Lara veut le monde et elle y va !


Propos recueillis par Joëlle Lehrer
© Le Soir Illustré (Belgique) - 24 novembre 1999

En deux ans, elle a pris deux cents avions. Un jour, elle aura son jet et cinq maisons … Le 29 novembre, Lara Fabian sort son premier album en anglais. Avec l’aide de ceux qui ont contribué au succès de Madonna et Mariah Carey, Lara passe à l’échelon mondial. Interview d’une brune ambitieuse et sympathique.

Y a-il de notables différences entre les manières de préparer, réaliser et promouvoir un album en anglais et un album en français ?

Préparer, certainement; et réaliser aussi. Jusqu’ici, je n’avais réalisé mes disques qu’avec Rick Allison. Cette fois, j’ai eu plusieurs producteurs et chacun a sa méthode de travail. Pour la promotion, il n’y a pas de différence majeure. Les rencontres avec les journalistes se font de la même façon, les télévisions aussi et je suis toujours entourée des mêmes sept personnes. Je n’ai pas, tout à coup, un maquilleur new-yorkais et un coiffeur de Géorgie. C’est, comme d’habitude, Brigitte, Gérard … (rires). En revanche, le rythme est très soutenu. Cet album sort sur une période de cinq mois à travers le monde. On finira par les Etats-Unis en mars. Il s’agit d’une sortie internationale mais, physiquement, je ne peux pas me trouver dans vingt-deux pays à la fois.

Choisir d’éminents collaborateurs, comme Walter Afanassief et Patrick Leonard, associés aux noms de Mariah Carey et Madonna, n’est-ce pas une manière supplémentaire de vous assurer toutes les chances de succès ?

Il n’y a pas cinquante portes pour arriver au succès international et ces personnes sont le véhicule les plus évidents pour y accéder. Il est clair qu’il ne s’agit pas d’un choix hasardeux mais d’un choix certain. Je ne dis pas qu’ils ont une recette pour le succès parce que, si cela existait dans le show-business, on serait tous des superstars. En revanche, ils utilisent des outils qui sont vraiment en connexion avec la réalité du marché du disque. Mais mon geste est parti beaucoup plus de l’amour que j’éprouvais pour leur travail. J’écoutais Madonna à douze ans et Mariah Carey à dix-neuf et déjà leur travail m’inspirait.

Une inconditionnelle de Barbra Streisand

Sur cet album, vous donnez votre version de l’Adagio d’Albinoni. Y a-t-il d’autres oeuvres classiques qui vous émeuvent ?

Le Requiem de Mozart, la plupart des Nocturnes de Chopin, les arias de nabucco, Nessun Dorma, la Bohème, la Traviata. J'ai beaucoup étudié la musique classique quand j'étais petite; et puis, je m’y suis fermée. J'avais peur d’être imbibée par quelque chose que je maîtrisais trop mal à mon goût. Il y a trois ans, je me suis remise à écouter de la musique classique et j’adore ça. Chanter un aria avec une voix pop, j'aurais du mal à faire ça. En revanche, une musique comme l'Adagio, ce n’est pas la même chose.

Lorsque vous interprétez Broken Vow, on ne peut s’empêcher de penser à Barbra Streisand.

On ne peut pas rester imperméable à ce qui nous inspire depuis notre enfance. J'ai écrit cette chanson avec Walter Afanassief. Une fois terminée, il m'a dit : "This is everything you love, isn’t it ?". Pour moi, Streisand est une déesse intouchable. Elle me chanterait le bottin, elle me ferait pleurer.

Yeliel est une chanson très personnelle qui parle d’un ange.

On a tous des anges gardiens. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’êtres lointains, pourvus d’ailes et d’auréoles. Dans les recherches que j’ai faites, l’ange, s’occupant de ma psyché, s’appelle Yeliel. C’est un nom qui vient de la religion. Je crois énormément en Dieu, sans être pour autant, une grenouille de bénitier. J’ai imaginé qu’à travers ma mère, Rick et d’autres personnes que j’aime, cet ange se manifestait. Il y a tellement de choses positives que je dois avoir un ange gardien.

Si vous aviez mis un duo sur cet album, avec qui l’auriez-vous interprété ?

Avec Seal. Pour sa pureté et sa différence musicale. Si je devais faire un duo avec une femme, j’aimerais que ce soit Vanessa Paradis, Elsa ou Zazie. Ce sont des artistes qui me touchent et leur caractère vocal est à l’opposé du mien. En amitié aussi, je suis attirée par les gens différents de moi. J’aime ceux qui sont farfelus, un peu bizarres. Mes amies, ce n’est pas pour leur raconter ma vie que j’ai envie de les voir mais pour qu’elles me racontent la leur.

Les robes salamis, c’est fini

Prenez-vous encore du plaisir à porter de belles robes pour passer en télé ?

Enormément. Pour ça, je suis encore très gamine. Mais, plus je vieillis, moins je supporte les vêtements inconfortables.

Que portiez-vous d’inconfortable ?

Des robes un peu moulantes, dans lesquelles je devais chanter. On ne peut pas mettre en danger sa performance sous prétexte d’une apparence parfaite. De toute façon, il n’y a rien de plus sexy qu’une femme qui suggère. Selon moi, une femme en col roulé noir à la Audrey Hepburn est cent fois plus classe que beaucoup d’autres. J’aime m’habiller chez Dolce & Gabbana, Céline et Gucci. J’ai cessé de me rendre malheureuse en essayant de coller à un look qui n’était pas moi. Les robes salamis, c’est fini !.

C’est quoi une robe salami ?

C’est une robe tellement serrée qu’il est impossible de s’asseoir ou de respirer. Je préfère les robes que les pulpeuses mettaient au 19ème siècle parce que ça les rendait belles et voluptueuses.

Que faites-vous pour vous maintenir en forme ?

J’essaie de manger énormément de fruits et de légumes. Je ne pratique aucun sport, je n’en ai pas le temps mais, comme je n’aime pas le sport, ça m’arrange.

Mais, aujourd’hui, toutes les chanteuses font du sport !

Oui, mais je n’ai aucun mal à tenir deux heures sur scène. Il faut dire que je ne regarde pas les autres porter mes valises. Je suis une fourmi atomique. C’est comme ça que mon Papa m’appelle. Je n’arrête jamais.

Un enfant en 2004 ….

L’an 2000 arrive. Craignez-vous pour votre ordinateur, votre planning ou pour la fin du monde ?

La fin ou le début d’un monde … Je ne crois pas à ces bêtises. L’ordinateur, je n’en possède pas. Reste mon planning, qui est très chargé; mais je ne peux pas avoir peur puisque je l’ai accepté. Je crois que, hormis la maladie, peu de choses m’effraient.

Il nous semble que vous ne prendrez pas de grandes vacances avant 2005 …

Exact. J’aurai trente-cinq ans. Allez, 2004, à trente-quatre ans. Si ça se passe bien. Parce que, sinon, je vais bûcher. Si tout se passe comme je l’espère, 2003 sera l’année où je mettrai les choses en place pour avoir un enfant. Cela se planifie. Bien sûr, si un enfant arrive avant, je ne lui dirai pas qu’il est trop tôt. Je crois que je serai trop maman pour me priver de mon enfant à cause de mon travail.


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Transcript par : Hezia Abel

 

 

 

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