�pisode 8 � La V�rit� Partie 2 �
�crit par Espoir001 (Patricia D.)

1.

Robitaille et Tremblay sont assis sur les m�mes barils o� ils �taient assis lors du dernier rendez-vous avec Justin.

-�a fait plus de deux heures qu�il est l�-dedans avec le Capitaine. Mais qu�est-ce qu�il fabrique, � la fin?

Tremblay se l�ve pr�cipitamment.

-Mais o� vas-tu donc?

-Il nous avait dit qu�il viendrait nous rejoindre rapidement. Je vais voir ce qui se passe.

Il va frapper � la porte du Capitaine, suivi de Robitaille. La Capitaine va ouvrir, le sourire aux l�vres comme d�habitude.

-D�sol� de vous d�ranger, Capitaine, mais nous cherchons Justin. Vous ne l�auriez pas vu par hasard?

-Pourquoi le cherchez-vous?

-Nous avons besoin de lui sur le pont inf�rieur. Le vent a chang� de direction et nous avons besoin de son talent de matelot pour fixer les voiles, r�pond Robitaille nerveux.

Le Capitaine le regarde un moment. Inconfortable, Robitaille tourne le regard.

-Monsieur Justin est venu me rendre visite il n�y a pas bien longtemps et s�est effondr� dans mes quartiers. Il a apparemment attrap� la m�me fi�vre que Justine. Rien d�inqui�tant, je vous assure. Mademoiselle Justine m�a dit que ce n��tait qu�une petite fi�vre passag�re. Rendus � terre, ils devraient se sentir mieux, leur apprend-il.

-Merci, Capitaine. Nous allons trouver quelqu�un d�autre pour faire son travail.

Le Capitaine referme sa porte. Tremblay et Robitaille retournent � leur lieu de cocus.

-Qu�est-ce qu�on fait alors? s�interroge Robitaille.

-On a deux personnes qui ont disparu sur un navire. Il n�y a pas dix milles pi�ces sur un navire. Ou bien il y a un endroit que nous ne connaissons pas ou bien�..

Les deux hommes se regardent, horrifi�s.

-NON! Il n�aurait jamais fait �a. Il n�aurait pas pu les jeter par-dessus bord!

-S� ils le g�naient dans ses activit�s, il aurait tr�s bien pu le faire, mais ne sautons pas imm�diatement aux conclusions. Deux personnes ont disparu. Comment dispose-t-on de deux individus sans que personne ne s�en aper�oive. R�fl�chis, Tremblay, dit-il � lui-m�me.

-Mais attends une minute! Lorsque nous sommes arriv�s sur ce navire il y quelques ann�es, le Capitaine nous a charg� d�entreposer de la marchandise dans une petite pi�ce adjacente � celle o� les esclaves sont log�s.

-Si tu peux appeler �a log�. Tu crois qu�ils pourraient �tre l�?

-Et bien, on y est jamais retourn�. Peut-�tre qu�il y entrepose autre chose que de la marchandise, sugg�re Robitaille.

-D�accord. Il nous reste peut-�tre deux heures avant que le soleil se couche et environ quatre heures avant que nous accostions. Nous devons les trouver avant ce d�lais.

-Je suis d�accord, mais que fait-on une fois que nous les trouvons? C�est pas comme si nous pouvions courir tr�s loin, fait remarquer Robitaille, une goutte de sueur lui perlant le front.

-On s�occupera de �a apr�s. � l�heure qu�il est, si Justine, enfin Cassandre, est encore vivante, elle doit en savoir plus que nous sur l�affaire. Elle saura s�rement la r�ponse � cette question. Allez viens!


2.

Justin est attach� face au mur dans la chambre du Capitaine. Ce dernier le menace d�un fouet � esclaves. Justin a d�j� re�u plusieurs coups et souffre terriblement.

-Alors, Monsieur Justin, on n�est plus aussi arrogant qu�au d�but? Serait-ce parce que la douleur est plus grande que votre courage?

Justin ne dit rien. Il se contente de crisper les dents pour ne pas hurler, car il sait que s�il crie, le coup de fouet pourrait lui �tre fatal.

