Jean-Guy Alarie
http://fr.photos.yahoo.com/jardinier6
http://cf.geocities.com/jardinier6/page_personnelle_rose.html
Yahoo! Jeux
Yahoo! Photo
LES PAUVRES GENS



L'homme est en mer. Depuis l'enfance matelot,

Il livre au hasard une sombre et rude bataille.

Pluie ou bourrasque, il faut qu'il sorte, il faut qu'il aille

Car les petits enfants ont faim. Il part le soir,

Quand l'eau profonde monte aux marches du musoir.

Il gouverne � lui seul sa barque � quatre voiles.

La femme est au logis, cousant les vieilles toiles,

Remmaillant les filets, pr�parant l'ame�on,

Surveillant l'�tre o� bout la soupe de poisson,

Puis priant Dieu sit�t que les cinq enfants dorment.

Lui seul, battu des flots qui toujours se reforment,

Il s'en va dans l'ab�me, il s'en va dans la nuit.

Dur labeur! tout est noir, tout est froid; rien ne luit.

Dans les brisants, parmi les lames en d�mence,

L'endroit est bon � la p�che, et sur la mer immense,

Le lieu mobile, obscur, capricieux, changeant,

O� se pla�t le poisson aux nageoires d'argent,

Ce n'est qu'un point; c'est grand comme deux fois la chambre.

Or, la nuit, dans l'ond�e et la brume, en d�cembre,

Pour rencontrer ce point sur le d�sert mouvant,

Comme il faut calculer la mar�e et le vent!

Comme il faut combiner s�rement les manoeuvres!

Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres;

Le gouffre roule et tord ses plis d�mesur�s

Et fait r�ler d'horreur les agr�s effar�s.

Lui songe � sa Jeannie, au sein des mers glac�es,

Et jeannie en pleurant l'appelle; et leurs pens�es

Se croisent dans la nuit, divins oiseaux du coeur.

"VICTOR HUGO (1802-1885)"

SAISON DES SEMAILLES, LE SOIR



C'est le moment cr�pusculaire.

J'admire, assis sous un portail,

Ce reste de jour dont s'�claire

La derni�re heure du travail.



Dans les terres, de nuit baign�es,

Je contemple, �mu les haillons

D'un vieillard qui jette � poign�es

La moisson future aux sillons.



Sa haute silhouette noire

Domine les profonds labours.

On sent � quel point il doit croire

� la fuite utile des jours.



Il marche dans la plaine immense,

Va et vient, lance la graine au loin,

Rouvre sa main, et recommence,

Et je m�dite, obscur t�moin,



Pendant que d�ployant ses voiles,

L'ombre, o� se m�le une rumeur,

Semble �largir jusqu'aux �toiles

Le geste auguste du semeur/
(Victor Hugo)
VIEILLIR

Vieillesse maudite
J'ai tant � faire.
Secondes trop vite
Vieillesse de mis�res.


J'ai envie de musiquer
Rire et enfanter,
Courir et gambader,
Aller au cirque et lorgner.


Cueillir des marguerites,
Crier et embrasser.
Changer l'acide muriatique
De mes larmes en ros�e.


Aimer, aimer et aimer.
Oublier l'arthrite.
Envier ce dont vous me privez
Vieillesse maudite!

(c) Jean-Guy Alarie
ISBN 2-9800184-3-0
Hosted by www.Geocities.ws

Counter 1