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   Dossier : les fibres minérales artificielles (FMA) en milieu du travail

Pollution athmosphérique des lieux de travail par les FMA en suspension dans l'air

Physiopathologie ,migration des FMA

Définitions des FMA

L'expression «fibres minérales artificielles» (FMA) est utilisée pour désigner les fibres amorphes, vitreuses, fabriquées à partir de laitier, de roche ou de verre en fusion. En Amérique du Nord, on emploie parfois l'expression «fibres vitreuses artificielles» (FVA). Les fabricants caractérisent les produits de FMA par leur diamètre nominal, qui représente la valeur médiane de la distribution des valeurs pondérées du diamètre en fonction de la longueur dans un ensemble d'échantillons prélevés au hasard dans le produit même. Dans le domaine de la médecine du travail, les fibres sont arbitrairement définies comme des particules allongées dont le rapport longueur : diamètre est >ou egal a 3 :1. Ainsi, une particule d'un diamètre de 3,5 pm devra présenter une longueur d'au moins 10,5 ym pour mériter le nom de fibre. Depuis la confé rence, l'Organisation internationale de normalisation (ISO) a proposé de porter ce rapport à >ou egal 5 :1 et recommande de publier les nombres de fibres selon ces deux définitions en attendant que l'on décide laquelle convient le mieux du point de vue biologique (2)

Les fibres en suspension sont définies comme celles dont le diamètre est <ou egal a3 ym pour une longueur ne dépassant pas environ 100 pm. En vue du comptage, elles auront une longueur >ou egal a5 ym. On estime que les fibres dont le diamètre est inferieur ou egal a 1,5 ym et la longueur >ou egal a 8 ym ont les propriétés cancéro gènes les plus marquées lors de leur implantation dans les espaces pleural et péritonéal du rat. Durant la conférence, ces fibres étaient désignées sous le nom de fibres Stanton ou fibres S .

Types de FMA

Les fibres d'origine naturelle sont en général cristallines. Dans le groupe de l'amiante, le chrysotile, I'amosite et la crocidolite sont les types les plus courants dans le commerce, mais il en existe d'autres tels que l'anthophyllite, la trémolite, l'attapulgite, la sépiolite, la wollastonite et de nombreux types de zéolites dont certains sont également utilisés dans le cornmerce. Certains types de fibres minérales synthétiques, dont les fibres d'alumine, de grapbite, de titanate de potassium, de silice et de zircone, sont également cristallines. Les fibres céramiques possèdent une structure amorphe lors de leur fabrication, mais peuvent, dans une certaine mesure, être transformées en matériau cris tallin à température élevée. Les effets biologiques de tous ces types de fibres n'ont été envisagés que superficiellement à la conférence et ils n'ont fait l'objet d'aucune étude approfondie pour comparaison avec les FMA courantes.il existe trois principaux types de FMA:

-celles qui sont fabriquée à partir de laitier ou de roche, et qui sont connues sous le nom de «laine minérale»;

  -celles que l'on fabrique à partir du verre et qui répondent au nom de «verre fibreux» (comprenant à la fois la laine de verre et les filaments continus de verre); et un groupe de fibres destinées à des applications spéciales, également fabriquées à partir de verre, mais dont le diamètre est beaucoup plus fin, et qui sont désignées sour le nom de fibres de verre fines (dia mètre de I à 3 pm) et superfines (diamètre < 1 ym), ou microfibres.

Composition des FMA

Les propriétés physiques et chimiques des fibres minérales naturelles et artifi cielles ont été examinées en détail lors du colloque JEMRB organisé à Copen hague en 1976 (3), du symposium du CIRC sur les effets biologiques des fibres minérales, tenu à Lyon en 1979 (4), et à la conférence sur l'exposition professionnelle aux poussières fibreuses et particulaires et leur importance dans l'environnement, qui s'est tenue aux Etats-Unis en 1979 (5). Ces conférences avaient permis d'attirer l'attention, entre autres, sur les caractéristiques suivantes

