Rendez-vous avec...
Pierre Marcotte rencontre Louis Garneau

Extraits d'une entrevue t�l�diffus�e le 8 octobre 2003

Pierre Marcotte : Le premier �quipement est achet�, la machine � coudre.

Louis Garneau : Mon premier employ�, ma collaboratrice Monique, qui fait du sur-mesure. Les gens savent que Louis Garneau a commenc� � vendre des cuissards. On vend moins cher que les collections italiennes ou fran�aises. �a c'est un avantage. Les gens arrivent chez Louis Garneau, �a ne s'est jamais fait au Canada, et ils voudraient un maillot bleu avec une ligne rouge. Et un cuissard coordonn�. Alors on commence le sur-mesure. Oui, on va vous le faire. Mais au d�part c'�tait une catastrophe !. Il fallait faire cinq gilets pour habiller notre client. Essai/erreur...

Deux ans apr�s, vers 88, lorsque j'ai vraiment d�cid� de devenir un manufacturier - parce qu'apr�s les Jeux olympiques en 84 j'ai pris une d�cision, le 29 juillet. J'ai dit : c'est ma derni�re course. Toute l'�nergie que j'avais dans le sport, je vais la mettre dans mon entreprise, parce que je voyais que �a pouvait marcher.

Je voulais me marier. Pas de job, 2000$ en banque. T'as une vielle maison que t'as achet� avec ta blonde. Ta blonde est infirmi�re, elle travaille � temps partiel, elle gagne 300$ par semaine. Tu te dis : on y va !. Tu rentres dans ta maison et tout ce que tu as c'est un futon dans le coin !

�a faisait 14 saisons de v�lo. J'�tais rendu � 25-26 ans...

Pierre Marcotte : Est-ce que c'�tait �g� pour le cyclisme ?

Louis Garneau : Lance Armstrong a 31 ans. Je voulais faire autre chose. J'avais l'artiste en moi. Je ne voulais pas devenir un professionnel en Europe. Je voulais vivre autre chose.

Je me suis mari� le 29 septembre. On se marie mais on est face � rien. Mais je me suis dit : je vais mettre toute mon �nergie et �a ne se peut pas que �a ne marche pas.

On a d�m�nag� dans un petit local � Sainte-Foy, pr�s du boulevard Charest, de 1500 pieds carr�s, � l'automne 84. Mon p�re vient de prendre sa retraite et ma m�re ne travaille pas et les deux d�cident de venir m'aider. Deux salaires subventionn�s ! On a des mains. Monique est infirmi�re le soir et on vit de son 300$. Monique rentrait � 7h00 le matin et elle devenait infirmi�re de 4h00 � 11h00. Moi, de 7h00 � 11h00, j'�tais le manufacturier, l'entrepreneur.

Pierre Marcotte : �a dure combien de temps ?

Louis Garneau : �a a �t� cinq ans comme �a.

Pierre Marcotte : Avant que Monique ne quitte son m�tier d'infirmi�re ?

Louis Garneau : Oui. Je travaillais six jours par semaine. Le 6e jour, je faisais de l'am�nagement dans l'entrep�t. Je faisais la table de coupe, des tables, des meubles. Il fallait tout faire parce qu'on n'avait pas d'argent.

On avait de l'amour. On avait des parents qui nous aimaient. On mettait du temps.

Aujourd'hui, on a plus de moyens mais on �tait autant heureux � l'�poque avec cette aventure de r�ve d'un gar�on et d'une fille.

Jamais on a pens� � devenir millionnaires. Notre objectif c'�tait d'avoir un m�tier. D'�tre bien. De bien se r�aliser. Que les gens qui avaient nos produits soient contents.

Pierre Marcotte : Et de faire un succ�s ?

Louis Garneau : De faire un succ�s, bien entendu. Parce que Jean-Yves Labont�, l'entra�neur de 1971, m'avait enseign� qu'il fallait gagner. Quand tu fais de quoi, tu fais pas �a pour arriver 17e. Tu fais �a pour gagner. L�, tu te rappelles les strat�gies : de ne pas abandonner, d'�tre pers�v�rant, d'�tre strat�gique, de r�sister � ton stress, d'avoir une vision, d'avoir une volont� plus grande que les autres, mais surtout de ne pas abandonner.

