Lara Fabian : "Je suis anormalement normale"


Propos recueillis par Olivier Rohrbach
© Magazine Construire (Suisse) - 16 novembre 1999

LARA A LA CONQUETTE DE L'AMERIQUE

"Je suis anormalement normale", confie Lara Fabian dont le premier album en anglais sera dans les bacs le 30 novembre. Rencontre dans un palace zurichois avec une diva modeste.

Une fontaine artificielle très Disney, du marbre de couleur bordeaux qui ne paierait pas de mine dans un épisode de Dinasty et des cascades de miroirs fumés baignant dans une ambiance d'air conditionné. C'est dans ce cadre américanisé à souhait que Lara Fabian se plie aujourd'hui à un exercice difficile. En effet, elle est en mission à Zurich afin de présenter à sa maison de disques son nouveau bébé : sont tout premier album en anglais.

Alors que ses disques français sont et continueront à paraître sur Universal Music, elle vient de signer un "deal" de rêve avec Sony Music New York pour ce premier opus en anglais. Lara apparaît pour l'occasion moulée dans un t-shirt sur lequel brille le mot "sexy" et en pantalon capri, acccompagnée de son staff de coiffeurs/maquilleurs qu'elle ne manque pas de présenter à l'assistances : "C'est grâce à eux que je suis aussi agréable à voir aujourd'hui", précise l'auteur-interprète de 29 ans.

C'est vrai que Lara Fabian agace autant qu'elle suscite l'admiration. Les mauvaises langues lui reprochent de s'être appuyée sur le succès de Céline Dion, ce à quoi elle répond poliment que "Céline à une voix de diamant alors qu'elle, une de velours, et qu'une voix, ça se définit aussi par un physique". Alors que Céline affiche une silhouette filiforme, Lara se revendique "plutôt rondelette" sans l'ombre d'un malaise.

MONDIALISER SES CHANSONS

Et puis, il y a les faits : six millions de disques vendus sur le territoire francophone en moins de deux ans, avec des tubes comme La Différence ou le pompeux Je t'aime. Aujourd'hui, la "Laramania" devrait encore aller plus loin avec "Lara Fabian", son premier opus anglophone, pour lequel elle a sollicité, côté production, des calibres comme Walter Afanasief (Mariah Carey), Pat Leonard (Madonna) sans oublier le fidèle Rick Allison, son producteur de longue date.

Alors que la sortie de l'album est prévue fin novembre en francophonie, il ne verra le jour aux Etats-Unis qu'en février 2000. Quand on sait que c'est Tommy Mottola - l'ex-mari de Mariah Carey - qui s'est occupé en personne du projet, on voit alors un peu plus que la pointe de l'iceberg : "Cet album est pour moi une façon de mondialiser ce que je fais", concède Lara qui, durant le repas, ne touchera même pas à son assiette, préférant être disponible à 100% pour ses interlocuteurs.

"Il m'est arrivé de rencontrer des journalistes particulièrement voraces, toujours prêts à briser quelque chose. Dans ce cas-là, je leur demande si leur nuit d'amour s'est mal passée et je les invite à s'éclipser boire un café, et l'interview s'arrête là".

Alors qu'elle n'en finit pas de faire la une de la presse-paparazzi avec son Patrick Fiori de boy-friend et que certains de ses fans s'évanouissent en la croisant dans les rues de Paris - "la dernière fois, j'ai dû relever une fan, qui s'était fait mal en s'accrochant littéralement à mon manteau" - Lara ne se la joue pas star pour un sou et souligne aussi que, selon Rick Allison, ces réactions déchaînées correspondent "à la relation entre ce que je dégage et ce que je crée chez les gens".

CHALEUREUSE ET SINCERE

Mais lorsque vous vous retrouvez en sa compagnie, enfoncé dans un large sofa, un feeling casanier s'installe, un peu comme si vous aviez rendez-vous avec une vieille amie. A cette chaleur communicative s'ajoute une sincérité déstabilisante, défiant les questions un peu trop perspicaces : "Si je je nuis pas amoureuse, je suis malheureuse".

Il est vrai que le succès ne s'est pas miraculeusement pointé devant sa porte. A 20 ans, Lara fait ses valises, quitte Bruxelles pour le Québec où elle veut y perfectionner son art. De petits bars en galas de fortune, Lara en verra de toutes les couleurs, mais ne démords pas : "Le Québec a tout de suite été un coup de coeur pour moi. Il y règne un climat où l'on n'héiste pas à encourager la jeune génération".

"Tout s'est déclenché avec Je Sais, un titre que j'avais écrit juste après l'Eurovision et qui s'est retrouvé par hasard dans une maison d'édition québécoise. Avec le recul, je pense effectiveent que ces huit années d'apprentissage au Québec ont été le meilleur des entrainements au monde. Apprendre à devenir une superstar sans jamais perdre le sens des valeurs que l'on t'a apprise, c'est un peu ça le Québec".

SON EQUIPE LA SERMONNE

Aujourd'hui, bien de choses ont changé depuis Je Sais, même si son entourage n'est pas toujours tendre à son égard : "Quand je n'ai pas été bonne durant un concert, je me fais sermonner par mon équipe". Au-delà des impressions de son entourage qui la suite de très près depuis ses débuts et de ses fans qui s'évanouissent, Lara devrait probablement faire un peu d'obscurité à une autre Lara l'année prochaine. Moins virtuelle que Lara Croft du jeu Tomb Raider, Lara Fabian risque de faire chavirer bien des coeurs avec son premier disque en anglais au titre homonyme.

Et, quand l'ombre de ses détracteurs apparaît, ceux qui lui reprochent sa musique parfois un peu insipide, elle est toujours prête à réagir. Avec tact et profesionnalisme : "sur vingt-trois personnes, il y en aura toujours dix qui ne t'aimeront pas. En général, les gens ont souvent tendance à mélanger multiplicité et manque de personnalité.

DISQUE PASSE-PARTOUT

On peut s'appeler Lara Fabian, mais ne croyez surtout pas que cela signifie que tout vous est forcément dû. A titre indicatif, le single avant-coureur "Adagio" où la chanteuse ilato-belge à dû convaincre personnellement le détenteur des droits du titre (un vieil homme vivant en ermite dans une cabane toscane) afin de pouvoir reprendre cette chanson.

Le résultat ? Un tube prometteur aux guitares hispanisantes tout à fait dans l'air du temps, programmé pour vendre et encore vendre. Le reste de l'album se compose de titres pas très éloignés de son répertoire en français et contient aussi d'heureuses surprises comme l'impeccable "Givin'up on you", où Lara prouve qu'elle sait aussi se détacher des ballades radiogéniques façonnées au micro-ordinateur.

Si l'album évoque néanmoins tour à tour les spectres de Toni Braxton et Mariah Carey, il tient pourtant redoutablement bien la route et devrait contribuer à mondialiser la "Laramania".

Un disque romantique qui s'écoute aussi bien coincé dans le chaos que chez soi, calfeutré devant la cheminée.


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Transcript par : Hezia Abel

 

 

 

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