi d’Avanil. Il possède la seule armée de ce Royaume et il fait tout bon lui semble. Je ne sais pas pourquoi ils sont venus ici aujourd’hui… C’est la première fois qu’ils prennent une vie…
Ayant observé les gardes plus tôt, Raynor savait qu’ils cherchaient une personne en particulier. Il aurait probablement dû en garder un en vie pour l’interroger… Il décida néanmoins de rester dans les parages et de surveiller les événements.
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Le barman, une femme et quelques hommes entrèrent en catastrophe dans la chambre louée du guerrier. Ceci le réveilla, mais il ne chercha pas à attraper l’épée rangée soigneusement debout près de lui.
- Sire ! Eleanor n’est plus ici ! Aidez-nous à la retrouver je vous en prie !
Reconnaissant celle qui avait aidé la jeune femme à la chevelure verte la veille, Raynor se leva d’un bond et accrocha sa longue lame à son dos après avoir enfilé sa cape.
- Elle a été enlevée ?
- Nous l’ignorons Sire ! Elle n’était pas dans la chambre ce matin !
Raynor sortit de la pièce et se rendit à l’extérieur. Il scruta les environs, bientôt rejoint par les hommes inquiets.
- De quel côté se trouve Avanil ?
- C’est de ce côté !
L’homme pointa vers l’ouest. Raynor porta son regard au loin et remercia l’homme perplexe. Sans dire autre chose, il se dirigea vers la direction mentionnée.
- Sire !
Raynor ne se tourna pas. Il s’arrêta par contre devant un présentoir à fruits et pointa l’un d’eux à la vendeuse. Celle-ci le prit et le lui lança en le recommandant aux dieux. Raynor la remercia d’un signe de tête et quitta le village.
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Eleanor frappait durement et sans relâche sur la porte de sa maison. Elle savait que sa grande sœur courait un grave danger, mais même si elle voulait hurler son nom, rien ne sortait de sa bouche fine. Soudain, elle entendit les fenêtres se casser et des sabres sortir de leur fourreau. Une femme hurla de terreur et vint frapper de l’autre côté de la porte sans pouvoir l’ouvrir. Eleanor essaya elle-même pour la centième fois, mais sans plus de succès. Les cris de sa sœur devinrent plus forts et plus désespérés, ce qui désemparait Eleanor. Elle redoubla d’ardeur en donnant des coups de pieds à la porte, mais soudain, une lame la traversa à une vitesse effarante, arrachant une plainte sourde à la personne de l’autre côté. Le coup fut si terrible qu’elle en perdit l’équilibre. Affolée, elle leva ses yeux humides vers l’arme sur laquelle le sang coulait abondamment.
Elle s’entendit hurler… Elle se redressa vivement et tout devint flou. Une lumière éclatante l’aveugla. Elle protégea ses yeux en se recroquevillant sur elle-même. Après quelques secondes, elle risqua un coup d’œil.
Elle reconnut rapidement les étendues de sable à perte de vue qui caractérisaient son royaume natal. L’air était chaud et le soleil frappait fort. Revenant lentement à elle, les larmes ne cessaient pas de couler sur ses joues tandis qu’elle continuait l’analyse du panorama. Elle s’arrêta net lorsqu’elle se rendit compte de la présence du grand guerrier. Il était debout au sommet d’une dune à quelques mètres d’elle. L’expression de son visage cachée par une cagoule qui le protégeait du soleil était sérieuse et froide. Par réflexe, Eleanor recula un peu en rampant, mais Raynor ne bougea pas. Il continua à la fixer sans relâche, les bras croisés sur l’abdomen.
Frappée de nouveau par la peur, elle se leva en faisant demi-tour et s’échappa à la course. Raynor la suivit des yeux quelques secondes et les baissa à nouveau là où avait été la jeune fille quelques secondes plus tôt. Une épée longue reposait sur le sable. Visiblement, c’est elle qui l’avait oublié là, mais Raynor doutait fortement de ses capacités à la manier…
Se rappelant soudainement qu’elle avait laissé son arme derrière, Eleanor s’arrêta de courir et fit volte-face. Elle émit un cri, surprise en apercevant Raynor à une dizaine de mètres s’avancer vers elle avec son épée à la main. Figée par la peur, elle resta sur place en l’observant. Il s’arrêta à deux pas en face d’elle, les yeux plongés dans les siens.
