Elisabeth de Hesse, Grande Duchesse de Russie (1864-1918)
par Jes�s Ibarra
Traduction francaise par Madelayne Robitaille
Version Anglais
English Versio
n
Rentrer Reine Victoria
Grande Duchesse Elisabeth (Ella)
Serge Alexandrovitch, Grand Duc de Russie
Elizabeth de Hongrie est n�e en 1207 � Bratislava (maintenant en Slov�quie) et �tait la fille de Andreas II, roi de Hongrie. En 1220, elle �pousa Ludwig, h�ritier du tr�ne de Thuringie qui deviendrait plus tard le landgrave Ludwig IV. Elizabeth �tait d�chir�e entre son amour pour son mari et sa compassion pour les pauvres. La l�gende dit qu'elle rencontra un jour un l�preux et l'amena chez-elle; elle le baigna, le nourrit et le fit se reposer dans le lit marital. Quand son mari furieux repoussa les draps, ce n'est pas le l�preux qu'il vit mais une image du Christ crucifi�. Apr�s la mort de Ludwig en 1227, Elizabeth quitta la cour de Thuringie et alla vivre � Marburg o� elle donna toutes ses possessions aux pauvres, fonda des h�pitaux et entra dans l'ordre de St-Fran�ois, passant le reste de sa vie � soigner les malades et � aider les indigents. Elle mourut en 1231 et fut canonis�e en 1235 par le pape Gr�goire IX. Sa fille Sophie fut la m�re du premier landgrave de Hesse, Henry I. L'histoire de l'anc�tre de son mari, St-Elizabeth de Hongrie, fit une profonde impression sur la princesse Alice de Grande-Bretagne qui avait �pous� le prince Louis de Hesse Darmstadt. Le 1er novembre 1864, Alice donna naissance � son second enfant qu'elle fit baptiser du pr�nom de la sainte. Elizabeth Alexandra Louise Alice �tait son nom complet mais, on se contentait de la surnommer Ella. Alice ne savait pas � quel point la vie de sa fille allait �tre similaire � celle de Ste-Elizabeth. Elizabeth eut une enfance prot�g�e et sans souci avec sa soeur a�n�e Victoria � laquelle elle �tait tr�s attach�e. En 1866, durant le conflit austro-prussien, la princesse Alice envoya Victoria et Ella � Windsor o� elle croyait qu'elles seraient plus en s�curit� sous la protection de leur grand-m�re, la reine Victoria. Les fillettes pass�rent sept semaines en Angleterre et retourn�rent chez-elles � la fin de la guerre. Ella �tait ravie de revoir sa m�re et de d�couvrir qu'elle avait une nouvelle soeur, Irene, n�e quand elle et Victoria �taient en Angleterre. Des trois fillettes, Ella �tait la plus jolie et elle se montrait plus docile que Victoria. Darmstadt re�evait les fr�quentes visites de l'imp�ratrice Marie de Russie, grande-tante d'Ella et soeur de son grand-p�re, le prince Charles de Hesse. L'imp�ratrice Marie �tait l'�pouse du tsar Alexander II et, quand elle venait � Darmstadt, elle amenait g�n�ralement ses deux jeunes fils, Serge et Paul l�g�rement plus �g�s qu'Elizabeth. Serge et Elizabeth s'attach�rent imm�diatement l'un � l'autre. En 1870, une autre guerre d�vasta l'Europe, le conflit franco-prussien. Ce fut la premi�re fois qu'Elizabeth constata la r�alit� de la guerre. La princesse Alice passait son temps � soigner les soldats bless�s et Ella �tait en contact direct avec la souffrance. Parmi les enfants de Hesse, l'a�n�e, Victoria �tait celle qui menait ses soeurs. Elle �tait 'gar�on manqu�' alors qu'Elizabeth �tait plut�t f�minine. En grandissant, elle commen�a � se rebeller contre les r�gles �tablies par Victoria et les deux soeurs se partag�rent d�sormais l'autorit�. En novembre 1878, tous les enfants de Hesse, sauf Ella, attrap�rent la dipht�rie. Ella, accompagn�e de sa gouvernante Margaret Hardcastle Jackson, fut envoy�e chez sa grand-m�re paternelle afin d'�viter qu'elle ne soit contamin�e � son tour. Le grand-duc Louis tomba malade. La princesse Alice soigna sa famille et contracta finalement la maladie. La cadette May, mourut le 16 novembre suivie dans la tombe par sa m�re le 14 d�cembre. Le reste de la famille gu�rit. Quand Elizabeth put enfin revoir sa famille, elle �crivit: 'Ce fut une rencontre terriblement triste, personne n'osait parler de ce qui pr�occupait ses pens�es. Pauvre papa qui avait l'air si mis�rable. Ernie, tr�s p�le mais calme, qui ne r�alise pas encore, comme chacun de nous, que ce qui semble �tre un horrible r�ve est r�el'. � partir de ce moment, la reine Victoria veilla sur ses petits-enfants orphelins comme une m�re l'aurait fait. Plus elle se dirigeait vers l'adolescence, plus Elizabeth devenait attirante aux yeux des hommes, elle allait �tre tr�s belle. Il existait une �cole pr�paratoire pour l'arm�e � Darmstadt et bient�t, plusieurs jeunes anglais se mirent � visiter r�guli�rement les filles de Hesse. Le premier homme qui posa les yeux sur Elizabeth fut lord Charles Montagu, fils de la duchesse de Manchester, une amie de la princesse Alice, qui �tait � Darmstadt pour y �tudier l'allemand. Un autre anglais, Henry Wilson, qui allait plus tard se distinguer comme soldat, �crivit � propos d'Elizabeth: 'Elle �tait la plus belle des cr�atures de Dieu que j'ai jamais vues'. En 1879, Elizabeth attira l'attention de son cousin, le prince Wilhelm de Prusse (futur empereur Wilhelm