Le C�libat
La petite flamme faisait une d�chirure dans l�ambiance pos�e sous le ciel marbr�. Nous �tions cass�s et pourtant neufs, nous �tions jeunes. La petite flamme dansait toujours sous mes yeux et je me disais bon sang, comment a fait le monde pour ce rendre jusqu�ici alors que normalement, la temp�rature aurait du baisser jusqu�aux limites de la ville.
Elle a baiss� jusqu�� la limite de moi-m�me, ce qui n�est � vrai dire gu�re �tonnant. J��tais un champ de glace, d�un bord � l�autre, en surface comme en profondeur.  Je me suis demand� un instant si c��tait la petite flamme qui faisait les �tincelles dans les yeux des �tres humains qui m�entouraient ou si c��taient les �tincelles dans leurs yeux qui causaient la petite flamme
J�ai scrut� leur visage, un apr�s l�autre, et j�ai vu Son visage dans celui de chaque personne pr�sente. J�avais le calumet de la paix entre les mains, il soufflait un fumet appr�ciable, �pic�, de la bonne herbe m�avait-on dit, et nous en avions en quantit�.
J�ai lev� le calumet vers le ciel et me suis �tendu sur le dos pour Lui demander de revenir�bon dieu, m�abandonner comme �a, c�est pas possible, il ne fallait pas�je suis orphelin maintenant. Tous les autres ont une maison, un refuge, un quelque chose qui peut �tre n�importe quoi mais moi seul vais errer tout nu, sans rien pour m�abriter et sans nul refuge pour m�attendre.
Que suis-je devenu au cours des ann�es, pour que tu cesses de m�aimer? Qu�ai-je pu faire qui ait pu blesser ton amour et le regard que tu posais sur moi? Ai-je �t� si ingrat, ai-je creus� moi-m�me mon propre tombeau dans les larmes que tu versais sur mon compte? Je crois que j�ai manqu� un virage et que j�ai plong�, finalement.
Peut-�tre aussi suis-je mort. Rien ne me prouve que j�ai surv�cu � mon accident de bagnole de l�an dernier. Rien ne me le prouve. Peut-�tre ne suis-je l� que parce que je crois y �tre, comme dans le film o� il y a un petit gar�on qui voit des morts, je suis un zombi et je l�ignore.
Je me levai et jetai le crucifix de bois qui pendait � mon cou dans le feu.
- Pourquoi t�as fait �a? L��tait joli.
- Pour me venger.
Et je me fends d�un rire d�bile. J�entends quelqu�un dire qu�il y des connexions qui ne se font plus dans mon cerveau et que j�ai des cellules qu�ont cram�es avec la fum�e. Toujours possible, nous avons engouffr� tellement, tellement de fum�e que je ne savais plus o� donner du poumon. De toute fa�on, je ne sais m�me plus qui a parl� et qui a dit quoi, alors �a me glisse sur la conscience comme de l�eau sur le dos d�un canard.
Je me rappelle la derni�re sc�ne, des trucs que j�ai cass�s. J�ai regrett�, ensuite, d�avoir hurl� aussi fort, parce que les voisins ont t�l�phon� � la police. Et quand la police est arriv�e, j��tais seul et je m��tais stupidement coup� avec les d�bris de la lampe que j�essayais tant bien que mal de ramasser. Les tar�s de flics ont cru que j�avais essay� de m�ouvrir les veines et m�ont ligot� pour m�enfermer dans un hosto. C�est alors que j�ai compris que c��tait fini, qu�il n�y aurait jamais de pardon.
Cette fois, j�ai d�lib�r�ment essay� de m�ouvrir les veines, mais ce n�est �videmment pas une bonne id�e dans un h�pital, o� c�est plein de gens form�s pour sauver les gens qui s�ouvrent les veines et rempli de machins et accessoires pour les aider � y parvenir. Donc, �chec pour moi.
Il a bien fallu retourner � la maison, dans mes rues b�tonn�es, dans mes espoirs. Pour me rendre compte qu�il n�y avait plus d�espoirs non plus. Bien oblig�, puisque le pardon ne viendrait pas. C��tait fini. J�ai voulu me tourner vers le d�mon, pour me rendre compte qu�il n�y avait pas de d�mon qui sortirait d�un miroir dans une boule de fum�e et que je m��tais fait avoir.
La nuit �tait toujours marbr�e et je jetai un �il � mes cong�n�res. On pourrait mettre �a sur le compte de la g�n�ration qui nous a pr�c�d�e et qui nous a �lev�e, mais je crois que nous sommes n�s avec du brouillard dans la t�te. Notre g�n�ration en veut � ceux qui ont b�ti le monde avant eux et leur on r�chauff� une place quelque part. Nous n�avons pas choisi de na�tre et nous entendons bien le faire savoir � tous ceux qui pourraient encore l�ignorer.
Au fond, ils sont peut-�tre aussi seuls que moi, et s�ils n�ont pas encore disjonct�, c�est uniquement parce qu�ils le cachent mieux que moi. Ou quelque chose du genre, peut-�tre qu�au fond nous sommes tous morts. Je ne sais pas.
Quand on m�a retourn� chez moi et que j�ai d�couvert que le d�mon �tait le cousin de la f�e des dents, j�ai allum� des bougies partout dans mon appartement pour retourner en arri�re, pour que tout redevienne comme avant. Tout ce que j�ai r�ussi � faire, c�est � mettre le feu � la nappe. Je me sentais particuli�rement con.
Mais ce soir, tout �a est derri�re. Je me souviens vaguement la derni�re nuque que j�ai caress�e, et le soup�on d�humidit� qui colore toutes les nuits d�avril. Car mes nuits libidineuses sont toutes en avril. Je ne souffre que des souvenirs que j�ai, pas de ceux que je n�ai pas, alors en ce sens je crois que je ne regrette rien, ni les nuits pass�es seuls ni les lampes cass�es, mais seulement l�abandon.
Je me souviens vaguement aussi avoir jet� la bible dans une rivi�re, un soir o� j��tais particuli�rement � bout et exasp�r�. J�ai pri� les anges, mais le pardon ne viendra pas. J�ai hurl�, j�ai cass� des trucs, mais le pardon ne viendra pas. Non, jamais Dieu ne me reviendra.
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