Les FMA possèdent des structures amorphes et se composent d'oxydes de silicium, d'aluminium, de bore et d'autres éléments. Ces structures sont composées de constituants de réseaux; on citera la silice, l'alumine et l'oxyde de bore, entremêlés de modificateurs de réseau. Les matériaux cristallins ont un réseau régulier et des liens plus ou moins forts maintiennent l'intégralité de leur squelette. Des liaisons ioniques faibles se traduisent par des lignes ou plans qui influencent les propriétés de clivage et de fracture des fibres. A l'opposé, le réseau «gelé» des structures vitreuses caractérisant les FMA est dépourvu de la régularité des matériaux cristallins. A cause de leur allon gement axial extrême, la fracture des FMA s'opère en général transversalement,la longueur de la fibre étant ainsi réduite sans que le diamètre en soit affecté. Même lors des opérations de broyage ou de traitement ultrasonique, les FMA se cassent transversalement, formant des frarments particulaires qui, s'ils cessent de présenter un caractère fibreux, font partie des poussières non fibreuses. A l'opposé, l'amiante chrysotile se compose de faisceaux courbes ou droits, réunissant des fibrilles très fines. Lors du broyage ou de la dispersion dans des liquides, les faisceaux se divisent longitudinalement en un grand nombre de fibrilles extrêmement fines. Par exemple, une FMA isolée, d'un diamètre de quelques microns, représente 100 à 1000 fois le diamètre des fibrilles finalement obtenues à partir d'un faisceau d'amiante de la même taille. D'autres variétés d'amiante présentent les mêmes caracté ristiques, mais toutefois moins marquées.

La conférence n'a pas consacré une séance entière à la chimie et la physique des fibres, mais ces aspects ont été examinés lorsque le contexte le justifiait. Ainsi, l'importance biologique de la composition chimique des FMA et la différence de solubilité in vitro et in vivo des fibres de laitier, de roche et de verre par rapport aux fibres d'amiante ont été soulignées (Annexes 29 et 30). Les métaux à l'état de trace dans certains types de laitiers utilisés dans la fabrication de laines, ainsi que le radon émis par les matériaux d'isolation dans les logements (6, 7), ont également été mentionnés.

On a examiné le traitement chimique des fibres par l'huile et les liants (ensimage). L'huile a été utilisée pour la première fois dans les années 30 et les liants ont été introduits en plusieurs temps dans différentes usines dans les années 40 et 50. La composition des liants varie et peut comprendre bitumes, urée-formaldéhyde, phénol-formaldéhyde et acétates. Le traitement par l'huile implique généralement la pulvérisation des fibres qui viennent d'être formées pour réduire l'empoussiérage, alors que les liants améliorent la stabilité du produit. Certains types de laines appliquées par soufflage, ainsi que les textiles tissés, sont fabriqués uniquement avec un lubrifiant - Certains types de fines fibres de verre pour applications spéciales ne reçoivent pas de liant. L'empoussiérage est fortement miluencé par l'huile comme par l'ensimage. Les participants ont noté dans une étude effectuée récemment en Suède (8) que l'on observait des concentrations élevées de fibres en suspen sion (9 - 25 fibres/ml) avec une forte proportion de fibres fines au voisinage d'une ligne de production robotisée oû il n'y avait ni addition d'huile, ni de liant. Ces concentrations étaient de dix à cent fois plus élevées que celles que l'on observe sur une ligne de production adjacente identique, fabriquant des produits avec revêtement conventionnel (Annexe 2). Cette étude avait été conçue pour démontrer que l'exposition aux fibres en suspension dans l'industrie des FMA était sans doute plus élevée autrefois que dans les condi tions de fabrication actuelles - ce fait ayant une importance potentielle dans l'évaluation des données des études épidémiologiques à long terme .

Alors que l'empoussièrement diminuait, l'exposition de l'homrne à l'huile et aux liants augmentait cependant. On ne dispose actuellement que d'informations incomplètes que ce soit du point de vue historique,chimique ou médical - sur ces produits et leur rôle en tant que composants de la pous sière respirable en suspension aujourd'hui. Ces renseignements pourraient s'avérer importants dans le cadre des études épidémiologiques comme dans l'exploration de nouvelles techniques de réduction de l'empoussiérage à base d'autres liants.