Incapable de s’empêcher de contempler les yeux jaunes dorés du guerrier, Eleanor crut sa dernière heure arriver. Sans gestes brusques, Raynor tendis l’arme à la jeune femme. Elle baissa les yeux sur elle, la pris dans ses mains et se remit à surveiller le visage de l’homme. Il parla enfin.
- Elle est trop lourde pour toi…
Le commentaire frappa la jeune fille comme une masse. Elle baissa promptement la tête en tremblant. Elle se mordit les lèvres inférieures et ses yeux devinrent humides, ce qu’il pouvait constater sur le reflet de la lame. Raynor sentit le combat intérieur que vivait l’adolescente. Trop de sentiments forts l’occupaient en ce moment... Il leva les yeux vers l’ouest et regarda au loin.
- La cité d’Avanil…
Il baissa à nouveau les yeux sur Eleanor.
- … est-ce là que tu te diriges ?
Eleanor serra la lame contre elle et fronça des yeux. Avec son linge en lambeaux et ses yeux verts en larmes, elle faisait pitié à voir. Raynor soupira et dit :
- Ce que tu veux faire, je le comprends. Seulement, je serais déçu d’apprendre que la vie que j’ai pu sauver hier ait été gaspillée dans un effort vain.
Eleanor leva les yeux sur lui.
- Tu connais tes forces et malgré la colère, je sais que tu te montreras raisonnable.
Il tendit la main vers elle.
- Tu connais tes forces. Redit-il. Cette arme, tu ne peux la manier.
Elle la prit à deux mains et adopta une position défensive en crachant ces mots :
- Mais c’est tout ce qui me reste !
Raynor releva la tête en continuant à la fixer…
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Ce n’est pas avec des mots qu’il aurait pu la convaincre de continuer à vivre d’une autre façon. Il était clair qu’elle avait choisi de mourir en se battant. Elle n’avait pourtant rien d’une guerrière, mise à part l’étrange technique qu’elle avait utilisée la veille contre un soldat impliquant la créature blanche.
Raynor n’avait rien dit. Au lieu de cela, il avait passé à côté d’elle pour poursuivre sa route vers l’ouest, sans plus se préoccuper d’elle.
Cela faisait maintenant trois heures qu’il marchait dans le sable sas arrêt. Il n’était pas sans savoir que la jeune orpheline aux cheveux verts le suivait de près, traînant son épée de plus en plus lourde dans le sable.
Il entendit un bruit sourd derrière lui. Il s’arrêta et posa son regard sur Eleanor, étendue de tout son long, qui haletait fortement. Ses cheveux en sueur collaient sur sa tête. Ses yeux fermés avec force et ses poings serrés démontraient son acharnement. Après quelques secondes, elle ouvrit ses yeux fatigués et les dirigea sur Raynor. Elle laissa retomber sa tête dans ses bras pour continuer à essayer de reprendre son souffle.
Raynor décrocha l’épée de son dos et la laissa choir sur le sol avec son enveloppe de tissu. Il posa un genou devant l’adolescente et la prit par les épaules. Sur le fait, Eleanor voulut dire quelque chose, mais sa gorge sèche ne le lui permit pas. Raynor la souleva de terre après avoir entouré ses bras sur son cou. Il l’installa sur son dos et se releva. Instantanément, elle s’évanouit, la tête reposée sur sa nuque. Il ramassa sa large épée d’une main et reprit la marche.
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La jeune fille s’éveilla dans un lit confortable. Elle se rendit compte rapidement qu’elle avait été lavée et son linge avait été remplacé par une tenue de nuit. Elle profita du confort pendant quelques secondes en étirant ses muscles endoloris. Lorsque ses yeux s’habituèrent à la pénombre qui régnait dans la pièce, elle fut surprise de voir un lit occupé à quelques mètres d’elle. Entre les deux lits, il y avait une fenêtre par laquelle la lumière de la lune éclairait quelque peu le visage de cette personne. En avançant un peu la tête, Eleanor put reconnaître l’homme qui l’avait sauvée. Il dormait à première vue. Il y avait à côté de lui une table de nuit sur laquelle reposait un verre d’eau plein. Eleanor se leva en forçant et prit le verre. Elle but tout le liquide et le posa à sa place. Rassasiée, elle jeta un coup d’œil à Raynor, qui dormait toujours, puis regarda à l’extérieur.
