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Samedi 4 décembre 

J'aime beaucoup le mot tabernacle. C'est le genre d'affirmation qui ne se discute pas. Je me suis réveillée vers 4 heures ce matin et j'avais "tabernacle" dans la tête comme d'autres ont un cheveu sur la langue. X s'est levé pour aller travailler et je l'ai trouvé délicieusement beau. 

J'ai à nouveau rêvé d'une limousine et j'ai rêvé aussi de moi nue et bronzée, pleine de coups de soleil.

Les choses prennent forment, je vais enfin me faire licencier pour repartir sans doute à zéro, faire table rase du passé comme dirait l'autre. J'entends déjà les cris de la foule horrifiée par tant de joie à cette annonce, et j'emmerde la foule. Je me dis que j'ai sans doute l'inconscience et le courage de rejeter aujourd'hui ce que je ne veux surtout pas être demain, je refuse d'être zombie parmi les zombies, ombre de moi-même et ombre de l'autre. Je refuse cela autant que d'autres l'acceptent, je le refuse en bloc et il n'y a rien de plus difficile et je suis seule face à ma révolution à moi et cette solitude me pèse et me renforce à la fois. X se réveille petit à petit, il a maintenant acquis la certitude que ce changement pour lequel je me bats est nécessaire et salvateur. Je l'aime et je n'aime pas que lui. Je me surprends moi-même.  

Je sais qu'il n'est pas simple ni facile de comprendre tout cela et je n'ai pas envie de me justifier, prolongement de mon histoire et besoin d'exister, vraiment. Je ne comprends ce qu'il y a de si terrible à refuser la médiocrité. 

Rhhhh (cri épouvantable), je suis l'ogresse du matin, dévoreuse de préjugés.
Whaouh répondit l'autre à tant d'appétit si tôt le matin.
Rhhhh (râle de satisfaction), je sais, j'engloutis, je mange, je baffre, insatiable...

Je ne reviens pas vivre ici pour le moment. Ce studio est devenu trop petit pour abriter nos deux existences. A l'état fusionnel ça allait encore mais aujourd'hui tout a changé et nous avons besoin plus que jamais d'avoir chacun notre univers. X a compris cela, il a compris à quel point il avait oublié de me regarder, juste de me regarder, à quel point il ne m'avait pas laissé de place, à quel point il n'avait plus que des attentions portées par ses rêves à lui, il m'a dit la plus belle chose qu'il pouvait me dire à ce moment là, il m'a dit qu'il souhaitait me redécouvrir. Je m'agite devant lui et petit à petit le feu s'attise.

J'ai envoyé des textes et je m'apprête à envoyer d'autres nouvelles tout azimut. Et puis aussi des lettres et des inventions et des idées et tout un tas de choses.

"Pour être reconnue, il faut être reconnaissable".

Je mets donc ma panoplie la plus voyante, ma plume se pare de mille feux et l'encre déverse son acidité/agilité le long de pages silencieuses.

Le délice/supplice de se voir créer et la joie de manger du chocolat un peu fondu et de s'en mettre absolument partout.

Yann Tiersen me dévoile ses quelques notes et tout comme Pascal Comelade m'égaye parfois.

Il n'est toujours pas 7 heures du matin. Je ne me suis pas couchée tôt mais l'envie de faire des choses m'a propulsé devant cet écran pas si virtuel. Je me recouche encore un peu un livre entre les mains et j'écrirai après avoir rempli mon estomac de denrées ni rares ni substantielles.

Bises et caresses à l'oeil.

Je reviendrais sans doute un peu plus tard, je garde mon rituel du dictionnaire pour tout à l'heure.

