Les évènements marquants de l'Année 2003

Le Moyen-Orient, plus que jamais zone des grandes fractures du monde

Bien que traditionnellement considéré comme une poudrière, jamais le Moyen-Orient n'est autant apparu comme la zone de fractures du monde avec un conflit israélo-palestinien interminable, la guerre en Irak et ses conséquences imprévisibles et une vague d'attentats sanglants.

L'armée américaine n'aura mis que trois semaines en avril pour envahir l'Irak et faire tomber Saddam Hussein avec une facilité déconcertante. Mais l'occupation de l'Irak est souvent perçue dans la région comme une main-mise américaine sur le Moyen-Orient, attisant un antagonisme déjà fort dans l'opinion arabo-musulmane à l'égard de l'Occident.

Tandis que les forces de la coalition sont la cible d'attaques incessantes et meurtrières de la guérilla en Irak, les images de la capture de Saddam Hussein ont été ressenties comme une humiliation de plus par de nombreux Arabes qui voyaient dans le dictateur déchu un symbole du courage d'un chef arabe osant défier la toute-puissante Amérique.

C'est dans ce Moyen-Orient devenu un sol fertile pour les extrémistes islamistes et leurs sympathisants que se sont produits des attentats qui ont fait un grand nombre de morts, pour la plupart musulmans. Cette vague d'attentats a ensanglanté la région, de la péninsule arabique jusqu'à la Turquie, après un appel en février d'Oussama ben Laden, chef du réseau terroriste Al-Qaïda, à s'en prendre à des dirigeants arabes et musulmans traités d'"apostats à la solde des Croisés et des juifs".

Le renversement de Saddam Hussein n'a pas pour le moment provoqué de chaos généralisé chez les voisins de l'Irak, mais pour certains régimes autoritaires, sa chute a sonné comme un avertissement dans une région plus que jamais déchirée entre traditions, immobilisme, poussées islamistes et désirs de démocratisation, fascination et rejet de l'Occident. "L'Irak est devenu le laboratoire du monde pour de nombreux sujets essentiels" tels que le totalitarisme, la démocratie, l'identité nationale, les minorités ethniques, la place de la femme dans la société ou le choc des religions, estime Abdoul Monaem Saïd, directeur du Centre d'études politiques et stratégiques du journal égyptien Al-Ahram.

"Le monde trouvera peut-être quelques unes des réponses à ses questions du moment dans ce qui se passera en Irak" dans les mois à venir, ajoute-t-il. Après les attentats du 11 septembre 2001, "l'Amérique a décidé de relever le défi et de changer la gouvernance dans cette partie du monde restée sclérosée et réfractaire aux changements, alors que le reste du monde a changé", souligne Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes à Paris. "L'Amérique a voulu bousculer la mauvaise gouvernance en Irak pour en faire un modèle exportable dans le reste de la région" mais "l'application n'en a pas été très heureuse jusque-là", ajoute-t-il. Le 11 septembre a engendré "des ondes de choc sur la très longue durée", l'intervention en Irak ayant "ouvert un chantier colossal qui touche à tout : les droits de l'Homme, les droits de la femme, la sécurité, la gouvernance. Tout sera concerné par la nouvelle donne", explique M. Basbous. "Le monde arabo-islamique doit maintenant vivre sa révolution qui lui est imposée de l'étranger", dit-il.

Parallèlement à cette crise, loin de trouver une solution, le conflit israélo-palestinien s'est aiguisé en 2003 avec la poursuite du cycle des attentats sanglants anti-israéliens et des représailles israéliennes, tandis que l'échec est jusqu'à maintenant patent pour la Feuille de route, le grand plan international visant à relancer le processus de paix.

Mais sur ce sujet, une lueur d'espoir est apparue avec l'annonce solennelle le 1er décembre de l'"Initiative de Genève", plan non officiel qui règle dans le détail ce que serait le résultat final d'un accord de paix : statut de Jérusalem, retour des réfugiés, sort des colonies juives de peuplement. Ce plan, dont les promoteurs sont les anciens ministres israélien Yossi Beilin et palestinien Yasser Abed Rabbo, a reçu l'appui de nombreuses personnalités dans le monde, y compris celui du secrétaire d'Etat américain Colin Powell, mais la route semble encore bien longue et incertaine avant un accord de paix.

Le débat sur la laïcité relancé par l'affaire du voile islamique

Les images de madone de jeunes filles voilées ont accompagné durant toute l'année 2003 un de ces débats de société dont la France a le secret et que le discours solennel du président Jacques Chirac sur la laïcité devrait relancer de plus belle.