Technologie, fabrication et caractéristiques des fbioes

Toutes les FMA sont fabriquées à partir de coulées à 1200-1500 °C, par fusion de matières premières. il existe essentiellement trois méthodes de fibrage a) étirage mécanique à partir d'une filière, avec extrusion de fils du matériau en fusion; b) soufflage de gouttelettes ou de fils dans un jet de flamme, de vapeur ou d'air; et c) centrifugation et atténuation de coulées liquides. Ces techniques sont souvent combinées.

Laine isolante

La laine de laitier a d'abord été fabriquée industriellement en 1885 en Angleterre, à partir du laitier de haut fourneau résultant de la manufacture de métaux. La laine de roche a été produite industriellement pour la première fois en 1897 aux Etats-Unîs, à partir de schistes calcaires. Aujourd'hui, la fabrication de laine de roche est alimentée par des roches ignées, telles que la diabase, le basalte et l'olivine, quelquefois avec addition de laitier. On est parvenu à fabriquer la laine de verre pour la première fois aux Etats-Unis dans les années 30 à partir de verre borosilicaté en fusion. L'utilisation de ce type de matériau s'est rapidement répandue, surtout aux Etats-Unis.

Les laines isolantes sont normalement comprimées en «panneaux», «feutres», «voiles», etc., ou mises en sac sous forme de laine en vrac pour l'isolation de vides structuraux par soufflage ou remplissage. Certains pro duits sont cousus ou collés sur du papier bitumé, de la feuille d'aluminium, etc. Dans le passé, on avait parfois recours à l'adjonction de matériaux d'amiante dans les produits en laine de roche ou de laitier pour certaines applications. Ce fait a intéressé les participants à la conférence par suite de son importance potentielle, du point de vue de l'exposition, dans les études épidémiologiques de travailleurs au sein des usines de laine de laitier et de roche aux Etats-Unis et en Europe .

La laine isolante est surtout utilisée pour le maintien de la température et l'ignffugation. Ses applications sous forme d'isolation sont largement répandues dans le batiment, l'aéronautique, la construction navale, la pro duction d'électricité et dans d'autres industries. Elle est également utilisée pour renforcer le ciment et le mortier, et sous forme de matériau isolant pour tuyauteries, conduits de ventilation, systèmes de chauffage et installa tions de réfrigération. Dans les logements, elle est utilisée pour l'isolation des toitures et des murs, et incorporée aux appareils électro-ménagers. Elle s'emploie également en acoustique, et sous forme de substrat en horticulture.

Dans la laine isolante, il se forme un réseau de fibres de longueurs et diamètres variables. La dimension et la forme des fibres sont influencées par les matières premières et la technologie utilisées. Les fibres plus grosses sont en général plus longues que les fibres plus fines. Les fibres longues

avec ensimage - confèrent de la stabilité au produit, alors que la conductivité thermique dépend largement du diamètre des fibres, situé optimalement dans l'intervalle de 4-6 ym (3).

Etant donné que la longueur, comme le diamètre, des fibres jouent un rôle dans leurs effets biologiques, les répartitions des diamètres de fibres sont importantes dans le nuage de poussière dégagé durant la fabrication et l'utilisation des produits en FMA. Le diamètre des fibres dans le produit est défini à partir de mesures effectuées sur un grand nombre de fibres. Toutefois, les diamètres moyens varient d'un échantifion à l'autre dans chaque usine. Les produits sont caractérisés, plutôt que par le diamètre réel des fibres, par leur diamètre nominal, mesuré pour un échantifion donné. On obtient ainsi des données supplémentaires sur l'intervalle des diamètres de fibres dans le produit et leur répartition en fonction de la fréquence. Des études ont montré qu'il existe une proportion relativement élevée de fibres en suspension (diamètre <ou egal 3 ym) dans les produits de laine isolante, la proportion étant encore plus élevée dans la poussière en suspension durant les opérations de fabrication et de transformation .

