Audience générale, 30-XI-1988, nn. 4-6

A la pointe de son esprit, Jésus a la nette vision de Dieu et la certitude de l'union avec le Père. Mais dans les zones à la frontière de la sensibilité et donc plus sujettes aux impressions, aux émotions et aux répercussions des expériences douloureuses internes et externes, l'âme humaine de Jésus est réduite à un désert : il ne sent plus la "présence" du Père, mais fait la tragique expérience de la plus complète désolation.

(...) le Père se tait à présent. Ce silence de Dieu pèse sur le mourant comme le châtiment le plus lourd, d'autant plus que les adversaires de Jésus considèrent ce silence comme un reproche : "Il a mis sa confiance en Dieu : que Dieu le délivre maintenant s'il l'aime", car il a dit : "Je suis le Fils de Dieu !" (Mt 27,43).

Dans la sphère des sentiments et des affections, ce sens de l'absence et de l'abandon de Dieu a été la peine la plus lourde pour l'âme de Jésus, qui tirait sa force et sa joie de l'union avec le Père. Cette peine a rendu plus dures les autres souffrances. Cette absence de réconfort intérieur a été son plus grand supplice.

Mais Jésus savait que, dans cette phase extrême de son immolation, qui touchait aux fibres les plus intimes de son cœur, il complétait l'œuvre de réparation qui était le but de son sacrifice pour la réparation des péchés. Si le péché est une séparation de Dieu, Jésus devait éprouver dans la crise de son union avec le Père une souffrance proportionnée à cette séparation.

D'autre part, citant le début du psaume 21/22, que peut-être il continua de dire mentalement pendant la Passion, Jésus n'en ignorait pas la conclusion, qui se transforme en une hymne de libération et une annonce du salut apporté à tous par Dieu. L'expérience de l'abandon est donc un châtiment passager, qui laisse place à la libération personnelle et au salut universel. Dans l'âme affligée de Jésus, une telle perspective a certainement nourri l'espérance, d'autant plus qu'il a toujours présenté sa mort comme un passage vers la résurrection, comme sa vraie glorification. Et, à cette pensée, son âme reprend vigueur et joie en sentant qu'elle est proche, précisément au sommet du drame de la croix, l'heure de la victoire.

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