En accédant au souhait des chefs d'établissements de voir interdire à l'école par la loi ce signe "ostensible" d'appartenance religieuse et symbole selon ses détracteurs de la ségrégation sexuelle, la commission Stasi qui a travaillé à la demande de Jacques Chirac se doutait qu'elle ne ferait pas l'unanimité.

Baptisé "foulard" ou "voile islamique", enserrant strictement le visage ou discrètement noué en bandana autour de la chevelure, ce bout de tissu porté par une minorité agissante de jeunes musulmanes a enflammé la classe politique et divisé le monde associatif après avoir provoqué le trouble chez les enseignants. L'avis du Conseil d'Etat de 1989, qui confiait aux équipes enseignantes le soin de gérer les conflits dans leur établissement, avait eu pour résultat de limiter le nombre de contentieux devant les tribunaux mais aussi de transformer chaque conflit en bataille d'usure.

Au début de 2003, c'est une élève de seconde du lycée La Martinière de Lyon qui met le feu aux poudres. Les enseignants, s'estimant lâchés par le rectorat qui cherche un compromis avec l'adolescente, se mettent en grève. L'affaire intervient dans un climat dégradé, marqué par la montée des tensions communautaires et des incidents antisémites à l'école, contre lesquels le ministre de l'Education Luc Ferry appelle le 5 février à "la plus grande fermeté". Il se déclare opposé "à titre personnel" au port du foulard mais son prédécesseur Jack Lang est déjà allé plus loin le 27 janvier en réclamant une loi. Dans le même temps, la marche "Ni putes ni soumises" met en lumière les pressions parfois subies par les filles dans les quartiers-ghettos pour porter le voile.

Dorénavant, la question s'invitera à chaque débat politique. Elle prend un tour passionnel quand le 19 avril, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy est copieusement sifflé au rassemblement national de l'UOIF (union des organisations islamiques de France) après avoir rappelé l'obligation de poser tête nue sur les photos d'identité. Le ministre est alors sévèrement critiqué jusque dans son camp pour avoir fait entrer l'UOIF, considérée comme la principale représentante du fondamentalisme musulman, au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui vient de naître sous ses auspices. Parallèlement, les contentieux ont commencé à toucher l'entreprise et les prises de position pour ou contre une loi se multiplient.

Début juin, le président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré (UMP) décide de créer une mission d'information sur les "signes religieux" à l'école, une formulation vague qui ne trompe personne. Jacques Chirac choisit un positionnement plus large en nommant le 1er juillet une "commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité dans la République", présidée par Bernard Stasi, le médiateur de la République. Elle doit faire des propositions pour "donner toute sa force, au sein de l'école républicaine, à l'exigence de laïcité", et réfléchir aux limites de l'expression des convictions religieuses de chacun "sur son lieu de travail, dans les lieux publics ou au sein des services publics".

Quand la commission commence ses auditions en septembre, un maelstrom médiatique s'est déclenché à la suite du cas d'Alma et Lila, deux lycéennes d'Aubervilliers (Seine-St.-Denis), exclues pour avoir voulu aller en classe en tenue islamique. Ces deux soeurs, de père juif athée et de mère kabyle baptisée chrétienne mais agnostique, vont incarner la génération "c'est mon choix" qui revendique hautement sa liberté, mais on parle moins de la fillette voilée de 11 ans exclue le 27 novembre de son collège à Thann (Haut-Rhin) après des semaines de pourparlers avec la famille.

La commission Stasi a dressé un tableau plutôt sombre des dérives communautaristes qui se nourrissent des discriminations subies par une partie de la jeunesse issue de l'immigration. Mais entre partisans du rappel à la règle et partisans du dialogue avant tout, le débat continue.

Une année folle en Corse avant des élections-clé en 2004

Arrestation spectaculaire d'Yvan Colonna, interpellation de Charles Pieri, camouflet du non au référendum, attentats en série, "trêve" d'une partie des clandestins: 2003 aura été une année folle pour la Corse, avant des élections territoriales qui pourraient, en mars, voir les nationalistes monter en puissance.

4 juillet 2003: des policiers du RAID déguisés en randonneurs bondissent en plein maquis sur l'assassin présumé du préfet Claude Erignac. Yvan Colonna est arrêté, au terme de quatre années de cavale durant lesquelles il était inscrit au rang d'ennemi public numéro 1 de la République. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy exulte.

Deux jours plus tard, les Corses disent non, à 50,78%, à la création d'une "collectivité territoriale unique", nouveau statut qui renforçait son autonomie. Une vaste coalition contre nature soutenait pourtant le oui, faite d'une grande partie de la droite et de la gauche, alliées pour la circonstance aux nationalistes, clandestins compris. "La victoire du non est un échec pour moi", confesse M. Sarkozy.