 

Dimanche 5 décembre

Je passe d'une émotion à l'autre, transition inexistante et je retombe douloureusement. Je suis incapable de mentir aux personnes que j'aime, c'est sans doute pour cela que je préfère parfois le silence. Je m'emmure, prisonnière (in)volontaire. J'ai dit à X, j'ai employé les mots les moins précis possibles, je lui ai dit que j'avais été vers un autre. Putain de morale, putain de conscience... il m'a fait parler, je lui ai lâché des expressions convenues et la vérité s'est infiltrée et je l'ai lue sur son visage, visage d'archange/démon. Dur... que dire d'autre, il n'a même pas su comment réagir. Je l'aime follement et je me suicide, je choisis le mur le plus haut et je m'y encastre. Je patauge, je veux plus que tout m'en sortir, me reconstruire, aimer simplement et tout me parait parfois si insurmontable. Je baisse les bras trop facilement, je cherche l'issue. Si j'étais une riche et jolie héritière une foule de bandits m'aurait déjà enlevée, si j'étais crédule les extraterrestres seraient là eux aussi. Je me reconcentre et me dis que c'est un moment difficile, de doute, de remise en question mais que c'est une étape nécessaire. Je suis dans la spirale et je n'ai plus le choix. Il y a des gens assis à l'abri du vent qui tentent de juger, et une phrase assassine par ci et une remarque puérile par là. Je ne leur demande pas de se joindre à moi, juste de détourner le regard. Je me laisse happer et de temps en temps ce n'est pas désagréable.

Promenade dans le Paris outrancier, agitation du samedi et approche des fêtes. Je ne me sens pas du tout impliquée, hors société, hors jeu. Moi qui était déjà en mal de reconnaissance avec ce besoin viscéral d'amour et de regards me voilà sur la touche, à ne plus avoir ma place nulle part, et je cherche ma terre promise alors que tout le monde me dit que ça n'existe pas. Un jour quand je l'aurais trouvée j'inviterais des gens au hasard et je leur donnerais ce que j'ai de meilleur.

Aussi étrange que cela puisse être, j'écris des trucs drôles en ce moment, pourtant autour les gens sont un peu tristes. 

J'ai appelé mon père pour son anniversaire. Il n'a pas pu s'empêcher de me renvoyer à ma douleur. Je ne veux pas m'y complaire, je refuse le misérabilisme, la complaisance, la compassion. Je veux des coups de fouet pour me faire avancer, des électrochocs pour réagir mais surtout pas ces sourires affligeants qui ne cachent rien d'autre que de l'indifférence refoulée.  

Il suffit de parler, je dois agir, et ma paresse me laisse assise sur mon banc froid, alors qu'en marchant tout va mieux. Allez zou encore, de l'ambition, de la confiance en soi. Trouver en moi l'écho nécessaire à ma remise en marche, ne pas l'attendre des autres. Je sais tout ça, j'ai une cruelle lucidité sur ce que je vis. 

Voilà, je me suis bien défoulée, des lignes de bêtises, à les relire je me trouverais encore ridicule et emmerdante. Parfait, ça me poussera à être mieux, différente, délicate, enjouée.

Je travaille sur des idées qui peuvent aboutir à quelque chose d'intéressant. Et je m'y accroche. Je me lance à corps perdu dans l'écriture pour ne pas me laisser tenter par la chute irréversible.

Mot au hasard du dictionnaire :

Dévorer

Alors ça c'est tout moi. Trop de choses à faire, à vouloir, à vivre et par peur de l'échec, de ne pas être parfaite... ah oui, voilà je ne fais pas les choses si je crois que je ne serais pas la meilleure, mais quel ego, quelle horreur, besoin d'être parfaite mais accepte juste de faire les choses parce que tu les désires à un moment donné, ne cherche pas autre chose. 

- Qu'est-ce que tu veux faire quand tu seras plus grande ?
- Je veux être parfaite, essentielle, nécessaire...

L'insoumise est bien ambitieuse, avec une ambition pareille on ne peut que se détruire, placer la barre si haut c'est comme :

- penser que la terre est ronde (euh... mais elle est ronde, - oui je sais mais je ne m'y fais pas)

- écouter Céline Dion et Lara Fabian et se dire "euh... laquelle je préfère ?"

