Lara Fabian : Le saut de l'ange


Propos recueillis par J.-M. D'Angio et J.-P.P. le 13 octobre 1999
© Magazine Platine Novembre 1999 N° 65

Lara Fabian, après plus de dix ans de carrière, de succès au Québec, un triomphe en France, part à la conquête de l'international. Avant de faire le grand saut outre-Altantique, elle a tenu à présenter en exclusivité son premier opus en anglais au public français. Rencontre dans son hôtel parisien préféré avec visionnage du clip d'Adagio en avant-première...

Tu viens d'entendre Adagio, et ça (Lara me tend un CD single), c'est la photo de la pochette du single qui sera la même que celle de l'album...

C'est ta nouvelle image... Qui l'a choisi ?

C'est une longue histoire. Le patron de ma maison de disques aux USA m'avait d'abord payé un des plus grands photographes du monde, Sante Doracio. Avec tout son staff : maquilleuse, coiffeuse... J'étais tellement maquillée, tellement travaillée, j'avais de tels postiches, que même ma mère ne m'a pas reconnu... Quand je l'ai dit à Tommy Mottola, le big boss en question, il n'en revenait pas que ça ne me plaise pas : It's Sante funking Doractio ! (C'est pourtant ce p... de Santé Doracio !) m'a-t-il lancé avec son allure de play-boy un peu macho (rires)...

Tu n'as pas cédé ?

Au lieu de créer un conflit, je lui ai proposé d'essayer de faire une photo de mon côté avec un amis québécois, Carl Lessard. Sans maquilleuse, sans coiffeuse, Carl m'a fait cette photo en mettant juste un peu de vaseline sur mes cheveux, un peu de rimel sur mes yeux, et en allumant trois projecteurs... C'est une photo brute. Je ne voulais pas sentir le produit fabriqué, la fille qui a été habillée par X, maquillée par Y, coiffée par Z... Quand Mottola a vu la photo, il n'en revenait pas, il m'a simplement demandé : "Qu'est-ce que tu disais au moment du cliché ?". Cette photo lui parlait. J'avais gagné.

Et le clip d'Adagio, c'est une idée de qui ?

A moi. Quand je lui ai dit que ça faisait dix ans que je m'habillais d'une certaine façon pour camoufler des parties de mon corps que je n'aimais pas, on ne pouvait pas douter que j'avais sérieusement travaillé mes problèmes d'image ! Ce clip, qui est le même pour le monde entier, est le premier réalisé par Franco Dragone, c'est une histoire de fibre humaine. On est italo-belge tous les deux - de maman italienne et de papa belge - on a tous les deux quitté la Belgique pour aller vivre au Québec. C'est fou mais on a le même parcours ! Sauf que lui, il est déjà une star aux Etats-Unis. "The Circus of Soleil", c'est très chic là-bas. Pour les Américains, c'est le génie de l'imaginaire, ils n'ont que son nom à la bouche. En plus. Il a travaillé sur mon clip avec un des plus grands directeurs photo d'Hollywood : Bill Poe. C'est lui qui a fait Matrix, Alien, Thelma et Louise... Il n'a accepté de se remettre au clip après dix ans que parce qu'il a entendu le nom de Dragone. Poe m'a même confié plus tard : "I would have walk on my tongue to work with Dragone" (J'aurais marché sur la langue pour travailler avec Dragone).

Où a-t-il été tourné ?

A la base, j'avais pensé au Louvre... je voulais imaginer le Louvre en 3005 avec des oeuvres qui se mettent à parler, dans une sorte d'intemporalité.. .Dragone a rajouté à mon intemporalité le fait que ce ne soit pas un lieu reconnaissable : ce n'est ni le Louvre, ni le musée des Offices à Florence... On l'a tourné dans un vieux théâtre du centre de Los Angeles, mais cela pourrait être n'importe où sur la planète. La seule chose que je voulais, c'est être habillée en cuir.

Le choix des oeuvres d'art nous promène sur cinq siècle...

C'était voulu : Le David de Michel-Ange, La Dame en or, Une femme en vert de gris, Un dimanche à l'Ile de la Jatte de Georges Seurat... Dragone a imaginé que toutes ses oeuvres de différentes époques se remettaient à vivre grâce à Albinoni et cette recherche de l'amour éternel.

Combien de temps a pris l'enregistrement du nouvel album ?