II). Wilhelm �tait un visiteur r�gulier � Darmstadt et durant ses visites, les enfants de Hesse devaient supporter ses mani�res arrogantes. Il devint profond�ment amoureux d'Elizabeth; il la voulait toujours � ses c�t�s, assise pr�s de lui, jouant avec lui ou l'�coutant discourir. Il lui �crivit m�me des po�mes d'amour qu'il lui envoyait de Bonn o� il �tudiait. Mais, tous ses efforts n'eurent aucun r�sultat parce qu'Ella ne ressentait aucune attirance envers lui. Elle le trouvait arrogant et tyrannique au point de le d�tester, de plus, elle n'�prouvait aucun enthousiasme � l'id�e de devenir imp�ratrice d'Allemagne. Elle ha�ssait le militarisme et le formalisme de la cour prussienne. Elle refusa donc poliment l'offre de Wilhelm. Malgr� tout, il conserva longtemps la photo d'Ella dans son bureau. Quatre mois plus tard, il �pousait Augusta de Schleswig-Holstein, une petite-fille de la demi-soeur de Victoria, Feodora et, il refusa de revoir Elizabeth. Si Elizabeth avait �pous� Wilhelm, la destin�e de l'Europe aurait peut-�tre �t� diff�rente; elle croyait fortement aux id�es lib�rales de son grand-p�re, le prince Albert, comme sa tante Vicky (la m�re de Wilhelm). Comme Vicky le fit avec son mari, elle aurait pu influencer Wilhelm afin qu'il oriente sa politique vers l'Angleterre et non contre elle et, la premi�re guerre mondiale aurait pu �tre �vit�e. En septembre 1879, la tante du grand-duc Louis, l'imp�ratrice Marie de Russie, vint � Darmstadt afin de prendre quelque repos apr�s avoir �t� tr�s malade. Ses deux fils, Serge et Paul, amis d'enfance de Ella, l'accompagnaient. Quand le grand-duc Serge aper�ut Ella, devenue une jeune femme, il l'aima instantan�ment. Serge �tait grand et mince, il avait une figure agr�able, les yeux verts et il portait une courte barbe. C'�tait un homme solitaire, profond�ment religieux et dot� d'un esprit artistique. La premi�re impression que Victoria et Ella �prouv�rent envers les deux fr�res fut que ceux-ci �taient ennuyeux. En octobre, ils rentr�rent en Russie. Durant les deux ann�es qui suivirent, une s�rie de terrifiants �v�nements se produisirent en Russie qui allaient rev�tir une importance primordiale pour l'avenir d'Ella. L'imp�ratrice Marie, tr�s malade, �tait couch�e dans sa chambre � l'�tage du Palais d'Hiver alors que le tsar Alexander II �tait au rez-de-chauss�e avec son beau-fr�re, le prince Alexander de Hesse et les fils du prince, Louis et Alexander quand une terrible explosion se produisit dans la salle � d�ner. Heureusement, personne ne fut bless�. L'imp�ratrice Marie �tait si malade qu'elle n'entendit pas l'explosion, celle-ci avait �t� caus�e par une bombe plac�e dans le Palais pour tuer le tsar. L'imp�ratrice Marie mourut le 3 juin sans que personne ne soit pr�sent � son chevet. Quelques semaines plus tard, Alexander II �pousa sa ma�tresse Ekatherina Dolgoruki. Le 31 mars 1881, Alexander, en chemin pour rentrer au Palais d'Hiver subiit un autre attentat, cette fois-ci, il n'�chappa pas � la mort. Un terroriste nihiliste avait jet� une bombe vers le carrosse du tsar, Alexander n'�tais pas bless� mais, quand il d�barqua du carrosse pour voir ce qui se passait, un autre terroriste lan�a une seconde bombe. Cette fois, le corps du tsar fut d�chiquet� et son visage d�figur�. Toujours vivant, il fut transport� imm�diatement au Palais d'Hiver o� il mourut quelques heures plus tard. Le grand-duc Serge �tait en Italie au moment de l'assassinat de son p�re. Il avait toujours beaucoup aim� celui-ci et, pour lui, la personne du tsar �tait sacr�e, personne ne devait y poser les mains. Une haine irr�sistible contre les terroristes et le courant r�volutionnaire monta en lui et, � partir de cet instant, il d�cida de d�fendre le pouvoir autocratique du tsar. Il prit les commandes du r�giment Preobrazhensky et y imposa une discipline toute personnelle. Dans ce r�giment pr�valait les beuveries o� l'alcool coulait � flots et aussi une camaraderie si profonde entre les hommes qu'elle prenait parfois des allures d'homosexualit�. Un des passe temps favoris des membres du r�giment �tait de courir nus dans la neige en pleine nuit en hurlant comme des loups tout en engloutissant du champagne. On dit que c'est Serge qui eut l'id�e de ce loisir. C'est � cette �poque qu'on commen�a � soup�onnert que Serge �tait homosexuel. En 1882, Serge et son fr�re Paul se rendirent en Hesse. Cette fois, Elizabeth le vit sous un autre jour, elle le vit comme un homme �prouv� par la perte r�cente de ses parents. Elle avait ressenti la m�me chose lors de la mort de sa m�re. Elle �tait �galement attir�e par sa culture et par son sens religieux, elle devint amoureuse. Elle conservait quand m�me encore quelques doutes car elle n'aimait pas la Russie et sa grand-m�re, la reine Victoria, qui avait toujours d�test� les russes lui conseilla d'�viter cette union. Elle prit finalement sa d�cision et accepta d'�pouser Serge.
Grande Duchesse Elisabeth, religieuse de l'ordre de Ste. Marthe et Ste. Marie, dont elle est la fondatrice.