Les deux événements précipitent une laborieuse union des nationalistes et creusent davantage encore les divisions à droite et à gauche : le puissant PRG se scinde en deux. A droite, les barons se déchirent. Résultat : on n'attend pas moins de cinq ou six listes à droite comme à gauche aux territoriales de mars. Cette balkanisation risque fort, lors du renouvellement de l'Assemblée de Corse, de donner aux nationalistes le titre très convoité de premier parti de l'île, tandis que la région pourrait se trouver encore moins facilement gouvernable que sous l'actuelle mandature.

Les nationalistes publics -indépendantistes et autonomistes- se rabibochent en effet à marche forcée. Les modérés obtiennent une trêve du principal mouvement clandestin : le 14 novembre, le FLNC-Union des Combattants (FLNC-UC), qui désire "accompagner" l'union, annonce dans le maquis qu'il "suspend" ses "actions militaires", "sans condition de lieu ni de temps".

M. Sarkozy et les élus corses jouent les Saint-Thomas.

Quinze jours plus tôt, le ministre qui louait jusqu'alors les vertus du dialogue a durci le ton. Il avoue sa "naïveté" d'avoir cru possible la discussion avec "certains" nationalistes et s'en prend désormais aux "nationalistes mafieux", qu'il oppose aux "nationalistes sincères".

Le 14 décembre, Charles Pieri, considéré comme l'un des leaders les plus influents du FLNC-UC, est interpellé et transféré à Paris. Nicolas Sarkozy rêve de le voir "tomber comme Al Capone", ont écrit plusieurs journaux au rythme des perquisitions "financières" menées en novembre notamment contre ses proches, également interpellés. Les nationalistes, modérés comme indépendantistes, hurlent à la provocation et accusent M. Sarkozy de vouloir les diviser avant les élections. Ils assurent qu'une liste unique, qu'ils annoncent pour début janvier, leur permettra de récolter 30% des voix. Les observateurs avertis les créditent de 20 à 30%.

Même si cela ne suffit pas pour prendre les rênes de l'Assemblée, ce serait, jugent nombre de Corses, un nouveau coup dur pour l'image de l'île aux yeux du reste des Français, pour le gouvernement et pour M. Sarkozy. Depuis la trêve du FLNC-UC, le rythme des attentats a marqué le pas. Après l'arrestation de Colonna et le verdict, jugé "inique" par les nationalistes, dans le procès du reste du commando Erignac le 11 juillet (de 15 ans à perpétuité), les bombes explosaient quasi-quotidiennement.

Le bilan 2003 s'établit finalement à 273 attentats ou tentatives à ce jour, politiques et crapuleux confondus, contre 252 en 2002. Les quelques attentats depuis la trêve ont toutefois été commis avec des quantités d'explosifs impressionnantes. Les enquêteurs les mettent à l'actif du second mouvement clandestin, le FLNC dit "du 22 octobre" qui, lui, n'a pas décrété de trêve.

L'Europe empêtrée dans les crises

L'Union européenne a volé de crise en crise en 2003, déchirée par ses dissensions sur la guerre en Irak, le pacte de stabilité et les conflits d'intérêts qui ont fait capoter son projet de Constitution.

La construction européenne n'avait plus connu une telle "annus horribilus" depuis 1999 et la démission de la Commission de Bruxelles dirigée par le Luxembourgeois Jacques Santer, victime d'affaires de fraude. L'échec le 13 décembre du sommet de Bruxelles, qui a renvoyé sine die l'adoption de la première Constitution européenne, a marqué le paroxysme d'un an de psychodrames et fait partir du mauvais pied la future Europe, élargie à 10 nouveaux membres le 1er mai 2004.

"Au fur et à mesure que l'Europe s'élargit, les esprits se rétrécissent", ironise le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Pour certains pays, "l'intérêt national paraît plus important que l'intérêt européen", regrette le doyen en exercice des dirigeants européens. L'incapacité de la future Union à 25 à s'entendre sur le code de conduite apte à lui assurer le rang d'"acteur mondial" qu'elle revendique ouvre une période d'incertitudes porteuse de nouveaux conflits et du risque d'émergence d'une Europe à plusieurs vitesses.La relance des négociations en 2004 est promise au télescopage avec les délicats pourparlers sur le futur budget 2007-2013 de l'UE.

Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, à la tête de l'UE au second semestre 2003, ne s'est lui-même guère activé à empêcher les 25 d'emmener dans le mur leur projet constitutionnel. Le compromis qu'il assurait avoir "dans la poche" n'était qu'un coup de bluff. L'Histoire retiendra avant tout de sa présidence l'esclandre déclenchée à sa prise de fonctions en juillet, lorsqu'il avait comparé un eurodéputé allemand trop critique à son goût à un gardien de camp de concentration nazi.

