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Les rendez-vous du cinéma québécois
"Mon amie Max" de Michel Brault

Le Soleil
Arts et spectacles
Mardi, 15 février 1994
Par Marie Delagrave


La souffrance d'une âme brimée par les conventions sociales

Ouvrant, ce soir, les Rendez-vous du cinéma québécois à Québec, Mon amie Max est un film profondément triste. S'appuyant sur le thème de l'adoption, le cinéaste Michel Brault livre une oeuvre de fiction toute en souffrance, en colère et en révolte, émotions fortes qu'exprime l'actrice Geneviève Bujold avec sa sobriété habituelle.

L'histoire de Mon amie Max est racontée par Catherine Mercier (Marthe Keller), amie d'enfance de Marie-Alexandrine (Max pour les intimes), jouée par Bujold. Bien que Catherine soit sage et Max audacieuse, toutes deux sont liées, adolescentes, par leur amour pour la musique, alors qu'elles étudient le piano au Conservatoire de Québec.

 

Le drame éclate le soir où Max gagne le premier prix du concours de fin d'année. Encore imprégnée par l'innocence de l'enfance, elle révèle à sa mère (Rita Lafontaine) qu'elle est enceinte. À 16 ans. Le Québec des années 60 n'étant guère favorable à des expériences sexuelles aussi précoces, surtout lorsqu'elles produisent un tel fruit, la jeune fille est forcée d'abandonner son bébé. « C'est la seule chose raisonnable à faire dans les circonstances », lui intime sa mère.

 

Max vit le vol de son enfant comme une trahison. Avec sa blessure ouverte, elle fuit sa carrière prometteuse et son milieu pour ne revenir que 25 ans plus tard. On ne sait rien de ce qu'elle a fait entre son départ de Québec et son retour, rien... sauf une tentative de suicide.

Elle s'installe chez Catherine, devenue une pianiste de concert réputée. Les deux femmes ont du mal à retrouver leur complicité d'hier, d'autant plus que Max vit constamment derrière ses verres fumés, à l'abri des coups que pourrait encore lui asséner la vie.

Max veut retrouver son fils. Sa quête connaît des embûches, mais son issue prend des accents psychanalytiques que Freud n'aurait surtout pas reniés. Un sérieux tabou en prend ici pour son rhume...

 

Québec en arrière-scène

Offrant des images inédites de Québec, tout le film repose sur les épaules de Geneviève Bujold, sur son rôle de femme déchirée, à la fois fragile et insensible, cherchant désespérément à rencontrer cet enfant (aujourd'hui un adulte) qui lui a été enlevé.

Certains imputent à cette actrice une froideur de marbre. Mais il s'agit bien davantage d'un volcan endormi, qui attend son heure pour cracher son fiel... ou son miel. Geneviève Bujold donne en fait l'impression de jouer son propre rôle de femme usée et désabusée par la vie. Elle remportait samedi, à la clôture des 12es Rendez-vous du cinéma québécois à Montréal, le prix Guy-L'Écuyer (meilleur acteur ou actrice).

 

Il faut d'autre part saluer le jeu de la jeune Johanne McKay, qui interprète Max à 16 ans. Elle recevait d'ailleurs, samedi, le prix Luce-Guilbault, remis à un jeune acteur prometteur. Intense, vivante, nuancée, Johanne McKay nous fait connaître et aimer celle qui, 25 ans plus tard, farouche et impénétrable, a du mal à communiquer son désespoir.

 

Mon amie Max offre d'autre part de belles scènes entre Bujold et Michel Rivard (dont on découvre les talents d'acteur dans Scoop). Cet orphelin aide Max à accomplir le chemin que sa propre mère n'a pas voulu faire vers lui.

 

Le film de Michel Brault (Les ordres, Les noces de papier, Shabbat Shalom) aurait pu sombrer dans le pathétique, ou encore servir de mode d'emploi à tous ceux et celles qui sont à la recherche de leur mère biologique. Mon amie Max (prix SARDEC pour le meilleur scénario, signé Jefferson Lewis) ne suit ni l'un ni l'autre filon, misant plutôt sur le parcours erratique d'une âme brisée par les conventions sociales. Avec un dénouement qui nous laisse sur notre faim.

 

MON AMIE MAX, fiction de Michel Brault. Scén. : Jefferson Lewis. Phot. : Sylvain Brault. Mus. : François Dompierre. Int. : Geneviève Bujold, Marthe Keller, Johanne McKay, Marie Guillard, Michel Rivard, Rita Lafontaine. Canada-France. 1994. 107 min. Ce soir, en primeur, au cinéma des Galeries de la Capitale, puis à compter de vendredi.

© 1994 Le Soleil. Tous droits réservés.

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