Soeur Varvara
Le 13 octobre 1883, Elizabeth �crivit � la reine Victoria: 'Ch�re grand-maman, j'ai bien peur que cette lettre ne vous cause pas autant de plaisir que je l'aimerais mais, elle concerne mon bonheur et vous avez toujours �t� tr�s gentille avec moi. J'aimerais que vous sachiez ce que je pense de Serge... Je serai heureuse avec lui... nous avons les m�mes go�ts et, m�me si certaines de ses opinions me d�plaisent, ne pensez-vous pas, ch�re grand-maman, que je puisse lui aider � s'am�liorer? Nous avons tous deux �prouv� le grand chagrin de perdre quelqu'un que nous aimions et cela nous a rapproch�. Je pense savoir ce que je fais... s'il vous pla�t, pardonnez moi si ce que je ferai devait vous vexer.' Bien s�r, Victoria fut choqu�e et elle �crivit � Victoria, la soeur d'Ella: 'Cette ch�re Ella est vraiment changeante et peu fiable, elle m'a dit combien elle ha�ssait les russes, elle a refus� Serge 3 fois et maintenant, elle l'accepte et oublie tout le reste'. L'annonce officielle des fian�ailles d'Elizabeth au grand-duc Serge fut faite le 26 f�vrier 1884 en pr�sence du fr�re de Serge, le tsar Alexander III et de son �pouse, l'imp�ratrice Maria Fedorovna qui d�cora Ella de l'ordre de Ste-Catherine et lui offrit une broche de diamants et de saphirs. Serge lui donna un ch�le et un bracelet qui avait appartenu � sa m�re. La reine Victoria finit par accepter cette union et elle �crivit une lettre � Ella pour lui donner sa b�n�diction. Plus tard, Ella visita la reine � Windsor. Victoria lui donna une multitude de conseils et d'avertissements sur sa vie de femme mari�e en Russie. Elizabeth et Serge se mari�rent le 14 juin 1884 � St-Petersburg. Elizabeth portait les bijoux de la Grande Catherine, un diad�me serti d'un diamant rose, un collier de diamants, de lourdes boucles d'oreille en forme de cerises. Elle portait sur la t�te un voile de dentelles recouvert d'une couronne �carlate d�cor�e d'une croix et couverte de diamants. Les nouveaux mari�s pass�rent leur lune de miel dans une propri�t� (Illinskoe) que Serge avait h�rit�e de sa m�re et situ�e � 10 milles de Moscou. Il devint rapidement �vident pour Elizabeth que Serge n'�prouvait aucune attirance physique pour elle. Elle est toujours demeur�e tr�s discr�te � ce sujet. Il n'existe aucune preuve tangible de l'homosexualit� de Serge mais, le fait que toutes les femmes de la famille de Ella se soit toujours montr�es extr�mement fertiles et qu'elle demeura sans enfants rend la chose presque certaine. Malgr� tout, Ella �tait d�termin�e � 'aimer, honorer et ob�ir � son �poux'. � mesure que le temps passait, l'adoration qu'elle avait �prouv�e pour Serge se transformait en amour fraternel, elle l'aimait maintenant comme elle avait aim� son p�re ou son fr�re. Serge lui montrait �galement un amour paternel, il ne cessait de lui offrir des bijoux et des v�tements co�teux. Elizabeth voulait d�sesp�r�ment avoir des enfants et, son espoir d'am�liorer les opinions de Serge se heurta � un mur, celui-ci �tait inflexible et ses vues politiques demeur�rent irr�vocables, Elizabeth dut donc abandonner l'espoir d'assouplir le caract�re de son mari. Elle se r�fugia dans la religion. Elle avait l'habitude d'assister aux services luth�riens mais, en 1888, elle fit un voyage en Terre Sainte qui allait bouleverser sa vie. Ste-Magdalen, une �glise russe orthodoxe avait �t� b�tie � J�rusalem au pied du Mont des Oliviers, c'�tait un m�morial en l'honneur de la m�re de Serge, l'imp�ratrice Marie. Alexander III demanda � ses fr�res Serge et Paul de le repr�senter lors de la cons�cr�ation de l'�glise et Elizabeth se joignit � eux en septembre 1888. Elle �crivit � son fr�re: 'Vous ne pouvez vous faire une id�e de la joie que cel� repr�sente de visiter tous ces endroits saints, d'emprunter les m�mes routes que celles sur lesquelles notre Seigneur a march� et v�cu. Vous ne pouvez imaginer quelle impression profonde cel� m'a fait d'entrer dans le Saint S�pulcre'. C'est � cet endroit qu'Elizabeth pria pour avoir un enfant. Lors de la cons�cr�ation de l'�glise Ste-Magdalen, l'�motivit� du service religieux orthodoxe lui fit douter de la religion luth�rienne et elle commen�a � croire que la religion russe �tait la vraie religion. � son retour � St-�tersburg, Ella �tait une autre personne, elle avait d�couvert que l'orthodoxie offrait l'approche la plus directe avec Dieu. Elle �crivit � son fr�re: 'J'adore mon nouveau pays et j'apprend � aimer sa religion'. Ses nouveaux int�r�ts envers l'orthodoxie lui aid�rent � se rapprocher de son �poux. Ils passaient ensemble de longues soir�es � Illinskoe � lire des ouvrages orthodoxes et Serge lui expliquait les points obscurs de la doctrine. Le 1er janvier 1891, Ella �crivit � son p�re � propos de la d�cision qu'elle avait prise de se convertir. Le grand-duc Louis en fut choqu� et lui r�pondit avec col�re: 'Dieu vous prot�ge et vous pardonne si vous vous trompez'. D'un autre c�t�, sa soeur Victoria et sa grand-m�re la reine comprenaient sa d�cision. Quelques jours plus tard, Elizabeth se convertit � l'orthodoxie et devint 'la vraie croyante grande-duchesse Elizabeth Feodorovna'. Apr�s sa conversion, Ella prit l'habitude de prier parmi les paysans ce qui la rendit tr�s populaire. Le prince Nicholas de Gr�ce �crivit � son sujet: 'Apr�s sa conversion son caract�re se teinta d'un m�lange d'id�alisme et de mysticisme qui, ajout� � son charme naturel, faisait que tous ceux qui entraient en contact avec elle l'adoraient. La propagation du radicalisme et des doctrines nihilistes, socialistes et marxistes parmi les �tudiants de Moscou forc�rent le tsar