L'échec du sommet de Bruxelles et les frasques du Cavaliere ne sont toutefois que deux d'une longue série d'avatars qui ont jeté une lumière crue au long de l'année sur les déchirements des Européens. L'euphorie du sommet de Copenhague, qui avait entériné en décembre 2002 le futur élargissement, s'est rapidement dissipée. Dès le début 2003, les nuages de la crise irakienne reviennent à vive allure.

Dans une "lettre des Huit", Royaume Uni, Espagne, Portugal, Italie, Danemark, Pologne, République tchèque et Hongrie s'alignent le 30 janvier sur la position belliciste de Washington à l'égard de Saddam Hussein. Ils sont suivis peu après par les autres futurs membres de l'UE à 25. Le président français Jacques Chirac, chef de file du "camp de la paix" avec le chancelier allemand Gerhard Schroeder, reproche aux nouveaux adhérents d'avoir "perdu une bonne occasion de se taire".

L'impossibilité à dégager une position commune est vécue comme un échec personnel par le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère. "C'est la vie, on ne peut pas aller plus loin pour l'instant", confesse publiquement Javier Solana. Le 20 mars, quelques heures après le début de la guerre, les 25 se retrouvent au sommet dans une ambiance au couteau, attisée un mois plus tard par un "mini-sommet" à quatre, où Français, Allemands, Belges et Luxembourgeois affichent leur souhait d'une défense européenne autonome de l'Otan.

Il leur faudra attendre juin et le sommet de Salonique (Grèce) pour retrouver une sérénité relative. A Luxembourg, l'UE s'entend même sur une réforme majeure de sa politique agricole commune (PAC). Mais les divisions réapparaissent à l'automne sur le front économique. Le 25 novembre, Paris et Berlin, appuyés par une majorité de leurs partenaires de la zone euro, s'affranchissent des règles du pacte de stabilité, à la grande fureur de la Commission européenne et des petits pays aux finances vertueuses.

L'euro s'envole en 2003 grâce à la politique du dollar... faible

L'euro a progressé de 20% face au dollar en 2003, une envolée qui consacre la devise européenne comme alternative crédible au billet vert et surtout confirme l'avènement de la politique du dollar... faible pour relancer l'économie américaine.

Jamais depuis sa création en 1999, l'euro n'avait évolué à de tels niveaux, établissant même depuis la mi-novembre un nouveau record historique quasiment chaque jour.

Sur les écrans des terminaux scrutés par les cambistes, la courbe de l'euro face au dollar progresse de façon régulière depuis début 2003: depuis son plus bas historique de septembre 2000, la monnaie unique a bondi de 51,25% face au billet vert.

"Ce n'est pas tant l'euro qui a progressé que le dollar qui s'est affaibli", met toutefois en garde Audrey Childe-Freeman, économiste de la Banque canadienne impériale de commerce (CIBC).

"La première partie de l'année a été dominée par les questions géopolitiques, notamment la guerre en Irak, qui ont pesé sur le dollar", détaille Kamal Sharma, économiste de la banque Dresdner Kleinwort Wasserstein (DKW).

"Une fois la guerre terminée, l'attention du marché s'est focalisée de nouveau sur les indicateurs économiques, ce qui s'est traduit par un rebond du dollar et de la bourse de New-York", ajoute cet économiste.

Les trois mois qui ont suivi la victoire militaire en Irak des forces de la coalition ont permis au dollar de se refaire une santé: malmené jusque là --le 27 mai, l'euro grimpe au niveau sans précédent de 1,1938 USD--, le billet vert rebondit jusqu'à 1,0855 USD pour un euro le 3 septembre.

"Mais, note Kamal Sharma, ce rebond fut une anomalie dans un contexte généralisé de recul du dollar. Car à partir de là, l'euro s'est engagé dans une course folle, accélérée par le sommet du G7".

Pour les cambistes, l'événement important de l'année 2003 a eu lieu du 19 au 21 septembre à Dubaï lors de la réunion des ministres des Finances des sept plus grandes puissances (G7).

Dans son communiqué final, le G7 a appelé à une plus grande "flexibilité des taux de change pour les principaux pays ou zones économiques", une allusion à la Chine qui accroche artifiellement sa monnaie au dollar, et au Japon qui intervient fréquemment pour atténuer les mouvements du yen.

Cet appel du G7 a été interprété comme une victoire pour les Etats-Unis et un abandon de fait de leur politique du dollar fort, pourtant toujours endossée officiellement par l'administration Bush.

