Lara Fabian: "Je suis moins pudique quand je chante en anglais"
On sest souvent demandé pourquoi Lara Fabian chantait si fort. On a maintenant la réponse : pour que le monde entier lentende. Avec un premier album façon Streisand, la conquérante est sur le point dy arriver. Nouvelle rencontre avec une fille qui ouf ! na pas pété les plombs. Comme Jean-Claude Van Damme, Lara Fabian est née en Belgique, sest musclé (la voix), a changé de nom et a atteint le rêve américain. Mais lorsquon la retrouve, cest avec vivacité, sympathie et intelligence quelle en parle. Comme Jean Claude Van Damme ? Vous voici en train de plonger dans une carrière internationale avec un premier album anglophone conçu à Hollywood. Tout ça doit être terriblement flippant, non ? Non ! Il y a vingt ans que je caresse ce rêve et maintenant que la porte souvre, je prends ça comme la conséquence de mon travail, la suite logique de mes ambitions. A lheure quil est, je nai toujours rien dune Américaine. Je reste totalement européenne, italo-belge au plus profond de mes tripes, québécoise de coeur mais il se fait que j'ai décidé de mexprimer dans la langue la plus radiophonisée et plébiscitée au monde pour avoir accès à toutes les cultures : norvégienne, suédoise, japonaise ou espagnole. Comme les Américains, néanmoins, vous ne craignez pas dafficher votre ambition . Je vais vous dire un truc, lEuropéen est aussi ambitieux que lAméricain mais il est beaucoup plus réservé, plus taciturne à ce niveau-là. En Europe, cest mal vu de dire quon veut devenir une star internationale mais moi, quand je dis que je suis ambitieuse, que je lai toujours été et que je le serai toujours, je me fous complètement de ce que pense Machin ou Machin. Je men tape ! Ici, il y a ce côté fausse humilité et faux cul qui oblige à montrer une image différente de la réalité. Et ça, vraiment, je déteste. Je suis ce que je suis, ça me fait du bien et si je ne fais pas lunanimité, tant mieux. Tant mieux parce que ça veut dire quil me reste des gens à convaincre. Langlais nest-il pas plus restrictif que le français ? Peut-on livrer autant démotions avec cette langue quavec la nôtre ? Oh oui ! Quand on maîtrise bien langlais, je vous assure quon peut dire les choses de milliers de façons différentes. Cest sûr que la racine latine est infiniment plus raffinée que la racine celte parce quelle a mis des centaines dannées à se développer mais langlais, franchement, est très riche. Pour moi, cela dit, chanter dans cette langue a été une libération. La connaissant moins, même si je la parle aussi couramment que le français, je my suis exprimée de manière plus impudique, beaucoup moins limitative. Jai eu plus daudace que je ne peux en avoir en français. Je nai eu peur de rien, jai dit ce que javais envie de dire. A Los Angeles, vous avez travaillé avec Patrick Leonard, complice n° 1 de Madonna. Il vous la présentée ? Il ne me la pas présentée, non, mais je la connais. Madonna, quand on la croise en vrai, je peux vous dire que lon nest pas déçu, forcément, mais quelle ne ressemble pas à limage magnifiée quon sen fait. Quand elle entre dans une pièce, son aura est là, elle diffuse un truc, mais il nen reste pas moins que cest une femme toute petite, toute chétive, toute mince et brûlée par la vie. Selon vous, quest-ce qui a plus à ces producteurs américains, Walter Afanasieff et William Ross, pour quils vous prennent sous leur aile ? Mon âme classique. Le fait que jaime les choses belles de lintérieur, que je privilégie le contenu à lapparence. Pour moi, si une chanson ne peut être récupérée par un piano et une voix, elle ne tient pas la route. Pour exister, une mélodie digne de ce nom doit dabord être chantée a capella. Ce qui les a également séduits, je crois, cest mon émerveillement face à ce quils moffraient. Ma naïveté, mon innocence. Pat Leonard ma souvent dit que javais lair dune enfant. Vous qui éprouvez une passion dévorante pour le chanteur Patrick Fiori, comment faites-vous pour vous partager entre votre carrière et un grand amour ? Je prends en moyenne cent à cent cinquante avions par an, parfois deux cents, autant pour ma vie privée que professionnelle, mais jai plutôt envie de répondre quà mon avis, les absences préservent la passion. En plus, jai la chance de vivre avec quelquun qui fait le même métier que moi il est en plein deuxième album et qui, du coup, fait preuve dénormément de compréhension et de tolérance. Bien sûr, il y a des moments où on se manque trop et où on arrête tout pour se retrouver (ce fut le cas cet été lors de vacances en Corse très . Médiatisées, ndlr). Le boulot, cest bien, lambition, cest fantastique, mais tout payer, tout casser pour ça, cest stupide. Je ne le ferai jamais. Tout ça, cest assez théorique. Il y a quand même des moments où vous devez vous poser des questions, non ? Cest vrai que je men pose oui. Mais je sais par ailleurs que sil y a la confiance, sil y a une honnêteté absolue entre nous, si on est capable de dire à lautre, à linstant où ça arrive, quun de ses gestes ou de ses mots nous a fait mal, on peut passer à travers toutes les difficultés. Les silences, les non-dits et les mensonges sont les seuls vrais dangers pour un couple qui doit sans cesse se séparer. Personnellement, je ne joue pas avec ça, quand à Patrick, je nai quà vous dire quil est corse pour vous convaincre quil nest ni menteur ni malhonnête ! Il y a bien un jour où, soit dans votre pied-à-terre de Montréal soit dans celui de Paris, vous nous ferez quelques petits. Vous en voulez combien, des enfants ? Deux, mais sil y a une petite crotte qui surgit par accident, en troisième recours, ce sera bien aussi. Mon fils, je voudrais lappeler Sévane, en référence au lac des amoureux en Arménie. Quand à ma fille, ce sera Emma. Parce que je trouve quil ny a pas de plus joli prénom pour précéder mon amour. Lara, vous pensez quon na quun seul amour dans la vie ? Non, pas du tout. Ce que je pense, cest quon peut explorer plusieurs stades damour, toucher peut-être une fois ou deux au sublime, à cet aspect déchirant qui tue et avec lequel on ne peut pas faire une vie, et finalement, rassembler tout ce quon a compris de lamour à travers nos expériences et devenir beaucoup plus pragmatique et beaucoup plus raisonnable. Véritablement. Le 9 janvier prochain, vous fêterez vos 30 ans. En plus du passage à lan 2000, cest un cap important pour vous ? Merci de me le rappeler
(rires) ! Non, blague à part, ça ne me dérange
absolument pas. Au contraire. Jai limpression
que 30 ans, pour moi, sera lâge du bonheur. Je
suis déjà une femme très heureuse mais je sens que jentre
vraiment là, dans une immense paix intérieure. Depuis
quelques temps, je suis de moins en moins inquiète, je
remarque que je me débarrasse de ces complexes dadolescente
et de femme que nous avons toutes. Vous savez, ces bobos
que lon pense avoir, que lon cultive encore
plus quand on est artiste et qui, en réalité, nexistent
pas. Je suis toujours aussi cinglée de mon métier, je
fais toujours autant de folies pour les gens que jaime,
je suis toujours aussi exubérante mais, je dois lavouer,
une forme de sagesse est en train de sinstaller.
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Transcript par : Hezia Abel
Copyright © 1999, Purelara