-J�avoue que vous avez bien jou� le jeu au d�but. J�ai vraiment cru que vous �tiez marin. J�ai vraiment cru tout ce que vous m�aviez racont�. C�est votre int�r�t pour la Demoiselle qui m�a convaincu que vous n��tiez pas qui vous disiez �tre. �a et puis lorsque je vous ai vu fouiner pr�s des barils d�armes. Qui �tes-vous exactement? Un ami des parents? Un policier charg� de la ramener en France? Son fianc�e?

Justin ne r�pond pas.

-Je vous ai pos� une question!


3.

Robitaille et Tremblay descendent silencieusement � la cave. En apercevant Tremblay, Caila se l�ve pr�cipitamment, un sourire d�espoir aux l�vres.

-Sommes-nous bient�t arriv�s? demande-t-elle avec excitation.

-Oui, r�pond-il en lui prenant gentiment la main.

Robitaille, surpris par ce comportement, les d�visage pendant un bon moment.

-On fait comme pr�vu, hein? insiste-t-elle, de peur qu�il ait chang� d�id�e.

-Bien s�r.

-On a pas le temps pour les amourettes! lui reproche Robitaille en regardant le chef des esclaves qui semble vouloir lui sauter au cou. 

-Ce n�est pas pour cette raison que je suis ici, Caila. On doit retrouver Justine au plus vite.

-Justine, mais pourquoi la chercher ici? interroge-t-elle.

Robitaille marche en direction du fond la pi�ce. Une porte verrouill�e s�y trouve. Il donne deux coups distincts. Aucune r�ponse.

-Personne n�est venu ici, affirme Caila.

-Mais il y a une trappe et des escaliers qui partent des quartiers du Capitaine, l�informe Robitaille.

-Il faut trouver un moyen de briser ce truc, d�clare Tremblay.

-Faites ce que vous, les hommes blancs, savez le mieux faire. Utiliser une arme � feu, propose le Chef.

Robitaille et Tremblay �changent un regard.

-J�y vais! annonce Tremblay en partant � la course.

Robitaille semble mal � l�aise, seul avec les esclaves. Le fait que le chef le fixe d�un air mena�ant n�aide pas les choses.

-Je suis Robitaille, et vous? demande-t-il pour faire la conversation, g�n�.

Le Chef ne r�pond pas. Il se contente de le fixer.

-Caila, r�pond la jeune femme. Il peut para�tre m�chant, mais il ne mort pas, enfin, pas nos alli�s.

-Je ne sais pas comment tu peux les appeler nos alli�s apr�s tout ce qu�on a endur�! proteste le Chef.

Tremblay revient avec son pistolet, mais au lieu de l�utiliser comme on utilise normalement un pistolet, il se contente de frapper la serrure avec la queue de l�arme. Elle c�de sous les violents coups et quelques minutes plus tard, Tremblay se risque � l�ouvrir. Comme il l�avait esp�r�, Mademoiselle Cassandre se trouve devant eux, ligot�e. Sans m�me prendre de pr�cautions, Robitaille court � sa rescousse.

-Mademoiselle Cassandre!

Au moment o� Robitaille allait la d�tacher, le gardien, qui s��tait cach� � droite de la porte, lui saute au cou, tentant de l��triper. Tremblay se jette sur l�homme et le frappe � la nuque avec la pistolet. Sous la force de l�impact, l�homme tombe sur le sol, inconscient.

-Pourquoi tu n�as pas utilis� le revolver? lui reproche Robitaille en  d�tachant les mains et les jambes de Cassandre.

-Je ne voulais pas attirer l�attention des autres marins, idiot. Je sais nager, mais je ne veux pas servir de nourriture aux requins.

Une fois d�tach�e, Cassandre tombe dans les bras de Robitaille. Elle se rel�ve aussit�t en se massant le ventre. Elle prend soin de respirer lentement.

-Merci.  O� est Justin? dit-elle presque silencieusement.

-On croyait qu�il �tait avec vous! r�pond Robitaille.

-Allez! Il ne faut pas tra�ner ici, leur annonce nerveusement Tremblay en les entra�nant  vers la sortie.

-Que va-t-on faire lorsque le Capitaine s�en rendra compte? interroge Robitaille , inquiet.

-Prions qu�il s�en rende compte rendu � terre, s�exclame Tremblay en marchant � travers les esclaves.

Il embrasse Caila sur la main.

-Je viendrai te chercher, mon amour, annonce-t-il en continuant � marcher.

-Faites attention, les pr�vient Caila.

Justine force un sourire. Robitaille l�aide � marcher jusqu�� la petite �chelle.

