Lara Fabian : L'Esmeralda de Patrick Fiori


Propos recueillis par Katherine Pancol
© Paris Match 4 Mars 1999 N° 2533

Les Victoires de la musique ont réservé un triomphe à Notre-Dame de Paris, sacré meilleur spectacle musical de l'année. Mais derrière le sourire extatique d'Esméralda, Frollo, Phoebus et Quasimodo, se cache une autre victoire : la passion toute neuve d'un acteur comblé, Patrick Fiori (Phoebus), pour la jeune chanteuse de piano-bar devenue, en quelques années, l'une des plus grandes stars de la variété francophone, Lara Fabian. "Tout ce que je possède, c'est sa peau, avoue la chanteuse. Quand il me dit qu'il me trouvelle belle, je me trouve belle. Patrick est la plus belle histoire de ma vie." Une histoire qui court plus vite que la musique, puisque, après Paris, Phoebus le conquérant brûle les planches à Lille, Bruxelles, Metz. Lara, de son côté, prépare un nouvel album en anglais. "J'attrape des avions pour le voir vingt-quatre heures. D'autres fois, lui, prend un train pour me voir deux heures." Pour voler de concert, les deux tourtereaux doivent jongler avec les fuseaux horaires. Leur itinéraire semble pourtant tout tracé : un disque en juin pour Lara, et "un bébé dans deux ans". Le temps d'éprouver l'amour flamboyant de Phoebus.

Il est Corse par sa mère, arménien par son père, et il a 29 ans. Elle est née dans un faubourg de Bruxelles voici vingt-neuf ans, d'une mère d'origine sicilienne qui l'a baptisée Lara, comme l'héroïne de son film préféré, "Docteur Jivago". Pourtant, ces enfants de la Méditérranée ont trouvé leur destin dans les brumes du nord, entre Paris et New York. Et sur les gradins du Stade de France, quand ils se sont avoué leur amour pour la première fois. "Je ne me cache pas quand j'aime, reconnaît Lara. Je dis ce que je pense. Je suis comme Johnny.

Piaf, Hallyday, voilà les gens qui m'inspirent. Ils n'ont jamais eu peur d'être eux." Décidée, ambitieuse, la jeune chanteuse est aussi volontaire sur la scène qu'en amour. "Je suis très intransigeante avec les autres, dit-elle. Surtout en affaires." Un tempérament de feu qui lui valut de prêter sa voix à Esméralda, la bouillante Gitane du "Bossu de Notre-Dame" (le dessin animé de Walt Disney). Esméralda amoureuse de Phoebus... Encore un clin d'oeil du destin.

A 29 ans, vous êtes une star qui, a vendu 3 millions et demi d'albums et 2 millions de singles, fait rêver les petites filles et entame une carrière internationale !

Ca m'a pris dix ans. Dix ans de boulot. Et avant... J'allais au lycée dans la journée et au Conservatoire , le soir. Mes parents venaient me chercher au lycée. Ils me préparaient des tartines qu'ils posaient sur le siège avant de la voiture pour que je goûte avant d'aller au Conservatoire.

Ce n'était pas une vie de petite fille...

Peut-être... Mais je savais que lorsque je chantais, le silence se créait et j'attirais l'attention des gens que j'aimais. C'était magique. Ca a commencé quand j'avais 8 ans. Devant ma grand-mère, le jour de ma communion ! Je l'ai vue pleurer pour la première fois et j'ai su. C'était une certitude. J'ai pris mes premières leçons de piano, mes parents m'ont offert mon premier piano, sur lequel j'ai écrit toutes mes chansons. C'était la seule chose qui m'intéressait. Pas les garçons, ni les surboums, ni les fringues. Je n'ai jamais rien voulu faire d'autre.

Au début, ça été difficile...

J'étais fille de chauffagiste-ramoneur, dans une banlieue de Bruxelles. Mon père aime la musique, ma mère chante et mes deux grands-mères vocalisent à merveille ! J'ai hérité de leur talent.

Quand avez-vous commencé à écrire ?