Alexander III � adopter une politique de r�pression et il croyait que l'homme id�al pour d�velopper cette politique �tait son fr�re, le grand-duc Serge, il le nomma donc gouverneur-g�n�ral de Moscou. Serge et Elizabeth quitt�rent donc St-Petersburg et s'install�rent � Moscou. Bient�t, Serge se mit � exercer sa politique de la plus brutale des mani�res. Il ordonna que 20,000 juifs soient exil�s de la ville o� ils vivaient et que ceux qui choississaient de rester pour quelque raison que ce soit soient trait�s le plus durement possible; les jeunes filles juives furent forc�es de s'enregistrer comme prostitu�es si elles d�siraient rester � Moscou. De s�v�res restrictions furent aussi impos�es aux �tudiants et aux professeurs des universit�s. Avec ces mesures, Serge se fit un nombre incalculable d'ennemis. Pour Elizabeth, ce fut une d�sagr�able surprise que de d�couvrir ce c�t� sombre du caract�re de Serge qu'elle d�testa imm�diatement. Elle le croyait bon chr�tien, incapable de telles cruaut�s et elle commen�a � prendre ses distances vis-�-vis lui, de son c�t�, il entreprit de s'entourer d'amis excentriques. La vie d'Elizabeth devint plus solitaire � Moscou qu'elle ne l'avait �t� � St-Petersburg. Elle se d�voua � amasser de l'argent pour les gens qui crevaient de faim; elle visita les h�pitaux, les prisons et les orphelinats. Elle tenta m�me de b�tir un refuge pour accueillir les m�res c�libataires et leurs enfants ill�gitimes. Sa popularit� croissait et cel� compensait un peu l'impopularit� de Serge. Durant l'�t� de 1891, le fr�re de Serge, le grand-duc Paul et son �pouse, Alexandra de Gr�ce ainsi que leur fille Marie, �g�e de un an vinrent s'installer � Illinskoe avec Serge et Elizabeth. Alexandra �tait la fille du roi George 1 de Gr�ce qui �tait lui-m�me le fr�re de la tsarine et de la reine Olga, petite-fille du tsar Nicholas I et cousine au premier degr� de Serge, elle �tait donc apparent�e de pr�s � la famille russe imp�riale. Elle avait �pous� Paul en 1889 et �tait devenue la meilleure amie d'Elizabeth. Quand elle visita Illinskoe en 1891, elle attendait son second enfant. Un matin, Alexandra marcha de la maison jusqu'� la rivi�re Moscou et sauta dans un bateau qui sillonnait la rivi�re, sans s'en rendre compte, elle venait d'enclencher le processus d'accouchement. Le soir m�me, elle fut prise de douleurs, bien en avance sur la date pr�vue pour la naissance. On ne trouva pas de docteur aux alentours et elle dut �tre aid�e par une sage-femme. Alexandra tomba dans le coma et demeura inconsciente pendant 6 jours au bout desquels elle mourut en donnant naissance � un fils pr�matur�. Le grand-duc Paul �clata en sanglots et Serge le prit dans ses bras. Elizabeth et Serge prirent en charge l'orphelin. Il fut appel� Dimitri. Ella �crivit � la reine Victoria: 'C'est un adorable petit gar�on bien gras avec un caract�re des plus joyeux'. Plus tard, Paul amena l'enfant avec lui � St-Petersburg mais, � chaque mois de d�cembre, ils venaient passer No�l avec Elizabeth et Serge. La plus jeune soeur d'Elizabeth, Alix, avait rencontr� le tsarevitch lors du mariage de la premi�re en 1894, Alix avait alors 14 ans. Plus tard, les deux jeunes gens se rencontr�rent de nouveau alors qu'Alix visitait sa soeur, Nicholas �tait devenu amoureux d'Alix mais celle-ci n'�tait pas certaine des sentiments qu'elle �prouvait envers lui. Ella l'a toujours encourag� � accepter Nicholas. Un des obstacles majeurs � cette union aux yeux d'Alix �tait le changement de religion. Ella ne fut pas for��e d'embrasser la foi orthodoxe puisque Serge se trouvait bien loin sur la liste de succession au tr�ne mais, l'�pouse de l'h�ritier direct devrait inmanquablement se convertir � la religion de son �poux. Ella essaya d'expliquer la doctrine orthodoxa � Alix, elle lui pr�ta m�me des livres. Elle fit tout ce qui �tait en son pouvoir pour la convaincre. Finalement, lors du mariage de son fr�re Ernest � Cobourg la m�me ann�e (1894), Alix et Nicholas se fian��rent. � partir de l�, les �v�nements se pr�cipit�rent; le tsar Alexander III mourut la m�me ann�e, Alix se convertit � la foi russe et elle �pousa Nicholas devenu le tsar Nicholas II. Elle devint l'imp�ratrice Alexandra Feodorovna. Alexandra avait toujours �t� timide, elle n'aimait pas participer aux c�r�monies de la cour et � tout autre �v�nement o� elle aurait � interagir avec d'autres personnes, ce trait de sa personnalit� la rendait plut�t impopulaire. De plus, elle ne s'entendait pas avec sa belle-m�re, l'imp�ratrice douairi�re, qui ne comprenait pas qu'Alexandra, en tant qu'imp�ratrice r�gnante ait pr�s�ance sur elle. Elizabeth, conciliante, tenta d'arranger les choses. Elle passa beaucoup de temps avec sa soeur et son beau-fr�re. Elle assista m�me Alexandra quand elle donna naissance � son premier enfant (la grande-duchesse Olga) en 1895. Lors du couronnement de Nicholas et d'Alexandra en 1896, un grand festin fut offert aux paysans en l'honneur du nouveau tsar � Khondynka Meadows pr�s de Moscou. Serge, en tant que gouverneur g�n�ral de Moscou, fut charg� d'organiser ce festin pendant lequel on donnerait au peuple de la bi�re et des cadeaux. Aux premi�res lueurs de l'aube, le 30 mai, un demi-million de personnes s'�taient assembl�es � Khondynka. Serge avait seulement pr�vu 16 hommes pour faire r�gner l'ordre parmi la foule. Soudaint, une rumeur se mit � circuler � l'effet qu'il n'y aurait pas assez de bi�re et de cadeaux pour tous. Les gens commen��rent � se pousser, certains tomb�rent et furent �cras�s. Tout se passa en 15 minutes, on d�nombra 1429 morts et des milliers de bless�s. Le bl�me de