Ao�t 2003
4 ao�t
Comme d�habitude, je n�ai m�me pas assez de cran pour me sentir coupable. Et comme d�habitude, je me sens coupable de ne pas me sentir coupable. Je vais encore m��tirer la conscience, jongler avec les images, m�enfouir dans mes souvenirs et m��craser d�espoirs d�mentiels, jusqu�� l�usure compl�tement. Et cela, tout en sachant tr�s bien de quelle incommensurable connerie je fais preuve.
Je suis un oc�an de doutes et de croyances erron�es. J�ai vu bien des liens se faire et se casser, mais jamais se cristalliser d�une aussi �trange fa�on. Certaines choses ne meurent jamais, mais nous, les humains, n�en faisons pas partie, contrairement aux choses que nous cr�ons.
Je suis, para�t-il, une colombe. J�aurai trouv� ma blancheur quelque part d�une fa�on inattendue et aurai choisi de la porter d�une fa�on tout aussi incompr�hensible, donc. Ou alors peut-�tre est-il le seul � voir cette blancheur dont il est le premier � me parler. Avoir des plumes, et des ailes, et m�envoler�� la limite, �tre un ange!
�tre n�importe quoi qui soit � la limite entre le r�el et l�irr�el, qui est fait d�une mati�re floue et vaporeuse, visible seulement pour une infime partie d�entre nous. �tre quelque chose d�autre que ce que je suis et pouvoir m��chapper, gr�ce � une m�thode invraisemblable, aux creux dans lesquels je me sens aspir�e.
Il me faudra tenir durement mes nerfs, mais j�y arriverai parce que j�ai plus ou moins le choix. J�ai l�avantage de me sentir vivre chaque fois que je me suis sentie mourir. J�ai l�avantage d��tre jeune et j�ai l�avantage de mes h�sitations.
Il n�y a rien qui pourra me tuer, rien qui pourra d�crocher ce que je palpite, parce que j�ai des crocs en argent. Il s�y couperont les doigts, devront affronter le grand dragon en essayant de me fuir, mais je ne laisserai rien passer.
Je garderai tout l�air pur que je peux en r�serve, et je saurai voir ce qu�il y a � voir et � travers le ciel.
5 ao�t
Une m�lancolie poisseuse me colle au corps et je suis incapable de l�en arracher. C�est que tout est trop flou, vraiment trop flou pour que je puisse identifier quelque chose dans la bouillie informe que je suis. O� doivent nous mener les sentiments humains, o� devons-nous nous mener nous-m�mes?
La v�rit�, c�est que nous sommes tous fous, nous sommes tous fous et tous perdus, nous essayons de faire avec mais avec un succ�s mitig� et nous tr�buchons souvent. Et si nos chutes n��taient pas vraiment des chutes mais plut�t la cons�quence d�une �l�vation �ph�m�re? Peut-�tre que nous sommes tous des anges, � notre fa�on et � notre rythme, et nous portons nos couleurs comme des fardeaux, comme le r�sultat d�une infamie quelconque qu�il serait impossible de comprendre parce que nous ne sommes pas d�essence divine.
Il faut que ce soit un peu toutes ces d�routes qui nous fassent vivre. Il faut que ce soit un refrain �trange et affreux qui nous maintienne en vie, car nous sommes aussi une ligne musicale. Une note qui �clate comme un bouchon qui saute, comme une claque en pleine gueule, et qui secoue les veines jusqu�� la toute fin. Parce qu�il n�y a rien d�autre que cela qui compte, le bouleversement soudain des sens, peu importe le moyen utilis� pour y parvenir. Croire qu�il s�agit d�une erreur ne change rien; �a n�am�liore pas notre sort.
Et moi qui ai voulu chercher par quel chemin on trouve quelque chose de neuf, de vrai, quelque chose qui pourrait consoler de la condition qui est la n�tre. Comme si quelque chose pouvait nous mener � cet �coulement sublime de l�esprit, jusqu'� ce que nous soyons des artistes. Voir le monde � travers les yeux d�un artiste, est-ce possible sans obligatoirement quitter le monde dans lequel vivent tous les autres?
N�importe, ce n�est pas l� le but. Je ne sais pas plus en quoi consiste le fameux but, peut-�tre qu�on ne peut pas faire autrement qu��tre paum�. Tout se construit et se d�file dans notre t�te; l� doit donc se trouver le probl�me.