Deux ans et même plus. Je crois que depuis que j'ai commencé ma carrière en France, je n'ai pas arrêté de faire des allers et retours entre la France et les USA pour faire avancer ce projet.

Qui t'as vendue aux Américains ?

Moi toute seule avec Rick, il n'y a jamais eu personne d'autre. David Massey, qui est un Anglais qui parle français couramment, et pour lequel j'ai beaucoup d'estime chez Epic USA, a fait écouter un de mes enregistrements à Tommy Mottola. C'est parti comme ça. D'autant plus vite que Mottola avait eu vent qu'on faisait du shopping de New York à Los Angeles : On est allés voir Virgin, Capitol, Warner..., toutes les majors de la planète. Je cherchais quelqu'un qui, humainement, saurait comprendre qui j'étais. Partout où j'allais, les gens écoutaient poliment quelques secondes et me disaient : "Oh you're fab, you're fabulous, we know how to do this" ("T'es super, t'es fabuleuse, on sait comment faire ce que tu veux"). Combien de fois, me suis-je énervée contre eux, même si j'avais des jets privés pour venir me chercher et des roses dans la chambre !

Avec Mottola chez Sony, c'était mieux ?

Quand je suis arrivée face à Motto, il ne m'a pas laissé le choix. Il m'a fait asseoir, m'a écouté pendant quatre heures, m'a invité le lendemain à dîner, ça a duré une semaine ! On s'est rencontré le 28 août 1997 et j'ai signé avec lui le 28 octobre 1997. Je n'oublierai jamais ce 28 août : Mottola avait une cravate noire, une chemise blanche, des boutons de manchettes en or, il se raclait la gorge tout le temps. Il m'a désossée de la tête au pieds, pourtant je n'avais rien de sexy, j'étais habillée tout en noir avec des sandales noires, les cheveux lisses, je n'avais pas de bijoux. J'étais la veuve sicilienne... Plus austère, y a pas...

Tu savais que Mottola était un "tombeur de chanteuses" : Mariah Carey, Jennifer Lopez...

A la fin de notre rencontre, comme il voyait que j'étais hésitante, il m'a demandé pourquoi j'étais réticente à l'idée de signer avec lui. Ce à quoi, j'ai répondu : "Parce que tu as toute les plus grandes chanteuses du monde. Tu n'as pas besoin de moi. Et puis, qui me garantit que quand tu auras une bonne chanson, tu penseras à moi ?". Et là, il m'a asséné le coup de grâce : "Mais, c'est la question inverse que tu dois te poser : pourquoi dans cette maison se trouvent les plus grands artistes du monde ? Il y a une raison, une seule : moi, je ne suis pas un comptable, avec une cravate, je suis un musicien, j'ai été chanteur, j'aime les chanteurs... Tu seras ma passion au même titre que Streisand, Carey, Dion, Bolton, Michael Jackson, Bob Dylan et Bruce Springsteen... S'ils sont tous là, c'est que nous sommes les meilleurs. Il n'y a pas de favoritisme, chacun est travaillé à son tour, on planifie, il y a des targets". Ce mec, il a été artiste, il a été managé, il est passé par toutes les étapes. Il m'a finalement convaincu quand, voyant que traînait toujours un peu mon sac, il m'a lancé dans son ton ferme et énervé de macho play-boy à la Rober de Niro : "Baby, it's me talkin'to you, no bullshit !..." ("Chérie, c'est moi qui te parle, donc on arrête les conneries !"), vous ^tes tous et toutes mes favoris, car vous êtes tous mes seules garanties que je reste dans ce fauteuil !".

Cela a dû être assez hard entre toi et lui ?

J'ai eu un vrai choc en arrivant chez Epic, car je suis profondément Européenne, et eux profondément Américains. Je me souviens qu'un jour Tommy Mottola m'a dit : "la radiophonie américaine, ce n'est pas comme chez toi. Si tu écoutes MTV, il n'y a rien comme ce que tu fais." Ce à quoi, j'ai répondu : "ça, c'est la bonne nouvelle". Et Motto de rajouter : "American radio is a beast you have to master" (la radio américaine est une bête que tu dois mater). Le langage était on ne peut plus franc et direct. Comme on a passé beaucoup de temps à chercher un répertoire et qu'on n'était jamais d'accord, un jour, il est venu me voir sur scène et j'ai chanté Adagio. Il m'a dit alors : "J'ai compris". Je lui ai rappelé qu'il m'avait signé sur "Je suis malade". Il y a peu de temps, Mottola est parti avec ce single d'Adagio pour le Japon en me disant : "There's only one showcase of you, I want people to hear, it's Adagio, Adagio is you." (Il n'y a qu'une chose de toi que je veux montrer : Adagio, car Adagio c'est toi).

