Auteur : Jean-Louis Audoux
Achille et
Audoux font de l'auto stop :
Je me souviens d' un voyage de Clermont à
Guéret.
Comme vous le savez tous, la Creuse a toujours
été
abandonnée, mal desservie que ce soit
par la route ou la voie ferrée.
D' ailleurs les corbeaux volaient et volent toujours sur le dos
lorsqu'
ils migrent pour ne pas voir la misère au sol. Je n' invente
rien :
Fournier est témoin.
Or sachant cela, et après concertation, nous
entreprîmes Jean-Louis Audoux et moi-même
de rallier Guéret en
auto-stop afin de nous rendre au bal annuel de notre école
normale d'
origine.
Nous partîmes en direction de Riom le pouce
en l'
air et l' espoir chevillé au corps.
(Pour les bons en géographie qui ne
comprendraient pas pourquoi nous prîmes la direction de
Riom ->
Montluçon et non celle de Limoges, je précise que la
route
Clermont-Limoges était peu
fréquentée et traverse entre le col des
Goules et les environs de Limoges une zone dépeuplée
sans localité
importante: la Creuse éternelle quoi!).
Nous atteignîmes rapidement Riom et nous
postâmes sur la route qui par le pont de Menat
rejoint Montluçon.
Une D.S.19 s' arrêta. Au volant un chauffeur
bronzé à l' ondoyante chevelure noire demanda:
" -Où c'est que tu vas tous les deux ?
- Montluçon!
- Monte, on y va."
Et nous voilà embarqués à l'
arrière du carrosse.
Ils étaient deux devant, de même type sud
américain très prononcé, le
foot ball en moins.
Dès les premiers tours de roues, nous
ressentîmes
une atmosphère étrange. Des relents fades,
douceâtres nous
envahissaient les narines, persistaient tenaces. Je traduis pour les
intellos :
"çà cocotait grave!" Sous nos pieds une couverture
sale et
grise recouvrait une caisse allongée
en travers du véhicule. Durant
tout le trajet, nous essayâmes de repousser du pied ce linceul
afin
de
savoir ce qui pouvait être dissimulé dessous. Nous ne
le sûmes pas. Et
encore aujourd' hui je
ressens l' odeur écoeurante qui nous accompagna
jusqu' à la sortie de Montluçon, sur la route de
Guéret car nos hôtes
poussèrent la charité gitane jusqu' à nous amener
hors la ville pour
nous
faciliter la suite du voyage.
Un peu plus loin à Gouzon les gendarmes
locaux nous
aperçurent au bord de la route.
Comme nous étions jeunes ils nous
demandèrent nos papiers. Nous les avions.
Ils nous questionnèrent pour
savoir où nous allions mais ne nous proposèrent point de
profiter de
leur véhicule qui prit pourtant la bonne direction.
Aujourd' hui quand nous voyons les pandores
tracasser les gitans, nous avons une petite sympathie
pour ces derniers.
Achille