Il a été fait état, à la conférence, d'études récemment effectuées sur des échantillons de produits de laine de roche remontant à plusieurs années . Les laines les plus anciennes contenaient plus de fibres de gros diamètre et plus de particules non fibreuses. La répartition, dans ses éléments les plus grossiers, a connu une réduction imputable à des améliora tions techniques. Le diamètre moyen des fibres a ainsi diminué de 30 ym, en 1930, pour atteindre 6 pm aujourd'hui. En revanche, la répartition des fibres en suspension, dans la laine de roche comme dans la laine de verre, est restée à peu près la même au cours des ans. Ce fait a été confirmé par d'autres enquêtes récentes (9).

Filaments continus de verre

Les filaments continus de verre ont d'abord été fabriqués industriellement dans les années 30. Leurs qualités de résistance à la flamme ont conduit à des applications nombreuses dans les années 40, et à leur fabrication à grande échelle dans les années 60. Les filaments continus sont fabriqués exclusivement à partir de verre par un procédé d'étirage à la filière. Les fila ments extrudés sont tendus et rassemblés sous forme de fil susceptible d'être transformé en textiles par tissage. Les applications les plus importantes de ces textiles de fibres de verre comprennent tentures, tissus industriels, pneuma tiques d'automobiles et écrans. Ces filaments sont également utilisés sous formes de stratifils ou de fils coupés dans la fabrication de mats, d'isolants électriques et de pièces d'automobiles. Les textiles, les mats et les filaments sont largement utilisés pour le renforcement des matières plastiques, du ciment, etc., dans la construction navale, le batiment, et autres industries. Le plastique renforcé de fibre de verre représente aujourd'hui un matériau de construction des plus importants.

Les filaments continus de verre ont généralement des diamètres assez gros (6-25 ym) et la répartition des diamètres réside dans une fourchette très étroite. Durant leur fabrication et leur tissage en fil et textiles, ou leur transformation en stratifils et en mats de fils coupés, ces filaments dégagent des concentrations de fibres en suspension normalement dix fois plus faibles environ que les autres FMA.

Fibres de verre pour applications spéciales

Ces fibres ont été mises au point depuis les années 50 et sont fabriquées, par exemple, par le procédé d'atténuation à la flamme. Leur composition est analogue à celle des laines de verre isolantes et des filaments continus de verre, mais avec un diamètre de 3 ym, pouvant descendre jusqu'à 0,05 pm. Elles sont parfois fabriquées sans ensimage et restent en suspension dans l'air durant de longues périodes. Environ 80 à 90% des fibres en suspension peuvent être respirables. Les matériaux en fibre de verre pour applications spéciales sont pour la plupart fabriqués aux Etats-Unis et représentent moins de 1% de la production totale de fibres de verre . A cause de leurs qualités particulières, ces fibres plus chères sont utilisées dans l'isolation ultra4égère ou à température élevée (en particulier dans l'aéronautique), pour une protection acoustique très performante et la filtration à haut rende ment. Les fibres pour applications spéciales ont un faible diamètre et un fort potentiel respirable par rapport aux FMA ordinaires; on a particulièrement attiré l'attention sur le besoin d'évaluer tout effet biologique qu'elles pour raient avoir sur l'homme. Les fibres céramiques, fabriquées à partir de maté riaux réfractaires à température élevée, ainsi que les fibres d'alumine et de zircone, sont quelquefois considérées comme des FMA pour applications spéciales.

Essor de la production

Le développement et la croissance de l'industrie des FMA ont leur point de départ dans les années 20. L'accroissement de la demande de laines isolantes (laines de laitier ou de roche) s'est accéléré avec l'introduction de techniques pour la fabrication de laine de verre dans les années 30. Le nombre d'usines aux Etats-Unis est passé de 8 en 1928 à 25 en 1939 et à 90danslesannées50. Le volume de la production de matériaux en laine aux Etats-Unis, s'élevant à 750000 tonnes en 1965, atteignait 2millionsdetonnesen 1980.AuRoyaume- Uni, la production, de 3500 tonnes en 1937, était de 130000 tonnes en 1977. A cette époque, 72 usines européennes, exammées pour savoir Si elles rem plissaient les conditions nécessaires à leur inclusion dans l'étude épidémiologique du CIRC (10), fabriquaient quelque 1,8 millions de tonnes de laines isolantes.

