En raquettes de Lioran à Super Besse

par le chemin de Compostelle

Carnet de route.

 

J’ai décidé de cette destination sur un coup de tête la veille au soir. Au départ je me préparais pour une traversée de quelques jours dans le Mercantour, mais la Météo locale annonçait de gros risques d’avalanche dans tout le massif alpin. Parmi les montagnes sans risques d’avalanches (Vosges, Jura, Massif Central) j’ai choisi ce dernier, attiré par la réputation de ses volcans.

 

22 janvier 2003 : Paris- Lioran

Le train part de la Gare de Lyon en début d’après-midi, pour arriver cinq heures plus tard à Lioran, à 200 m. des pistes. Avec un paysage sec à presque 1000 m. d’altitude je commence à m’inquiéter du sort de ma randonnée. Pourtant lorsque je réservais ma chambre il y a deux heures l’hôtelier m’avait bien dit qu’il y avait trop de neige pour rejoindre à pied l’hôtel. Quel plaisantin !

Tout d’un coup, à 10 min. de l’arrivée du train j’entrevois dans le crépuscule des névés, puis une fine couche continue de neige. Le temps de préparer mon sac à dos, le train s’arrête en gare. Miracle : tout est couvert d’au moins un mètre de neige fraîche ! Le conducteur nous invite à ne descendre que par la première voiture, et on a intérêt à l’écouter, à moins de faire un plouf dans la poudreuse.

Je suis le seul passager à descendre ici. Pas de taxis. Heureusement un type s’arrête en voiture et me propose de me déposer à « la station ». Plutôt sympa comme accueil.

Hôtel propre, quelques vieux couples au dîner, et une superbe vue sur la neige fraîche dehors.

 

Je fais un tour après le repas. C’est mort, mis à part quelques pisteurs au bar du centre, et deux chiens qui se montent l’un l’autre à tour de rôle, tout en me suivant dans ma promenade…

 

23 janvier : Lioran à Puy Mary

 

Je remonte les pistes en croisant les premiers sieurs vers 9h30. Au télésiège de Rombière à 1500 m. (dernier point civilisé) le temps se gâte soudainement : vent et neige, visibilité entre 0 et 10 m. entre les bourrasques. Après un bref repos derrière la cabane du télésiège je m’engage à la boussole dans le blanc laiteux, et assez rapidement je longe une clôture à même la crête.

Je coupe la pente les sous les ressauts rocheux : les raquettes tiennent bien en dévers, même si ça fatigue les pieds. Je ne vois toujours rien, mais d’après le GPS je dois être non loin du Puy Mary. Une descente dans la vallée en contrebas, et voici deux silhouettes de baraquements. La première est une grange équipée avec tables et bancs. Cinquante mètres plus loin c’est le gîte.

 

Une bonne odeur de cheminée m’accueille. En effet, je trouve de la braise encore chaude. Un aller-retour jusqu’au tas de bois que j’avais remarqué sur le chemin, et une demi-heure après ma tanière s’éclaire aux lueurs douces des flammes.

 

Réchaud à gaz, Bolino (beurk), et Royco (miam), préparation de l’itinéraire de demain. A 9 h. je suis dans mon duvet en train de lire « Le rouge et le noir » à la lumière de ma frontale. Nuit excellente à 3° de température grâce à la belle bûche dans la cheminée.

 

 

24 janvier : Puy Mary à Condat

 

Le réveil à 7 h. est un peu frisque, le temps de rallumer le feu. Je plie bagages et vers 9h dans le brouillard je dis au revoir à ce refuge qui m’a si bien accueilli.

 C’est ma grosse journée. J’ai prévu de faire 20 km, finalement j’en fais 30, sous peine de bivouaquer dehors manque de gîte ouvert sur le chemin. Heureusement comme prévu un temps magnifique s’installe. Je marche jusqu’à midi sur une belle arrête avec vue panoramique.

          

 

La neige est plaquée par le vent et les raquettes accrochent bien. J’ai dans la tête la chanson de Brassens : « Toi l’auvergnat qu sans façons…», et tout mon temps pour cogiter des phrases du style : Il est toujours trop tôt pour « jamais ». Et jamais trop tard pour « toujours ».