cette trag�die retomba sur Serge qui fut accus� de n�gligence. Il fut quand m�me exon�r� et conserva sa charge. Mais, cet incident le rendit plus impopulaire qu'il ne l'�tait d�j�. Pendant les ann�es qui suivirent, Marie et Dimitri, les enfants du grand-duc Paul, pass�rent de longues p�riodes de temps � Illinskoe avec Serge et Ella. Malgr� son caract�re s�v�re, Serge �tait affectueux et tendre avec les enfants de son fr�re, il leur demandait toutefois une stricte ob�issance. Quand � Elizabeth, elle se montrait indiff�rente envers les enfants comme Marie se le rappelle: 'Ma tante Ella n'a jamais montr� le moindre int�r�t envers nous, elle nous voyait le moins possible, notre pr�sence et l'affection que nous montrait notre oncle lui semblaient d�sagr�ables.' L'attitude d'Elizabeth envers les enfants �tait peut-�tre caus�e par le fait qu'elle n'en avait pas ou peut-�tre n'appr�ciait-t-elle pas que Serge ne lui ait jamais dispens� autant d'affection qu'il en donnait aux enfants mais, n�anmoins, elle les aimait. En 1901, le grand-duc Paul eut une aventure avec une divorc�e, Olga Pistolkors et il l'�pousa sans demander la permission au tsar en cons�quence de quoi, Nicholas l'exila de Russie. Il fut d�cid� que Serge allait �tre le tuteur officiel des enfants de Paul, Marie et Dimitri allaient donc vivre en permanence � Moscou avec Serge et Ella. Serge leur dit: 'Je suis maintenant votre p�re et vous �tes mes enfants'. Il d�fendit � Paul de voir ses enfants et il allait s'�couler un an avant qu'il ne permette une rencontre familiale en Allemagne. Marie et Dimitri aimaient leur p�re et s'en �taient ennuy�s, ils furent donc tr�s heureux de le revoir et cel� d�plut � Serge. Entretemps, l'anarchie et la r�volte s'amplifiait en Russie car Nicholas II se r�v�lait �tre un monarque faible. Le 3 avril 1902, Ella �crivit � son beau-fr�re: 'Mon cher Nicky, pour l'amour du ciel, soyez �nergique, d'autres morts pourraient se produire... mettez un terme � cette �poque de terreur... excusez-moi si je vous �crit directement et si je semble vouloir vous dicter ma volont�, je n'esp�re pas que vous ferez ce que je propose. Je vous en parle seulement au cas ou certaines de mes id�es puissent vous �tre utiles. J'aurais nomm� moi-m�me votre nouveau ministre, pourquoi pas Plehve qui a de l'exp�rience et qui est honn�te? Ne soyez pas si gentil, tous croient que vous h�sitez et que vous �tes faible, il ne parle pas de vous comme �tant bon et cel� blesse am�rement mon coeur'. En fait, Plehve fut nomm� ministre de l'int�rieur mais, son inaptitude fit de lui l'un des hommes les plus d�test�s de Russie; Elizabeth regretta d'avoir donn� � Nicholas un si mauvais conseil. � l'�t� de 1904, Serge et Elizabeth visit�rent Sarajevo. On dit qu'ils se rendirent dans le bois entourant la ville pour y rencontrer un ermite qui vivait � cet endroit. Le vieil homme pr�dit � Serge qu'ilserait tu� et que sa t�te serait �cras�e. Les ann�es 1904 et 1905 furent affreuses pour la Russie. En 1904, la guerre russo-japonaise fut d�clar�e et ses r�sultats furent d�sastreux pour la Russie. Le mouvement r�volutionnaire moscovite prenait chaque jour de plus en plus d'ampleur. Le 28 juillet, Plehve fut assassin� par des terroristes au Nevsky Prospect de St-Petersburg. lL 12 ao�t, l'imp�ratrice Alexandra donna naissance � l'h�ritier si longuement attendu, le tsarevitch Alexei. Malheureusement, il devint rapidement �vident que l'enfant �tait atteint d'h�mophilie ce qui culpabilisa Alexandra et eut pour effet d'isoler encore plus le couple imp�rial qui souhaitait cacher la maladie du tsarevitch � ses sujets. Le dimanche 22 janvier 1905, le p�re Gapon 'un homme excitable, port� sur la boisson, au visage barbu agr�able et � la r�putation de saint homme' organisa une marche rassemblant des milliers de personnes autour du Palais d'Hiver afin de pr�senter plusieurs p�titions au tsar, ils n'�taient pas arm�s et se pr�sentaient pacifiquement. Quand ils arriv�rent au Palais portant des ic�nes et des portraits du tsar, la cavalerie cosaque ordonna leur dispersion. Comme le p�re Gapon refusait de s'en aller et insistait pour voir le tsar, les troupes firent feu. Des milliers de personnes furent tu�es, incluant des femmes et des enfants. On appela ce jour le 'dimanche sanglant'. Les terroristes qui avaient assassin� Plehve �taient dirig�s par un juif du nom de Ezno Azev, ce dernier �tait impliqu� dans le parti socialiste r�volutionnaire, un mouvement terroriste qui comprenait parmi ses membres plusieurs repr�sentants du 'Will of the people' ('Volont� du peuple'), mouvement responsable de la mort du tsar Alexander III. Azev avait planifi� le meurtre de Plehve parce qu'il le jugeait responsable du pogrom de 1903 � Kisahirev au cours duquel plusieurs des parents de Azev avaient �t� tu�s. Il n'avait jamais oubli� l'expulsion des juifs de Moscou de 1891 ordonn�e par le grand-duc Serge, il choisit donc le grand-duc comme prochaine victime. Azev ordonna � Boris Savinko et � Ivan Kaliaev, les m�mes �tudiants polonais qui avaient assassin� Plehve, de se rendre � Moscou et de tuer Serge. Le mercredi 15 f�vier 1905 (2 f�vrier selon le calendrier russe), Serge et Ella se pr�paraient � assister � une performance au th��tre Bolsho�. Quand leur carrosse passa devant l'endroit o� Ivan Kaliaev �tait embusqu�, le terroriste s'appr�tait � lancer une bombe. Il aper�ut alors Marie et Dimitri dans le carrosse. Kaliaev d�cida qu'il ne pouvait tuer deux enfants innocents et la famille enti�re fut �pargn�e. Deux jours plus tard, le 17 f�vrier, Serge emprunta la porte Nikolski pour quitter le Kremlin, son