A 8 ans. Des poèmes. Des nouvelles. Je n'arrivais pas à parler mais je savais écrire. Quand on écrit, la pensée se fixe. Les mélodies sont venues ensuite... sur les mots.

Et après ?

Je suis allée chanter dans les bars, à Bruxelles. Flanquée de papa et maman ! Quand j'ai dit à mes parents que je voulais chanter, ils m'ont encouragée; ils y ont cru et m'ont protégée. J'ai eu cette chance exceptionnelle. J'avais 14 ans, mon père m'accompagnait à la guitare. On faisait les bars. C'est dans un de ces bars que j'ai rencontré Rick, mon producteur. Il essuyait les verres au fond du café... Il a compris tout de suite ce qu'il pouvait faire de ma voix. A 18 ans, j'ai présenté l'Eurovision. Je suis arrivée quatrième, je représentais le Luxembourg, et Céline Dion, première, représentait la Suisse. Ensuite, j'ai fait deux, trois concours. J'ai continué mes études. J'ai passé mon bac...

Que du travail !

Non ! A 18 ans, j'ai vécu une histoire d'amour incroyable avec un Irlandais qui était marié. Je suis une tête de mule. On ne peut pas m'empêcher de faire ce que je veux. Mes parents n'étaient pas d'accord mais ils m'ont laissé vivre cette histoire. J'avais complètement oublié la chanson parce que, lorsque j'aime, je ne pense plus qu'à ça. Et je me suis ramassée gravement. Alors, j'ai compris qu'il fallait que je pense à moi d'abord. J'ai terminé mes études, j'ai fait un an de droit civil en Italie.

Vous aviez oublié la chanson...

Pas vraiment. Je me suis mise à écrire des chansons sur mon histoire d'amour. Et tout ce qui a marché dans ma vie, depuis, a une connotation personnelle. Mon père m'a donné vingt années d'économies pour que je fasse mon premier album et grâce à lui, aujourd'hui, je suis productrice exécutive et je discute d'égal à égal avec les compagnies de disques.

Et vous n'avez pas changé d'entourage...

Je pense que si j'avais un autre entourage, je ne serais pas ce que je suis. Les gens avec qui j'ai commencé sont toujours là : Rick, Lise Richard, mon père, ma mère. On forme un clan, la tribu Fabian.

Ce n'est pas lourd de porter une tribu ?

Je les portes et ils me portent. Quand je suis fatiguée, ce sont eux qui m'emmènent. Ce qui est lourd, c'est la fatigue. J'ai passé dix jours dans ma maison de Montréal en dix-huit mois. Pas plus !

Vous n'avez pas envie d'être seule parfois ?

Je ne sais pas être seule, je deviens dingue ! Il faut que je sorte, que j'aille parler avec n'importe qui. Je me suis faite grâce à des rencontres. Je suis ce que je suis à cause de ces gens qui m'ont regardée, à un moment. Et il n'y a rien que je regrette. Même si parfois j'ai été à terre.

Et quand vous êtes à terre ?

Il y a mon père et ma mère. Ma mère est une des femmes les plus intelligentes que j'ai rencontrées. C'est la femme avec laquelle je parle le plus. Elle me renifle à 10'000 kilomètres ! Mon père est à la fois fort et tendre. Ils sont très complémentaires.

Plus chers que votre carrière ?

Oh oui ! Honnêtement. Si je devais un jour faire un compromis qui me forcerait à être autre chose qu'une femme et une mère, j'arrêterais du jour au lendemain ! Je suis normale et je vis avec des gens qui sont anormalement normaux pour être dans ce métier-là.

Pourquoi avez-vous décidé d'arrêter votre histoire d'amour avec Rick, votre producteur, celui qui vous a lancée ?

On était jumeaux d'esprit, frère et soeur dans l'âme. Il m'aimait comme une enfant, mais ce n'était pas une véritable relation homme-femme, amant-maîtresse. Il a choisi de ne pas prendre le risque de perdre la femme, de rester mon ami, mon paratonnerre. Il m'a tout appris. On a continué à s'aimer mais plus comme avant... Et pendant longtemps, il n'y a eu personne dans ma vie.