Mais l�esprit humain est un autre fleuron ind�chiffrable qu�on explore � t�tons, tout en y �tant profond�ment d�pendants. Et c�est l� aussi qu�on finit pas s��teindre, tu� par l�exc�s de g�nie que renferme l�univers et qui nous �touffe tranquillement.
Et si nous subsistons malgr� tout, c�est que nous ne savons pas quoi faire de mieux. Nous sommes vainqueurs sur nous-m�mes par d�faut, parce que nous ne sommes pas assez pr�sents pour qu�il y ait un risque. Peut-�tre qu�il nous en faudrait un. Assez grave pour nous �branler, assez grave pour que nous fermions les yeux sur l�humanit� et que nous essayions de rena�tre un peu plus loin. Dans de nouvelles circonstances, et avec un nouveau mode de vie scintillant comme un bijou entre les mains. Mais pour cr�er, il faut n�cessairement d�truire. Un peu de soi, un peu des autres, des id�es ou des images. Mais d�truire.
Et si nous pouvions faire une fente dans l�esprit humain et laisser s�en �chapper tous les liquides�peut-�tre est-ce un peu cela, le sexe. Ou alors juste une croisade pour l�illustrer. C�est un autre d�ballement des sens incompris. Et si nous pouvions nous ouvrir comme des coquillages et laisser entrevoir notre chair, peut-�tre que nous pourrions �voluer, parvenir � un stade neuf et lisse, qui refl�terait toutes les lumi�res dont nous avons besoin.
Des tas de choses nous parlent, sans que nous sachions les �couter. Tout est rempli de messages que nous pourrions capter si nous savions d�ployer nos antennes et d�ployer nos propres voiles. Jusqu'� atteindre un monde tout entier fait de voilures et intimement vaporeux. L�extase de la respiration � la port�e du dernier des imb�ciles et cr�� par le premier des g�nies. Les taches d�encre de Rorschach �tal�es au soleil jusqu�� ce qu�elles deviennent quelque chose d�effectivement r�el. Et les cahiers effeuill�s, d�truits jusqu'� la plus profonde inexistence. Ne plus jamais �crire une ligne, plus jamais.
La violence d�un geste pos� par tendresse ou parce qu�il n�y avait plus rien � faire, plus rien � vivre et plus rien � sauver. Je suppose que c�est alors que surgissent les malentendus et que la haine se tend comme d�infinis filets jusqu'� ce que plus personne n�en sache rien. Et c�est alors aussi que naissent les musiques nouvelles, que nous perdons nos sens et redevenons de la mati�re statique et creuse. Enferm�s dans des cocons de verre, nous pouvons �tre des artistes, mais expos�s � l�air libre, nous ne pouvons que nous d�sint�grer. Nous sommes sans suite et sans logique. Je suis sans suite et sans logique.
6 ao�t
Journ�e d�inertie la plus totale. Mentale et physique. N��tre plus qu�une carcasse parfum�e qu�on tra�ne de toute fa�on, sans savoir si cela en vaut r�ellement la peine.
Je tra�ne aussi avec moi des images et des parfums que l�on croirait sortis d�un autre monde. �pluch�s de leurs pelures d�coratives, on peut ressentir ce que les odeurs et ces images signifient. Mais il faut faire un effort. J�ai encore beaucoup d�efforts � faire avant de parvenir a une conclusion. Ensuite, je pourrai peut-�tre faire des choix. Il n�y a aucun v�ritable ultimatum; juste un grave examen de conscience. Peut-�tre que c�est maladif chez moi, peut-�tre est-ce ma seule issue. Ou alors c�est que je suis naturellement crasse. Et les atomes qui nous semblent tous �tre des ordures, il faut se convaincre que ce n�est pas le cas�et pourtant nous nous m�langeons un peu � tout ce que nous touchons puisque pendant un instant, les atomes des deux parties se rejoignent. C�est immanquable.
12 ao�t
Trop de profondeur, les muscles qui tressaillent. Et c�est alors, c�est alors qu�il surgit une temp�te, quand tous les sens seront remu�s jusqu'� la moelle et que nous ne saurons plus qui nous sommes. Infinie recherche des sens, c�est immuable comme l�univers et les sensations sont bleues, bleues ou noires quelquefois, d�pendant des nuits et des jours qui nous encha�nent, qui font fixer jusqu�� l�ombre des reflets.