carrosse �tait conduit par le cocher Andrei Rudinkin. Alors que le carrosse traversait le square du S�nat, Kaliaev, d�guis� en paysan, lan�a une bombe en direction du v�hicule. Une terrible explosion fut entendue et Serge fut tu� instantan�ment. Son corps fut d�chiquet�, sa t�te, le haut de sa poitrine, son �paule et son bras gauche furent litt�ralement vaporis�s. Rudinkin fut gravement bless�. Une fois que la fum�e fut dispers�e, Kaliaev fut arr�t� par la police. Des ses appartements au Kremlin, Ella entendit l'explosion et pensa imm�diatement: 'C'est Serge'. Pendant toute la matin�e, elle s'�tait senti opress�e; de sa fen�tre, elle pouvait voir les gens s'agiter sur le square. Elle enfila son manteau et, suivie par Melle. H�l�ne, la gouvernante des enfants, elle se dirigea en direction du square. Les gens rassembl�s � cet endroit tent�rent de l'emp�cher de passer mais, elle fit son chemin � travers la foule pour arriver � l'endroit o� gisait le corps de Serge. Elle s'inclina vers sa main droite et enleva ses bagues, ce faisant, elle se couvrit de son sang. Elle prit elle-m�me les arrangements pour que le corps de son �poux soit d�pos� sur une civi�re de la croix rouge et recouvert d'une casaque de soldat. Les restes de Serge furent achemin�s vers le monast�re de Chukov. Pendant tout ce temps, Elizabeth demeura calme et se montra soumise � la volont� de Dieu. Pendant ce temps, on avait transf�r� Ivan Kaliaev � la tour Pugachev de la prison Boutyrky. Le 20 f�vrier, Elizabeth visita le meurtrier de son mari dans sa prison. Elle s'approcha de lui, toute de noir v�tue, les larmes aux yeux et lui dit doucement: 'Je suis sa femme'. Kaliaev lui r�pondit: 'Ne pleurez pas princesse, cel� devait se faire. Pourquoi me parlent-ils seulement apr�s que j'ai commis un meurtre?' Voici un r�sum� de la conversation qui eut lieu entre eux: Elizabeth: 'Vous avez d� beaucoup souffrir pour prendre une telle d�cision'. Kaliaev: 'Qu'est ce que �a peut faire que j'ai souffert ou non. Oui, j'ai souffert, mais des millions d'autres se sont joints � ma souffrance. Trop de sang est vers� autour de nous et pourtant, nous n'avons aucune autre forme de protestation contre un gouvernement cruel et une terrible guerre. Mais pourquoi me parlent-ils seulement apr�s que j'ai commis un meurtre?' Elizabeth: 'Oui, c'est piti� que vous ne soyez pas venu nous voir et que nous n'ayions rien su de vous avant'. Kaliaev: 'Vous croyez donc qu'il est facile d'aller � vous. Vous savez s�rement ce qui s'est pass� le 4 janvier quand ils sont all�s vers le tsar. Croyiez-vous vraiment que cel� demeurerait impuni? Il y a aussi cette horrible guerre que le peuple hait tant. Vous avez d�clar� la guerre au peuple et nous avons relev� le d�fi. Je donnerais ma vie mille fois, pas seulement une. La Russie doit �tre libre.' Elizabeth: 'Dans une guerre, les hommes combattent face � face, et vous, vous avez tu� par derri�re, ce n'est pas la guerre, c'est de la couardise. Vous pensez �tre le seul � avoir souffert mais, nous aussi avons souffert, je vous l'assure, nous voulons seulement le bien du peuple.' Kaliaev: 'Oui, vous souffrez maintenant! et, pour ce qui est de notre bien... laissons le de c�t� pour le moment.' � cette �tape de leur conversation, les deux se turent un instant puis, Elizabeth commen�a � parler de Serge. Kaliaev l'interrompit en lui disant qu'ilne voulait pas parler du grand-duc avec elle. Elle lui dit alors: 'Oui, je ne veux pas avoir cette discussion avec vous. Je voulais seulement que vous sachiez que le grand-duc vous pardonne et que je vais prier pour vous. Je vous implore d'accepter cette ic�ne en m�moire de moi'. Kaliaev prit l'ic�ne et se leva quand Elizabeth s'en alla. Ivan Kaliaev fut amen� � la forteresse Schlusselburg pr�s de St-Petersburg. le 23 mai, il fut pendu dans la cour de la forteresse. Son corps resta suspendu 30 minutes avant d'�tre inhum� en dehors de la forteresse. Apr�s la mort de Serge, Elizabeth se retira compl�tement de toute vie sociale; elle oublia tous les d�fauts de Serge et commen�a � l'idol�trer. Elle �crivit: 'J'esp�re que Dieu me donnera la force dont j'ai besoin et qu'on puisse dire que j'ai �t� guid�e par un mari si noble et si v�ritablement chr�tien'. Elle se d�voua encore plus aux oeuvres de charit� et �tablit un h�pital � Illinskoe pour les soldats bless�s. Elle �crivit: 'Je le prend non pas comme une croix mais, comme une route pleine de la lumi�re que Dieu m'a montr�e apr�s la mort de Serge et qui des ann�es auparavant avait d�j� commenc� � poindre dans mon coeur'. Son attitude envers Marie et Dimitri changea compl�tement et elle devint pour eux une m�re aimante. Pendant les derniers mois de 1905, des gr�ves et des r�voltes se produisirent dans tout Moscou. Pour des raisons de s�curit�, Elizabeth enmena Marie et Dimitri � Tsarkoe Selo mais elle-m�me demeura � Moscou. Elle �crivit � son fr�re Ernest pour lui d�crire la situation; elle croyait que le gouvernement �tait si faible que c'�tait comme si il n'existait pas. 