-Je vais monter en premier. D�s que je vous donne le signal, vous montez et vous me suivez dans mes quartiers, ordonne Tremblay.

Celle-ci acquiesce aussit�t. Il monte et puis deux minutes plus tard, lui fait signe de monter. Elle fait du mieux qu�elle peut pour se d�p�cher �tant donn� la douleur qu�elle �prouve  au niveau des c�tes et de l�estomac. Robitaille la suit imm�diatement.


4.

Les trois rebelles sont assis sur le lit de Tremblay et essaient de mettre au point un plan � partir d�un horrible croquis que Robitaille a fait du navire.

-Le seul endroit o� Justin pourrait �tre est ici, dans une de ces deux pi�ces, conclut Tremblay en les pointant � l�aide d�une plume.

-Mais pourquoi le Capitaine le garderait-il prisonnier? demande Robitaille en jetant un regard inquisiteur � Justine.

-Il a d� se rendre compte que Justin �tait de m�che avec moi. Il a d� se rendre compte qu�il n��tait qu�un imposteur, r�pond Justine. Alors, comment pourrions-nous faire pour le lib�rer sans que personne ne s�en aper�oive et sans que nous nous faisions attraper? Nous ne savons pas combien de marins sont corrompus.

- C�est �a qui va �tre compliqu�. J�avais pens� en parler � Boulanger, c�est lui qui surveille les quartiers du Capitaine, mais s�il n�est pas du bon c�t�, Justin est foutu, explique Tremblay.

-Et nous aussi, continue Justine.

-Je crois que je viens d�avoir une id�e. Je sais qui serait de notre c�t� sans m�me avoir � expliquer quoi que ce soit, sourit sournoisement Justine.


5.

Justine et les deux hommes redescendent au sous-sol. Dans la noirceur, ils d�tachent tous les esclaves encore vivants et tentent de leur redonner un peu de force en leur donnant du jus de noix de coco et du pain. 

-Je ne comprends pas, d�clare Caila en regardant Tremblay d�un air d�concert�.

-Je t�expliquerai tout. On a besoin de votre aide pour sauver notre ami, lui r�pond-il doucement.

Une fois que tout le monde est d�tach�, on voit Justine prendre des cordes pr�s du pond sup�rieur, on voit Robitaille prendre des munitions dans un des barils et Tremblay prendre des armes � feu dans un autre baril. Ils retournent imm�diatement au sous-sol o� tous les esclaves les attendent ayant soif de vengeance.

-Je tiens � vous informer qu�on ne tue personne sauf en cas d�ultime d�fense. Nous ne savons pas encore qui est bon ou qui est mauvais, donc on se contentera d�attacher tout le monde et de venir les apporter ici. Personne ne touche au Capitaine, je m�en charge, les informe Justine, d�termin�e.
Le chef traduit ce qu�elle vient de dire dans sa langue et tout le monde semble d�accord.

-Mais�tente de s�y opposer Tremblay.

-J�ai dit que je me chargeais de lui.


6

Voix par dessus :

-Chacun de vous se chargera de deux hommes.
L�homme traduit � nouveau.

On voit un des esclaves attaquer un des matelots par derri�re et l�assommer � l�aide d�une petite masse en bois.

On voit un autre des esclaves prendre un marin par le coup et l�emmener avec lui.

-Je veux que ce soit clair. On attaque seulement les quartiers du Capitaine lorsque tout le navire est nettoy�.

On voit tous les marins du navire ligot�s  et b�illonn�s au sous-sol. Un des esclaves crache sur un marin, un autre donne un coup de pied � un autre marin.

-Dites-leur d�arr�ter tout �a! se r�volte Justine.

-Ils ont �t� maltrait�s pendant pr�s de six mois, je ne vais pas les emp�cher de se d�fouler un peu, annonce le Chef. Ils ne feront rien de plus. C�est contre notre religion.

-Bon. C�est � notre tour de jouer! d�clare Robitaille, la voix tremblante.

Justine, Robitaille, Tremblay et le Chef montent sur le pont. Ils marchent jusqu�� la porte o� le gardien se trouve et puis avant m�me qu�il ait le temps de r�agir en voyant le Chef, celui-ci le frappe au visage. Le marin tombe inconscient.  Le Chef le prend par les jambes et puis le met sur ses �paules comme un vulgaire sac de patates.