"Il est devenu évident pour tout le monde sur le marché que le dollar était un instrument de relance de l'économie américaine", explique Umberto Alvisi, économiste de la banque Crédit suisse First Boston (CSFB).

"Les indicateurs qui suggèrent que l'économie américaine progressent fortement passent au second plan: le dollar doit s'ajuster pour permettre la création d'emplois et la relance de l'activité", poursuit cet économiste.

Une analyse partagée par Steven Pearson, économiste au groupe bancaire HBOS, qui ajoute que "l'euro a été la principale devise à profiter d'un environnement négatif pour le dollar".

"Le billet vert a pâti de la combinaison de deux facteurs: un énorme déficit de la balance américaine des comptes courants et des taux d'intérêts américains très bas", ce qui a incité les investisseurs étrangers à éviter les placements aux Etats-Unis.

Mais ce cercle vicieux pour le dollar -- taux d'intérêts de la Réserve fédérale à 1%, baisse des investissements étrangers moins rénumérés, creusement des déficits -- pourrait connaître ses derniers moments.

"L'euro est en train de connaître l'ultime étape de sa phase d'appréciation face au dollar", prévient Steven Pearson.

"Il va encore grimper peut-être encore de 10 à 15% face au dollar pour culminer à 1,30 USD en juin 2004, avant de reculer jusqu'à 1,15 USD fin 2004", prédit l'économiste de HBOS.

L'aventure du Concorde s'est achevée en 2003

La grande aventure commerciale de l'avion supersonique franco-britannique Concorde, commencée en 1969, a pris fin en 2003 avec l'arrêt des vols décidés par les deux seules compagnies qui l'exploitaient, Air France et British Airways.

Après avoir annoncé simultanément, le 10 avril, qu'elles interrompaient leurs liaisons transatlantiques supersoniques, les compagnies aériennes française et britannique ont respectivement mis fin le 31 mai et le 24 octobre à leur exploitation du Concorde pour des raisons essentiellement économiques.

L'avion chéri des stars et des hommes d'affaires fortunés, n'était pas parvenu à retrouver le faible niveau de rentabilité qui était le sien avant le crash d'un appareil d'Air France à Gonesse (Val d'Oise, près de Paris), le 25 juillet 2000, qui avait fait 113 morts. Le "grand oiseau blanc", pleuré de part et d'autre de la Manche, mais "structurellement déficitaire" selon ses exploitants, payait au prix fort le violent contre-coup du 11 septembre sur le transport aérien international.

Les derniers exemplaires de cet avion, l'unique appareil commercial capable de relier New York au Vieux Continent en trois heures et demie, dont deux heures et demie en mode supersonique, sont désormais exposés dans des musées à travers le monde. Deux ventes aux enchères exceptionnelles ont achevé de disperser les pièces les plus caractéristiques du Concorde, notamment son nez effilé et ses légendaires moteurs Olympus, conçus par les motoristes britannique et français Rolls-Royce et Snecma. Une vente organisée, début décembre, par la maison Bonhams, devant un millier d'amateurs et professionnels, à Londres, a totalisé 600.000 livres (868.000 euros) destinés à des organismes caritatifs. Une autre organisée chez Christie's à Paris mi-novembre avait totalisé près de 3,3 millions d'euros.

L'appareil, développé en commun par des ingénieurs français et britanniques, était capable de transporter 92 passagers à 2.300 km/h. Il avait effectué son premier vol d'essai le 2 mars 1969. Les premiers vols commerciaux avaient eu lieu le 21 janvier 1976, l'un reliant Paris à Rio de Janeiro pour Air France, tandis que British Airways avait inauguré la liaison Londres-Bahrein. Son envol a été freiné par maints obstacles préfigurant les difficultés ensuite rencontrées par les concepteurs du supersonique qui ne fut jamais un succès commercial. Au cours des années qui suivirent le lancement du programme, les compagnies étrangères qui avaient pris des options ne les avaient pas transformées en commandes fermes. Puis, en avril 1973, le vol supersonique avait été interdit aux Etats-Unis par la Federal Aviation Administration.

Le Concorde, seul supersonique de transport civil, n'a pas de successeur à l'horizon: ni le constructeur européen Airbus ni son rival américain Boeing n'ont de réelles ambitions dans ce domaine et le projet du français Dassault Aviation d'un jet d'affaires supersonique reste en veille. Mais malgré sa disparition, le supersonique lègue un héritage indirect.

Dans son livre consacré à Concorde, André Turcat, pilote d'essai français de l'appareil, rappelle que "la poêle en téflon de la ménagère, les rotules en tissu de fibres de verre imprégné pour les foreuses en mer, les machines-outils ou les bateaux de plaisance, les barres de poussée et les bielles dans l'automobile ont largement bénéficié des mises au point du Concorde".

