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Vendredi 12 mai

J'allais commencer par : mon écran est fidèle. J'aurais eu tort. Il a décidé d'imploser comme d'autres, un matin.

Il y a douze ans je tombais dans les escaliers.

J'ai vu Festen pour la première fois un lundi et le soir même, je frappais sur le verre à la santé de mes chers expatriés, jetés hors de ma tête. Ainsi je lève mon verre à cette vieille, aimante/paralysante qui ne comprend rien à rien, je lève ma jupe à la santé d'écervelés. ils répondent tous en choeur "Tchin tchin", flattés.

tchin mes amis. Sourire radieux, il en faut peu.

J'écris un livre en ce moment. On dit bien une jetée pour ce chemin qui s'enfonce dans la mer. Mon livre est une jetée.

Trois pigeons sont venus au bord de ma fenêtre pendant que je parlais, l'un d'eux a dérapé. Pas si simple de marcher droit.

"à la volette, à la volette, je te plumerais"

Quant à mon monsieur "veille de" même à distance j'y pense.

 

Samedi 13 mai   

Je sais que le soleil ne résout rien mais je me réserve le droit d'y croire. Hier nous regardions "pas de deux" à la Bastille et le violon était encore dans ma tête la nuit venue.

Je me suis arrachée un bout de peau ce matin. En fait ce n'est pas vraiment moi, je ne me serais pas si bien appliquée. Je suis curieuse de voir ce qui se cache derrière, combien d'intentions cachées, combien de perversités. Je laisse cette petite terre à l'abandon.

J'ai vu mademoiselle agnès à la télévision et je la trouve vieille. Vieille et inutile.

Dis, "trois petites lettres" ta boîte à courriel est usée, elle ne veut pas de mes messages.

 

Dimanche 14 mai   

J'écoute Ringer dire qu'elle est fatiguée. Les larmes me tombent. Ce n'est pas tant d'avoir eu devant moi encore les malentendus qui finalement forgent ma hargne. Triste, les yeux tristes, en surface, à l'intérieur tout bout, tu sais mes feuilles poussent quand même, je pense même parfois que mes larmes les nourrit. C'est seulement tellement difficile d'entendre le désaveu des autres, de voir que là d'où je viens la vie n'existe plus, de sentir le vide aussi consistant. Je pensais que le vide était vide et il prend ici une forme compacte, poisseuse. Je t'aime X plus que tout. Pourquoi tout ça à fleur de peau, l'injustice de l'émotion.
Ma famille ressemble a du bois mort, ils me voudraient aussi inertes et leur labeur fait plaisir à voir. Je cours de plus en plus vite. Merci.Merci.Merci. Je vous aurais à l'usure. 

  1. D'abord une chanson triste pour servir ma cause.
  2. Tracks 1 pour danser exulter crier reconquérir

Si j'étais instrument de torture je serais le doigt qui appuie sur la gâchette ou celui qui injecte la dose mortelle

ne me regarde pas comme ça

c'est la colère qui me fait dire des choses pareilles

 

Vendredi 26 mai   

Je ris au mythe de l'artiste, dans ma tête, tout doucement, pour ne pas ébruiter la réalité. Je n'ai plus de nouvelles de Romain et sa boîte est toujours en panne. L'écriture se déploie, de mieux en mieux. J'ai eu l'écrivain en ligne, il m'a redit des choses essentielles. J'ai du mal à continuer ce journal sans doute parce que je me consacre à d'autres écrits. J'évite l'éparpillement bien que ce ne soit pas si simple. X m'a dit qu'avec moi il croyait tout possible, ce n'est pas tant que je sois parfaite, loin de là, juste une question de conviction intérieure, inébranlable qui oblige à tenir debout bien que la pesanteur terrestre se fasse toujours sentir.
La campagne m'a brûlé la peau ce week-end, m'a adoucit l'intérieur du crâne. Une femme m'a dit "je suis étonnée", elle parlait de ce que j'avais écrit. Elle m'a encouragé à continuer et je l'écoute aussi vertueusement que possible.

Que ceux qui croient qu'ils aimeraient lire ce que j'écris me fasse un signe de la main, besoin de reconnaissance, oui, oui, oui, oui, oui, dix fois oui.

 

Dimanche 27 mai   

X a dormi jusque très tard dans la matinée. J'ai lu dans la cuisine. Un livre entier. Facile à lire parce que tous les repères étaient déjà là, une ville, des lieux connus, des gens connus. J'ai ri par moments avec l'envie de partager le sourire de l'instant mais X dormait et les autres étaient ailleurs. Ailleurs c'est comme une ville imaginaire, trop extrême pour être vraie.

Je me suis un peu réconciliée avec la réalité, avec ruse. J'ai repeint à mon idée, redimensionner à mon échelle. C'est mieux qu'avant, pas encore assez parfait mais mieux déjà et le mieux encourage.

Je n'ai plus cette terrible envie, ce besoin terrifiant d'aimer d'autres hommes. J'aimerais juste les transporter avec moi, que ce soit si simple que ça. Partager des moments forts, de tendresse inébranlable. Je ne sais pas si c'est possible, le sexe a beau avoir les meilleures intentions du monde il est encore trop attentif, à vous sourire, à vous regarder si tendrement que vous finissez gueule ouverte, dévorante. Pour moi c'est aimer, aimer, vouloir plus toujours plus, manger l'autre à force de le respecter, à force de vouloir son bien, à force de le vouloir lui tout entier.

Tu vois quand tu t'interroges, que tu fuis comme ça, l'envie c'est seulement l'envie de serrer fort pour dire l'essentiel, savoir que à un moment, à un endroit tu as vécu l'essentiel. Mais le rêve vaut toutes les réalités du monde. Alors (ne) garde (pas) tes trois petites lettres pour toi...

 

Mercredi 31 mai   

Je dis n'importe quoi, j'ai besoin de ce creux au ventre pour avancer, de ce frémissement, de ces rêves. J'en ai besoin et de le crier ne suffit pas. Je m'arrache les pensées comme des mauvaises herbes, j'ai tort. A moi de les laisser envahir le terrain et d'y trouver au centre la plante rare, tenace.

Merci chlorure, tu ne sais pas à quel point les regards posés me donnent la force. Et j'ai la rage au ventre et de la cacher au monde me bouleverse

 

 

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