Pierre Marcotte : Et L'exp�rience de 84, des Jeux olympiques, qui �taient sans doute un r�ve, cette r�alisation-l� c'�tait fait et maintenant vous vouliez faire autre chose ?


Louis Garneau aux Jeux olympiques de Los Angeles
photo : J. Merrithew

Louis Garneau : Exact. Steve Bauer finit 2e. Moi, je finis 33e. J'ai tomb�, je me suis relev�. Je n'ai pas abandonn� ! Mais moi j'�tais content. C'�tait mission accomplie. Mais il fallait que je fasse autre chose. Je voulais conna�tre de la vie autre chose que d'�tre un coureur cycliste. Je sentais qu'il y avait une deuxi�me carri�re. Mais je n'ai pas �tudi� l'administration, je n'ai pas �tudi� la finance mais j'�tais un guerrier dans l'�me, quelqu'un qui veut gagner. �a m'a �norm�ment servi. On va le faire, mais on va faire de la qualit�. Et je me suis rendu compte que tout ce qu'on faisait d'innovation, �a marchait.

Pierre Marcotte : Les cinq premi�res ann�es vous vivez bien...

Louis Garneau : On vit bien. Pas d'enfant, une chance...

Pierre Marcotte : On ne planifie pas de famille ?

Louis Garneau : On n'avait pas le temps. Il fallait toute notre �nergie...

Pierre Marcotte : Les enfants �taient pas forts...

Louis Garneau : On s'endormait avant !

La premi�re innovation: le march� mondial fabriquait des pantalons cyclistes en lycra, le tissu extensible. Parce qu'avant �a, c'�tait en laine. Alors j'ai d�cid� d'en faire, mais au lieu de l'offrir dans une couleur, je l'ai offert dans vingt couleurs ! �a a �t� une innovation mondiale. Personne ne l'avait fait.

Pierre Marcotte : ... qui a frapp�...

Louis Garneau : ... qui a frapp� les cyclistes. Et le sur-mesure. Il y a eu cinq grandes innovations qui ont fait qu'on s'est distingu�s et qu'on a grandi.

La deuxi�me innovation, en 88, la sublimation.

Pierre Marcotte : C'est quoi la sublimation ?

Louis Garneau : La sublimation est un proc�d� de teinture de v�tements. Au lieu d'avoir un gilet bleu avec une ligne rouge o� il faut faire un patron, fallait d�couper la bande et la coudre, on pouvait imprimer toutes ces couleurs sans couture, plus confortable. Alors l� on pouvait faire des motifs, des fleurs...

Pierre Marcotte : Il n'y avait pas de limite...

Louis Garneau : Il n'y avait plus de limite. C'est un proc�d� de teinture...

Pierre Marcotte : Qui vient d'o� ?

Louis Garneau : Qui vient d'Europe. Dont j'avais eu connaissance par d'anciens coureurs, puis j'�tais all� chercher la technologie. J'ai voyag� � travers l'Italie, pour revenir � un moment donn� � la maison et je dis � Monique : �J'ai trouv� la technologie !� J'arrive avec un petit pot d'encre. �Oui mais c'est juste un pot d'encre !� (de dire Monique). �Oui, mais tu vas voir, la fa�on de l'appliquer, chauffer, je vais faire des tests, �a prend des soies, etc.�

On a commenc� � travailler comme �a. Et �a a �t� tellement une catastrophe !

Mon comptable m'avait averti, parce que pour faire 24 maillots sublim�s il fallait en faire 48. J'avais 50% de perte. Le comptable vient me voir : �Louis, si tu continues comme �a, tu vas faire faillite.�

J'avais peur de faire faillite. Alors, au lieu de finir � 11h00, je finissais � 2h00 (du matin). J'ai essay� des techniques et je me suis engag� des gens comp�tents.

Louis Garneau a parti avec sa blonde mais aujourd'hui c'est une �quipe et chaque fois qu'on a rentr� des gens comp�tents, on a grandi.

Mais la sublimation est ce qui nous a fait conna�tre mondialement.

Pierre Marcotte : Quand vous dites que vous allez chercher la technique en Europe, vous revenez et vous n'avez rien en d�finitive. Vous avez un pot d'encre. C'est l'encre qui fait le tout ?

Louis Garneau : C'est l'encre qui fait le tout. Je me patente des machines pour imprimer, chauffer...

Pierre Marcotte : Vous les avez pas achet�es ?

