Lara Fabian : Jamais je ne sacrifierai mon bonheur de femme
Alors que résonne son droit à la Différence, dun double album public, Lara Fabian clôt temporairement son triomphe francophone. Demain, elle sera aux Etats Unis. Aujourdhui, elle nous dévoile ses desseins professionnels et les raisons de son coeur. Avec Lara Fabian, tout se précipite. Il y a juste un an, elle était sacrée Révélation de lannée aux Victoires de la musique. Elle en profitait pour déclarer son amour éternel, une complicité intangible, à Rick Allison, qui fut pendant six ans son compagnon, presque son mari (demande de mariage sur un plateau de télévision québécoise) et qui reste son producteur artistique. Ils sétaient rencontrés au Crescendo, un piano-bar bruxellois, alors quelle avait 19 ans et était déjà une chanteuse expérimentée. Depuis, il na plus lâché sa voix. Ils sexilent au Canada, connaissent la gloire nationale avec "Lara Fabian" et "Carpe Diem" mais reviennent sur notre continent avec "Pure" pour bientôt dominer toute la francophonie de leurs deux millions dalbums vendus. Joli clin doeil, on les retrouve aujourd'hui, dix ans après leur première chanson, autour dun piano pour Evidemment (Michel Berger), duo inédit qui rehausse le tout neuf album "Live". Entre-temps, Lara est
entrée au musée Grévin, a rejoint Johnny au Stade de
France (Requiem pour un fou également inclus, "mon
plus grand souvenir musical") et, femme de lannée,
à "fait" la couverture de Paris-Match. Se
faire souffler le titre dinterprète féminine 1998
par notre toujours belge Axelle Red nest donc quune
péripétie insignifiante pour une Lara Fabian omniprésente.
Même quand elle est retenue aux Etats Unis par la mise
sur rail de sa carrière américaine, elle réussit
encore à faire lévénement au concert des Enfoirés
grâce à un Fabrice Lucchini en transe dans son interprétation
de Tout. Dans léquipe de la tournée, vous avez placé vos parents, Pierre et Louisa Crokeart. Maman était là tous les soirs pour mhabiller, être sûre que je mange ou que la chambre dhôtel soit correcte. Elle le fait pour son enfant, pas pour la chanteuse. Jamais en descendant de scène, elle ne dira : (accent snob) "Tu es merveilleuse ma chérie". Elle me demandera plutôt si jai faim ou soif. Papa, cest mon soleil. Chaque soir, il adore voir comment cela se passe. Jai eu une tournée assez difficile physiquement avec des moments de maladie. Cette présence qui me rassure et me rend heureuse était importante. Cest à votre père que vous auriez annoncé, à lâge de cinq ans, que vous vouliez devenir chanteuse. Pourquoi ? Plus exactement, jai dit à papa : "je suis chanteuse". Je me souviens parfaitement du bonheur physique que javais à chanter. Et puis, dès que je faisais un petit truc, tout sarrêtait autour de moi pour mécouter. La première chose qui mait frappée, cest cette faculté dattirer lattention. Pour devenir chanteuse, vous avez traversé lAtlantique dans les deux sens. Le concept de nationalité a-t-il encore une signification pour vous ? Jai dit très tôt que jétais une citoyenne du monde. Je suis de maman italienne, de papa belge, de grand-mère dorigine hollandaise. Dans la famille, il y a des Espagnols des juifs. Dans un pays anglo-saxon, jai choisi de vivre au Québec. Je suis officiellement canadienne. Jy tiens car ce pays ma donné asile et a fait de moi une professionnelle. Jai acheté une maison à Montréal dès que jai pu. A Paris, je loue un appartement pour éviter lenfer de lhôtel. De coeur, je suis un peu Italienne et forcément belge puisque jai vécu là vingt ans. Mais mon chez moi, cest Montréal. Vous en voulez à la Belgique de ne pas vous avoir reconnue plus tôt ? La rancoeur c'est mal vivre ce qui se passe de bien dans votre présent. Je ne suis pas du tout rancunière. Jy repense avec le sourire, en reconnaissant que je navais pas les épaules assez larges, lexpérience nécessaire pour développer mon talent. Cela na rien à voir avec le pays. Mais cest vrai que la Belgique est un petit pays, très conservateur et quil faut en partir pour réussir. Ce nest pas nouveau. Regardez Brel, Maurane, Viktor Lazlo, Lio, Vaya Con Dios En juin prochain, sort votre premier album en anglais. Laventure américaine vous semble obligatoire ? Cest la prochaine étape évidente. Ca fait partie de lactualité de quelquun qui veut être une star internationale. Je suis ambitieuse et ce nest pas une tare, contrairement à ce que parfois cette Europe conservatrice veut nous faire croire. Je parle couramment langlais, le français, lespagnol, litalien. Ce sont