Drames et succès ont marqué 2003, année-clé pour la conquête spatiale

Avec ses drames et ses succès, l'année 2003 a été l'année la plus marquante dans l'histoire de la conquête spatiale depuis que l'homme a posé le pied sur la Lune en 1969.

Les douze derniers mois auront vu en effet l'émergence de la Chine en tant que puissance spatiale, la catastrophe de la navette américaine Columbia, le lancement de trois missions vers la planète Mars et quelques beaux succès dans le domaine de l'astronomie, tout comme les doutes croissants de la communauté scientifique sur l'utilité de la Station spatiale internationale (ISS).

"Nous sommes à un moment-clé", estime Doug Millard, responsable de la technologie spatiale au Musée de la Science, à Londres. "Les options qui seront prises dans les années à venir trouveront sans doute leurs racines dans ce qui s'est passé pendant cette année 2003", ajoute-t-il. La Nasa est en première ligne dans ce repositionnement stratégique, après la perte de Columbia le 1er février. La cause immédiate de l'accident a été identifiée: un morceau d'isolant s'est détaché du réservoir et a frappé l'aile gauche de Columbia, causant un dommage qui devait être fatal aux sept astronautes de l'équipage lors de la rentrée dans l'atmosphère.

Mais au-delà de l'accident de la navette, le deuxième en dix-sept ans, c'est toute la stratégie de la Nasa et son identité qui se trouvent sous le feu des critiques. Pour certains, l'agence spatiale américaine a tout simplement perdu sa culture d'excellence. Les ingénieurs qui avaient émis des doutes sur l'impact possible du lancement n'ont pas été entendus. La Nasa va maintenant devoir faire face à un véritable dilemme: que faire d'une flotte vieillissante, à la fois gouffre financier et moyen de transport dans l'espace peu fiable?

L'avenir de l'ISS figure également en bonne position dans les problèmes auxquels est confrontée la Nasa. La Station spatiale internationale, dont les Etats-Unis sont les plus gros contributeurs, est depuis longtemps critiquée par les scientifiques qui y voient un gouffre financier, alors que des résultats comparables pourraient être obtenus avec des vols automatiques, beaucoup moins chers. Aujourd'hui, le programme de l'ISS est gelé et les équipages qui se relaient à bord sont réduits au strict minimum.

Mais si les Etats-Unis se posent des questions sur l'utilité des vols habités, la Chine s'est lancée sans hésitation dans l'aventure. Les 15 et 16 octobre, le premier taïkonaute, Yang Liwei, effectuait 14 fois le tour de la Terre, marquant l'entrée solennelle de la Chine, qui vise un atterrissage sur la Lune en 2010, dans le club très fermé des pays capables d'envoyer un homme dans l'espace.

Au cours de cette année 2003 particulièrement agitée, quelques succès ont également été enregistrés sur le front de l'astronomie. Ainsi, le nouveau télescope spatial à infrarouge de la Nasa, qui devrait permettre d'étudier des objets célestes indétectables par les télescopes actuels, a été lancé le 25 août et fonctionne parfaitement. La Nasa a également rendu publique des images stupéfiantes des premiers moments du cosmos, prises par la sonde WMAP, qui confirment que notre univers est âgé de 13,7 milliards d'années.

Enfin, 2003 aura également été une "année martienne": la planète rouge est passée cet été à "seulement" 55 millions de kilomètres de la Terre, alors que la distance la plus grande peut atteindre 400 millions de kilomètres. Cette proximité, qui ne se vérifie que tous les deux ans, explique l'empressement des agences spatiales à tenter l'aventure martienne. L'Europe spatiale a ainsi réussi sa première expédition interplanétaire, en plaçant le jour de Noël une sonde en orbite autour de Mars. Mais le succès de Mars Express a été quelque peu obscurci par le silence persistant de son compagnon au sol, le petit atterrisseur britannique Beagle-2. Deux sondes américaines, Spirit et Opportunity, vont suivre de peu et atteindre en janvier la planète rouge.

Bilan sportif 2003: en toute logique industrielle

L'année 2003 a démontré que le sport de haute compétition ne se conçoit plus désormais que dans une logique industrielle où la victoire est le fruit d'une stratégie technique et financière dont le coût, énorme, est justifié par les retours sur investissement.

Une évolution qui ne se démentira pas en 2004 avec deux des événements les plus porteurs en terme d'audience TV, les JO d'été à Athènes et le Championnat d'Europe des nations de football au Portugal.