'Rien ne me fera quitter cet endroit. Je vivrai ou mourrai ici' �crivit-elle. Nicholas signa le manifeste d'octobre et la Douma (Parlement russe) fut cr��e, limitant l'autocratie du tsar. Pendant ce temps, l'imp�ratrice souffrait toujours de la maladie d'Alexei. Le tsarevitch �tait �prouv� par de s�v�res et constantes crises qui le gardaient au lit et le faisaient pleurer de douleur. Vers 1906, un paysan crasseux fit son apparition dans la vie d'Alexandra; il �tait le seul � pouvoir arr�ter les h�mmoragies et les douleurs d'Alexei gr�ce � un �trange pouvoir hypnotique, il ne touchait m�me pas l'enfant. Son nom �tait Grigori Efimovich Rasputin. Alexandra, anxieuse de soulager les souffrances de son fils, tomba sous la mauvaise influence de Rasputin. Depuis le d�but Elizabeth d�testait et se m�fiait de Rasputin, elle avait pr�venu sa soeur plusieurs fois contre lui. C'�tait un buveur insasiable et un homme totalement d�prav� mais Alexandra restait aveugle � la r�alit�, elle croyait m�me que Rasputin �tait un homme de Dieu. Elle prit ses distances d'avec sa soeur. En 1907, Marie se fian�a au prince William de Su�de, le second fils du futur roi Gustaf V. Elle allait divorcer quelques ann�es plus tard et suivre les traces de sa tante en soignant les bless�s en temps de guerre. Dimitri s'enr�la dans l'�cole de cavalerie afin de pr�parer sa carri�re dans la garde �questre. Une fois sa ni�ce et son neveu partis vivre leur vie, Elizabeth d�dia tout son temps aux malades et aux pauvres. Elle embrassa la vie religieuse et fonda une congr�gation de religieuses affect�e aux soins des malades et � la charit�. Elle �tablit �galement un couvent qui fut nomm� Ste-Marthe et Ste-Marie. Elizabeth �tait une v�ritable m�re pour les religieuses et elle �tait aussi un exemple d'humilit� et d'abn�gation. � la m�me �poque, la pr�sence de Rasputin au sein de la famille imp�riale provoqua un scandale dans tout le pays et augmenta l'impopularit� d'Alexandra. On disait qu'il �tait l'amant de l'imp�ratrice et de la grande-duchesse. Pendant la premi�re guerre mondiale, alors que Nicholas combattait au front, Rasputin, � travers Alexandra, nommait et cong�diait les ministres � sa guise. Chaque fois qu'Elizabeth voyait Alexandra elle l'avertissait des dangers qu'il y avait � c�der � l'influence de Rasputin mais, Alexandra croyait qu'il �tait un saint et qu'il demeurait le seul espoir d'arr�ter son fils de saigner. En 1916, une rumeur se r�pandit dans Moscou � l'effet que le grand-duc Ernest de Hesse, le fr�re d'Elizabeth, �tait en mission secr�te � Moscou et qu'il �tait envoy� par l'empereur d'Allemagne pour convaincre le tsar de signer un trait� de paix avec l'Allemagne. Rendue furieuse par cette rumeur, une foule avin�e marcha sur le couvent d'Elizabeth, y entra de force en brisant les fen�tres et blessa m�me quelques religieuses. Quand Elizabeth apparut devant elle, la foule se fit silencieuse. Elle demanda si ces gens voulaient lui parler. L'un d'entre eux cria qu'ils voulaient son fr�re allemand et, elle lui r�pondit calmement qu'il n'�tait pas l� et, que s'ils le souhaitaient, ils pouvaient le chercher dans tout le couvent ce qui ne servirait qu'� d�ranger les malades qui s'y trouvaient. Au moment o� la foule commencait � fouiller le couvent, une troupe de cavalerie apparut en dehors de l'�difice et entoura la foule; certains des �meutiers purent s'enfuir mais plusieurs furent bless�s et Elizabeth et ses consoeurs s'occup�rent d'eux. Plus tard, Dimitri rendit visite � sa tante. Il avait �t� impliqu� dans une conspiration organis�e par le prince Felix Yussopov pour tuer Rasputin; il entretenait quand m�me quelques doutes � l'id�e de participer � ce complot. Apr�s une conversation avec Elizabeth qui lui fit part de l'ent�tement d'Alexandra en ce qui concernait Rasputin, Dimitri d�cida de rejoindre Yussopov et d'ent�riner l'assassinat. Le prince Felix Yussopov, le grand-duc Dimitri et deux autres partenaires, Purishkevitch et Lazovert, tu�rent Rasputin le soir du 16 d�cembre 1916. Quelques jours auparavant, Elizabeth avait une rencontre avec Alexandra � Tsarkoe Selo et elle avait tent� de convaincre cette derni�re de bannir Rasputin mais, Alexandra refusa et, interrompant la conversation, elle demanda � sa soeur de partir. Ce fut la derni�re fois que les deux soeurs se virent. Plus tard, Elizabeth d�crivit cette derni�re rencontre ainsi: Elle m'a �conduite comme un chien. Pauvre Nicky! Pauvre Russie!' Le 31 d�cembre 1916, Elizabeth envoya un t�l�gramme � Dimitri: 'J'ai pri� pour vous tous. Dieu accorde � Felix la force n�cessaire apr�s l'accomplissement de ce devoir patriotique'. Mais le meurtre de Rasputin survenait trop tard. Sa mauvaise influence, ajout�e � la guerre, avait compl�tement an�anti le prestige du tsar. Nicholas II dut abdiquer en mars 1917 et un gouvernement provisionnel prit le pouvoir. Depuis qu'elle avait entendu la terrible nouvelle, Elizabeth et ses religieuses priaient jour et nuit. Le 15 mars, 2 voitures portant des drapeaux rouges et pleines de soldats ivres arm�s de carabines arriv�rent au couvent. Elizabeth ordonna � ses soeurs de la laisser affronter seule les soldats. Ils voulaient l'arr�ter mais, comme elle leur demandait de la laisser aller dans l'�glise pour prier, ils l'accompagn�rent et assist�rent au court service religieux c�l�br� par le p�re Mitrophan, ils partirent ensuite, sans Elizabeth. Gr�ce � son attitude courageuse, Elizabeth avait encourag� ses religieuses � ne pas montrer leur peur devant le danger et l'adversit� En Allemagne, Wilhelm II, toujours d�vou� � Ella et craignant qu'elle ne fut tu�e lui offrit le libre passage vers l'Allemagne. Elle refusa, sa mission �tait en Russie � servir les malades et les indigents. Apr�s que le gouvernement bolch�vique ait sign� la paix avec l'Allemagne � Brest Litvosk, Wilhelm tenta encore de ramener Ella en Allemagne. Il envoya son ambassadeur, le comte Mirbach, pour lui offrir l'asile en Allemagne au nom de l'empereur mais, Ella refusa m�me de le voir. Elle venait de perdre sa derni�re chance de salut. Les bolch�viques avaient d�cid� de l'emprisonner et, ils lui envoy�rent un �missaire pour l'informer qu'elle devait rejoindre Nicholas