A cela, il convient d'ajouter la production en Europe orientale (y compris l'URSS), en Amérique latine, en Asie et en Mrique. Bien que l'on ne dispose pas de données récentes de production dans certaines de ces régions, le tableau 2 présente le volume estimé, la répartition géographique et le type des matériaux en FMA fabriqués dans le monde entier en 1973. Ces chiifres pourront être comparés à la production mondiale d'amiante, soit 3,9 millions de tonnes en 1982 (12), dont quelque 2 millions de tonnes proviennent de l'URSS. La production annuelle de FMA atteignait déjà plus de 4,5 millions de tonnes en 1973, actuellement, elle dépasse donc sans doute largement celle de l'amiante.

De nombreux travailleurs sont employés dans les usines de fabrication de cette industrie en plein essor. Quelque 40 000 travailleurs de production ont été inclus dans les groupes d'Europe et d'Amérique du Nord dont on a analysé la mortalité, et qui ont été évoqués à la conférence. On a jugé que le groupe d'Amérique du Nord comprenait la plupart des travailleurs ayant subi une exposition prolongée, alors que dans le groupe européen ne figuraient qu'environ 20% des travailleurs de production d'Europe. Le nombre des travailleurs affectés à la production des FMA dans les autres régions est mal connu, mais on pense qu'il est considérable.

La demande accrue pour une meilleure isolation, la conservation de l'énergie et le renforcement des structures dans de nombreux pays, de même que le rôle potentiel de certains produits des FMA comme matériau de rem placement de l'amiante, laisse prévoir que la forte demande pour ces matériaux continuera. Bien qu'il soit facile de comprendre que la recherche ait mis l'accent en premier lieu sur les travailleurs de production, l'exposition profes sionnelle étant plus facile à quantifier en cours de production que lors de l'utilisation, un nombre bien plus élevé de personnes sont en fait exposées durant l'utilisation des matériaux en FMA, notamment dans le bâtiment . On estime, par exemple, que quelque 10 000 utilisateurs de FMA au Royaume-Uni sont employés régulièrement à la pose de matériaux d'isolation et que bien d'autres se trouvent occasionnellement en contact avec ces matériaux (13).

Industries utilisatrices

On a noté lors de la conférence que seules des études limitées et moins repré sentatives ont été effectuées pour les industries utilisatrices de produits en FMA. Une synthèse des études précédentes sur les industries utilisatrices (16-19) a été présentée à la conférence, de même que certaines enquêtes récemment effectuées au Danemark  et en République fédérale d'Allemagne .

Dans l'ensemble, ces études portaient notamment sur la pose de maté riaux isolants prédécoupés et l'isolation par soufflage ou pulvérisation de laine thermique/acoustique dans des batiments industriels neufs et anciens, dans les habitations, et dans les combles ou autres espaces restreints. Las taux gravimétriques signalés pour les poussières variaient de 0,8 mg/m3 à 35 mg/m3, ce dernier dans les combles mal ventilés. Les concentrations de fibres en sus pension variaient de 0,002 fibre/ml à 30 fibres/ml, un faible nombre seule- ment de mesures ayant dépassé 2 fibres/ml. Les valeurs les plus élevées concernaient le remplissage par de la laine en vrac, notamment dans des espaces réduits. Les concentrations numériques n'avaient que peu de rapport avec le niveau général d'empoussié rage.

Aucune conclusion d'ordre général n'a pu être tirée des données dispo nibles sur l'exposition professionnelle aux FMA vu le nombre de variables affectant l'industrie du batiment. Certains travaux s'effectuent en plein air et d'autres dans des espaces balayés par les courants d'air ou, au contraire,l'accroissement de la longueur des fibres augmente la proportion du dépôt pulmonaire qui s'effectue dans les voies trachéobronchiques.