Il faisait nuit, mais la lune éclairait tout de même une agglomération paisiblement endormie. De petites maisons munies de plusieurs routes entrecroisées s’étendaient au loin. Il y avait des palmiers sur chaque terrain. Plus loin sur la droite, on pouvait voir le début d’une structure seigneuriale et la haute muraille qui la contournait. En l’étudiant du regard, Eleanor finit par aboutir sur le cadre de sa fenêtre puis sur l’homme couché près de lui.
Il avait l’air plus jeune lorsqu’il dormait. Ses cheveux longs avaient l’air d’avoir été lavés comme les siens. Même son corps avait l’air moins grand que dans son souvenir. Elle contempla longuement son visage, puis retourna à son lit, profitant de quelques heures de repos.
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Raynor ouvrit les yeux brusquement. Devant lui, Eleanor dormait toujours. Il bondit hors du lit et fit face à la porte de la chambre à l’opposée de la fenêtre. Celle-ci s’ouvrit presque aussitôt et deux soldats entrèrent dans la chambre, suivis d’un autre dont la couleur de l’armure était plus foncée. Son casque était aussi doté d’une plume blanche en son centre. Chacun leur tour, ils s’arrêtèrent en apercevant Raynor, sauf le chef qui s’attardait plutôt sur la fille aux cheveux verts qui s’était agenouillée sur son lit. Il se tourna ensuite vers l’homme.
- Cette fille est sous arrestation par ordre du roi d’Avanil. Veuillez quitter cette pièce.
- Quel est son crime ?
- Demandez audiance si cela vous importe. Veuillez quitter les lieux dans la seconde.
Les deux soldats dégainèrent leur épée. En réponse, Raynor porta ses mains en croisé sur sa ceinture et dégaina deux épées courtes invisibles jusqu’à présent. Le geste fit reculer les deux hommes. Leur général dégaina son épée et la leva devant lui en criant :
- Chargez !
Ils fondirent sur Raynor. Ce dernier choisit de frapper l’arme du garde de droite. Il pivota sur lui-même en évitant le coup de l’autre, se pencha et frappa de la gauche dans la jambe du garde qu’il avait paré. Celui-ci fléchit et du même coup, Raynor bondit vers l’avant en lui plantant l’épée de sa main forte dans le dos. Il la ressortit aussitôt et para de la gauche le coup de l’autre garde. Raynor frappa rapidement de la droite, mais le garde stoppa l’attaque. Il ne fut pas assez rapide pour bloquer le deuxième assaut de l’épée gauche qui le blessa au bras. Successivement et rapidement, chacun des coups suivants portés par Raynor blessèrent l’homme jusqu’à ce qu’il s’écroule. Avant même qu’il ne touche le sol, Raynor pivota vers le général en marchant lentement vers lui. Sans rien dire, l’homme préféra déguerpir.
Raynor ne le suivit pas. Il lacha ses épées qui disparurent progressivement avant d’atteindre le sol. Il tourna ensuite la tête vers la fille. Elle était toujours au lit, mais elle était accotée au mur, les yeux écarquillés. Raynor se dirigea vers la commode et chercha d’autres vêtements pour elle, encore habillée en robe de nuit. Il trouva une robe verte qu’il fourra dans un sac de tissu. Il alla ensuite chercher sa cape et la revêtit. Il accrocha ensuite sa large épée à son dos puis il se dirigea à côté de Eleanor qui fixait toujours les corps inanimés.
- Eleanor…
Tirée de sa transe, elle tourna sèchement la tête vers Raynor. Elle était encore sous le choc. Raynor lui tendit la main.
- Viens.
Elle attrapa sa main et il la guida rapidement vers la sortie.
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Heureusement, aucun soldat ne les avait attendus aux portes de l’auberge. Raynor et Eleanor étaient maintenant cachés dans une grande cabane en bois rond qui servait d’entreposage. Il y avait là surtout des caisses de nourriture et des barils de bière, mais il y avait aussi plusieurs portes cadenassées. Eleanor était assise dans un coin alors que le guerrier analysait l’extérieur de par une petite fenêtre. Lorsqu’il fut certain qu’aucune personne ne les avait apreçus, il fit quelques pas vers Eleanor et jeta le sac en tissu à côté d’elle. Puisqu’elle n’eut aucune réaction, il s’accota au mur derrière lui et lui dit :
- Où est donc passé le courage que tu m’as démontré hier ?