Après les crêtes on arrive sur un immense haut plateau. Du blanc à perte de vue, on se croirait au Groenland. J’y vois déjà la future Mecque du kite-snow…

Je marche plusieurs heures tout droit. Enfin le relief redevient vallonné. Les clôtures se font plus fréquentes, je vois ici ou là des petits troupeaux de chevaux. Ca sent le gasoil : les premiers villages en effet ne tardent pas à apparaître. Ce sont plutôt des hameaux, voir des fermes isolées ici ou là.

 

Il est déjà 17 h. lorsque j’apprends (enfin couverture pour mon portable) que l’hébergement le plus proche est à 10 km. d’ici. La partie la plus pénible de la journée va suivre, d’autant que j’enlève les raquettes pour marcher sur les routes déneigées. J’arrive exténué par nuit noire à Condat, chef-lieu de canton de 1000 âmes.

 

La chambre d’hôtel que j’ai réservée s’avère étonnamment propre et bien équipée. Je seul pensionnaire au dîner, excepté une réunion assez curieuse à la table à côté : le Maire, le notaire, le pharmacien, un autre notable, et même une prof d’âge respectable en pleine réunion d’établissement du Rotary Club local. Le notaire porte un nœud papillon, et M. le Maire parle de la « noble cause » à laquelle il faudrait consacrer ce nouveau club. Rien d’une caricature. La prof repart juste après l’apéritif ( Monsieur attend à la maison), non sans avoir béni l’assemblée, et essuyé quelques compliments du style « un repas sans femme c’est un jour sans soleil ». Les hommes continuent à chercher leur noble cause autour d’une saucisse auvergnate. Moi je tombe dans un sommeil lourd aidé par le pichet de cabernet et deux aspirines.

 

 

25 janvier : Condat à Egliseneuve

 

Au petit déjeuner l’aubergiste m’explique comment il est en train de reprendre l’Office de Tourisme local, suite à la démission de l’ancien responsable. C’est que ça coûte cher pour une petite commune, de faire venir les touristes.

Je reprends ma route sous un ciel bleu et une demi-heure après je marche sur le plateau surplombant la ville.

C’est une journée tranquille. Le sentier de GR traverse de petites forêts. C’est calme et l’air est rempli de parfums de bois.

 

J’arrive vers 18 h. à Egliseneuve. Plus que son église, ça mairie est le bâtiment le plus imposant – bien surdimensionné par rapport au reste du village. Un rassemblement de grands-pères qui m’épient en passant. J’ai l’impression qu’ils sont particulièrement attentifs à la réponse que je donne à leur bonjour Monsieur.

 

L’hôtel « La Providence » est une vieille pension avec chambres énormes et douches sur le pallier. L’accueil y est en revanche merveilleux. A chaque phase du repas l’aubergiste barbu et débonnaire s’incline pour me demander « qu’est-ce qui vous plairait comme… ». J’ai même eu droit à mes œufs brouillés au jambon du pays en petit déjeuner, en plus des confitures maison réglementaires. Dans cette ambiance gourmande on oublie vite le confort quelque peu spartiate des chambres.

 

26 janvier : Egliseneuve à Super Besse

 

L’air est doux et la neige se fait lourde sous les raquettes ce matin. Je croise un couple papi -mamie au bord du lac Chauvet, je perds le GR en coupant à travers les champs, mais finalement j’arrive plutôt que prévu dans la station.

 

Le ski de fond est vraiment un sport ridicule. Il suffit de voir l’air idiot des pratiquants, tout concentrés qu’ils sont sur leurs rails, à croire qu’ils se prennent pour des trains. De plus tous les chemins sont « shuntés » - c'est-à-dire qu’on leur creuse les fameux sillons- et on se fait engueuler par les pisteurs dès qu’on veut y passer en raquettes.

 

A l’hôtel Gergovia*** on vous fait remplir un formulaire pour choisir votre dîner, et on passe en Brassens en boucle (véridique, même au petit déjeuner !).

 

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