LA TECHNIQUE DES FMA -NOTIONS HISTORIQUES(W. J.A. Hartung)

Durant les éruptions volcaniques, de puissantes émissions de gaz sont parfois susceptibles d'affecter les coulées de lave et de créer des conditions favorables à la formation naturelle de fibres de laine minérale («cheveux» de la montagne Pelée). La première fabrication industrielle de laine de laitier a eu lieu vers 1870, selon une technique comparable des jets de vapeur étalent dirigés sur une coulée en fusion de laitier, sous-produit de l'industrie du fer. Les premières laines de laitier manufacturées étaient désagréables au toucher, les fibres étaient en majeure partie grossières et le matériau demeurait, pour une large part, infibré.

L'utilisation de la laine de laitier a d'abord été très linaitée. Toutefois, son potentiel s'est bientôt manifesté et divers progrès techniques ont été réalisés. Des ajustages perfectionnés ont permis une utilisation plus efficace de la vapeur consrne du laitier et produisaient une laine moins souillée. Le diamètre des fibres du produit n'était en moyenne sans doute pas très diffé rent de celui d'aujourd'hui.

La laine de laitier a conquis une place de plus en plus importante cornme matériau d'isolation dans les deux prernières décennies de ce siècle, surtout dans les applications techniques (chaudières, tuyauteries, etc.). La fabrication de la laine de roche a débuté au début des années 50, avec l'équi pement de production de la laine de laitier et, pour matière première, divers types de roches (souvent utllisées en association avec du laitier); la laine de roche est progressivement devenue un matériau d'isolation d'intérêt dans le bâtiment, etc., pour remplacer la sciure et les cendres.

Dès l'origine, la gamme des diamètres de fibres était assez étendue. On a pu vérifier ce point par mesure directe de produits anciens. La maitrise du procédé de fabrication et l'équipement n'étaient pas complètement au point, et certaines régions du matériau en fusion étaient affectées par des ilots extrêmement turbulents de haute énergie, qui provoquaient la formation de fibres fmes, d'ordre submicrométrique. D'autres régions n'étalent que peu affectées et produisaient des fibres grossières, ou pas du tout de fibres.

Les améliorations se sont concentrées sur l'application d'une énergie accrue à des coulées de matériau en fusion plus réduites, simultanément à un développement de la capacité totale du procédé de fibrage. Ces perfection nements étalent fondés sur l'observation selon laquelle la diminution du diamètre produisait une augmentation concomitante des caractéristiques isolantes et du rendement matériel du produit. La fraction la plus grossière de la distribution des fibres du produit était très lourde et peu efficace.

Les tentatives d'amélioration des procédés de fabrication se sont concen trées sur l'augmentation de la capacité de production, une manipulation plus facile du produit et l'abaissement des coûts de production. De nouvelles techniques sont apparues, notamment le procédé centrifuge pour la laine de laitier et de roche, et le TEL (procédé rotatif, ou fibrage par centrifugation et soufflage) pour la laine de verre. Ces procédés étaient délibérément conçus pour tirer le meilleur parti possible de l'énergie utilisée dans le fibrage.

Les grosses fibres (la fraction supérieure de la distribution des fibres dans le produit) étaient indésirables, puisqu'elles représentaient du matériau inefficacement utilisé, qu'elles alourdissaient excessivement le produit et qu'on leur attribuait la plupart des irritations cutanées provoquées par les EMA. C'est pourquoi on cherchait, par des améliorations techniques, à éliminer cette fraction supérieure. Un procédé qui élimine l'extrémité de la distribu tion des diamètres de fibres peut également diminuer le diamètre moyen des fibres sans affecter sensiblement la distribution des fibres fmes. Etant donné que les grosses fibres contribuent très peu aux caractéristiques isolantes du produit, il n'est pas nécessaire de compenser leur élimination en essayant d'augmenter le nombre des fibres fmes.

