| �pisode 6 " Culpabilit�" �crit par Espoir001 (Patricia D.) Cassandre et Justin sont assis sur le pont principal et regardent le coucher de soleil devant eux. -Vous n'�tiez pas l�. Vous n'avez pas vu ce que j'ai vu. C'�tait une sc�ne assez atroce. Vous savez, c'est le genre de drame qui surgit de nul part et qui vient vous hanter toute votre vie. Je ne croyais pas que l'�tre humain pouvait �tre aussi cruel. J'ai vu une telle rage et une telle d�ception dans les yeux de cette femme. Elle me faisait confiance et moi, je n'ai rien pu faire pour prot�ger les siens. Elle est au bord des larmes. Il d�pose sa main sur ses �paules en signe de r�confort. -Je crois que je vous aurais tu� moi-m�me si vous ne vous �tiez pas r�veill�. Je n'avais jamais vu le Capitaine ainsi. Il �tait incontr�lable. Je crois bien qu'il aurait pu me tuer seulement pour avoir essayer d'emp�cher l'ex�cution des esclaves. Il faut faire quelque chose. -Mais quoi? Je veux dire, nous sommes entour�s d'eau. Ici, c'est la loi du plus fort. Si deux marins se r�voltent, c'est ces deux marins qui vont se retrouver � la mer. Ce n'est pas pour rien que tous les hommes � bord l'appellent Capitaine �clair. -Monsieur Justin est une poule mouill�e. Vous �tes d�tective. Vous devriez �tre capable de botter les fesses des m�chants, le taquine-t-elle. Il roule les yeux. -Oui, surtout quand je suis seul contre une dizaine d'hommes. Il faut penser � tous nos gestes, ici, mademoiselle. Une seule erreur peut nous �tre fatale. Vous croyiez �tre en s�curit� � bord de ce navire, mais moi je crois que c'est plus s�rieux que vous ne le pensez, mademoiselle. L'�quipage n'est peut-�tre pas aussi bon qu'on le croit. Je ne vous ai pas tout dit l'autre jour quand je vous ai avou� travailler pour vos parents. J'ai omis de vous dire que j'ai fouill� les barils et puis ce n'est pas seulement des vivres et des objets de survis. Il y avait aussi des tonnes et des tonnes de revolvers. -Mais c'est peut-�tre pour se d�fendre contre les pirates. -Non. Pour des simples marchands, o� auraient-il trouv� autant d'argent pour pouvoir acheter tous ses armes? Il y en a pour des centaines et des centaines d'�cus. Il y a quelque chose de louche. Qui nous dit qu'ils ne sont pas aussi des pirates? -Non. C'est absurde! Imaginez-vous Robitaille en m�chant? ricane-t-elle. - Je dis seulement que si vous voulez vous r�volter, vous feriez tr�s bien de trouver des gens pour appuyer votre point. Assurez-vous que c'est aux bonnes personnes que vous vous adressez. -Tr�s bien. -Je sais que vous �tes assez spontan�e et imprudente, mais vous devez faire attention. -Je serai prudente. -Promettez-le-moi, insiste-t-il. -Promis. Mon dieu, ce que vous �tes aga�ant. Je sais prendre soin de moi-m�me. Vous n'�tes pas oblig� de vous prendre pour mon p�re. Il sourit. Le Capitaine arrive derri�re eux. -Bonsoir vous deux, sourit-il gaiement. -Bonsoir Capitaine. -Mademoiselle, je suis venue vous demander si vous voudriez m'accompagner dans ma cabine pour le repas. Justin, qui fait dos au Capitaine la regarde avec les gros yeux. -Ce serait un immense honneur, Capitaine. -Tr�s bien, alors, j'y vais de ce pas vous y attendre. Venez me rejoindre dans dix minutes. Il part aussit�t. -Vous �tes folle! -Le seul moyen de savoir s'il y a quelque chose de louche, c'est de partir du noyau. Le Capitaine devrait tout savoir des activit�s qui se d�roulent sur ce navire. Je vous laisse. Je vais aller me mettre en beaut�. Bon app�tit, Justin. Buvez � ma sant�. Elle part en gambadant. -Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai soudainement perdu l'app�tit, murmure-t-il � lui-m�me. ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Cassandre, v�tue de sa plus belle tenue, est assise en face du Capitaine qui la d�vore des yeux. -Que me vaut cette honneur, Capitaine? Les hommes vont se faire des id�es. -Qu'importe. Si leurs id�es peuvent s'av�rer vraies, je serais l'homme le plus heureux de ce navire. Elle sourit timidement. -La raison pour laquelle je vous ai fait venir ici, est que la culpabilit� m'a cruellement atteint depuis la semaine derni�re. Je dois admettre que j'ai peut-�tre fait une erreur en sautant imm�diatement aux conclusions malgr� vos maintes avertissements. Je suis navr� d'avoir sacrifi� des vies humaines pour absolument rien. -En parlant des esclaves, je me demandais si ce ne serait pas possible de leur donner plus de nourriture. Ils sont en train de mourir dans la cave. -C'est pas que je ne veux pas, mais nous en avons juste assez pour nous. On a une passag�re de plus, vous voyez. -Vous �tes en train de me dire que c'est � cause de moi qu'ils ne mangent pas � leur faim. Je ne crois pas manger pour cinquante. -Non. je dis simplement qu'il ne reste plus beaucoup de r�serve, mais que je vais voir ce que je peux faire. -Merci. -Vous savez, mademoiselle, depuis le jour o� je vous ai vu, j'ai su qu'il y aurait quelque chose de sp�cial entre nous. Elle sourit nerveusement. -------------------------------------- Pendant ce temps, Justin mange avec le reste de l'�quipage. Il semble troubl�, penseur. Robitaille lui donne un coup de coude dans les c�tes. -Doucement, mon ami, je suis encore fragile de ma myst�rieuse fi�vre. -Vous savez, Justin, vous devriez lui dire � la demoiselle avant que son coeur appartienne � un autre. Enfin, c'est peut-�tre d�j� trop tard. -Lui dire quoi? -Vous savez tr�s bien de quoi je parle. J'ai vu comment vous la regardiez. M�me que je croyais que le sentiment �tait r�ciproque, car j'ai remarqu� qu'elle avait le m�me regard quelques fois. Peut-�tre avais-je tort. Elle est seule avec le Capitaine, maintenant. -Je ne sais pas de quoi vous parlez. Je n'aime pas Justine. Je suis seulement attach� � elle, c'est tout. Elle peut bien tomber follement amoureuse du Capitaine, je n''en ai rien � faire. -Vous aimez discuter avec elle devant un coucher de soleil? -Oui. -Vous aimez �tre en sa pr�sence � n'importe qu'elle heure de la journ�e. -Je suppose que oui. -Vous mettriez votre vie en danger pour la prot�ger? -Oui. -Je ne vois vraiment pas o� est la diff�rence entre attachement et amour dans votre cas et elle est peut-�tre en train de donner son coeur � un autre. -Pas la peine de me le r�p�ter mille fois. J'ai compris. Il se l�ve brusquement et va s'asseoir seul dans la noirceur de la nuit. -------------------------------- Cassandre et le Capitaine sont rendus au dessert. -Alors, tr�s ch�re. Vous ne m'avez jamais parl� de votre pass�. Je ne sais pas qui vous �tes r�ellement, except� bien s�r que rien ne vous effraie. -Il n'y a pas grand chose � dire de mon pass�, de mes racines. Je viens d'une famille modeste qui voulait que j'�pouse un homme trop vieux et inconnu. -C'est une histoire assez triste que vous me racontez l�. J'esp�re ne pas �tre trop vieux pour vous. -Quand je dis vieux, je veux parler de cheveux gris et de canne � la main. Il �clate de rire. -Ils voulaient que vous �pousiez votre grand-p�re? blague-t-il. -Presque. Mais il ne faut pas croire qu'ils sont de mauvaises personnes pour autant. Ils ont toujours voulu le meilleur pour moi. Je m'ennui terriblement d'eux, en fait. -Je vous promets que d�s que nous arrivons en Am�rique, nous vous remettrons sur un autre navire en direction de la France. -Malgr� le fait que je les aime de tout mon coeur, je ne suis pas certaine de vouloir retourner � mon ancienne vie. -Pourquoi cela? -C'est compliqu�. Il y a un court silence. -C'�tait absolument d�licieux et tr�s cordial de votre part de m'inviter ainsi, mais il se fait tard maintenant. Elle se l�ve aussit�t. Il se l�ve aussi et au moment o� elle allait partir, il lui prend la main et l'embrasse. -Bonne nuit ch�re dame. Elle sourit et sort. En marchant sur le pont, elle aper�oit une silhouette couch�e sur le quai principal. Intrigu�e, elle s'approche d'elle. -Justin, mais que faites-vous donc? -Je joue les morts. -Tr�s dr�le. -Venez me rejoindre si vous voulez le savoir. Elle s'�tend de tout son long pr�s de lui. -J'esp�re que Robitaille a lav� le quai aujourd'hui parce que sinon ma robe va �tre toute sale. Wow! s'exclame-t-elle aussit�t en voyant les milliers d'�toiles qui tapissent le ciel. -Les bateaux au milieu des oc�ans sont les meilleurs endroits pour observer les �toiles. Aucune lumi�re. Enfin, presque, dit-il en regardant la cabine de la salle � manger qui �claire faiblement l'ext�rieur. Quand j'�tais jeune, mon p�re me disait que toutes ses �toiles dans le ciel correspondaient aux �mes des gens qui se regroupaient par centaine pour veiller sur les �tres qu'ils aimaient. Il me disait que lorsqu'il mourrait, il irait rejoindre ceux de l'�toile qui brillait le plus et qui �tait la plus grosse parce que c'�tait signe qu'il y avait beaucoup de personnes. Il disait qu'il veillerait sur moi tout en faisant la f�te avec les autres. Depuis que j'ai huit ans, il n'y a pas une journ�e o� je ne suis pas sorti pour le saluer. Je lui parle de mes ennuis, de mes bonheurs, de mes enqu�tes, je lui demande des conseilles... -Et ce soir, que lui racontiez-vous? -Des tonnes de choses. Je m'interroge beaucoup ces temps-ci. -� propos de quoi? -Justine, je... Il arr�te soudainement de parler. -Avez-vous trouv� quelque chose de louche � propos du Capitaine? -Non. En fait, il m'a agr�ablement surpris. Il a avou� avoir fait une erreur monumentale pour ce qui est des esclaves et il essaiera de trouver plus de nourriture pour eux. Je le savais tr�s cordial, mais ce soir, il m'a presque fait oublier que nous �tions � bord d'un navire. -C'est ce que je me disais, dit-il faiblement. -Qu'alliez-vous dire � l'instant? Qu'est-ce qui vous tourmente autant? -Ce n'est pas important. C'est des choses que je dois r�gler moi-m�me. Je ne veux pas vous ennuyer. Il est tard. Je vais aller me coucher, annonce-t-il en se relevant. -Bonne nuit, Justin. -Bonne nuit, Justine, r�pond-il en la regardant quelques secondes. Il semble h�siter et puis part, la laissant seule. ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Cette m�me nuit. Cassandre est incapable de dormir. Elle se l�ve, enfile une robe, sort avec une noix de coco et puis descend � la cave. Un silence de mort y r�gne. Pour appuyer son point, quelques cadavres gisent sur le sol. Elle tente d�sesp�r�ment de trouver son amie. Enfin, si elle l'�tait encore apr�s le drame de la semaine pr�c�dente. Impossible de la trouver. Le chef de la bande se l�ve et la regarde mena�ament. Effray�e, elle recule l�g�rement pour aller se heurter � quelqu'un. Elle se tourne et aper�oit Justin. -C'est � �a que servent les noix de coco, alors. Je me demandais ce que vous en faisiez, dit-il. Le chef avance vers eux avec un regard f�ch�, mais il est imm�diatement arr�t� par les cha�nes qui lui attachent les pieds. -Je crois qu'on devrait remonter. Cet endroit n'est pas pour les dames. -Pourtant il y en a plein autour de vous, fait-elle remarquer. Mais je ne retrouve pas celle que je voulais voir. Vous voulez la voir aussi. C'est elle qui vous a sauv� la vie. Il la regarde, confus. -La plante qu'elle m'avait conseill�e. De l'Eucalyptus, je crois. -Caila n'est pas ici. Je crois que vous savez tr�s bien o� elle se trouve, lui dit le Chef d'une voix grave et concern�e. Surprise, elle le regarde un moment. -Vous parlez aussi notre langue! dit-elle, ravie. -Vous l'avez entendue. Maintenant, on peut y aller? On va aller la chercher ou vous savez qu'elle est, dit Justin, nerveusement. -Elle est encore avec Tremblay, c'est �a? -Caila est avec Tremblay? Je sens que j'ai manqu� plusieurs chapitres! dit Justin. -Si c'est �a son nom, oui. Cette crapule vient toujours la chercher, informe le Chef en ignorant Justin. -Je vais en aviser le capitaine. Ne vous inqui�tez pas. -NON! Elle est heureuse avec lui. C'est les seuls bons moments qu'elle a. Il ne faut pas arr�ter cela, car elle ne survivra pas aux deux prochains mois. Justine le regarde, abasourdie de la nouvelle. -Caila et Tremblay filent le parfait amour! En voil� une bien bonne, annonce Justin en riant. -Mais je croyais qu'il la maltraitait! Je croyais qu'il la violait! -Tremblay, gentil, en voil� une