Louis Garneau : On a achet� des vieilles machines de s�rigraphie qu'on a modifi�es, des soies. Essai/erreur, essai/erreur et on a fini par imprimer. �a nous a lanc�s, �a nous a fait conna�tre mondialement.

En 88 �a allait tellement bien qu'on a d�cid� de faire un projet d'investissement important. On avait un chiffre d'affaires de 1.8 million et j'ai investi 1.5 million. Il fallait �tre ignorant de la finance pour faire �a ! Je ne referais jamais �a.

Pierre Marcotte : Faut-il avoir une na�vet� quand on est entrepreneur ? Parce que sans �a on devient peureux, on fait rien...

Louis Garneau : Et plus on avance, plus on devient peureux.

Mais en 88, j'ai le vent dans les voiles. Je rouvre une usine aux �tats-Unis, en m�me temps, au Vermont. J'avais trouv� �a facile d'ouvrir � Saint-Augustin. Sauf que six mois apr�s, on se pr�sente au Salon de Toronto et mes repr�sentants me disent : �Louis, c'est difficile, on a des baisses de 30%�. J'ai dit : �Mais on a la plus belle collection ! C'est impossible !�

On tombait dans une r�cession. Aucune id�e c'�tait quoi une r�cession. J'�tais pas un homme d'affaires, � l'�poque, j'�tais un entrepreneur, un patenteux qui se lance en affaires.

On a v�cu ce stress de la peur de perdre la compagnie, de faire faillite.

�a a �t� excessivement difficile. De se coucher le soir, avec la petite larme sur le c�t�, de dire on passera peut-�tre pas � travers, �a peut �tre l'�chec de ma vie.

Autant l'usine c'�tait joli, autant ton ch�teau peut devenir ton tombeau. Alors j'ai dit : �Qu'est-ce qu'on va faire ?�

Le cycliste s'est mis � travailler. C'est comme quand tu tombes. Il y a des gens, quand ils tombaient en v�lo, ils ne se relevaient pas. Ils disaient : �J'ai mal, j'arr�te�. Tu fais une crevaison. Il y en a qui disent : �J'arr�te�. Ou il y en a qui changent le pneu. J'ai dit : �L�, il faut innover�.

C'est � ce moment-l� que j'ai cit� cette fameuse phrase : �Innover ou mourir�.

J'ai dit : �Il faut trouver un produit qui va se d�marquer�. Et � ce moment-l� les casques de v�lo arrivaient.

Pierre Marcotte : Si on parle de r�cession, les gens n'ach�tent plus. Pourquoi ach�teraient-ils un casque ?

Louis Garneau : Il fallait trouver un produit, un nouveau march� parce que il y a quand m�me des ventes pendant la r�cession.

Mais l� les casques de v�lo devenaient populaires parce qu'aux �tats-Unis le casque rigide devenait obligatoire. Parce que les assureurs am�ricains d�cident qu'il n'y aura plus de course si les casques ne sont pas rigides.


Louis Garneau aux Jeux olympiques de Los Angeles
photo : J. Merrithew

Moi, � l'�poque, je courrais avec de petits casques, c'�taient de petits boudins. �a m'a d�j� donn� une grosse commotion. Et �a a �t� assez catastrophique.

L� je vois le march� se d�velopper. La compagnie Giro aux �tats-Unis se met � lancer ses casques. Il y a plein de monde qui se lance. L� je me suis dit : �Je pense qu'on a un petit cr�neau, on va essayer d'en faire.�

Pierre Marcotte : On est plus dans le tissu...

Louis Garneau : Sauf que le tissu recouvrait les casques. C'�tait de petits bonnets de lycra. J'en faisais des bonnets pour la comp�tition. Pourquoi je ne ferais pas l'int�rieur ?

Les marges �taient int�ressantes, le march� �tait bon, le v�tement avait baiss� de 30%.

J'ai achet� environ cinquante casques de la comp�tition. J'ai fait un peu comme les Japonais font. Je les ai d�faits. Inspect�s. Bris�s. L� je disais : �Qu'est-ce que je vais faire ? Il faut les am�liorer. Agrandir les ouvertures. Les faire plus l�gers, plus r�sistants aux impacts.�

C'est � ce moment-l� que j'ai d�pos� mon premier brevet, le LG8. Une base monocoque en plastique qui retenait le casque, qui le rendait plus fort lors d'impacts. Et on s'est fait conna�tre mondialement par cette innovation.