Robitaille et Tremblay �changent un air surpris.

-Il est en forme pour quelqu�un qui a pass� six mois dans une vieille cave humide, s�exclame Robitaille impressionn�.

Justine leur fait signe d�ouvrir. Ils ob�issent et comme ils l�avaient planifi�,  Tremblay et Robitaille entrent en premier, le revolver pointant droit devant eux. Rien. Le Capitaine n�y est pas. Ils font signe � Justine d�entrer. Chose qu�elle fait aussit�t. Robitaille ouvre la premi�re porte et y entre. Justine s�occupe de la  deuxi�me porte. Elle entre, pr�te � appuyer sur la d�tente si jamais elle a � le faire. Justin s�y trouve, le dos ensanglant�. � la vue de ce terrible massacre, elle porte sa main � sa bouche pour ne pas se mettre � crier. Elle s�approche de lui, au bord des larmes.

-Justin ! dit-elle avec piti�.

-Justine�je�tente-t-il de dire, faiblement.

-Chut!

Elle le d�tache aussit�t et il lui tombe dans les bras. Elle tombe sur le sol sous son poids.
-Il est ici. Venez m�aider! crie-t-elle.

-Justine�Je�.tente-t-il de dire une seconde fois.

-C�est le Capitaine qui a tu� la femme que je suis accus�e d�avoir assassin�. Il le savait depuis le d�but et avait l�intention de me vendre avec les esclaves.

Robitaille arrive.

-Oh mon dieu!

Devant cette atrocit�, il reste fig� sur place, telle une statue de pierre.

-Venez m�aider! s�impatiente Justine.

Ils le prennent et l�emm�nent vers la sortie. Tremblay les attend � l�ext�rieur des quartiers, s�assurant que personne n�arriverait et les surprendrait.

-Allez! D�p�chez-vous! Je me demande o� le Capitaine peut bien �tre, dit Tremblay en les aidant � transporter Justin qui divague.

-Justine!

-Taisez-vous, insiste-t-elle.

-Veux-tu m��pouser! demande-t-il les yeux � peine ouverts.

Elle le regarde un moment.

-Idiot, se contente-t-elle de dire.

Au moment o� ils allaient redescendre � la cave, une voix monstrueuse les arr�te.

-Je me demandais o� tout le monde �tait pass�, dit le Capitaine, pointant un pistolet dans leur direction. J�esp�re que vous ne pensiez pas pouvoir vous en sortir aussi facilement? Je suis dur � duper, mademoiselle. Je me doutais bien que vous tenteriez quelque chose de ce genre. Nous allons accoster dans moins de trente minutes et je suis encore en train de me demander ce que je vais faire de vous tous.

Justin fait signe � Robitaille et Justine qu�il peut se tenir debout. Ils le l�chent aussit�t. Justin tente de se tenir en �quilibre. Chose qu�il fait avec difficult�. Le Capitaine s�approche d�eux.

-Je me suis toujours demand� comment une aussi jolie cr�ature pouvait autant se mettre les pieds dans les plats.

� mesure qu�il s�approchent, ils reculent jusqu�� ce qu�ils ne peuvent plus. Le bord du bateau les emp�che de continuer.

-Heureusement que  je vais recevoir une modique somme d�argent apr�s votre vente, continue le Capitaine dans son d�lire.

-Maintenant, qu�est-ce que je fais de vous trois?

Il r�fl�chit un moment et puis tire imm�diatement sur Justin. Sans m�me voir o� la balle l�avait atteint, Justine regarde, horrifi�e, le corps ensanglant� de Justin passer par-dessus bord. Elle laisse �chapper un cri de terreur et puis elle tente de le trouver dans la noirceur de l�oc�an. Rien. Que du noir. Une infinit� de noir. Des larmes coulent sans retenue le long de ses joues. Elle n�a qu�une id�e, c�est d�en finir avec le Capitaine qui n�a fait que ruiner encore plus sa vie. Elle n�avait plus de famille. Elle n�avait plus de pass�. Et maintenant elle n�avait plus de futur. Enfin, pas avec l�homme qu�elle aimait. Elle se pr�cipita vers le Capitaine, pr�te � l��touffer de ses mains d�licates. Robitaille et Tremblay l�arr�tent juste � temps avant qu�elle ne commette l�erreur ultime qui pourrait lui co�ter sa vie. Apr�s tout, c�est lui qui avait l�arme. Il ne suffisait que d�un seul coup et elle �tait morte.

