Je vais vous raconter une expérience que j'ai vécue à l'atelier théâtre. Les gestuelles, ces exercices qui nous permettent de relier notre corps et notre imaginaire me font tellement de bien. J'adore. A chaque séance, je me sens emporter, libérer par ces exercices.
Assis tous en cercle sur le plancher très près les uns des autres, nos pieds se rejoignant au centre, nous cherchons à deviner quel est cet objet imaginaire que le professeur est en train de créer à partir d'une masse informe. L'objet inventé, créé par simple manipulation d'une matière fictive, est remis par son créateur à la personne placée à sa gauche. Celle-ci reçoit la pièce, la manipule à son tour pour la transformer en un nouvel objet à remettre à son voisin de gauche.
Je reçois de ma voisine de droite la masse qu'elle a magnifiquement transformée en un miroir, un beau miroir qu'elle m'a remis avec beaucoup de précaution. Mais qu'avais-je besoin de cette plaque de verre, froide et rigide, qui me renverrait mon image? En la recevant, j'ai laissé tomber l'objet qui s'est brisé en mille morceaux. J'ai ramassé les pièces, imaginaires bien sûr; j'en ai fait un amas que j'ai réchauffé de mes mains pour le transformer en une matière souple et malléable dans laquelle j'ai soufflé pour lui donner la forme d'une boule, une boule qui grossissait, s'agrandissait démesurément à mesure que je lui transmettais mon souffle; une boule qui devenait notre planète Terre. Mes mains ont tenu la sphère du haut de mes bras et elles la faisaient tourner de façon à la faire danser. Je l'ai laissée quelque peu s'envoler avant de la rattraper pour la remettre entre les mains à la personne placée à ma gauche.
J'étais tellement bien après cette expérience. Et tellement fière d'avoir réussi à imaginer cette transformation d'une glace, objet inerte et froid, et en une belle boule ronde, légère et chaude, avec cette sensation agréable de pouvoir faire danser la terre au bout de mes bras...
Quelle tendre, quelle belle émotion! Quel beau rêve éveillé surtout... Et vive le théâtre !!
La semaine suivante, un exercice similaire m'a procuré d'aussi grandes, d'aussi belles émotions. Couchée sur le dos, les bras étendus de chaque côté du corps, paumes tournées vers le haut, sur les instructions du professeur, je laisse mes mains être attirées vers le ciel comme par un aimant pour ensuite les laisser retomber sur le sol. Cela à plusieurs reprises. Mes bras suivent emportés par le mouvement de mes mains. A un moment donné, mes mains levées captent une forme, elles la manipulent, la laissent s'élever dans l'espace, la rattrapent. Je me retrouve avec, en mains, une autre boule bien pleine et légère que je manipule tout doucement pour la faire tourner, en prendre la mesure, la faire danser et la transformer, en forme humaine cette fois-ci, avant de la faire descendre sur moi et de la laisser entrer à l'intérieur. C'est comme si... c'est comme si mon âme s'était détachée de mon corps, avait pris la forme d'une boule, une belle grosse boule aux couleurs et aux odeurs agréables, puis, qu'elle s'était transformée en une forme humaine qui se laissait voir, entendre, toucher, caresser, aimer, avant de revenir prendre sa place en mon corps.
Je me sens tellement bien en mon corps, en mon coeur, en mon âme, quand je reviens du théâtre. Je crois que chaque personne devrait avoir la chance de faire une expérience semblable au moins une fois dans sa vie.
Et... quel merveilleux professeur on a ! Merci à toi, Jean-Pierre, pour ta passion du théâtre et ton amour de la vie.