Le Moyen-Orient, plus que jamais zone des grandes fractures du monde

Bien que traditionnellement considéré comme une poudrière, jamais le Moyen-Orient n'est autant apparu comme la zone de fractures du monde avec un conflit israélo-palestinien interminable, la guerre en Irak et ses conséquences imprévisibles et une vague d'attentats sanglants.

L'armée américaine n'aura mis que trois semaines en avril pour envahir l'Irak et faire tomber Saddam Hussein avec une facilité déconcertante. Mais l'occupation de l'Irak est souvent perçue dans la région comme une main-mise américaine sur le Moyen-Orient, attisant un antagonisme déjà fort dans l'opinion arabo-musulmane à l'égard de l'Occident.

Tandis que les forces de la coalition sont la cible d'attaques incessantes et meurtrières de la guérilla en Irak, les images de la capture de Saddam Hussein ont été ressenties comme une humiliation de plus par de nombreux Arabes qui voyaient dans le dictateur déchu un symbole du courage d'un chef arabe osant défier la toute-puissante Amérique.

C'est dans ce Moyen-Orient devenu un sol fertile pour les extrémistes islamistes et leurs sympathisants que se sont produits des attentats qui ont fait un grand nombre de morts, pour la plupart musulmans. Cette vague d'attentats a ensanglanté la région, de la péninsule arabique jusqu'à la Turquie, après un appel en février d'Oussama ben Laden, chef du réseau terroriste Al-Qaïda, à s'en prendre à des dirigeants arabes et musulmans traités d'"apostats à la solde des Croisés et des juifs".

Le renversement de Saddam Hussein n'a pas pour le moment provoqué de chaos généralisé chez les voisins de l'Irak, mais pour certains régimes autoritaires, sa chute a sonné comme un avertissement dans une région plus que jamais déchirée entre traditions, immobilisme, poussées islamistes et désirs de démocratisation, fascination et rejet de l'Occident. "L'Irak est devenu le laboratoire du monde pour de nombreux sujets essentiels" tels que le totalitarisme, la démocratie, l'identité nationale, les minorités ethniques, la place de la femme dans la société ou le choc des religions, estime Abdoul Monaem Saïd, directeur du Centre d'études politiques et stratégiques du journal égyptien Al-Ahram.

"Le monde trouvera peut-être quelques unes des réponses à ses questions du moment dans ce qui se passera en Irak" dans les mois à venir, ajoute-t-il. Après les attentats du 11 septembre 2001, "l'Amérique a décidé de relever le défi et de changer la gouvernance dans cette partie du monde restée sclérosée et réfractaire aux changements, alors que le reste du monde a changé", souligne Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes à Paris. "L'Amérique a voulu bousculer la mauvaise gouvernance en Irak pour en faire un modèle exportable dans le reste de la région" mais "l'application n'en a pas été très heureuse jusque-là", ajoute-t-il. Le 11 septembre a engendré "des ondes de choc sur la très longue durée", l'intervention en Irak ayant "ouvert un chantier colossal qui touche à tout : les droits de l'Homme, les droits de la femme, la sécurité, la gouvernance. Tout sera concerné par la nouvelle donne", explique M. Basbous. "Le monde arabo-islamique doit maintenant vivre sa révolution qui lui est imposée de l'étranger", dit-il.

Parallèlement à cette crise, loin de trouver une solution, le conflit israélo-palestinien s'est aiguisé en 2003 avec la poursuite du cycle des attentats sanglants anti-israéliens et des représailles israéliennes, tandis que l'échec est jusqu'à maintenant patent pour la Feuille de route, le grand plan international visant à relancer le processus de paix.

Mais sur ce sujet, une lueur d'espoir est apparue avec l'annonce solennelle le 1er décembre de l'"Initiative de Genève", plan non officiel qui règle dans le détail ce que serait le résultat final d'un accord de paix : statut de Jérusalem, retour des réfugiés, sort des colonies juives de peuplement. Ce plan, dont les promoteurs sont les anciens ministres israélien Yossi Beilin et palestinien Yasser Abed Rabbo, a reçu l'appui de nombreuses personnalités dans le monde, y compris celui du secrétaire d'Etat américain Colin Powell, mais la route semble encore bien longue et incertaine avant un accord de paix.


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