-Il ne m�aurait valu presque rien dans l��tat o� il �tait, explique le Capitaine en inspectant son pistolet.

-Salaud! Il va nager jusqu�� la berge et moi je vais vous tuer! hurle Justine, pleine de haine.

-L�avez-vous seulement vu? Il avait de la difficult� � se tenir debout. Avec une balle dans le corps, cela me surprendrait beaucoup. Si un requin passe par l�, il a encore moins de chance de survivre.

Il regarde les deux hommes.

-Je vais vous donner une chance, Messieurs. Je vais vous pardonner pour cette fois. Seulement parce que j�ai besoin de vous pour la voie du retour.  Vous avez toujours �t� fid�les pendant toutes ces ann�es, alors je vais essayer d�oublier ce petit �garement.

-Il est hors de question que nous revenions avec vous en France, refuse Tremblay  d�go�t�.

-Vous n�avez pas tellement le choix, sourit le Capitaine.

-Allez y! leur ordonne Justine.

Robitaille et Tremblay la regardent, d�un air confus.

-Allez y! Je ne veux pas qu�un de vous soit tu�.

Elle les supplie, maintenant.

-Je refuse! proteste Tremblay avec courage.

-Moi aussi! l�appuie Robitaille.

-Bien. Dans ce cas je n�ai d�autre choix que de vous faire mes adieux.

Il leur fait la r�v�rence et au moment o� il allait tirer, une immense main noire vient atterrir sur son cr�ne. Il tombe sur le sol. Justine regarde le Chef, le souffle court, reconnaissante. Il lui fait un faible sourire, comprenant qu�elle lui �tait redevable. Elle se pr�cipite vers le bord du bateau et lance un morceau de bois qui pourrait flotter � la surface de l�eau. Elle se contente de fixer le vide, � la recherche d�un signe qui pourrait lui indiquer que Justin serait en vie. Robitaille vient d�poser gentiment sa main sur son �paule.

-Nous sommes d�j� loin d�o� il a plong�, dit-il tristement.

-Je sais, mais c�est seulement au cas o� le courant l�am�nerait � lui, pleurniche-t-elle. Pouvons-nous faire demi-tour?

-Avec un bateau d�une telle dimension, j�ai bien peur que non. Nous risquerions de foncer dans un banc de coraux. Nous sommes sur le point d�arriver au port. Plus que quinze minutes, dit-il avec regret.

-Pensez-vous qu�il a surv�cu? demande-t-elle.

-Honn�tement?

-Oui.
-Il �tait tr�s faible et on ne sait pas o� la balle l�a atteint. Alors, je dirais que non.

� ces mots, elle ferme les yeux et reprend son souffle.

-Il est vivant. Je le sens. Je ne sais pas si c�est pour longtemps, mais il est vivant et il va se battre pour le rester, affirme-t-elle avec conviction.

Robitaille se contente de fixer l�horizon, ne voulant pas la d�courager.


7.

Ils arrivent au port. Tremblay, Robitaille et Justine descendent du navire qui avait accost� depuis plus de trente minutes. Ils avaient essay� de monter un plan pour pouvoir partir avec les esclaves et pour se d�barrasser du Capitaine et de ses complices. Tremblay alla rejoindre un homme sur le quai du port.

-Bienvenue � terre, les salut l�homme.

Ils lui sourient tous.

-�coutez, on a trois voleurs et meurtriers � bord et on se demandait si vous ne pourriez pas les enfermer dans une prison quelconque dans le coin.

-Meurtriers, hein? r�p�te l�homme incertain.

-Ils ont tu� une femme en France et un des matelots � bord et puis on l�a d�couvert seulement il y a quelques heures, lui explique Tremblay avec honn�tet�.

-Vous �tes le Capitaine? demande l�homme encore incertain.

Robitaille et Justine �changent un regard inquiet.

-Oui, je suis le Capitaine, r�pond Tremblay avec le plus de conviction possible.

-Tr�s bien, je vais en parler � mes hommes et on les fera transf�rer � Clayton. C�est un endroit o� on se charge des brigands.

-Merci beaucoup! lui sourit Tremblay en lui donnant un montant d�argent pour la transaction qu�ils s�appr�taient � faire.

