Jean-Guy Alarie
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MA BOH�ME

Je m'en allais, les poings dans mes poches crev�es;
Mon paletot aussi devenait id�al;
J'allais sous le ciel, Muse! et j'�tais ton f�al;
Oh! l�! l�!  que d'amours splendides j'ai r�v�es!

Mon unique culotte avait un large trou.
-Petit Poucet r�veur, j'�grenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge �tait � la Grande Ourse.
-Mes �toiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les �coutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre o� je sentais des gouttes
De ros�e � mon front, comme un vin de vigueur;

O�, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des Lyres, je tirais les �lastiques
De mes souliers bless�s, un pied pr�s de mon coeur!

"ARTHUR RIMBAUD (1854-1891)"
SENSATION

Par les soirs bleus d'�t�, j'irai dans les sentiers,
Picot� par les bl�s, fouler l'herbe menue:
R�veur, j'en sentirai la fra�cheur � mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma t�te nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien:
Mais l'amour infini me montera dans l'�me,
Et j'irai loin, bien loin, comme un boh�mien,
Par la Nature,-heureux comme avec une femme.
ARTHUR RIMBAUD
DOUZE HEURES TRENTE-CINQ(extrait de "L'ECHO DU SILENCE")



--Maurice! Maurice! Maurice! crie Annie qui arrive en courant.

--Sapristi! tu as encore chang� de v�tements?

--J'ai pris un bain aussi, sens! dit Annie qui lui tend le bras.

--Hum! �a sent bon. As-tu pris le temps de bien manger?

--Oui, mais Carole avait l'air f�ch�e parce que tu n'es pas venu manger, dit le Paquet de douceur en s'assoyant.

--Non Annie, dit Maurice en la retenant, tu vas te salir.

Annie est v�tue d'une barboteuse orange en ratine de velours.

--La vraie Carole! rousp�te Annie, Annie fais pas cela. Annie baisse ta robe. Annie joue pas dans le beurre de pinottes. Annie fais ton lit. Annie...

--Arr�te! dit Maurice en la prenant par la taille.

--Qu'est-ce que c'est? dit-elle en tirant sur le bout de papier qu'il tient  dans sa main gauche.

--C'est un po�me.

--Un vrai po�me?

--Ecoute,



Ce soleil qui soleil pour rien

Aux oiseaux bec clos, jadis inimitables.

Cigales muettes comme juillet �teint

Dans un ruisseau sec, noy� de sable.



J'ai comme un silence, l�, entre hier et demain

O� flottent des cadavres de r�ves avort�s

Balay�s par l'�cho qui hurle le refrain

D'une chanson d'amour ni �crite ni chant�e.



Douloureusement l'automne progresse

Se couche, embrasse et givre mon printemps.

Les grands �rables pleurent des couleurs qui blessent

Mon jardin o� je s�me des marguerites en pleurant.



Et je devrai vivre pour faire du feu

En regardant passer l'hiver.

Je repeindrai tout en bleu

/A moins que tu le veuilles en vert?



� quoi bon faire du feu?

Je souffre d'un grand silence qui ressemble � l'hiver.

Je vais gu�rir en tuant l'�cho du bleu qui hurle en vert..

Adieu!



--C'est dr�le, Maurice, c'est comme une chanson pas de musique.
(c) Jean-Guy Alarie ISBN 2-9800184-1-4
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