FRIEDRICH NIETZSCHE, Ecce Homo
POURQUOI J'ÉCRIS DE SI BONS LIVRES
Le Gai Savoir
Aurore était le livre du grand « oui »,
livre profond, mais lumineux et bienveillant. Il en va de même de
la Gaya Scienza, et à un degré supérieur : il n'est
presque pas une phrase de ce livre où la profondeur et l'enjouement
ne se tiennent tendrement la main. Une strophe de gratitude au splendide
mois de janvier que j'avais vécu - et qui m'avait fait présent
de cette oeuvre - trahit assez la profondeur sur laquelle ma « science
» a bâti sa « gaieté » :
Toi qui, d'une lance de flamme,
Brises la glace de mon Ame,
Et qui la chasse vers la mer
De ses plus hauts espoirs ;
Toujours plus claire et plus saine,
Libre dans sa contrainte aimante,
Elle célèbre tes miracles,
Ô le plus beau mois de janvier !
Ce que signifie ici « hauts espoirs » ne fait
aucun doute pour qui a vu rayonner déjà à la fin du
quatrième livre les premiers diamants de Zarathoustra ou lu les
phrases de granit dans lesquelles une destinée trouve pour jamais
sa formule à la fin du troisième livre. Les chants du prince
Hors-la-loi, composés pour la plupart en Sicile, rappellent expressément
la conception provençale de la Gaya Scienza et cette fusion du troubadour,
du chevalier et de l'esprit libre qui distingue la précoce et merveilleuse
civilisation de Provence de toutes les civilisations équivoques.
Le dernier poème surtout, cette farandole « Pour le Mistral
» qui va dansant joyeusement sur la morale, est de la vraie veine
des Provençaux.
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