24    25 BIS    26    27    28

 

Vendredi 24 mars

Ma maman à 54 ans aujourd'hui, je l'ai appelée au saut du lit, elle était drôle, pleine de charme et j'étais heureuse de savoir qu'elle était là, je repensais à notre année terrible et je souriais, larmes tombantes.

Mon visage dans le miroir sentait encore le chaud du lit, avec quelques petites pliures, restes de l'oreiller et des étirements à foison.

R.  m'appelle chaque jour, je ne m'en lasse pas. Il me fait mentir ce matin et je sais que nos pensées se croisent, ses bêtises me font rire, il me supporte et pourtant son avenir est déjà tout tracé. Il me prend dans ses bras. Hier il était là et je me nourris des sensations d'alors.

Et mon amour pour X s'amplifie davantage, j'ai eu peur l'autre jour de le perdre, à aimer comme ça c'est parfois troublant, de savoir que d'autres vivent sans aimer je me love davantage. 

Les affres de la création me dit-il, je ne le crois pas lui (un espèce de garçon) et ses idées aussi épuisables/épuisantes  que le reste. Il me nargue et son regard ne trompe pas quand je pose sur lui les yeux qui ont compris. Il n'a fait semblant de ne pas sentir que mon projet était aussi crucial, vital, important pour moi, pour les autres. Il reste frustré d'un passé où je n'ai pas voulu de lui, il tente de me déstabiliser et je sais, je vois qu'il suffirait d'un détail pour qu'il dise le contraire. C'est un ami de X .

Et je me débats toujours, j'avance, je débroussaille et les autres ne suivent que si la voie est claire. Je me demande parfois d'où je tiens cette énergie, je crois que le mélange de mon père, torturé/franco-tunisien/désabusé/convaincu/tête de feu et de ma mère douceur/franco-polonaise/laiteuse/posée/généreuse, ce mélange fait de contradictions m'oblige  à avancer, il m'interdit le statisme, je serais perdue entre ces deux opposés si un jour je décidais de m'arrêter.

Ce matin je déteste les mots en -ique
tunique (celui là je l'aime bien quand même)
pratique
sadique (celui là dans l'absolu ne me déplait pas)
romantique (part confuse en moi)
galactique
périphérique
symptomatique
robotique

J'ai envie d'une maison comme celle dont je rêvais.

 

Samedi 25 mars 

you punish me as if I was a boy    les paroles de la première chanson commencent ainsi et la deuxième s'achève sur     Before your ghost was on a visit

La fatigue nous a fait rire toute la soirée. Je me suis endormie dans ces bras et tard encore le sourire se lisait sur nos corps.

Ce matin R. m'appelle, nous restons encore plus d'une heure à discuter de tout. Mots en -able : indispensable, redoutable, adorable.

Et dans une semaine ma soeur a vingt ans, en attendant elle passera les derniers jours de ses dix neuf ans en Sicile.

Cette nuit le rêve m'a replongé seize ans en arrière, c'est étrange de revivre un accident comme celui là. Nous avions eu des places pour un spectacle de cirque, ma mère, ma soeur et moi. Et tandis que le contorsionniste était encore tout replié dans sa caisse un des piliers de je-ne-sais-combien de mètres de haut (peut-être 10) s'est écroulé à côté de nous, je me souviens de la panique, du sang, du père d'un enfant, du chapiteau qui s'écroule, de ma soeur et du contorsionniste toujours dans sa boîte. Je me souviens surtout du discours "le spectacle continue" alors que tout montrait le contraire. Serait-ce un rêve ressasse du passé et qui me murmurait "n'oublie pas, méfie-toi des discours".

Je dois finir le livre pour enfants pour bientôt, je vais m'y mettre. Mon journal sortira bientôt et lui et l'association me prennent une énergie sans nom. Seule parce que les autres suivent mais n'initient pas, je m'accroche à ma volonté et en filigrane les gens que j'aime et qui m'aiment. C'est un peu la première fois que je me montre au monde telle que je suis, sans artifice, l'enjeu est redoutable, excitant, terrorisant, prenant... et petit à petit les rencontres que je fais me prouvent que je ne me trompe pas...

