LA PERCEPTION ...
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Le peintre Kandinsky notait que le vert ne nous demande rien et ne nous appelle rien.
Mlle Agn�s (tenant une pomme verte)
: Moi qui croyais que le vert �tait la couleur de l'esp�rance.
Mais une couleur peut-elle demander quelque chose ?
Jackie : Si elle le demande poliment !
Cette petite question, pour vous parler de Merleau-Ponty, le plus peintre
de tous les philosophes.
Il fait voir, il rend visible, il augmente notre puissance de sentir�
La Philosophie, dit-il, n'est pas le reflet de la v�rit�
pr�alable, mais comme l'art, la r�alisation de cette v�rit�.
La vraie Philosophie est de r�apprendre le Monde.
Jackie : Tu connais Colin Turnbull ?
Mlle Agn�s : Oui, l'ethnologue ?
Jackie : Oui, eh ben, ayant v�cu avec
des pygm�es, il s'est rendu compte que ces gens l�, ayant
v�cu dans des forets pendant des g�n�rations, n'ont
pas d�velopp� le m�me sens de la perspective que�
que nous par exemple.
Comment � nouveau apprendre � voir ?
Merleau-Ponty pense que les philosophes, mais pas seulement eux, se sont
donn�s un objet tout fait.
Une pomme par exemple� et puis un �v�nement arrive dans
un monde tout fait, � un type tout fait, �la sensation d'une
pomme.
Un MOI tout fait est un monde tout fait.
Jackie : Turnbull, tu connais ?
Mlle Agn�s : Oui, l'ethnologue ?
Jackie : Bon�il avait emmen� un
pygm�e en voyage, un pygm�e qui n'�tait jamais sorti
de sa for�t et arriv� dans une savane, il a vu des buffles
au loin, il lui a dit qu'il fallait faire un d�tour, c'�tait
dangereux, et le pygm�e croyait qu'il se moquait de lui car il pensait
que c'�tait des insectes.
Mlle Agn�s : Turnbull ?
Jackie : Non, le pygm�e�
Apprendre � nouveau � voir sera apprendre deux choses.
D'abord, que le monde n'est pas tout fait, ensuite que nous sommes bien
vague dans la perception.
Nous ne sommes pas des sujets tous faits.
On entend d'ici les objections�
Mlle Agn�s : Oui, mais il faut
bien que la pomme soit toute faite pour que je la per�oive ?
Jackie : Oh ! , tu parles, je t'ai vue venir�
Mais quoi, il faut bien que la pomme soit toute faite pour que je la
per�oive ? � Et il faut bien que je sois Moi pour l'apercevoir
? �
Sans doute, mais revenons � nos couleurs.
Le ciel est bleu, le bleu semble c�d� sous notre regard.
Le bleu n'est pas dans le ciel, mon regard sous-tend le bleu du ciel, on
dirait que je donne au ciel du bleu�
Jackie (avec une trompette�et la pomme)
: Pouet�Pouet�
Mlle Agn�s : �le soleil donne,
la m�me couleur aux gens, le soleil donne, la m�me couleur aux
gens, �gentiment.
Jackie : PouetPouetPouet�PouetPouet�PouetPouet�
Mlle Agn�s : C'est �a, �c'est
�a, � tu l'as�
Et pourtant, c'est du ciel que je tenais le bleu, ma conscience est engorg�e
de ce bleu illimit�.
Je ne l'aurai jamais vu si je n'avais r�pondu � son appel.
Je ne l'aurais jamais vu si je n'avais r�pondu par un certain mouvement
de mon regard.
�Et le mouvement de mon regard n'est pas le m�me� quand
le ciel est rouge.
Mlle Agn�s : Et quand le ciel
est bleu�et qu'on a les yeux rouges ?
Jackie : Oh !
Mlle Agn�s : Oh ! , je plaisante�
Jackie : Oui, mais moi je ne peux pas me permettre,
j'ai trop de conscience professionnelle.
Mettons que le Monde soit un tableau�Il lui manquera quelque chose, justement parce que nous le percevons.
Mlle Agn�s : Il lui manquera un
clou pour l'accrocher ?
Jackie : C'est �a, oui�
La perception n'est pas ce qui nous donne le Monde en spectacle, mais
la surface de contact avec le Monde.
La perception communique avec le Monde per�u�
Pour prendre une image, la perception est un �cran, et percevoir,
c'est montrer le Monde comme au cin�ma.
�Et comme au montage, on fait ce qu'on peut.
Mlle Agn�s : Oui, enfin ! �Chacun
voit midi � sa porte, quoi.
Jackie : Ouais !
Merleau-Ponty admirait Cezanne qui un jour s'est �cri�
: " Regardez les bleus, l�-bas� l�-bas sous les
pins� "
�Les bleus sous les pins, c'est moins courant que le bleu dans le ciel.
Et puis Cezanne a dit : " Pour peindre les pommes, j'ai du casser le
compotier. "
�En d'autres termes : peindre les pommes comme s'il n'y avait eu jamais
personne pour les percevoir.
Mlle Agn�s : Peindre les buffles
comme si c'�tait des insectes.
Jackie : Bravo, je vois que tu suis�(Bing,
avec la t�l�commande)
Mlle Agn�s : Aie !
Cezanne a lib�r� les pommes, il leur a rendues la pl�nitude
sauvage de leur �tre.
Merleau-Ponty a lib�r� la perception� Et on dira apr�s
que la philosophie, c'est abstrait�
�C'est, au contraire, une exp�rience violente.
Alors les objections, comprenez qu'elles r�v�lent parfois une exp�rience nettement moins violente.
Mlle Agn�s : Tu m'as fait mal,
je suis sure que j'ai un bleu maintenant.
Jackie : Excuses moi Bichette, je vais te jouer
un petit air �Pouet�
�
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