Les casques nous ont sauv� de la faillite.

Pierre Marcotte : Et la famille commence ?

Louis Garneau : La famille arrive. Il y a un certain confort qui commence � arriver. Les banquiers m'aimaient un peu plus parce qu'on rentrait un peu plus d'argent dans la compagnie.

Pierre Marcotte : On commen�ait � vous appeler Monsieur...

Louis Garneau : C'est �a. Au lieu de m'appeler � tous les jours, on m'appelait aux semaines. �a allait mieux !

Et on a commenc� � entrer des gens comp�tents au sein de l'entreprise. Directeur g�n�ral-adjoint. Des bons administrateurs. On s'est mis � s'entourer.

Pierre Marcotte : Maintenant on parle que vous avez huit centres de production.

Louis Garneau : La maison-m�re � Saint-Augustin, l'usine de casques, une petite usine de v�tements, on a une usine � Sainte-Foye, en plus une � Arma dans le comt� de Bellechasse, bien entendu les �tats-Unis et, derni�rement, Chlorophyle, o� on a fait une acquisition � Chicoutimi. C'est une belle soci�t�. Comme nous, environ 22-25 ans d'existence. Compagnie qu�b�coise. Et je parle de �a, du Qu�bec, parce que...

J'ai v�cu une �poque euphorique et � un moment donn� les Am�ricains sont venus cogner � un des mes kiosques. Un pr�sident de compagnie, Monsieur Terry Lee, me dit : �Monsieur Garneau, on est int�ress�s � acheter votre entreprise. How much ?�

En passant, c'est tr�s flatteur de se faire dire �a. Vous savez, les Qu�b�cois, on veut tous �tre millionnaires, on ach�te des billets...

Je reviens � la maison et j'annonce la nouvelle. Monique, papa, maman. La seule personne qui n'a pas trouv� �a dr�le, c'est ma m�re. Mon p�re, lui, c'�tait le succ�s � 37 ans. �Louis, c'est la r�ussite, tu te reposeras !� Ma m�re, je voyais qu'elle n'�tait pas trop d'accord.

On a commenc� � aller voir les Am�ricains. On a eu la visite. On a eu l'offre... Et � un moment donn�... Je me rappelle, � l'�poque, je faisais donc bien du chassis ! Je me promenais d'une fen�tre � l'autre. Des gens disaient : �C'est extraordinaire ce qui va t'arriver.� De l'autre c�t�, quand ta m�re te regarde... et elle ne parle pas beaucoup. Et � un moment donn� t'apprend que sa soeur, qui est religieuse, un samedi soir elle a fait prier le coll�ge Saint-Damien pour emp�cher qu'on vende aux Am�ricains...

C'est tr�s qu�b�cois, en passant. La religion, la Beauceronne qui veut que �a reste chez-nous.

� cette �poque-l�, je me disais... j'avais l'impression que je vendrais mon �me au diable. Je me disais : �Les Qu�b�cois m'ont mis au monde, c'est le Qu�bec qui m'a encourag� et, � un moment donn�, j'ai dit: �Je ne peux pas faire �a � ceux qui m'ont toujours encourag�.�

Au d�but je livrais de mauvais produits parce que je n'avais pas l'exp�rience, on m'encourageait. On continue encore � m'encourager.

J'avais tellement peur un jour que mes gar�ons me disent : �Papa, pourquoi tu nous a pas laiss� l'entreprise ? Pourquoi tu l'as vendue ?�

Je me suis mis � voir tant d'entreprises se vendre au Qu�bec. On est en train, nous les Qu�b�cois, de perdre notre patrimoine, de liquider notre patrimoine industriel. Je trouve �a important qu'on soit les d�cideurs qui, par notre culture qu�b�coise, par la forme de nos casques, la couleur de nos v�tements faits par nos designers, on exporte �a � travers le Qu�bec, le Canada anglais, les �tats-Unis...

On entend parler, par les politiciens, d'�tre distincts. Moi je vous dis, sans parler de politique, c'est par l'action, par le produit, qu'on peut le faire, par l'innovation, que les Qu�b�cois peuvent laisser leur marque.

Pierre Marcotte : On est d�brouillards, les Qu�b�cois, on est tr�s ing�nieux...

Louis Garneau : On est extraordinaires, sauf qu'on n'a pas de culture d'entreprise.

