Ousmane KANE Ph.D

Université Gaston Berger de Saint-Louis

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Interview





































































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Le Monde


Ousmane Kane,sp�cialiste de l'islam en Afrique noire

"Les musulmans africains estiment injuste le bombardement des civils"


Samedi 10 novembre 2001
(LE MONDE)

SP�CIALISTE de l'islam et politologue, Ousmane Kane a fait des �tudes d'arabe et d'islamologie � l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il enseigne depuis plusieurs ann�es � l'universit� Gaston-Berger de Saint-Louis, au S�n�gal. Il a �galement �t� professeur-chercheur invit� � Yale University, the University of Kansas aux Etats-Unis, et � l'universit� de Londres. Auteur de livres et d'articles sur l'islam en Afrique subsaharienne, M. Kane publiera en 2002 Islamic Revival in Postcolonial Northern Nigeria. Il a �galement codirig� l'ouvrage Islam et islamisme au sud du Sahara (Paris, 1998).

Quel est l'�tat de l'opinion en afrique musulmane face aux �v�nements d'afghanistan ?

- On trouve grosso modo trois sensibilit�s : pour les uns, minoritaires, l'Am�rique, victime d'attaques terroristes perp�tr�es par des extr�mistes musulmans, est tout � fait en droit de se d�fendre en menant une campagne contre le terrorisme international et ses ramifications. Pour d'autres, l'Am�rique a �t� attaqu�e et des innocents, am�ricains et non am�ricains, ont perdu leur vie. Les tenants de cette sensibilit� estiment qu'aucune cause, aussi juste soit-elle, ne justifie la mort d'innocents. Les tenants de cette sensibilit� ne sont pas s�rs que les talibans et Oussama Ben Laden soient impliqu�s dans ces attentats. La majorit� des musulmans africains se reconna�ssent dans cette sensibilit� et estiment injuste que des civils afghans innocents paient pour des actes commis par d'autres.

Enfin, il y a ceux, peu nombreux, qui sont convaincus que les actes commis � New York et � Washington ont �t� ourdis avec l'aide des Am�ricains pour justifier une riposte massive contre l'Afghanistan d'abord, et plus tard contre d'autres pays musulmans. Tout cela, selon eux, participe d'un complot dirig� contre le monde musulman et s'inscrit dans une tradition de croisade contre l'islam enracin�e en Occident. Cette sensibilit� est celle de ceux qu'on appelle indiff�remment les fondamentalistes, les int�gristes ou les islamistes.

Quelle est l'influence de l'islam en Afrique ? Est-ce qu'il progresse au d�triment de la religion chr�tienne ?

- Aujourd'hui, un Africain sur deux est musulman, si l'on inclut l'Afrique du Nord. En Afrique subsaharienne, une personne sur trois est de religion musulmane. La p�n�tration de l'islam en Afrique subsaharienne a commenc� depuis plus d'un mill�naire, mais c'est pendant la p�riode de domination coloniale europ�enne, donc au XXe si�cle, que l'islam a connu la plus grande expansion. Des communaut�s musulmanes existent en Afrique du Sud et sur la c�te orientale du continent noir, mais elles sont minoritaires.

Disons que l'expansion de l'islam en Afrique subsaharienne s'arr�te � l'�quateur. A la diff�rence des musulmans d'Afrique du Nord, arabis�s � la faveur de l'expansion de l'islam, en Afrique subsaharienne, les musulmans sont de langue et de culture africaines ; ils se servent de l'arabe comme langue liturgique.

Les pays africains musulmans sont pour la plupart r�gis par des constitutions la�ques h�rit�es de la colonisation europ�enne. Ces populations restent tr�s attach�es � la religion musulmane. L'expansion de l'islam au sud du Sahara ne s'est pas tant faite au d�triment du christianisme qu'� celui des religions traditionnelles africaines.

Les musulmans d'Afrique noire ont-ils le sentiment d'appartenir � la m�me communaut� que les musulmans arabes ?

- Dans une tr�s large mesure, oui. J'ajoute que, pour les Africains comme pour les musulmans d'autres r�gions, l'islam ne constitue qu'une r�f�rence identitaire parmi d'autres. La race, l'ethnie, la langue, la nationalit� en sont d'autres.

Existe-t-il des liens entre les oul�mas et les pays du Proche-Orient ? Ces derniers financent-ils la construction des mosqu�es ?

- La naissance pendant la p�riode postcoloniale d'organisations panislamiques, comme la Ligue mondiale islamique ou l'Organisation de la conf�rence islamique, a contribu� � �tablir des liens �troits entre les oul�mas africains et ceux du Proche-Orient. Par ailleurs, c'est vrai que certains pays arabes, d�sireux d'�tendre leur influence culturelle en Afrique subsaharienne, ont accord� directement � des chefs religieux africains des financements pour la construction de mosqu�es, de centres islamiques. Les pays arabes - l'Egypte, l'Arabie saoudite - envoient �galement des enseignants et des missionnaires musulmans dans les pays africains. Ils accordent des bourses � des �tudiants arabisants africains pour poursuivre leurs �tudes dans les universit�s du monde arabe.

Ces oul�mas africains sont surveill�s de pr�s par le pouvoir politique ?

L'analyse des archives coloniales r�v�le que les oul�mas musulmans subsahariens faisaient l'objet d'une surveillance polici�re par l'Etat colonial. Il n'y a aucune raison de penser que les services de renseignement de l'Etat africain postcolonial, h�ritier de l'Etat colonial et revendiquant la la�cit�, aient cess� de les surveiller.

A grands traits, peut-on distinguer des sp�cificit�s de l'islam selon les pays ?

- On peut grosso modo distinguer trois manifestations de l'islam en Afrique subsaharienne. L'islam confr�rique majoritaire, assez tol�rant envers les traditions africaines, domin� par des chefs religieux, les marabouts, qui font l'objet d'une r�elle v�n�ration ; l'islam de type plut�t puritain, ax� sur les textes, urbain et pr�nant l'�galitarisme entre les musulmans ; enfin, des groupuscules islamistes qui revendiquent le d�mant�lement des syst�mes politiques la�ques et leur remplacement par des syst�mes politiques bas�s sur la charia. Ce dernier islam reste minoritaire.

Propos recueillis parJean-Pierre Tuquoi


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