Je suis enfin licenciée, le mot "enfin" peut paraître indécent, pour moi il est libérateur. Je ne veux plus faire semblant et même si tout est difficile, je préfère ce combat au constat amer.

bis   

Pleins de choses en préparation, des jambes gigotent à l'intérieur (de ma tête). Ce matin je n'ai pas fait tout ce que j'aurais du faire, des oeufs cuisent (temps réel, improvisé, imposé, puisque déjà quand ces lignes seront ailleurs, les oeufs seront dans mon petit estomac). Disque speed qui laisse entrevoir le programme chargé de la journée, Yann Tiersen suivra pourtant parce que je ne m'en lasse pas.

Marc-Antoine Mathieu dit (presque au milieu):

Au coin du numéro 33
une plaque émaillé noire
indique le passage du Réverbère Seul.
Rares sont ceux qui s'y engagent
flanqués de leurs ombres étirées

X dessine encore et moi je suis sensée travailler, pendant que mes doigts courent sur le clavier et qu'il me croit en prise avec X press je suis tranquillement assise à la table de mes intimes négociations.

Elle disait :

La vie est ainsi faite de volutes enthousiastes et de peurs essentielles

 

Dimanche 26 mars   

J'avais juste envie d'écrire une ou deux phrases ce soir. Sans rien dire. Rien d'important. Il est 23 heures et mes yeux piquent déjà. Et je ne me coucherais pas tout de suite. De vieilles K7 dans la chaîne. La face s'arrête et à discuter, personne  ne remet de musique. Vingt minutes passent. Il se lève enfin. Tous deux parlent de lucidité et je savoure Bone Machine. J'aime les entendre parler surtout quand il fait nuit dehors.

 

Lundi 27 mars   

Des cauchemars encore, nuit agitée mais à huit heures je suis déjà à pied d'oeuvre. J'ai plus de mal à dormir sachant toutes les démarches qui m'attendent. Tout est à construire. La maquette du journal est presque terminée. Des amis commencent à comprendre le travail entamé, l'énergie consacrée. La musique, les concerts, X m'aident à tenir. C'est incroyable comme la colère déclenche, enclenche, provoque.

Hier Et qui Libre à la Villette, je n'ai pas accroché. Juste quelques idées jetées, mal jetées. 

J'oscille et un moment (pensée pour toi ;o)) l'envie de tout lâcher, se justifier auprès de tous, tout le temps, fatiguant, fatiguant, fatiguant...

Allez génie reviens, je serais sage :
tu vois ce que j'aimerais c'est être entourée de gens prêts à tout bouger, comme moi, j'aimerais aussi de l'argent pour mener à bien ce projet, et puis la mer parce qu'elle me manque, et encore de jolies rencontres et plus que tout y arriver, je leur dois bien ça.

En attendant je finis les derniers articles.

L'autre jour j'ai appelé C. une amie que je connais depuis dix ans, on s'adore, on se déteste, on s'aime. Je l'ai appelée au secours, besoin d'être écoutée, besoin de me lâcher un peu. Elle m'a rétorqué que j'avais choisi ce chemin épineux. Et j'ai pensé que lorsque si souvent elle me téléphonait, larmes aux yeux, pour me raconter ses turpitudes amoureuses, que j'écoutais, bête comme toujours, j'aurais dû lui dire qu'elle avait elle aussi choisi d'aimer. Parce que oui j'ai choisi cette voie inconfortable (si belle, si extrême, si proche) mais il n'empêche que c'est terriblement dur et que parfois il est doux de pouvoir pleurer dans des bras aimés pour mieux se battre encore.

Bref mieux vaut avoir des échecs amoureux que des douleurs, plaies ouvertes. Mon projet s'appellera Jacques désormais, 34 ans, marié, prénom masculin, parfait pour justifier les errements.

Pour l'instant mon bus est quasi vide mais tous les voyageurs qui entreront seront accueillis comme des princes (charmants). Jacques et moi sommes des gens conviviaux.

Il ne reste que l'imagination pour palier à la réalité des autres. 

Mot au hasard de ma tête :

funambule

 

Mardi 28 mars   

Je suis épuisée et mon inconfort se niche au plus profond. Ma situation financière devient de plus en plus préoccupante et je suis lasse. Je m'en veux de cet idéalisme qui me pourrit la vie et qui pourtant me fait vivre les plus belles choses. Je suis triste ce matin, une tristesse à m'ennivrer et à rire de tout.

Génie ne fais pas ton fier, dépêche toi, je ne tiendrais pas longtemps

 

 

 

 

 

 

Hosted by www.Geocities.ws

1