Berceau du rugby, l'Angleterre a réalisé en 2003 le Grand Chelem dans le Tournoi des six nations et remporté la Coupe du monde qui, depuis sa création en 1987, n'avait jamais quitté l'hémisphère sud. Un succès total qui résulte d'une approche hyper-professionnelle avec de gros moyens mis au service d'une opération planifiée autour de trois hommes, le sélectionneur Clive Woodward, le capitaine Martin Johnson et le buteur d'élite Jonny Wilkinson.

Alors même que les retombées de la victoire au Mondial n'en sont qu'à leurs prémices, le chiffre d'affaires de la Fédération anglaise de rugby (RFU) a augmenté de 21% en 2002/03 pour dépasser désormais les cent millions d'euros.

Des chiffres qui éludent le facteur humain et certains dérapages dans le conditionnement des athlètes telle, par exemple, la préparation para-militaire imposée aux joueurs du XV d'Afrique du Sud contraints de ramper nus dans la brousse, de plonger d'hélicoptère dans un lac glacé ou de boxer les uns contre les autres les yeux bandés.

La victoire d'Alinghi, un bateau battant pavillon de la Suisse, pays enclavé, dans la Coupe de l'America, le plus ancien des trophées sportifs, le plus prestigieux de la marine à voile, est encore plus caractéristique. Un magnat de l'industrie pharmaceutique, Ernesto Bertarelli, a pioché dans une douzaine de pays pour constituer le meilleur équipage possible sans regarder à la dépense ni se soucier de la nationalité des recrues. Cela lui a permis de ravir la Coupe à la Nouvelle-Zélande, pays de marins, grâce en grande partie à un skippeur néo-zélandais, Russell Coutts. L'épreuve devant obligatoirement être organisée en mer, la prochaine édition (prévue pour 2007 mais dont les régates préliminaires débuteront dès 2004) ne pouvait avoir lieu en Suisse. La ville espagnole de Valence a décroché la timbale et en attend un impact économique d'environ 1,5 milliard d'euros sur les quatre années.

En Formule 1, la piste appartient désormais en exclusivité aux grands constructeurs automobiles qui en ont évincé les gentlemen bricoleurs d'antan dépourvus de la surface financière et technique nécessaire pour ambitionner la victoire. Archétype de l'athlète professionnel, l'Allemand Michael Schumacher a profité du système mis en place par Ferrari-Fiat pour devenir le plus titré des pilotes de F1. Avec une sixième couronne mondiale acquise en 2003, il a renvoyé à sa légende l'Argentin Juan Manuel Fangio, champion du monde à cinq reprises en des temps plus romantiques.

Le cycliste américain Lance Armstrong gère lui aussi sa carrière en homme d'affaires avec un objectif annuel unique: le Tour de France. Il a encore réussi dans son entreprise en 2003 et rejoint le club des quintuples vainqueurs de la Grande Boucle. Un nouveau succès en 2004 ferait de lui l'unique détenteur du record de l'épreuve.

Le football est depuis plusieurs années entré dans l'ère industrielle. Il ne s'en cache plus: le milliardaire russe Roman Abramovitch s'est offert le club londonien de Chelsea et les investisseurs se bousculent pour entrer dans le capital des équipes les plus cotées du championnat anglais, Manchester United et Arsenal notamment. Le transfert au Real Madrid de l'Anglais David Beckham, joueur le plus médiatique du moment, a été conçu et réalisé comme une opération de promotion publicitaire. Ultime hommage, involontaire, rendu à l'Américain Marck McCormack, pionnier du marketing sportif, décédé à l'âge de 72 ans.

Longtemps dernier bastion de l'amateurisme dans le sport, le Comité international olympique (CIO) est désormais le gestionnaire d'une multinationale. Le réseau américain de télévision NBC, déjà détenteur des droits TV des JO pour le marché américain jusqu'en 2008, a renouvelé son bail jusqu'en 2012 contre un chèque de deux milliards de dollars.

Soucieux de conserver au sport sa valeur marchande, donc sa crédibilité, le même CIO a été à l'origine à la fin des années 90 d'un projet planétaire de lutte contre le dopage qui a abouti en 2003 à l'adoption encore bien informelle d'un Code universel qui, sous la houlette de l'Agence mondiale antidopage (AMA), devrait régenter règlements et sanctions au niveau global.

Mais cette institution - à but non lucratif - a bien du mal à subsister. Les gouvernements censés participer à son financement à parts égales avec le CIO traînent les pieds et elle n'a pu compter en 2003 que sur les deux tiers de son budget annuel, pourtant bien modeste (20 millions de dollars) en regard des milliards brassés par le sport de haute compétition.

Entre la nécessité d'éviter que les joutes sportives ne deviennent des affrontements entre champions de laboratoire et le besoin de préserver l'audience grâce à des exploits athlétiques spectaculaires, la voie est étroite. Le double impératif d'un environnement médical toujours plus surveillé et d'un niveau de performance toujours plus élevé en a épuisé plus d'un.