On est en affaires depuis les ann�es 60. Armand Bombardier, les fr�res Lemaire, ce sont nos mod�les. Et aujourd'hui, tous les jeunes qui se sont retrouv�s en affaires, la premi�re r�action, lorsqu'ils ont une offre sur la table, ils ont vendu, parce que c'�tait excitant, parce qu'ils voulaient faire la vie de jetset, c'�tait flatteur.

Pierre Marcotte : Mais la vie de jetset ne les a pas combl�s, en g�n�ral...

Louis Garneau : Non. Et contrairement aux familles anglophones du Qu�bec, on voit les Molson, les Simmons dans le v�tement qui, depuis 150 ans, ont transmis de g�n�ration en g�n�ration l'entreprise. Pourquoi les Qu�b�cois ne se disent pas : �Aye, on les gardes-tu chez-nous nos entreprises ?�

On peux-tu d�voiler ceux qui vont vendre leur entreprise aux Am�ricains ? On pourrais-tu dire : �Aye, gardez-les donc !�

M�me si, peut-�tre, on est un peu moins riche, c'est pas grave, on n'a pas besoin de manger six fois par jour.

C'est un d�fi pour moi d'essayer d'envoyer l'entreprise � la deuxi�me g�n�ration. Les statistiques disent qu'il y a 70% de chances que �a ne se rende pas � la deuxi�me. Mais j'ai 30% � jouer et je joue la game. Je veux gagner cette partie-l�. � partir de cette ann�e, j'ai dit que je vais la transmettre aux enfants.

Pierre Marcotte : Vous avez dit un jour : �Je ne ferai jamais produire en Asie !�. �a, vous avez �t� oblig� de d�clarer forfait. �a a �t� un Waterloo ?

Louis Garneau : J'avais pas le choix. C'est la comp�tition, la mondialisation. Je me suis rendu au maximum de ce qu'on pouvait faire avec les employ�s, d'essayer de faire tous les produits ici au Qu�bec mais � un moment donn� on perdait des ventes.

Il y a deux choix : tu t'ent�tes sur une id�ologie, tu ne t'adaptes pas � ton march�, tu te fais rentrer dans le corps et tu disparais du march�.

Je me disais, si on fait des souliers de v�lo. On a essay�, ici au Qu�bec, de voir si les gens pouvaient nous les produire. Le co�tant de les faire au Qu�bec serait le vendant aujourd'hui. On pouvait pas dire que ce serait rentable de faire une usine. Alors, il y a certains produits qu'on dessine ici et qu'on fait sous-traiter en Asie. On a dit on va faire un partenariat avec les Asiatiques et on va continuer � travailler avec le Qu�bec, les designers, les gens de marketing, les gens de la livraison, les administrateurs et on va continuer � faire des v�tements au Qu�bec, mais des v�tements que les Asiatiques ne peuvent pas faire, la petite s�rie. Tout ce qui est petit volume on va le garder ici. Tout ce qui est valeur ajout�e, tout ce qui est v�tement sublim�. Les Asiatiques ne font pas de sublimation.

Depuis qu'on a commenc� � travailler avec l'Asie, on a presque pas perdu d'emplois et on est capable d'avoir encore 4-500 emplois au Qu�bec. Mais on le fait diff�remment. On aura peut-�tre moins de couturi�res...

Pierre Marcotte : Comment �a se fait le commerce avec les Asiatiques. �a aussi c'est une exp�rience, para�t-il ?

Louis Garneau : Premi�rement, je vais vous dire, ils sont bons, ils sont excellents. 5000 ans avant J�sus-Christ, ils faisaient du commerce. Ils sont d�di�s, ils sont responsables, ils sont honn�tes, ils sont rapides et ils travaillent tellement bien et tellement vite.

Pierre Marcotte : Est-ce que les contacts se sont �tablis facilement ?

Louis Garneau : Tr�s facilement. Ma peur c'�tait d'avoir des arrivages et d'avoir des produits d�fectueux, pis dire : �Organises-toi avec, t'a perdu ton argent.� Ils sont responsables, ils sont des gens coop�ratifs.

Il y a deux choix : tu te mets en guerre contre eux et ils te rentrent dans le corps ou t'en fais des partenaires et t'essaie, dans cette mondialisation, de dire : Comment je fais pour garder les employ�s, comment je fais pour innover, comment je fais pour faire des nouveaut�s ?

