Lara Fabian: "La femme est la plus belle chose qui ait jamais existé pour l'homme"


Propos recueillis par Guy Leroy
© Femme d'Aujourd'hui (Belgique) du 16 décembre 1999

On la dit ambitieuse et détachée de son pays d'origine, la Belgique. Nous avons rencontré une femme sensible, sûre d'elle mais juste et profondément amoureuse de ses racines.

Lara Fabian, à moins de 30 ans, vous êtes déjà considérée comme un chef de file de la chanson française ...

C'est possible mais j'ai une certaine dose d'inconscience face à cela. Les choses vont tellement vite depuis dix ans que je n'ai pas encore eu le temps de me retourner. Tout ce que j'ai fait, je l'ai accompli avec de la détermination et du courage. C'est là que je peux servir d'exemple.

Les comparaisons incessantes avec Céline Dion ne vous dérangent pas ?

Certains journalistes ont tenté d'allumer une guerre médiatique mais cela n'a jamais pris avec moi. Qu'on le veuille ou non, une chanteuse à voix aime une autre chanteuse à voix. Et on a toujours de l'admiration et de l'inspiration pour ces gens qui ont éveillé en nous les mêmes sentiments qu'ils éveillent dans le public. Même si l'on est une chanteuse à voix, on est autant public que n'importe qui d'autre envers les autres chanteuses à voix !

En fait on me cite dans la même catégorie que Mariah Carey, Barbra Streisand, Whitney Houston, Aretha Franklin ou Amalia Jackson. Nous faisons partie d'une catégorie de chanteuses à voix parce que les gens n'ont pas toujours le vocabulaire adéquat pour faire la part des choses. La comparaison est humaine et a quelque chose de rassurant pour les gens, donc je ne l'ai jamais vécu comme un problème !.

Quels liens entretenez-vous encore avec la Belgique ?

J'étais, comme la plupart des jeunes, une ado complexe. Alors, je suis partie il y a dix ans, par rejet du conservatisme ambiant, de cet esprit clos. Pour réussir dans la vie, il fallait forcément devenir avocat ou médecin. Je ne pouvais pas supporter cela, ce n'était pas juste.

Donc, je suis allée voir ailleurs si j'y étais. Je ne revenais en Belgique que pour y voir les 2 ou 3 personnes que j'aime le plus au monde.

J'ai vieilli et j'ai grandi et je crois que je suis devenue une femme beaucoup plus pragmatique et beaucoup plus tolérante. Les gens sont comme ils sont, c'est ce qui fait leur beauté, on ne peut pas les changer. Si je devais choisir un endroit pour m'établir pour me reposer, je pense que j'achèterais une maison ici. Je l'ai annoncé à mon père qui n'en croyait pas ses oreilles. Bruxelles est une ville plus humaine et moins impersonnelle que Paris. Et puis, c'est ici que j'ai mes racines. J'y suis née et j'y ai grandi.

On lit partout que vous êtes très ambitieuse, mais quel prix êtes-vous vraiment prête à payer pour réussir ?

Je juste prix. Il n'y a rien qui restera en travers de ma route pour réussir ma vie de femme, cela c'est clair. Je sais que l'épanouissement d'une femme passe à travers une carrière, mais la carrière n'est pas tout.

Si je devais me retrouver dans 5 ans avec 50 millions d'albums vendus, mais seule, et déçue d'être seule, dans une chambre d'hôtel à minuit à Hong Kong, je crois que je préférerais ne pas avoir eu de carrière. Je ne dis pas qu'il existe une limite à mon ambition, je préfère dire qu'il n'existe pas de limite à ma détermination et à mon courage. Le travail ne me fait pas peur mais cela ne veut pas dire que je ne laisse pas de place à ma vie privée parce que je sais quel est mon véritable équilibre et quelle sera toujours ma source d'énergie (ndlr : son ton se durcit).

Reste-t-il une place pour les bébés dans cet emploi du temps ?

J'espère avoir mon premier bébé vers l'âge de 33, 34 ans. Les trois ans à venir, je mets une grande clé dans mon dos, je la tourne comme il faut et puis je laisse partir la machine de manière ininterrompue. A ce moment, je pense que j'annoncerai à mon équipe que je disparais pour quelques temps.

Ensuite, je ferai encore quelques albums. Puis, vers l'âge de 40 ans, je ferai d'autres choses : du cinéma, j'écrirai pour le cinéma, je ferai de la musique de film, je tournerai des films.

Peut-on rester "normale" dans ce métier ?

Je n'adhère aucunement à la règle : "on pète forcément tous les plombs à un moment donné, la gloire monte à la tête, on devient tous forcément trop riches, on divorce tous, on a tous des maîtresses ou des amants et on prend tous de la cocaïne... cette règle-là est révolue pour moi !"

Chez certains humains, il y a un terrain propice à se prendre pour une diva. Cela dépend aussi de l'entourage,. Dans mon cas, croyez-moi, je ne vis pas sur mon nom de famille. Quand on a la chance d'avoir une famille aussi stable que la mienne, quand on a un "mec" comme le mien et une équipe comme la mienne, des gens on ne peut plus terre à terre et on ne peut plus pragmatiques, on n'est pas près de disjoncter.

