Quelques légendes de la région de la Mauricie.

Pour vous rappeler ce que nos grands-parents nous raccontaient.

 

 

 

 (Saint-Zéphirin)

Une jeune fille exorcisée par le curé.

   

Le père Benoît trouvait que depuis quelque temps sa fille avait des comportements étranges; le dernier voyage qu'il avait fait avec elle en voiture avait d'ailleurs confirmé ses doutes. Comme ils circulaient  alors dans une forêt en direction du village, elle demanda à son père de s'arrêter pour faire monter dans la voiture un chien noir qui sortait du bois. Dès qu'il fut installé avec eux, toute l'équipage se mit à flotter dans les airs. le père, apeuré, jeta immédiatement le chien hors de la voiture qui, du coup retomba par terre.

Arrivé au village, le père Benoît se rendit avertir le curé de ce qui se passait. Le soir même, le curé arriva chez les Benoît avec tout l'attirail nécessaire pour exorciser. De plus, il exigea qu'on aille lui chercher un jeune cheval noir de six mois, pas plus, et qu'on le monte au premier étage, dans la chambre de la possédée; ce qui ne se fit pas sans misère.

Il dut se passer des choses bien étranges au moment où le diable sorti de la fille, car le cheval hennit et rua avec ardeur; puis soudain, par la fenêtre, on vit bondir le poulain hors de la maison pour aller atterrir à une centaine de pieds plus loin avant de s'élancer dans les eaux du lac Saint-Pierre. Il se produisit alors un bruit semblable à celui du fer rouge que le forgeron jette dans un baquet d'eau de forge, puis ce fut le silence. Le cheval était mort. La jeune fille, elle, descendit en souriant de sa chambre avec le curé, et elle remercia son père de l'avoir fait délivrer. Elle a dû passe une bien bonne vie par la suite, puisqu'une de mes tantes qui est morte religieuse, avait prononcé ses  voeux en même temps que la fille de cette ancienne possédée.

 

...Auteur Jean-Claude Dupont  du livre "légendes du coeur du Québec."

 

 

« Le cheval changé en serpent  Saint-Pierre de Sorel. »

 

Il y a pas toujours eu une église à Saint-Pierre de Sorel; les gens se rendaient ailleurs pour faire baptiser les enfants, se marier ou se faire enterrer. Un jour cependant, ils décidèrent d’en bâtir une, mais ils se demandaient bien comment charroyer la pierre, car les chevaux étaient rares dans ce temps-là.

 

Un matin, de bonne heure, le curé vit sur la grève un beau cheval flambant noir. Comme il lui avait passé la main sur la croupe et que le cheval n’avait pas bougé d’un poil, il l’amena au village.

 

Quand les hommes arrivèrent pour travailler, le curé leur dit : « Tiens, je vous ai fait venir un maître cheval; servez-vous-en pour charroyer la pierre, mais ne le débridez jamais; même pas le faire boire. »

 

D’ un voyage à l’autre, les hommes comblaient la charge, à tel point que les voitures n’étaient pas assez fortes pour résister. C’était toujours le même homme qui le menait, mais un jour qu’il n’avait pas pu venir travailler, celui qui prit sa place pour mener le cheval n’écoutait pas  les recommandations du curé. Quand il  amena le cheval près du fleuve pour le faire boire, celui-ci refusa; le gars se dit alors : « je vais le débrider, c’est sa bride qui le bâdre ». Comme il la débouclait, pouich! Le cheval se transforma en serpent et entra dans les eaux du fleuve.

 

Les hommes continuèrent de maçonner l’église, mais il manque toujours une pierre sur la façade…

 

Auteur Jean-Claude Dupont du livre "légendes du coeur du Québec"

 

                                                                       

 

« Le trésor volé par le diable. » Longue-Pointe Lac St-Pierre.

   

Depuis des années, le bruit courait qu’il y avait un trésor caché à la Longue-Pointe, au bord du lac Saint-Pierre, mais que le diable en avait la garde. On prétendait que c’était un riche célibataire anglais qui l’avait enterré là en attendant que sa parenté vienne le récupérer. Un soir, trois grands amis qui avaient consommé un peu trop de vin décidèrent de s’y rendre avec une hart de coudrier qui, selon la tradition, se mettait à bouger lorsqu’elle était placée au-dessus d’un trésor.

 

Ils se promenaient déjà depuis une bonne heure à la noirceur sur le bord du lac lorsque la hart commença à se tordre dans leurs mains. Aussitôt, à grands coups de pelle, ils se mirent à creuser. Aucun doute qu’ils allaient tirer profit de leur fouille puisqu’ils avaient pris la précaution d’amener une chandelle bénite, comme le recommandait le petit Albert; il ne fallait surtout pas non plus parler tandis que l’on creusait, cela aussi c’était écrit dans ce petit livre de magie noire.