des langues que jaime. Je vais chanter en anglais et, dans un avenir très proche, je chanterai en italien et en espagnol. Comment définiriez-vous votre ambition ? Devenir star internationale sans devoir faire ces compromis qui tuent lêtre humain. Lambition est une belle arme mais il faut en connaître le mode demploi sinon elle vous explose à la tronche. Jamais je ne sacrifierai mon bonheur de femme, au sens le plus simple, pour une carrière. Je vous promets quà 40 ans, je ne boirai pas de la vodka pour noyer mon désespoir. Ce n'est pas largent ou la célébrité qui me feront passer à la postérité. Je veux que ce soit le bonheur que je dégagerai. Mais quand, avec quatre années davance, vous annoncez que vous aurez un enfant à 32 ans, vous semblez avoir froidement tout planifié. Jai dit dans une interview que si le contexte américain se développait de la manière espérée, je pourrais vers 32 ans penser à souffler un peu pour me marier et avoir des enfants. Mais franchement, il ny a que Dieu pour avoir un plan " boulonné " à mon égard. Johnny Hallyday dit que vous êtes son double féminin. A quoi fait-il allusion ? Sans doute à la fragilité mêlée à la rage de convaincre, à cette façon de chanter avec mon corps, à un côté animal. Il a dailleurs aussi dit que, sur scène, je suis une panthère qui vit ses chansons comme si cétait la dernière fois que je devais chanter. Lui aussi vit absolument ses chansons. Les notions de désir et de plaisir se retrouvent régulièrement dans vos chansons. Un album sappelle même " Carpe Diem " (" Mets à profit le jour présent "). Plaisir, désir, bonheur, bon vin, bonne chair, beauté Je suis très épicurienne et esthète. Il ne faut pas être dun milieu social particulier pour aimer les belles choses. On peut partir de rien comme moi et, au Louvre, se sentir mourir de plaisir. Jai appliqué ce culte de la beauté à tout ce que jentreprends. Quel est le plus grand plaisir procuré par votre réussite ? Etre moi, sans calcul, et en même temps être star. Je sais que ça intrigue. On se dit que ce nest pas possible que je joue le jeu de la sincérité. On a forcément réussi un truc quand on se fait aimer ou détester pour la même raison. Je crois que le public qui maime sest dit que je pourrais être une voisine, une cousine ou la mère de leur fils. Ils ont dû voir quelque chose de si simplement vrai quils pensent que tout le monde peut y arriver. Je viens dun bled près de Bruxelles (Ruisbroek). Jai fait des études ordinaires. Jai été aidée par ma curiosité et par ce don divin de la voix, mais surtout, javais la volonté e réussir. Je suis convaincue que, sans exception, on a tous quelque chose de particulier, peu importe le domaine, et je peux servir dinspiration. Vous jouez parfois à vous faire peur en pensant "et si tout sarrêtait" ? Je vis avec ça tous les jours. Chanter me manquerait, mais si cela arrive, cest que cétait écrit. Je suis très fataliste. Jélèverais ma famille. Jécrirais des bouquins, des chansons, des scénarios. Je ferais dautres choses. Dans la vie, tout ne sarrête pas avec la célébrité. Par contre, si je devais perdre lêtre que jaime le plus au monde, si je devais avoir le cancer ou si un enfant dans ma famille disparaissait, là ma vie sarrêterait. Justement, Patrick Fiori, lêtre que vous aimez le plus au monde, agacé par la curiosité de la presse annonce une mise au point. Oui, je refais la couverture de Match. Jen ai marre. On dit nimporte quoi. Un canard important de Montréal vient de titrer sur notre séparation. Nos carrières seraient si fournies quon ne pouvait plus se voir Je peux vous dire que Patrick est sorti de lappartement ce matin en membrassant et quon saime très très fort. Comme on ne sest pas assi devant un journaliste pour dire ce quon avait à dire, je vais une fois pour toutes raconter notre rencontre et pourquoi cet homme est dans ma vie. Vous faites souvent allusion à une volonté divine. Quand on sait que, pour Le bossu de Notre-Dame, vous avez prêté votre voix à Esméralda et quil est Phoebus, son amoureux, dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris . Un autre truc
incroyable : jai fait lEurovision en 88,
lui en 93. Tous les deux en Irlande et on a fini 4ème.
Sur le CD compilation de lEurovision, il ny
avait que quatre photos et les deux photos du dessus, cest
lui et moi côte à côte. Ca fait quelques signes. On se
ressemble énormément. Là, je peux dire quil est
mon double masculin.
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Transcript par : Hezia Abel
Copyright © 1999, Purelara