Ce type est un colosse aux pieds d'argile ?

Tout ce que je sais, c'est que je l'ai même vu pleurer en écoutant Broken Vow. On ne triche pas quand on demande : "Give me those fuckin'Kleenex (Donne-moi ces putains de Kleenex). C'est ça que j'aime chez lui, sa sensibilité. Grâce à elle, il a compris que je rentrerais pas dans le moule américain. Il a su aussi me faire plaisir en m'amenant des stars dans les studios de New York ou Los Angeles où j'ai travaillé pendant deux ans : Joe Pecci, Dany di Vito, Robert de Niro... Il a aussi dirigé des vocaux pour moi. Ce type veut vraiment s'impliquer, voire s'approprier ses chanteurs : il l'a fait avec Jennifer Lopez, avec Ricky Martin, avec Céline Dion, avec Mariah Carey...

Même s'il a tous les tics du showbusiness-man, s'il se la joue un max..., il y a chez ce mec de telles fondations de la vérité que tu oublies le frimeur.

Tu as donc beaucoup dû négocier ?

Ca n'a pas été simple. Pour chaque chanson, on a discuté de ce que je devais faire ou pas pendant des jours. Nos conversations étaient si violentes que nos éclats de voix ont fait le tour de son building de 35 étages. Je me souviens lui avoir dit plusieurs fois droit dans les yeux : "Non, je ne chanterai pas cette chanson", ensuite, des semaines se passaient avant qu'il ne me rappelle en me disant : "Viens, je veux comprendre". Il m'a comprise et je l'ai compris. Au final, j'ai accepté de chanter des chansons à sa demande, de rajouter des titres... car je sais qu'il a souvent raison. Mais, son idée d'ouvrir un marché, de prendre une fille avec une grande voix, de lui donner des titres de grandes signatures, et d'attendre que ça tombe, il a dû l'abandonner au bout d'un an et demi de bagarres. Depuis plus de six mois, son équipe me laisse faire.

Tu n'es pas non plus, à l'instar de Céline Dion en 1989, devenue une artiste Sony Amérique ? 

Non, je suis toujours ma propre productrice pour tous mes albums... Tu sais, je ne suis pas arrivée devant les Américains à l'âge de 18 ans avec le souhait de vivre un conte de fées. J'ai démarché les Américains à presque 30 ans et ça faisait douze ans que je roulais ma bosse. J'avais un acquis du Québec et de l'Europe. Ils ont vu arriver dans leurs bureaux une femme de 27 ans qui avait une expérience et qui connaissait les quelques erreurs à ne plus commettre.

Combien de chansons proposées par Mottola as-tu viré ? Cinq ? Dix ? Vingt ?

Au moins dix... Et devine de qui ?

Je ne sais pas... Diane Warren ?

Exact. Cette nana est un génie dans l'inconscient américain. N'importe quelle chanson de Diane Warren jouée à la radio une fois appartient ensuite à n'importe quel américain. Elle a écrit pour Houston, elle a fait des smashs colossaux à travers le monde : Because You Love me, c'est elle, Unbreak My Heart pour Toni Braxton, c'est encore elle... Et j'en passe des dizaines. Quand j'ai refusé ces chansons, elle a trouvé ça vachement dur, car c'est quelqu'un qui m'aime bien et que j'aime bien. Malheureusement, jamais, oh grand jamais, ça n'a véritablement fonctionné. Jamais l'alchimie ne s'est produite entre sa musique et ma manière de l'interpréter.

Elle avait écrit les paroles et la musique seule ou aviez-vous collaboré ?

Elle n'est ouverte à aucune collaboration. Il n'y a qu'avec toi que je vais parler d'elle, alors je ne veux pas que ce que je dis soit mal interprété. C'est une nana qui mérite tellement le respect pour l'honnêteté avec laquelle elle a toujours fait les choses sans compromis, que je ne peux pas la critiquer. Elle a même monté son édition seule. Je respecte ce genre de personnes parce qu'elles sont comme moi. Je crois qu'après notre relation de travail, elle comprend mon silence. Sur l'album en Amérique, si nous trouvons un accord, il y aura peut-être Love Found Me que tu as entendue, mais pas en France. Il y a deux ou trois autres chansons de Diane qui sont en stand-by, pas à la poubelle, mais en attente...