Vous vous définissez comme le personnage "fronté" (terme québécois signifiant "être mis en avant") d'une équipe, on sent l'influence anglo-saxonne.

Mon côté latin "cocorico", je l'ai dans ma générosité et dans l'amour que j'ai pour mes amis. C'est moi qui les aime le plus, et je vais faire le plus pour eux ! Mais dans mon métier, je ne suis pas comme cela, je sais que la force d'une artiste, c'est la force d'une équipe.

J'ai très vite compris que ma voix est un bel ingrédient mais je ne suis nulle part sans l'équipe. Dans les rues de New York, il y a des centaines de filles qui chantent aussi bien, si pas mieux, que toutes celles que l'on connaît et pourtant elles ne feront jamais rien parce qu'elles ne sont pas bien entourées.

Votre compagnon, Patrick Fiori, est chanteur lui aussi. Avantage ou désavantage ?

La disponibilité de deux êtres ne doit pas se mesurer en la présence de l'un ou de l'autre. Moi, je suis très disponible pour Patrick et lui se montre très disponible pour moi ! En revanche, le fait que l'on fasse le même métier nous aide à comprendre les intempéries, les problèmes liés à ce métier. Il est rassurant de savoir que nos métiers respectifs ne formeront pas un obstacle à la relation. Pour avoir vécu l'autre situation, je peux vous dire que c'est plus confortable quand le partenaire comprend votre situation.

A force de vivre si souvent séparés, la jalousie est-elle plus présente que dans d'autres couples ?

Dans notre couple, c'est un sentiment que nous ne connaissons pas. Quand je le vois debout sur une scène devant 5'000 personnes et que les filles n'en peuvent plus, alors je suis fière. Je sais très bien "chez qui il rentre" le soir. D'autre part, je sais que quand il me voit il est fier. Il se dit : "c'est ma blonde !".

Une relation "à distance" engendre-t-elle plus facilement la passion ?

Il faut être très réaliste face à l'amour. Certes l'amour pragmatique est bien moins exaltant. C'est une réalité avec laquelle il faut apprendre à composer. A certains moments, la passion m'a rendue très très heureuse mais aussi très très malheureuse. Mais je ne pourrais pas le vivre au quotidien car cela me détruirait. Dans l'aspect création de ma vie d'artiste par contre, je préfère une relation complètement passionnelle car elle ne sera jamais destructrice mais créatrice.

Bon nombre de célébrités embrassent de nobles causes, c'est votre cas ?

Je déteste cette façon dont les gens sont publiquement généreux mais, effectivement, je m'occupe d'enfants atteints de maladie cardiaque, je le fais chez moi, à ma manière. Je participe aussi activement à une association qui s'appelle Arc-en-Ciel. Cette association s'efforce d'offrir le dernier rêve à un enfant.

Vous venez d'enregistrer un nouveau disque en anglais. Vous visez de nouveaux marchés ?

J'ai fait ce CD pour avoir accès à d'autres cultures, d'autres gens. L'anglais est un moteur formidable mais je pense que l'avenir appartient aux chanteurs qui chantent dans la langue du pays. Ecrire en anglais a été libérateur car c'est une autre langue dans laquelle je pouvais exprimer des émotions.

Comment voyez-vous le siècle prochain ?

Je ne crois pas du tout à la notion de début ou de fin du monde. Nous ne l'avons pas crée, nous n'y mettrons pas fin ! Les gens viennent enfin de comprendre que la tolérance et les sentiments sont la clé de demain.

Dire que le XXIème siècle sera celui de la femme m'a l'air un peut trop sectaire. Je crois profondément que la force de l'univers réside dans la complémentarité et non pas dans la "sectarisation" des choses. Je crois qu'un homme est la plus belle chose qui ait jamais existé pour une femme et qu'une femme est la plus belle chose qui ait jamais existé pour un homme. Le jour où tout le monde comprendra cela, je crois que la vie sera plus belle.

SES COUPS DE CŒUR

Ma Mère

"Plus elle vieillit, plus elle est belle, plus elle est forte. C'est une femme sublime, et pas seulement parce qu'elle est ma mère. J'espère que je serai pour mes enfants la moitié de la mère que la mienne a été pour moi !.

Carpe diem

"Je suis épicurienne et une esthète. Quand une chose est belle, elle ne devrait pas s'éteindre le lendemain, il faut apprendre à la cultiver jour après jour pour la conserver. Carpe diem, c'est ma thérapie contre l'insécurité."

Un piano à queue

"Plus particulièrement, celui, en ébène et en noyer, que j'ai à la maison, il date de 1869. Il représente beaucoup à mes yeux parce que j'écris au piano."

La cuisine

C'est un art de transformer un ingrédient pur et terrestre en un mets qui peut susciter l'euphorie et le bonheur. Mes trois grands maîtres sont : Veyrat, Ducasse et Robuchon."

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Transcript par : Hezia Abel

 

 

 

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