| Jean-Guy Alarie | ||||||||||||||||||||||
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| LES PAUVRES GENS L'homme est en mer. Depuis l'enfance matelot, Il livre au hasard une sombre et rude bataille. Pluie ou bourrasque, il faut qu'il sorte, il faut qu'il aille Car les petits enfants ont faim. Il part le soir, Quand l'eau profonde monte aux marches du musoir. Il gouverne � lui seul sa barque � quatre voiles. La femme est au logis, cousant les vieilles toiles, Remmaillant les filets, pr�parant l'ame�on, Surveillant l'�tre o� bout la soupe de poisson, Puis priant Dieu sit�t que les cinq enfants dorment. Lui seul, battu des flots qui toujours se reforment, Il s'en va dans l'ab�me, il s'en va dans la nuit. Dur labeur! tout est noir, tout est froid; rien ne luit. Dans les brisants, parmi les lames en d�mence, L'endroit est bon � la p�che, et sur la mer immense, Le lieu mobile, obscur, capricieux, changeant, O� se pla�t le poisson aux nageoires d'argent, Ce n'est qu'un point; c'est grand comme deux fois la chambre. Or, la nuit, dans l'ond�e et la brume, en d�cembre, Pour rencontrer ce point sur le d�sert mouvant, Comme il faut calculer la mar�e et le vent! Comme il faut combiner s�rement les manoeuvres! Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres; Le gouffre roule et tord ses plis d�mesur�s Et fait r�ler d'horreur les agr�s effar�s. Lui songe � sa Jeannie, au sein des mers glac�es, Et jeannie en pleurant l'appelle; et leurs pens�es Se croisent dans la nuit, divins oiseaux du coeur. "VICTOR HUGO (1802-1885)" |
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| SAISON DES SEMAILLES, LE SOIR C'est le moment cr�pusculaire. J'admire, assis sous un portail, Ce reste de jour dont s'�claire La derni�re heure du travail. Dans les terres, de nuit baign�es, Je contemple, �mu les haillons D'un vieillard qui jette � poign�es La moisson future aux sillons. Sa haute silhouette noire Domine les profonds labours. On sent � quel point il doit croire � la fuite utile des jours. Il marche dans la plaine immense, Va et vient, lance la graine au loin, Rouvre sa main, et recommence, Et je m�dite, obscur t�moin, Pendant que d�ployant ses voiles, L'ombre, o� se m�le une rumeur, Semble �largir jusqu'aux �toiles Le geste auguste du semeur/ (Victor Hugo) |
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| VIEILLIR Vieillesse maudite J'ai tant � faire. Secondes trop vite Vieillesse de mis�res. J'ai envie de musiquer, Rire et enfanter, Courir et gambader, Aller au cirque et lorgner. Cueillir des marguerites, Crier et embrasser. Changer l'acide muriatique De mes larmes en ros�e. Aimer, aimer et aimer. Oublier l'arthrite. Envier ce dont vous me privez Vieillesse maudite! (c) Jean-Guy Alarie ISBN 2-9800184-3-0 |
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