Faux paradis, popsicle et gomme-balloune(suite de mapage2)
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Le soleil s'en est donn� � coeur joie, embrassant la campagne de ses premiers rayons chauds comme une caresse. Martin a pass� la matin�e en compagnie d'Avril, � sourire, � faire des projets. Ensuite ils ont travaill� � refaire le monde; � cultiver le bonheur comme ils l'avaient promis � leur nouvel ami Jean Beausoleil.
  Martin en est arriv� � conclure que ce monde �tait trop croche pour l'am�liorer. Qu'il fallait faire sauter la plan�te et tout recommencer. Qu'on ne pouvait b�tir un paradis sur un tas de merde. Avril rit beaucoup puis, subitement devenue triste, affirma qu'il fallait absolument tuer tous les vieillards malheureux, les orphelins, les handicap�s, les dictateurs, les illumin�s, les aveugles et donner beaucoup d'argent aux pauvres afin de ramener le bonheur sur la Terre.
Le printemps atteint son apog�e. Les oisillons surexcit�s frissonnent de joie et p�pient � s'�gosiller.
  La nature impose le grand m�nage printanier. Les gens aussi passent l'�ponge sur les mauvais souvenirs, rancunes et rancoeurs de toutes sortes. Malheureusement ce n'est que pour faire place � de nouvelles antipathies qui viendront s'accumuler au rythme de l'�t� qui approche.
  Le vieux ch�ne s'est par� de milliers de fr�les feuilles dentel�es. Curieusement, ce vieil arbre est le seul de son esp�ce au village. Seul et diff�rent, comme Avril.
  Les vieux pr�tendent que lorsque le village fut fond�, il y avait plein de ch�nes ici. �tant donn� que cette essence �tait recherch�e pour l'�b�nisterie, ils furent les premiers � tomber sous la hache des b�cherons, sauf l'arbre des enfants qui fut toujours prot�g� parce qu'il servait de parasoleil aux villageois.
  Lorsque le village n'�tait qu'un hameau, le ch�ne fut prot�g� par l'un des fondateur et ainsi de suite tout au long de son existance.
  Cet arbre est presque devenu un monument historique. Les vieux affirment fi�rement qu'il �tait l� bien avant  la premi�re construction. Ce qu'ils n'avouent pas, c'est que cet arbre repr�sente pour eux un pr�cieux souvenir de jeunesse, un silencieux t�moin de ce doux temps.
  Les vieillards du village attachent une grande importance aux souvenirs qui meublent  leurs longues soir�es hivernales, lorsque le givre peint les fen�tres toutes closes. De toute fa�on ce vieux ch�ne ne peut les trahir; les coeurs qu'ils ont grav�s sur son tronc lorsqu'ils �taient  enfants et amoureux sont cicatris�s et apparaissent sous formes de vieilles blessures. Il fut t�moin d'innombrables baisers en cachette et de premiers battements de coeur mais jamais personne  n'a os� y faire l'amour car dans ce temps l� on se tapait la gueule ouvertement mais on s'embrassait en se cachant.
  Chaque fois que la maison du vieux ch�ne �tait � vendre, il r�gnait une sorte d'angoisse m�l�e d'impatience chez les vieillards du village. Ils avaient le coeur � la grisaille et chialaient plus fort que d'habitude. D�s que les nouveaux propri�taires emm�nageaient, une d�l�gation de petits vieux, arm�s de cannes et de pipes, se pr�sentaient chez les nouveaux acqu�reurs s'informant de leurs intentions concernant l'avenir du vieil arbre.
  La formule �tait toujours la m�me:
<C'est le roi des arbres!> proclamaient-ils. >Il nous a tous vu na�tre. Nous vous demandons de bien vouloir lui laisser la vie par respect pour nous.> demandaient-ils par une touchante plaidoirie.
  Devant tant  de d�termination m�l�e d'appels � la piti�, les nouveaux arrivants acceptaient leur requ�te. Ils se faisaient un devoir de jurer aux vieux de prot�ger l'arbre comme la prunelle de leurs yeux.
  Ainsi les nouveaux venus se m�ritaient l'honneur d'�tre salu�s par les vieillards de la r�gion; de cette fa�on, ils se sentaient complices et tout de suite accept�s par la communaut�.

 
Apr�s avoir pris le th� et fum� un peu, les petits vieux s'en allaient chez eux avec un rire de soulagement dans la barbe. Avant de partir, ils saluaient r�v�rencieusement le vieux ch�ne qu'ils venaient de prot�ger une fois de plus.

  Joseph Labrie, l'a�n� du groupe de vieillards: un grand vieux sec aux gestes amples, disait toujours:<Hi hi! Nous pvons dormir tranquilles!>

  Souvent, afin d'�prouver la sagesse ainsi que les connaissances des vieux, les jeunes leur demandaient: <Dites donc, le p�re! Quel �ge a-t-il votre sacr� ch�ne!>

  <Mon jeune!> r�pondait le vieux apr�s avoir tranquillement allum� sa pipe, <Les arbres c'est comme les femmes. Ils n'ont pas d'�ge. Si tu veux conna�tre leur �ge ils faut que tu attendes qu'ils meurent. Pour les arbres, tu comptes les anneaux de croissance du tronc; pour les femmes, tu soustraits l'ann�e de la naissance de celle du d�c�s inscrites sur leur pierre tombale. Voil�! Ce n'est qu'une question de math�matiques.>

  Et les vieux riaient aux �clats. Cette plaisanterie venait de sauver leur honneur car ils ignoraient l'�ge de leur arbre et ne connaissaient � peu pr�s rien des math�matiques modernes.

  Ce groupe de vieillards ins�parables, --cinq petits vieux marginaux qui refusent d'habiter le centre d'accueil,-- erre dans le village en �piant les faits et gestes de leurs concitoyens. Tous veufs depuis de nombreuses ann�es, chacun d'eux vit seul dans leur maisonnette v�tuste qu'ils entretiennent tant bien que mal refusant toute aide afin de d�montrer leur autonomie.
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