et Alexandra incarc�r�s en Sib�rie. Elizabeth r�pondit que son devoir �tait de demeurer parmi ses religieuses mais qu'elle allait se soumettre � la volont� de Dieu. Pendant la semaine de P�ques, Elizabeth quitta le couvent escort�e par deux voitures bolch�viques. Deux religieuses avaient insist� pour l'accompagner: soeur Varvara et soeur Catherine Yanisheva. Elizabeth et ses deux soeurs mont�rent � bord d'un train gard� par des soldats et, pendant de longs jours, elles sillonn�rent la vaste for�t russe. Finalement, elles arriv�rent � Ekaterinburg d'o� elles furent dirig�es vers le couvent de Novotikhvinsky. D'autres parents russes �taient retenus dans ce couvent: le prince Vladimir Paley qui �tait le fils du grand-duc Paul de son second mariage, le grand-duc Serge Mikhailovitch, petit-fils de Nicholas I et trois des fils du grand-duc Konstantine (KR, le po�te): Ioann, Igor et Konstantine. L'�pouse d'Ioann, la princesse Helene de Serbie se trouvait l� �galement. Le 20 mai, Elizabeth et les autres prisonniers furent transf�r�s � Alapayevsk, une petite ville mini�re du district de Pern situ�e � environ 100 milles au nord d'Ekaterinburg. Les prisonniers n'�taient pas trait�s trop durement et on leur permettait d'assister aux services religieux tous les dimanches, c'est � cette occasion qu'Elizabeth rencontra son vieil ami le p�re Seraphim qui devint son confesseur. Comme toujours, elle dispensait �nergie et affection � ses compagnons. Quand le fr�re du tsar, le grand-duc Michael fut abattu et que la rumeur de son �vasion se r�pandit, la vigilance des ge�liers de Alapayevsk se fit plus s�v�re. Tous les biens des prisonniers furent confisqu�s, on leur laissa seulement les v�tements qu'ils portaient. Le 21 juin, ils furent confin�s dans leur chambre. Soeur Catherine et la princesse Helena furent contraintes de quitter la prison et trois jours plus tard, le reste des prisonniers, les mains li�es derri�re le dos, furent men�s vers un puit de mine � demi inond� en dehors de Alapayevesk. Le grand-duc Serge Mikhailovitch qui r�sistait fut bless� au bras par une balle provenant de l'arme d'un soldat du nom de Ryabov. Les prisonniers devaient marcher dans les t�n�bres avec des armes point�es dans leur dos. Elizabeth entonna un hymne religieux et les autres se joignirent � elle. Quand ils arriv�rent au bord du puit, les gardes d�sign�rent Elizabeth pour �tre pr�cipit�e dedans la premi�re. Elle demanda la permission de r�citer une pri�re et, ses derni�res paroles furent les suivantes: 'P�re, pardonnez leur car ils ne savent ce qu'ils font'. Selon Mager, un garde la frappa � la t�te avec la crosse de son arme et la jeta dans le puit, inconsciente mais toujours vivante. Selon un des assassins nomm� Ryabov et cit� par Maylunas et Mironenko, apr�s qu'Ella ait �t� jet�e dans le puit, on l'entendit se d�battre dans l'eau pendant un certain temps, il ne mentionne jamais qu'elle �tait inconsciente � ce moment. Si elle l'�tait, elle a probablement repris conscience en entrant en contact avec l'eau glac�e. Apr�s Ella, ce fut au tour de soeur Varvara d'�tre jet�e dans le puit. On entendit l'�claboussement de l'eau et les voix des deux femmes. On disposa de m�me du reste des prisonniers. Selon Mager, le grend-duc Serge r�sista encore et il fut abattu d'une balle dans la t�te avant d'�tre lui aussi pr�cipit� dans le puit. L'assassin Ryabov raconte que les prisonniers ne se noyaient pas comme pr�vu, on les entendait encore apr�s un bout de temps. Les assassins lan��rent donc une grenade dans le puit et pour un temps tout fut tranquille. Comme d'autres voix se faisaient entendre, ils jet�rent une autre grenade, leur derni�re mais, les prisonniers chantaient toujours 'God save your people'. Les assassins remplirent le puit avec des brindilles s�ches et y mirent le feu. Les hymnes se firent encore entendre pendant un moment, puis, ce fut le silence. Le p�re Seraphim raconte qu'on lui permit d'approcher du puit t�t le matin suivant, quelques heures apr�s l'ex�cution des prisonniers et qu'il entendit de faibles voix chantant des hymnes. Plus tard, on lui permit d'exhumer les corps et il trouva, c�te � c�te, les corps d'Elizabeth et du prince Iaonn. Les doigts de la main droite d'Elizabeth �taient fig�s en un signe de croix. Le p�re Seraphim entama un long voyage avec les cercueils contenant les restes des prisonniers d'Alapayevsk. Il raconta � la princesse Alice d'Athlone, une autre des petites-filles de la reine Victoria, qu'il �chappa � un d�raillement de train gr�ce � l'intervention d'Elizabeth qui lui serait apparue pour l'en avertir. Le p�re Seraphim enmena d'abord les cercueils � Irkhurst o� on ouvrit celui d'Elizabeth, son corps n'�tait pas d�compos� mais comme s�ch�. Les religieuses la lav�rent et chang�rent ses v�tements pour un costume de religieuse. Le p�re Seraphim continua ensuite son voyage jusqu'en Chine. Il avait quitt� Apalayevsk en juillet 1919 et il atteignit Beijing en avril 1920, il enterra alors les corps. Quand Victoria, la soeur d'Elizabeth, appris o� se trouvait le corps de sa soeur, elle prit les arrangements n�cessaires pour que celui-ci soit transf�r� � J�rusalem pour �tre inhum� dans l'�glise orthodoxe de St-Mary Magdalen situ�e au pied du Mont des Oliviers � la cons�cr�ation de laquelle Elizabeth avait assist�. Le p�re Seraphim s'installa dans une petite chambre pr�s de la crypte o� gisait Ella et, jusqu'� sa mort, il la veilla avec une grande d�votion. La grande-duchesse Elizabeth fut canonis�e � New-York par l'�glise orthodoxe russe en exil en 1982.
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