Et aujourd'hui ?

Je suis avec quelqu'un du même niveau, qui a le même âge que moi et c'est Rick qui me l'a présenté !

Patrick Fiori ?

Oui. C'est Rick qui me l'a mis sous les yeux, qui m'a dit : "J'ai entendu un mec, il faut que tu écoutes ce qu'il chante, c'est ton double masculin". Je l'ai écouté et ça m'a traversé l'âme. Je vivais une histoire passionnelle, destructrice, avec un Américain et je pensais que Patrick était marié. Pendant un an, on s'est croisés, Patrick et moi. On était copains, c'est tout. J'étais malheureuse avec l'Américain. Le jour du Stade de France, comme si le ciel, la terre et la lune se mettaient ensemble, Patrick a débarqué et m'a dit, avec son accent corse : "Excuse-moi, mais t'as pas l'air bien". "C'est vrai", je lui ai dit. "J'ai un truc à te dire, il a ajouté. Il me semble qu'il se passe quelque chose". "Musicalement ? " j'ai dit. "Non, pas musicalement". C'est là que ça a commencé. Et c'était une évidence. Mais ça m'a pris un an pour ouvrir les yeux. Aujourd'hui, j'aime cet homme comme je n'ai jamais aimé de ma vie. Ca ne fait que six mois, mais c'est l'évidence. L'amour, c'est comme une chanson, on sait si c'est un hit après dix secondes.

Vous allez chanter en duo avec lui ?

C'est une surprise. A la télé. Dans "Les Années tubes".

Tout le monde va savoir que vous vous aimez. Ce n'est pas gênant ?

On n'aura plus besoin de se cacher. Si tous les matins je dois me dire : "Je ne parle pas de Fiori, il ne parle pas de moi, c'est tabou !" Mais ce n'est pas tabou, c'est vrai. On habite ensemble. On s'aime. C'est un mec sublime et j'ai envie d'en parler !

Quand vous l'avez connu, il débutait ?

C'est peut-être pour cela aussi que j'ai attendu un an, avant de l'aimer. Je voulais être sûre qu'il m'aime pour ce que j'étais vraiment. Et je savais qu'il allait devenir une grande star.

Qu'est-ce que ça fait de devenir une star ?

Honnête ? Droit dans les yeux ? Ca modifie le regard que les autres portent sur moi. Ca m'a valorisée un petit peu, ça met un peu de côté le trac, mais c'est tout parce que je suis la fille la plus "insecure" du monde. Je meurs de trouille tous le temps. Ma vie, au fond, n'a pas changé. Ca a changé la taille de ma maison, la marque de mes vêtements, mais pas moi. Profesionnellement, la structure est plus lourde; c'est devenu un truc colossal géré à l'américaine avec des avocats, des comptables, un fiscaliste. Dans ma vie personnelle, il s'est produit un truc incroyable : je suis devenue très lucide face aux gens. Je ne me fais plus avoir. Je fais le tri. Ceux qui sont restés, ce sont les vrais, ceux qui m'aimaient quand je m'appelais Lara Crokaert, que je pesais huit kilos de plus et que je n'avais pas un rond.

Vous vivez avec des lunettes noires ?

Quand je suis en représentation, oui. Mais je n'ai pas besoin de garde du corps pour faire mes courses. L'autre jour, je suis au Monoprix. Il y a un homme dans l'allée qui me regarde et dit à sa femme : "C'est Lara Fabian." Et moi, je suis là, pas maquillée, pas coiffée, habillée n'importe comment, et sa femme dit : "Mais jamais de la vie ! Pas arrangée comme ça !" Rien, jamais, ne m'empêchera d'aller acheter mon Sopalin quand je n'en ai plus ! J'ai pas besoin d'être assistée pour me laver les dents, acheter mon pain ou mon ticket de cinéma. Et si jamais ça m'arrivait de me prendre pour une mégastar, ma mère me remettrait à ma place vite fait bien fait !

