Jeudi 1er juin
C'est une journée d'attente, partagée, tiraillée, à tenter d'extraire, sans succès, tee-shirt clair, beige, visions nocturnes qui s'ajoutent.
Le six by seven tourne enfin il n'y a que ten places to die que j'ai vraiment plaisir à réentendre, X, lui savoure. Comme quoi, la musique souligne les indifférences, abrège et prolonge le reste. Qu'est ce qui reste ?
Je n'aime presque plus utiliser la ponctuation, si je m'écoutais j'abandonnerais tous les points, les virgules, elles sont greffées à mes doigts, que je le veuille ou non les phrases s'enchaînent et les signes extérieurs de sens balisent mes idées. Quelles idées ?
J'arrête mes questions stupides et repart encore à la conquête. Conquête de quoi, je vous le demande, il y aura bien un guide quelque part pour m'indiquer le chemin.
J'hésite entre me dire que je n'ai rien compris, que je me plante en beauté, que je devrais m'y faire et puis j'hésite pas en fait parce que même si je me plante c'est impossible de revenir en arrière.
Hier assise là où j'étais c'était la meilleure position, face à mes failles. Je vois pas quoi faire de moi, je m'encombre.
La question n'est même plus "me suis je plantée ou non", ça n'a plus aucune importance, une chose est sûre, que j'ai raison ou tort je me suis perdue, prisonnière de mes rêves. Dur à dire, dur à écrire, dur à vivre, merci à ceux qui l'espace d'un instant m'ont pris pour ce que j'aurais aimé être, la vie n'est pas faite pour des êtres de papier comme moi. M'effacer jour après jour la vie l'a fait pour moi, à me répéter à longueur de journée que mes désirs devaient se soumettre à ceux des autres, la minorité n'a rien à faire ici. Et que je le veuille ou non je suis désormais incapable de me lover dans les traces de ceux que j'envie, vie facile, rêves faciles, bonheur au coin du supermarché, bonheur entre les jambes, bonheur sans failles. Moi c'est autre chose. J'ai tout fait pour finir par croire que la vie n'était qu'un rêve, la réalité est devenue cauchemar. Mon écriture, mes mots, mes sourires, mes baisers resteront suspendus au rien, au souvenir, au passé aussi pathétiquement que possible. Et à faire l'amour cette nuit je me suis dit qu'il aurait été doux d'être aimé jusqu'au bout
J'ai du sentir les choses venir. Peut on détruire à ce point. IL faudrait tout dire et redire, tout expliquer, la théorie du chaos, le vol d'un papillon ici provoque un cataclysme ailleurs, plus loin, plus tard. Ici c'est le temps couvert qui veut ça, est ce que les autres pourraient comprendre l'enchaînement parfait, les rouages qui ont conduit X a être ainsi. Je ne crois pas. Soumise, insoumise, les mots m'échappent. Beaucoup me disent, me lisent, "tes mots", comment leur dire qu'ils sont perte et délice, cause et conséquence, pour être tranquille il faudrait que l'on me respecte une fois pour toutes, que je puisse dire "je vous emmerde" et qu'ils applaudissent tous.
Tout est coincé au fond du gosier, si je laissais tout ça s'échapper je pourrais plus rien retenir, l'énergie me défonce l'estomac, cogne à grands coups là-dedans, ça fait mal mais la douleur, la souffrance c'est en silence qu'elle opère, le malentendu est là, je ne veux pas croire que je suis seule, et à chercher en vain l'écho salvateur je me ronge du dedans, en plein dans le cerveau. Quelques centimètres carrés d'impuissance et de rêve, j'aurais préféré avoir une étendue plus grande, tous plaisirs contenues sur la surface du corps, jambes repliées sur le désir d'autrui et des cris de jouissance, râles du bonheur, c'est beau la vie.
Qu'est ce qu'il faut que je fasse pour me faire entendre, ruser, ruser, ruser, "fille de", "femme de", jouer les mystérieuses et récolter l'attention de l'homme d'en face "alors vous écrivez" dit il en caressant ma joue, c'est ce qu'il faut, entrer dans la ronde, parader, singer.
Je resterais moi-même quitte à n'être que ça.
Le plus dur reste à faire, dis tu es qui "moi même"