- trouver Nagui drôle

- aimer deux hommes à la fois

- manger de la cervelle d'agneau et penser qu'on sera plus intelligent (alors qu'on devient seulement plus doux)

- écouter radio courtoisie

 Je stoppe tout bavardage, je me remets à écrire et je crois en moi, je me redonne une image et je reviens plus forte.

X est au travail et à penser à lui je me dis que j'ai une chance folle d'être aimée ainsi et que je n'ai pas le droit de la gâcher, pas le droit.

5BIS

Ballade dans le froid, nez et joues rouges, bonne mine, je ressemble à chapi ou chapo, je ne sais jamais quel est le garçon et quelle est la fille... X a trouvé une plaque d'un concours de race ovine, il adore les objets aussi insolites soient-ils, surtout s'ils sont insolites.

J'ai tout son amour et cela m'apaise.

Ca y est me voilà à nouveau chantante, à raconter mille bêtises. 

Tout à l'heure nous étions assis autour de la table à se dire des choses et d'autres, à discuter de deux amis, d'art et tout et tout et je buvais du thé comme toujours et j'ai eu envie de cracher mon thé sur moi alors plutôt que de garder cette envie au fond de mon gosier et bien j'ai aspergé ma robe de thé alors que X me parlait et on a explosé de rire et je l'aime et même parfois je nous aime tous les deux.

J'ai inventé un concept et je l'écris sur mon cahier à spirales - comme ça les pages s'arrachent facilement, ni vu ni connu.

J'ai la musique de Dionysos dans la tête et j'ai aussi des portraits de femmes des années 20 avec leurs chapeaux, leurs rubans et leurs robes droites.

5TER

Alain me dit que la vie est belle et je le crois profondément et c'est tout ce qui me semble injuste qui m'empoisonne, le mal que j'ai à accepter ce qui à mes yeux est inacceptable, c'est sans doute cela être une petite fille mais c'est ce qui me sauve aussi.

Mardi 7 décembre

J'avais pris de bonnes résolutions comme de ne plus me compromettre dans des sentiments/séductions/désirs autres que ceux que je garderais pour X. Et puis la vie est compliquée, les sentiments s'imbriquent et provoquent le désir qu'il est difficile de dissimuler. Je m'y attache pourtant, je rêve de simplicité. La simplicité sans la médiocrité, le quotidien sans l'habitude, l'amour sans la lassitude. Spearmint me souffle une humeur joviale et j'aborde la soirée le sourire aux lèvres. Je me promets d'aimer R. d'un amour platonique tandis que mon corps et mon esprit se réuniraient sous le chapiteau X. Je n'y crois pas mais je veux y croire. Je tente de ne pas me perdre. Je contacte à gauche, à droite, je me confie aux regards d'autrui et je donne mes mots en pâture. Dites moi quelque chose, criez moi que j'existe et que j'existe au travers de ce que j'écris et mieux encore de ce que je suis. Et je me cherche encore. Je rêve d'un univers ahuri et abruti de passion. Le site de Libération, page Cinéma, rubrique dossier spécial sur les cinéastes et la critique, il y a une lettre de moi datée du 3 décembre, ça me fait plaisir aussi bêtement que simplement.

R. m'enchante encore ce soir et ce n'est pas bien du tout. Je me veux hermétique, je passe la combinaison du ni oui ni non, je suis adepte.

Mot au hasard du dictionnaire :

Innocent(e)

Le hasard me désoriente parfois.

Je disais à X que je préférais vivre dans la prison que je m'étais construite que dans celle que les autres avait bati pour moi, il m'a dit que c'était pire encore parce que l'on connaissait mieux que personne les vices et les pièges pour nous garder prisonnier, je lui ai dit qu'il n'avait pas tort.
Un journal comme parloir, je ne sais pas où est la poésie là-dedans. Je pose des ailes sur mon dos et je m'envole, petit oiseau immature

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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