L�ombre des reflets. Une subtilit� qui surprend la peau, naus�e, naus�e creuse comme une profonde rivi�re et le courant dans les veines, la mar�e haute ou basse dans la conscience
13 ao�t
Harmonie immense avec le pav� des rues, sentiment d�int�gration dans le tout que forme l�univers. Compr�hension et communion parfaite avec un motton de poils trouv� dans le lavabo de la salle de bain. Toutes les choses et les sentiments, moi y compris, tiss�s dans un vaste tissu d�harmonie. Uniquement ce mot comme un mantra : harmonie.
�tre une vague de sensations, uniquement cela, une mol�cule unique, une conscience rare. Rena�tre une fois par seconde, avoir saisi l�essence divine des choses, le regard qu�il faut porter sur la vie. J�ai senti la fraternit� dans tout ce qu�elle est, dans le sens le plus entier du mot. Je me campe dans mon �tat d�humain avec un �trange malaise. Cette peau me semble n��tre pas la mienne, mais un emprunt forc� et mal r�ussi.
Comme si j��tais dans la bonne existence, la bonne vie, mais dans le mauvais corps. Comme dans un manteau qui ne serait pas le mien.
Les diff�rences de rythme entre chaque personne�Je crois que je suis un diapason particuli�rement flexible capable de saisir les vibrations de certaines personnes. Et ce que je pourrais faire, si j�avais la chance d��tre une f�e ou un ange.
Je me sens souvent comme un ange d�phas�e, comme un ange gardien un peu perdu. Peut-�tre que nous sommes tous des anges gardiens perdus. Nous avons tous une part de bienveillance, quoique � diff�rents niveaux.
�tre orpheline de grand fr�re ne me cause plus un aussi grand deuil qu�auparavant. Peut-�tre ai-je trouv� la perc�e que je cherchais pour voir le ciel et cesser de me sentir enferm�e. Il suffit de bien peu de murs pour contraindre quelqu�un.
L�humanit� est-elle �panouie? Un fleuron ou une erreur? Et les r�ves de compr�hension, la proximit� de l�essence divine? J�aurais d� m�appeler harmonie. Jusqu�au bout des veines, jusqu�au bout des r�ves.
Malgr� tout, je crois que nous sommes profond�ment d�s�uvr�s. Toujours pr�ts � tout abandonner pour un peu d�affection.  Nous sommes orphelins ou en deuil, mais nous vivons toujours dans la douleur d�une absence. Un manque immense et insatiable, inavouable comme une faute. Nous sommes tous, les uns en face des autres, remplis � la fois de d�sir et de censure.
Nous ne savons pas nous aimer et y croire. Nos manteaux sont trop �pais et nos yeux trop perdus. Alors nous ne connaissons plus notre propre chair et il nous faut nous r� apprivoiser en entier nous-m�mes. Jusqu�au dernier centim�tre de peau.
L� est toute notre essence. Et dans les cellules, abreuvoirs infinis de l��tre, se cachent peut-�tre les particules de l��me. L�odeur de l�existence, les plumes rouges et noires de l�univers. Et tout ce qui caresse l�esprit comme un boa et remet le c�ur en place.
Comme je les aime, ces petits d�lires suspendus, une facette de moi qui ne reluis pas comme les autres et essaie de cr�er des symphonies. Et comme les vibrations qui m�entourent me font du bien. Oui, j�aurais d� m�appeler harmonie.
16 ao�t
Il faut d�truire pour cr�er, c�est l�ordre naturel des choses qui le veut. L�harmonie se tire d�un certain d�sordre qui est � l�image de l�univers. La pens�e humaine est incompr�hensible mais l�univers est rassurant par son harmonie et son ordre immense, qu�on ne peut saisir � cause de notre condition humaine. Il n�y a pas de Dieu pour nous consoler, mais un ordre supr�me qui nous d�passe. A quelque part, c�est rassurant.
M�me si le recueillement qu�on trouve dans les �glises et les temples me manque. M�me si j�aimerais pouvoir m�abandonner avec confiance � quelque chose de plus haut que moi et d�infiniment bienveillant. La religion est un confortable havre de repos. Une pause de la conscience qui refuse son r�le pour un instant et d�l�gue dans le vide les efforts qu�elle doit faire.
A quelque part, c�est le subconscient qu�on exerce par la pri�re. Il s�impr�gne des vibrations, si bien qu�� la longue nos gestes s�y conforment, puis les cons�quences de nos gestes y sont reli�es, et c�est ainsi que les pri�res s�exaucent
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