Elle leva subitement les yeux sur lui. C’était comme si elle venait de se réveiller à nouveau. Elle ne répondit pas à la question. Elle vit le sac à côté d’elle, y plongea la main et la ressortit avec la robe. Raynor retourna à la fenêtre non loin de là, le dos tourné à elle. Alors qu’elle s’habillait, Eleanor surveilla l’homme sans relâche, prête à déguerpir s’il venait à se retourner.
- Je crois que tu me dois des explications.
Elle avait seulement eu besoin d’entendre le premier mot pour aller se cacher derrière une armoire. Elle risqua un œil vers lui et vit qu’il était demeuré à sa place, toujours à regarder dehors. Elle se dépêcha de s’habiller et sortit de sa cachette. Raynor se tourna vers elle et eut le souffle coupé. La robe la vieillissait de quelques années, la rendant très attrayante. Le vert était plus foncé que celui de ses cheveux et les manches la recouvraient jusqu’aux coudes, mais le tissu, lui, continuait presque jusqu’à ses genoux. La robe terminait en jupe un peu sous les genoux et une magnifique ceinture argentée la maintenait en place. Son cou et le dessus des épaules étaient laissés à nu, tout comme ses pieds…
Raynor leva légèrement les sourcils en maintenant son regard fixé sur elle, attendant la réponse. Cela la gêna visiblement. Elle baissa la tête et se mit à arpenter les alentours.
- Qu’as-tu fait pour te mériter cette chasse à l’homme ?
- Mais rien !
Eleanor se cacha le visage et fondit en larmes. Ses jambes fléchirent et elle dû amortir sa chute avec la main. Raynor alla s’agenouiller près d’elle en se rendant compte qu’il avait bien mal choisi ses mots.
- Eleanor…
Se rendant compte qu’il était près d’elle, Eleanor recula prestement et alla même se heurter à une caisse de bois qui l’obligea à rester en place. Raynor baissa la tête en espérant que le geste s’interprète en excuses, mais en réalité, il ne savait pas trop comment l’aborder. Il releva la tête vers elle et vit qu’elle n’en finissait toujours pas avec les larmes. Elle se retourna et marmonna le nom de sa sœur en sanglotant comme une enfant, annulant complètement l’effet que la robe lui avait donné.
- Lysia… Lysia…
Raynor ressentait sa peine, mais il ne connaissait pas cette douleur. Il ne se rappela pas avoir déjà perdu un être proche. Découragé, il leva le ton.
- Tu aurais dû vivre ton deuil avant de venir.
Eleanor cessa ses plaintes, mais Raynor continua.
- Tu as foncé tête baissée sans réfléchir. Pourquoi venir ici ?
Elle se leva debout et cria :
- Ne comprends-tu pas qu’elle était tout pour moi ? Celui qui lui a fait ça doit payer !
Les portes de la grande remise s’ouvrirent violemment. En une seconde, Raynor avait pris Eleanor et s’était caché avec elle derrière l’armoire. Il la retenait contre lui en appuyant sa main contre sa bouche. Surprise, elle ne bougea pas.
- Est-ce que tua as entendu gueuler ?
- Ouais, ça doit être Amélia qui en a encore après son mari.
- Ou c’est peut-être sa fille ? La voix avait l’air plus aiguë.
- De toutes façons, ce n’est pas nos affaires. Aide-moi plutôt avec ça.
Ils entendirent des caisses se tasser puis bientôt, les portes se refermèrent. Raynor retenait encore Eleanor par la taille avec la main gauche, mais doucement, il retira la droite de son visage. Elle resta en place, tremblant de tous ses membres.
- Si j’avais mon épée… Je me serais percé le cœur.
Raynor appuya son menton sur sa tête, affligé. Il la serra contre lui...
- Alors je devrai te protéger contre toi-même…
Eleanor demeura en place un moment, le regard dans le vide…
- Qui êtes-vous ?
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