encore meilleure! continue Justin. -Pourquoi le traitez-vous de crapule, alors? l'interroge Cassandre. -Tous les hommes blancs sur ce navire sont des crapules, mademoiselle. Ils nous vendent pour des sornettes. Savez-vous combien je co�te, mademoiselle? Deux pi�tres pi�ces de monnaie. -Je sais, mais je crois bien que les choses vont aller de mieux en mieux pour vous, monsieur, lui promet-elle. J'ai parl� au capitaine de vos conditions et il a bien l'intention de faire quelques chose pour vous aider. -Comme nous noyer les uns apr�s les autres? demande-t-il, enrag�. Cinquante personnes sont mortes. Cinquante innocents sont morts. Cinquante p�res, m�res, fils et filles et amis sont morts. Cinquante humains sont morts. -Je sais, affirme Cassandre, les larmes aux yeux. -Non vous ne savez rien, mademoiselle. Pourquoi sont-ils morts? Parce qu'il y avait une soit disant �pid�mie et elle venait sans aucun doute d'ici. Quoi qu'il arrive, nous serons toujours bl�m�s pour tout. � la prochaine grippe ou je ne sais qu'elle maladie, le m�me man�ge recommencera. Des hommes mourront et il n'y a rien que vous puissiez faire. Plus les jours passeront, plus le nombres de morts se multipliera. Les seuls survivants en ressortiront encore plus maigres et faibles que lorsqu'ils sont embarqu�s et se demanderont pourquoi ils ne sont pas morts avec les autres lorsqu'ils verront se qu'on leur infligera rendu � terre. Cassandre pleure maintenant. -Pourquoi est-ce que vous lui dites tout �a? Pourquoi est-ce que vous la pers�cutez de la sorte? Elle ne cherche qu'� vous aider. Elle est une alli�e. Peut-�tre une des seules, d�clare Justin en haussant le ton. -Je sais, mais ce n'est pas en nous donnant des noix de coco qu'elle va nous sauver. Croyez-vous vraiment que le Capitaine va nous aider? S'il le fait, ce sera seulement pour �lever notre valeur mon�taire aupr�s des �ventuels acheteurs. Elle acquiesce faiblement et puis vient pour partir. -Je n'ai pas dit que je ne la voulais pas cette noix de coco, annonce le Chef. Elle se tourne vers lui. Il force un sourire. Elle lui donne la noix de coco en le fixant toujours. Il ouvre le fruit et puis prend une gorg�e. Il donne ensuite la noix � un adolescent pr�s de lui. Justin et elle remontent imm�diatement. -�a va? demande Justin en voyant la mine pitoyable de Cassandre. -Oui............Je suis compl�tement d�sempar�e, par contre. Si les m�chants sont devenus les bons, alors qui est m�chant� maintenant? -Peut-�tre que c'est comme vous dites. Il y a une explication � la fois plausible et honn�te sur la raison pour laquelle il y des armes d'entrepos�es dans les barils. -Non. Il y a quelque chose qui est louche. Il y a une mauvaise aura qui plane au-dessus de ce navire depuis quelques temps. -On verra �a demain. je suis ext�nu�. -Au fait, comment saviez-vous que j'�tais dans la cave? -J'�tais sur le quai en train de r�fl�chir lorsque vous �tes pass�e devant moi. -Allez-vous me le dire ce qui vous tracasse? Ils marchent en direction de leur cabine. -Peut-�tre un jour. -Et est-ce que ce jour viendra bient�t? -Peut-�tre. ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- 22e jour de Avril 1848 Chers P�re et M�re, Avez-vous d�j� eu l'impression que le monde ne tournait plus. J'ai l'impression qu'il est en suspens et que tout tourne autour de moi. J'ai l'impression que tout d�pendera des gestes que je poserai dans les prochains mois et que si je fais un seul faux pas, la terre souvrira et je serai aspir�e dans le tourbillon de la culpabilit�. Je suis si confuse. Je ne sais plus sur quel pied danser ou bien quel chemin prendre. Il y a quelque chose d'�trange sur ce navire et je n'arrive pas � savoir quoi. La seule personne � qui je puisse faire confiance est celle qui croit que je suis une assassin. Quelle genre de mauvaise blague, est-ce, voulez bien me le dire? Malgr� tout, je vous remercie affectueusement d'avoir guider Justin vers moi parce qu'il est la seule lueur d'espoir au fond du couloir sombre en ce moment. Je vous embrasse. Cassandre |