 

Soudain, une des pelles frappa durement un objet en fer et il s’en dégagea un paquet d’étincelles qui les fit frémir de peur. Mais ils se ressaisirent vite car c’était aussi l’annonce qu’il y avait là un objet métallique.

 

Ils redoublèrent donc d’ardeur, et purent bientôt distinguer l’anse d’un grand chaudron de fer. Ils jetèrent alors leur pelle au loin, lançant un cri de joie. Mais avant qu’ils aient pu ajouter une parole, le chaudron rempli d’or surgit de lui-même hors du trou, emporté dans les airs par un grand diable qui fit entendre un ricanement moqueur…

 

Auteur Jean-Claude Dupont

Du livre légendes du cœur du Québec. Du livre légendes du cœur du Québec.

 

                                              

LA GRAND-MÈRE QUI DÉLIVRE SES VOISINS

(Saint-Grégoire)

Deux hommes transformés en loups-garous sont délivrés par une grand-mère qui veut défendre son mari.

 

Une fois, mes grands-parents revenaient, en voiture à cheval, d'une soirée de danse. Ils avaient veillé un peu tard et mon grand-père faisait trotter son cheval pour ratrapper le temps perdu. Ils n'étaient pas trop rassurés car à cette époque-là, les curés défendaient la danse et il arrivait parfois des incidents au retour de ces soirées. Comme de fait, en passant devant une croix de chemin située non loin de leur maison, deux gros chiens noirs sautèrent dans leur <<borleau>>. Ces animaux-là devaient être bien lourds à transporter car le cheval avait maintenant peine à tirer la voiture.

Enfin arrivé chez lui, le vieux se dépêcha de dételer son cheval puis il s'approcha de la voiture et de mit dans la tête de jeter les chiens en bas du <<borleau>>. Pas moyen de les faire bouger. Mon grand-père souleva alors la voiture et la versa sur le côté. Furieux, les chiens se mirent à pourchasser mon grand-père qui eut tout juste le temps de grimper sur le toit de la grange. Ils allaient réussir à l'agripper pour le projeter en bas du bâtiment, quand il se décida à appeler ma grand-mère à son secours. Heureusement, celle-ci s'empara d'une fourche et réussit à piquer le bout du nez des loups-garous. Aussitôt, les bêtes disparurent et à leur place surgirent deux de leurs voisins. Mon grand-père les garda à coucher et les amena se confesser le lendemain matin. Il les reconduisit ensuite à leur épouse qui remercièrent mon grand-père d'avoir délivré leur mari qui couraient le loup-garou depuis sept ans

Puis, quelques jours plus tard, ma grand-mère est allée rencontrer ces <<créatures-là>>; elle leur a dit de na pas se gêner, de se servir de la fourche au besoin si leur mari recommencaient à <<courir le loup-garou>>.

 

lES SOULIERS DU GÉANT MAILLOT.

(Deschaillons)

Les enfants du géant Mailhot glissent dans les souliers de leur père.

 

Modeste Mailhot mesurait sept pieds et quatre pouces de hauteurs, quatre pied de tour de cuisse et trois pieds six pouce de tour de mollet. Il avait un ventre de sept pieds de circonférence et pesait six cent dix-neuf livres. Ses pieds étaient si longs qu'en hiver ses enfants glissaient dans ses souliers.

Lorsqu'il mourru en 1834, âgé de soixante-huit ans, il fallut douze des ses voisins pour porter son cercueil en terre.

On raconte qu'un jour, des hommes qui travaillaient à construire la route à Deschaillons s'étaient heurtés à une grosse pierre qu'ils voulaient enlever du chemin; ils avaient tenté sans succès de la bouger, même en y attelant deux chevaux. Ils décidèrent donc d'aller dîner et de s'y attaquer ensuite.

Mais Modeste Mailhot, le géant de Deschaillon, vint à passer par là à ce moment et leur joua un tour: il s'adossa à la pierre et la roula hors de la route. Puis, pour surprendre davantage les travailleurs de la voirie, il inscrivit son nom dans la pierre au moyen de ses doigts.

Homme de grande douceur, il n'acceptait cependant pas la raillerie. Un jour que des pêcheurs n'arrivaient pas à monter sur la rive leur barque remplis de poissons. Modeste s'y accrocha et la tira sur la terre ferme. Un des pêcheurs ayant dit :<<À grosse forces, ptite tête>>, le géant posa le pied devant la barque et la fit reculer à perte de vue sur le fleuve. Puis il leur dit:<< À plusieurs têtes, petites forces; allez chercher votre poissons au large>>.

Une autre fois, son voisin Adam, renommé lui aussi pour sa force physique, lui reprocha de ne point vouloir se mesuere à lui. Mailhot lui répondit:<<Va à confesse et reviens avec ton offre, je t'enverrai au ciel>>.

  AUTEUR JEAN-CLAUDE DUPONT  DU LIVRE LÉGENDES DU COEUR DU Québec

                                                                    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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