Il y a eu beaucoup d'autres chansons - hormis celle de Diane Warren - qui ont été

jetées ?

Des covers, et une chanson de Glen Ballard, Ivy, qui a failli jusqu'au bout rester, mais qui ne sera finalement pas sur le disque.

Qui a eu l'idée de reprendre l'Adagio d'Albinoni ?

C'est Rick Allison. Même si on a écrit le texte ensemble, c'est son truc. Il s'est réveillé un matin, il y a deux ans, il m'a dit : "Il faut que tu le fasses". Ce mec est un visionnaire de ce que je suis, de ce que je peux devenir. Il matérialise les choses bien longtemps en avance et me laisse du temps pour que je les assimile. Pendant ce temps, il les met en place. C'est lui qui a produit l'Adagio, c'est lui qui est allé chercher Steve Lukather de Toto, pour qu'il joue de la guitare, Mickey Curry, le batteur de Bryan Adams, pour qu'il soit sur le disque...

Pour lui, c'était évident que les grands représentants du rock actuel devaient jouer ce morceau du XVème siècle de Tomaso Albinoni

Tu l'as enregistré en italien et en anglais. Etait-ce prévu dans l'absolu ou spécifiquement pour cet album américain ?

La première version a été enregistrée en anglais spécifiquement pour cet album, qui n'est pas seulement un album américain, mais un album anglophone que le monde entier peut écouter. Parce que j'avais envie de passer à la radio en Espagne, où ils ne tourne pas de disques en français. J'avais également envie de faire un show à la RAI en Italie en italien avec Pipo Bardo que j'adore.

Dans ce nouvel album aux superbes ballades comme You're not from here ou aux titres plus efficacement pops tel Yeliel, qui a signé les chansons ?

Il faut d'abord que je te dis que dans le CDR (Ndlr : daté du 9 juin 1999) que tu as écouté hier, il manquait trois chansons.

Quels sont donc ces trois "mystérieuses" ?

Ce sont trois chansons up-tempo : I Am Who I Am, Till Get Over Over You, I Will Love Again, plus pour les discothèques. Brian Rawling - qui a fait tout l'album de Cher - en a réalisé une parte dans son studio de New York. Certains ont même été mixées à Londres par des ingénieurs du son anglais.

Ton album semble le fruit de différentes équipes. Quelle a été la première ?

Walter Afanassief. Avec lui, comme je te l'avais dit il y a plus d'un an, j'ai vécu six mois. Wally et moi, on a écrit ensemble 20 chansons, pour finalement n'en garder que quatre : Broken Vow, Love By Grace, You Are Me Heart et You're Not From Here. Pour cette dernière, qui a été écrite par Rick et moi, Walter a juste composé l'intro, mais elle est déterminante dans la chanson. Afanassief, c'est un génie de la musique, passionnel, slave : combien de fois l'ai-je vu crier, pleurer...

En studio, il est hallucinant car il ne gère rien, il s'emporte sans cesse... Cette expérience m'a brûlée dans tous les sens. La musique qui en est sortie, et qu'on entend sur cet album, est probablement celle, je l'air remarqué avec Broken Vow, qui touche le plus fort les gens. Walter partait du principe que s'il pouvait écrire une musique et s'en extasier, il était certain que dans cent ans elle serait encore jouée. Dans sa tête, il était Chopin, et, crois-moi, il l'était. Il ne se gargarisait pas d'un truc qu'il ne possédait pas. C'est le plus grand musicien dont j'ai été témoin.

Je n'ai jamais vu quelqu'un d'autre jouer avec autant d'âme. Ce Russe a été ma porte d'entrée dans le métier américain. C'était bien que ça commence par lui , par ce qu'il était ce que j'étais, même si après j'ai évolué vers d'autres choses.

On lit aussi le nom de Pat Leonard qui a travaillé avec Madonna. Qu'a-t-il fait sur cet album ?