-Avez-vous autres choses � transf�rer?

-Non. Nous avons vingt cinq esclaves avec nous, mais moi et la dame que vous voyez l�, ma femme, avons l�intention d�acheter une terre ici. Nous avons besoin des esclaves pour nous aider � construire quelque chose de vivable.

-Vous �tes chanceux, mon bon monsieur. On a appris ce matin que la traite des noires avait �t� interdite il n�y pas si longtemps.

Robitaille et Justine tentent de cacher leur joie.

-Bien. Alors, je dis � mes hommes de vous aider � vider les cargaisons et puis � prendre vos prisonniers, l�informe l�homme en regardant Justine et Robitaille qui forcent un autre sourire.


8.
Justine est assise sur une caisse et regarde l�horizon, pensive. Le Chef et Caila arrivent.

-� ce que je vois, Tremblay vous a laiss� partir, dit-elle en souriant faiblement.

-Oui. Il a dit de ne pas trop nous faire voir, l�informe Caila. Mon fr�re � quelque chose � vous dire.

Justine l�ve la t�te, surprise. L�homme s�approche timidement, ce qui la surprend davantage � cause de son habituel rage, et puis h�site � parler. Sa s�ur lui tape dans le dos.

-Ce que ma s�ur voulait que je vous dise, c�est que malgr� tout ce que nous avons affront� durant ces longs six mois, nous vous sommes reconnaissants.

Sa s�ur lui donne gentiment un coup de coude dans les c�tes qui veut dire de continuer � parler.

-On a vu le soleil tr�s rarement, on a bu l�eau sal�e de mer qui passait par la minuscule fen�tre de la cave, on a eu presque rien a mang�. Les plus faibles mouraient les uns apr�s les autres et il n�y a rien que nous pouvions faire car nous �tions attach�s par des cha�nes. Cicatrices qui nous resteront probablement pour nous rappeler qui nous sommes vraiment. De pauvres esclaves.

Justine regarde les traces que les anciennes cha�nes ont laiss� aux chevilles de l�homme et de Caila.

-Sur la centaine de morts, cinquante hommes ont p�ri pour rien. Malgr� tout �a, personne n�aurait surv�cu sans votre aide. Je vous suis reconnaissant, finit-il par dire.

Elle le regarde, souriant l�g�rement, un moment et puis il vient pour partir.

-Vous savez, mademoiselle. Il y a quelques chances qu�il soit toujours en vie, tente-t-il de la rassurer.

-Il est en vie, assure-t-elle.

Il fait oui de la t�te et puis part, suivi de Caila qui court dans les bras de Tremblay lorsqu�elle l�aper�oit au loin.


9.

Justine entre dans le bureau de poste avec un sac rempli de lettres.

-J�ai six cent deux lettres, informe-t-elle le commis qui lui fait les gros yeux.

Il part dans l�arri�re-boutique. Justine r�fl�chit un moment et puis prend une feuille de papier et une plume sur le comptoir et commence � �crire.

Le premier jour de Mai 1848                                                                                                         Am�riques
Chers P�re et M�re,

Ne vous inqui�tez pas pour moi, je vais bien. Dites �  Mathilde que je l�ai trouv�! Elle comprendra.

Votre fille qui vous aime
Cassandre

L�homme revient.

-J�ai chang� d�id�e. Je vais seulement envoyer celle-l�, annonce-t-elle.

Il la d�visage encore plus, prend la lettre et la met dans une enveloppe.
-Adresse et nom s�il-vous-pla�t, se force � demander l�homme.


10.

Quelques minutes plus tard, elle ressort, avec son immense sac de lettres. Tremblay et Robitaille l�attendaient � l�ext�rieur.

-Alors, tu es s�rieuse pour la terre? demande Tremblay.

-Tr�s s�rieuse, r�pond-elle en marchant.

Ils la suivent.

-Vraiment? Parce que j�ai toujours r�v� d�avoir une terre! J�ai tout plein d�id�es! d�clare Robitaille avec excitation.

-On verra, se contente de r�pondre Justine en l��coutant � moiti�.

Elle ignorait ce que l�avenir lui r�servait, mais elle savait que c��tait une nouvelle vie que Dieu lui offrait et qu�elle avait la chance de tout recommencer. Tout recommencer comme bon lui semble en esp�rant que l�homme de sa vie se pointe un jour sur sa future terre.

FIN
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