A 32 ans, l'Américain Pete Sampras, vainqueur de 14 tournois du Grand Chelem en tennis, a annoncé sa retraite. La Suisse Martina Hingis, ex-N.1 mondiale chez les dames, en a fait de même. A 22 ans. Adieux à la compétion aussi pour le triple sauteur britannique Jonathan Edwards (37 ans) et la championne olympique du 400 m, l'Australienne Cathy Freeman (30 ans).

Exception qui confirme la règle, le nageur russe Alexander Popov a, lui, réalisé à 31 ans un retour inattendu au plus haut niveau avec trois médailles d'or (50 m, 100 m et 4x100 m nage libre) aux Championnats du monde.

Une belle revalorisation de son action avant Athènes.

Sexe et rumeurs: 2003, énième année de scandales pour les Windsor

Allégations d'ordre sexuel, révélations d'un ancien valet, défaillances des services de protection: les scandales n'auront pas épargné la famille royale britannique en 2003, au point d'éclipser les 50 ans du couronnement d'Elizabeth II ou la naissance d'une petite Louise Windsor.

Pour la souveraine, âgée de 77 ans, l'année aura fini comme elle avait commencé: par une opération d'un cartilage au genou. Droit, le 13 janvier, puis gauche, le 12 décembre. Les médecins ont profité de ce dernière intervention pour retirer une grosseur "bénigne" au-dessus d'un sourcil.

Mais entre ces deux hospitalisations, c'est toute la monarchie britannique qui a semblé malade et incapable de trouver le bon remède pour enrayer le désintérêt croissant des Britanniques pour cette institution. L'héritier du trône d'Angleterre, le prince Charles, s'est retrouvé malgré lui au coeur d'allégations sordides l'impliquant dans un "incident" d'ordre sexuel avec l'un de ses anciens serviteurs. Début novembre, Charles a dû prendre la décision sans précédent de démentir publiquement ces rumeurs par l'intermédiaire de son secrétaire particulier, alors même que la justice avait interdit à la presse de parler de cette affaire.

A l'origine de cette injonction, un ancien assistant personnel du prince, Michael Fawcett, lui-même impliqué dans un scandale concernant la revente de cadeaux officiels. Fawcett a présenté sa démission en mars à la suite d'une enquête interne, qui avait révélé de "graves dysfonctionnemnts" au sein du palais de Charles.

Un autre ancien serviteur de la famille royale est venu jeter un pavé dans la mare royale: Paul Burrell, ex-majordome de Diana, a publié en octobre un livre controversé sur la princesse de Galles. Burrell avait déjà défrayé la chronique fin 2002 en étant blanchi, grâce à une intervention in extremis de la reine Elizabeth, du vol d'objets ayant appartenu à Diana. Cette fois, l'ancien "confident" a fait les gros titres de la presse britannique en assurant notamment que Diana avait confié dans une lettre, dix mois avec de mourir dans un accident de la route en août 1997 à Paris, qu'elle craignait d'être victime d'un attentat déguisé en accident.

L'année 2003 a également révélé d'inquiétantes failles dans le système de sécurité des palais royaux. Au château de Windsor (ouest de Londres) tout d'abord, où un acteur de rue déguisé en Oussama ben Laden a fait sensation en s'"invitant" à la fête donnée par le prince William pour ses 21 ans. Mais surtout au palais de Buckingham, où un journaliste du tabloïd Daily Mirror est parvenu à se faire embaucher comme valet de pied, grâce à un CV grossièrement falsifié, peu avant la visite d'Etat du président américain George Bush du 18 au 21 novembre, qui a séjourné au palais."J'aurais pu empoisonner la reine ou le président américain", avait ensuite expliqué le journaliste dans un dossier d'une quinzaine de pages, assorti de photos de l'intimité du palais -boîtes "Tupperware" de céréales comprises.

Face à cette accumulation de scandales, les rares bonnes nouvelles sont presque passées inaperçues. Le 2 juin, un an après les célébrations fastueuses du Jubilé marquant son demi-siècle de règne, la reine Elizabeth a fêté plus discrètement les 50 ans de son couronnement lors d'une cérémonie à l'abbaye de Westminster. Cinq mois plus tard, le 8 novembre, naissait le premier enfant de Sophie Rhys-Jones et du prince Edward, fils cadet de la souveraine. Mais la naissance de Louise Alice Elizabeth Mary Mountbatten-Windsor, qui aurait pu être l'événement royal de l'année finissante, a été reléguée au second plan médiatique par le scandale touchant son oncle Charles.




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