Il a produit trois chansons : Yeliel, Givin'Up et A part of Me, dont vous avons signé la musique ensemble et pour lesquelles j'ai écrit le texte. Il faut dire que j'ai passé trois mois chez Pat pour écrire ces trois chansons. Pourtant Yeliel ne nous a pris qu'une heure et demi, texte et musique, mais, ensuite i l a fallu la penser pendant des semaines en matière d'arrangements, de musiciens à engager... Leonard est un mec très structuré, très technique. Au final, rien n'est à jeter., nous n'avons fait que trois chansons et elles sont toutes les trois sur le disque. Ce qui n'exclut pas le plaisir. Avec lui, c'était extraordinaire, nous étions deux gosses émerveillés devant nos trouvailles, et nous sommes devenus les meilleurs amis du monde.

Qui a réalisé Before We Say Goodbye ?

Deux autres équipes ont écrit avec moi : Storken and Rodgers - qui ont travaillé avec Christine Aguilera, Britney Spears... - à New York, Sam Waters et Louis Bianchanello à San Francisco...

Love Again est l'adaptation anglaise d'un de tes tubes en français ?

Oui, de Si tu m'aimes...

Comment se passent les relations avec ces song-writers à la réputation mondiale ?

Je ne veux pas être démago, mais il y a un truc qui s'est passé avec tous les gens avec lesquels j'ai travaillé. Grâce à eux, la môme de 27 ans que j'étais a grandi, a gagné une sorte de maturité.

Tu sembles avoir écrit beaucoup de textes en anglais ? N'est-ce pas plus difficile qu'en français ?

J'en ai signé neuf. En ce qui concerne la difficulté, je n'en ai pas eu. Je crois avoir une seconde nature pour écrire en anglais. Surtout que je ne me suis pas attachée à faire un exercice de syntaxe et de grammaire dans le but d'exceller, j'ai tout simplement voulu faire passer, dans une autre langue, une émotion que j'avais envie de décrire. De plus, l'anglais est phonétiquement une langue libératrice quand tu l'écris. Elle m'a apporté quelque chose de désinhibant.

A l'écoute de cet album, on a l'impression que celle qui est arrivée en France comme un boulet de canon a pris un virage vers des choses plus délicates, plus raffinées...

C'est marrant tout le monde me parle de cette retenue. Je crois l'avoir gagné grâce aux gens avec lesquels j'ai travaillé pour cet album. J'ai appris que pour aller plus loin, cela n'était pas forcément utile de faire des grimaces et de grands gestes.

Tu as moins besoin de prouver ?

Oh la la ! Je trouve ça dépassé maintenant, même si je ne regrette pas : c'était mon urgence d'aimer et d'être aimée. Je crois encore avoir cette urgence quelque part, mais j'ai découvert d'autres chemins pour parvenir à mon but.

La sortie mondiale de ton album a lieu le 30 novembre ?

Non, le 30 novembre, c'est la sortie en France. Je ne pouvais être partout à la fois, donc je commence par le pays auquel je dois tant. J'ai expliqué aux Américains que je ne pouvais pas ne pas donner du temps à la France. J'ai besoin de vous. Mon trouillomètre est à zéro ! Je vais tout faire : la presse, la radio, la télé, y compris les Restos du Coeur à Paris et Marseille, Hit Machine que j'enregistre ce soir et qui sera diffusé le 23 octobre sur M6, une spéciale de deux heures le 26 novembre sur TF1, un Vivement Dimanche spécial le 14 décembre... Il y a également un projet encore secret. Aux Etats-Unis, l'album ne sortira que le 27 février. A ce moment-là, j'aurais passé trois mois en France, et je serai prête pour partir deux mois là-bas. Je reviendrai ensuite ici en avril 2000.

Tu crains un effet boomerang en France, comme celui que tu as vécu au Québec, quand tu es partie en Europe.

Oh la ! Au Québec, le fait de chanter en anglais est un problème non plus politique, mais sociologique. Quelqu'un qui décide de chanter en anglais formule forcément une insulte envers les francophones. Donc, au Québec, ils se sentent...

Trahis ?

Pas encore, car ils n'ont rien entendu. D'autre part, comme l'image sur la pochette qui va faire le tour du monde est signée d'un Québécois, comme le clip est réalisé par un Québécois, comme le Cirque du Soleil est la propriété d'un autre Québécois... ils sont à la fois flattés et dans l'attente de ce qui va se passer.

Comment tu expliques cette agressivité de Diane Dufresne et de certains médias au Québec...