En ce qui concerne la santé, ce qui intéresse au premier chef, ce sont les fibres les plus fines du produit, et la mesure dans laquelle elles sont mises en suspension et inhalées. Du point de vue épidémiologique, ce qui importe, c'est de savoir Si les fibres en suspension, inhalées durant la fabrication et la manipulation des produits en FMA il y a trente ans ou plus, étaient plus fmes qu'aujourd'hui. Les anciens produits contenaient des fibres fines, comme les matériaux modemes. La laine était toutefois beaucoup plus poussiéreuse alors, car l'usage de l'ensimage et de l'huile n'était pas très répandu et l'équi pement antipoussières virtuellement inexistant. Une étude récente menée sur une usine en Suède a révélé des concentrations de fibres en suspension très élevées au voisinage d'une ligne de production automatisée où aucun ensimage n'était effectué. Les concentrations étaient comparativement faibles à proximité d'une ligne adjacente de produits classiques.

ENQUETES DANS LES INDUSTRIES UTILISATRICES (T Schneider)

Une enquête portant sur les concentrations de fibres dans les aires de travail a été réalisée dans des industries utilisatrices aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Scandinavie, sur la base d'une étude bibliographique et d'investigations locales.

Il faut s'attendre à voir les concentrations numériques de fibres dans le bâtiment manifester une grande variabilité, par suite de la diversité des produits en FMA utilisés et de la diversité des opérations exécutées. De plus, les travaux d'isolation peuvent être effectués en plein air, dans des locaux bien ventilés et dans des espaces réduits, mal ventilés. Les mesures portant sur les poussières de fibres sont donc à dessein représentatives d'une opéra tion ou d'un produit particulier, plutôt que de l'exposition durant toute une joumée de travail.

Pour obtenir des informations utiles, il faut grouper les concentrations de fibres mesurées selon le type de produits utilisé et son mode d'application, en tenant compte d'éléments externes intervenant également. Les concentra tions de fibres en suspension dans les locaux ouverts, ventilés, présentaient une moyenne géométrique de 0,046 fibre/nil, avec un écart type de 1,8, et les concentrations dans les espaces réduits, mal ventilés, une moyenne géométrique de 0,50 fibre/nil, avec un écart type de 3,1. La ventilation influence également la distribution des diamètres dans les échantillons d'air, la proportion de fibres en suspension (diamètre <3 pm) étant de 68% dans les locaux ouverts, ventilés, et de 84% dans les espaces réduits, mal ventilés. On a pu obtenir une différence analogue par l'utilisation d'un modèle théo rique, en supposant des conditions de ventilation constantes et en utilisant deux produits en FMA de diamètre nominal différent, c'est-à-dire 4 um et 6 um.

L'atmosphère des chantiers de construction et des combles, ou autres espaces réduits, est notoirement poussiéreuse. il n'existe toutefois aucune relation entre la concentration de poussières totales et la concentration de fibres.

Défmir un type d'exposition aux fibres dans les métiers de l'isolation est malaisé du fait de la diversité des matériaux de construction, des méthodes et des habitudes de travail. La durée des périodes d'emploi varie considéra blement selon les chantiers et les employeurs, et l'on observe une forte rotation du personnel et un chômage saisonnier. On a étudié l'exposition des membres du syndicat des menuisiers et charpentiers au Danemark, à l'aide de questionnaires. On a découvert que 60% des sujets passent 0,5 à 15% de leurs heures mensuelles de travail au contact des FMA. Aux Etats-Unis, on estime que la journée de travail typique des poseurs d'isolation comporte quatre heures d'exposition à la poussière fibreuse durant la pose même.

Les grosses fibres auxquelles les travailleurs sont exposés provoquent l'irritation de la peau, des voies respiratoires et des yeux. Les échantillons de poussière traditionnels ne conviennent pas à l'évaluation de l'exposition cutanée. Des méthodes plus efficaces sont également nécessaires pour la mesure des fibres qui provoquent l'irritation des voies respiratoires. Au niveau oculaire, on observait que la dose d'exposition aux fibres sédimen taires dépend du nombre de fibres accumulées, à son tour lié aux micro altérations épithéliales de la partie nasale de la conjonctive bulbaire.

Les fmes fibres de verre pour applications spécialisées peuvent engen drer des concentrations de fibres relativement élevées dans l'atmosphère de travail. Ainsi, on a observé des valeurs individuelles pouvant atteindre 44 fibres/nil dans une usine de papier, où la concentration de poussières totales était relativement faible.

                       

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