Moi je me dis : il ne faut pas faire de racisme industriel, tant et aussi longtemps que tu n'affectes pas ta main d'oeuvre.

Il y a dix ans, il y avait 35% d'importation de v�tements au Qu�bec. Aujourd'hui, il y en a 75%. Tu laisses aller, tu d�barques du march� ou encore tu fais des alliances strat�giques.

Pierre Marcotte (montrant � l'�cran un catalogue) : V�lo route et piste 2004. Qu'est-ce qu'on retrouve l�-dedans ?

Louis Garneau : On retrouve la quatri�me collection de v�los.

Quand je vous disais, tout � l'heure, que nous avons commenc� avec les pantalons cyclistes, puis la sublimation, on a eu les casques, on a eu apr�s �a les accessoires et j'avais toujours dit : Jamais je ne ferai de v�lo, ce n'est pas notre m�tier. Et, � un moment donn�, il y a quatre ans, j'ai d�cid� de faire des v�los, juste pour les enfants, pour mes enfants � moi. On avait d�cid� de faire des v�los et de les coordonner � des casques. On disait, en s'amusant, dans les salons avec les anglais : Maintenant on a des �accessoires� pour nos casques ! On les a nomm�s les v�los F�lix et William. �a nous a positionn� dans le v�lo, doucement.

Et il y a une autre raison aussi. Depuis environ dix ans, personne le sait, les Japonais font des v�los Louis Garneau, haut de gamme. Et quand les Japonais me l'ont demand�, la soci�t� Aki, ils voulaient avoir un droit sur le nom pour produire des v�los haut de gamme Louis Garneau, j'ai dit � Monique : �Si �a va pas, bien c'est au Japon, personne va le savoir au Qu�bec et au Canada.�

Pierre Marcotte : Ils avaient des ventes exclusivement au Japon ?

Louis Garneau : Seulement au Japon. Et j'ai vu les ventes progresser d'ann�e en ann�e. C'est devenu la sixi�me marque la plus vendue au Japon. Pour eux, le Canada �a veut dire haut de gamme. La marque Louis Garneau �a ressemble � Louis Vuitton, les sacs, �a fait tr�s haut de gamme, et vu leur succ�s, on a dit : Pourquoi on ferait pas des v�los ? Et on a commenc� � faire des v�los d'enfants. Et j'ai �t� oblig� de faire des v�los de route, parce que mes gar�ons ont commenc� � courir en v�lo et j'ai dit : � Je ne suis pas pour les mettre sur des v�los de la comp�tition, alors je vais leur faire des v�los de route. �

Alors on a commenc� comme �a. �a commence toujours avec un lien familial, avec beaucoup d'�motion et beaucoup de coeur.

Savez-vous combien on a de produits ? 2000 produits chez Louis Garneau. On a 7-8 catalogues par ann�e. Savez-vous combien de permutations, si on calcule les grandeurs et les couleurs de tous nos produits ? �a donne au dessus de 37 � 40 000 permutations.

Alors imaginez-vous comment on a � g�rer de styles de produits, de couleurs. Et on fait �a chez nous, � Saint-Augustin.

On est maintenant le #1 dans le v�tement personnalis� dans le cyclisme en Am�rique du nord.

Pierre Marcotte : Vous �tes rendu dans les �quipements ?

Louis Garneau : Les v�los stationnaires. Une sp�cialit�. Parce que nos gens qui font du v�lo l'�t�, on ne les abandonne pas l'hiver.

Pierre Marcotte (montrant un catalogue) : D'autres v�tements ?

Louis Garneau : Apr�s vingt ans, on est les #1 en Am�rique du nord dans les commandes de v�tements personnalis�s. On est le plus grand aux �tats-Unis, on fait des milliers d'�quipes. On en fait au Japon, on en fait � travers l'Europe. C'est tout fait � Saint-Augustin. On est dans une vingtaine de pays.

Pierre Marcotte : On peut pas parler de retraite ?

Louis Garneau : Je pense pas. Tant que j'aurai la sant�. La plus belle chose que la vie m'a donn�, c'est la sant�. C'est la chose que je respecte le plus. Tant que j'aurai la sant�, je vais foncer dans la vie et je vais essayer d'�tre le meilleur possible dans tout ce que je fais et d'essayer d'avoir une vie heureuse avec ma famille.


Vous pouvez �galement consulter un historique de l'entreprise et visiter le site Louis Garneau.com

page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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