Elle est jalouse. Mais ce n'est pas le public qui me cherche chicane au Québec, c'est l'industrie. Récemment, un journaliste québécois, qui m'avait agressé en privé, s'est excusé après m'avoir laissé m'expliquer.

Tu t'es pourtant beaucoup impliquée au Québec ? J'ai retrouvé une chanson caritative, Si Chacun, que tu avais enregistré en 1996 pour les sinistrés du Sagnenais aux côtés d'Isabelle Boulay, Bruno Pelletier, Luck Mervil, Gilles Vignault, Nanette Workman, France d'Amour...

Oui et pour le sida également... Déjà, ma manière de me présenter en France n'a jamais laissé aucun doute : je suis fière d'être de nationalité québécoise. Il n'y a pas une fois où je n'ai pas levé le drapeau Fleur de Lys. Mais je crois qu'ils ont compris, j'ai un pré-accueil au Québec extraordinaire : entre maintenant et le 19 décembre, j'ai vingt jours de promotion là-bas en deux voyages de dix jours, et ils me veulent sur toutes les émissions...

On avait évoqué le problème de deux maisons de disques en France : Polydor / Universal et Epic / Sony. Comme prévu, ils doivent se tirer la bourre ?

Moi, je suis une gosse de parents divorcés. Avec mes deux maisons de disques, c'est la même chose : Universal m'a mis au monde, c'est ma mère, Sony prend la relève pour me faire grandir, c'est mon père. Pascal Négre, le patron Universal France, est l'homme du show-bizz, qu'après Mottola, je respecte le plus. Paul-René Albertini, le patron de Sony Europe, sert également mon projet comme je n'aurais pas imaginé qu'il ne le fasse. Il n'y a pas de guerre car il n'y a pas d'intention de nuire à l'artiste. Tout ceci se passe à mon bénéfice. J'ai toujours voulu être versatile et bien, c'est gagné (rires) !

Depuis un an que ton album en anglais est annoncé, Universal a sorti Carpe diem, un coffret pour Noël 98, ton Live en février, ton premier album cet été... Tu es au courant ?

Oui t c'était ma volonté, car le public français voulait connaître ce que j'avais fait avant d'arriver en France avec Pure, mon troisième album. Si le premier album est juste un témoignage de mes premières expériences, le Live est vraiment une carte postale de la première grande tournée de ma vie, qui, de plus, a été sold-out. Je voulais vraiment un souvenir de ça.

Ricky est resté en studio jour et nuit pour le mettre en forme et le public nous a suivis, car on en est à un demi-million d'exemplaires vendus.

J'imagine qu'à la sortie de l'album Sony, Universal va également mettre en vente quelque chose ?

Oui, un nouveau coffret de Noël avec mes trois albums en français qui va s'appeler "Toutes les chansons de Lara Fabian"... Mais je trouve que ça n'est pas gênant.

As-tu conscience de devenir comme Dalida, Sylvie Vartan, Mylène Farmer... Une icône pour les gays ?

Pas une icône, mais depuis la Différence, je suis un peu leur porte parole, et j'en suis fière.

La Lara Fabian qui écrivait pour les autres : en France pour Sandy Valentino "De la peau", et au Québec pour Nancy Martinez, où en est-elle ?

Ah ! Tu as écouté ça : "Quelle heure est-il à Montréal" et "Ecris-moi " ?

C'est bien. J'assume tout ce que j'ai fait.

Il y a d'autres projets d'écriture ?

Oui, avec deux personnes. Je pense cependant que seul un des deux projets verra le jour...

Il y a un an, tu ne voulais pas me parler de ton histoire avec Patrick Fiori. Aujourd'hui, tu te laisses photographier en Corse...

J'ai accepté de vivre avec le fait que les gens sachent. En Corse, j'ai surtout écouté sur France Inter, lors d'une excursion en voire aux aiguilles de Bavella, un certain Batman (éclat de rires) qui présentait le Top (Ndlr : attaque directe à l'interviewer qui est chroniqueur du Top sur France Inter) ! Avec Patrick, on t'a écouté, on était plié en deux de rire !

A quand une chanson pour Patrick Fiori ? Y a-t-il un projet commun ? Un duo ?

Chut ! C'est un secret. Mais, promis, le jour où je pourrais en parler, c'est toi que j'appellerai en premier pour l'annoncer.


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Transcript par : Hezia Abel

 

 

 

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