Quand je descends de scène, elle ne me dit pas : "Chérie, tu as été merveilleuse" mais "T'as faim ? Il faudrait que tu dormes un peu..." J'ai une stabilité qui vient de mon éducation et de l'endroit dont je suis originaire. Je n'ai jamais oublié d'où je venais.

Il vous arrive de tricher, de faire des compromis ?

J'ai toujours su exactement ce que je ne voulais pas. Je n'ai jamais triché sur ce que j'étais vraiment. On fait tous des erreurs, on n'est pas des gens parfaits, c'est ce qui nous rend beaux ! Moi, je suis la voisine d'à côté. Si vous me regardez bien, je peux être votre cousine, votre belle-soeur, mais je ne revendique rien d'autre que ce que je suis. Et Patrick est pareil. On a cette lucidité de n'être que ce qu'on est.

Vous avez peur de le perdre, Patrick ?

Tout ce que je possède, c'est sa peau et c'est pour l'instant. J'ai peur des trains, des avions, des voitures. J'ai peur de l'accident. Je voudrais faire tant de choses avec lui ! Je souhaite de toutes mes forces que ce soit mon dernier homme, mon port d'attache.

Des enfants ?

Moi, je suis aussi maman que femme. Malheureusement, je dois planifier mes bébés. Je sais que j'ai encore deux ans de gros boulot et après je souhaite faire un bébé. En juin 1999, je sors un album en anglais et j'en fais la promotion pendant dix-huit mois dans le monde entier : l'Amérique d'abord puis trois mois en Australie, trois mois en Asie, trois mois en Europe. Ca, c'est calculé, mais je ne calcule rien sur le plan humain. La force, c'est aussi de faire la différence entre la scène et sa vie. J'ai un côté diva sur scène, je chante, je saute, je joue la chanteuse... Mais dans la vie, je ne joue pas. Je suis moi. Patrick, il m'aime moi, pas la chanteuse. Il m'aime le matin, pas maquillée, et il trouve que je suis la plus belle femme du monde ! Alors que je suis une vraie bouteille de Chianti ! Avant lui, je pensais qu'il fallait être Kate Moss pour être belle. Je me trouvais grosse, typée. Quand Patrick me dit qu'il me trouve belle, je me trouve belle.

Quand vous rencontrez un homme, vous avez envie qu'il soit parfait ?

Il n'aurait pas de charme s'il l'était. La perfection, c'est emmerdant. Et puis on ne change pas les gens. C'est paradoxal d'ailleurs parce qu'on tombe amoureuse d'un mec à cause de ce qu'il est et, deux semaines après, on veut le changer !

Vous acceptez les défauts de l'autre ?

Avant, je n'étais pas très tolérante. Je le suis devenue. Avec les gens que j'aime.

Patrick Fiori a été accepté par le clan Fabian ?

Ca n'a pas été facile. Et puis ils ont compris. Ils ont vu mon bonheur. Il faut dire que je commençais à perdre un peu espoir, avant de le rencontrer.

Vous faites peur aux hommes ?

Mais bien sûr ! Et les gamelles que je me suis prises avec les hommes, c'était à cause de ça. Ils n'arrivaient pas à comprendre comment il pouvait y avoir autant d'ambition et de sincérité dans une seule femme ! Mais ce n'est pas une tare l'ambition, c'est un moteur. Et moi, ce qui m'impressionne, ce n'est pas ma carrière mais le regard de Patrick quand je me réveille le matin...

Et si votre succès s'arrêtait ?

J'écrirais des chansons pour les autres, j'élèverais mes enfants. Je mets de l'argent de côté. Vous savez, ce qui me sauve, c'est l'instinct. Je suis très en paix avec la jeune femme que je suis devenue. Et je pense qu'à 35 ans je serai une femme très très bien ! Quand j'aurai un enfant, un petit bout qui me courra après...


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Transcript par : Hezia Abel

 

 

 

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