LARA FABIAN, "Ma force c'est mon impudeur"Propos recueillis par Isabelle
Rivere Ca vous agace cette comparaison avec Céline Dion ? Cest une espèce de guéguerre quessaient de construire les médias et qui, moi, me fait beaucoup rigoler. Quand Mariah Carey est sortie, elle était la nouvelle Withney Houston. Quand Barbra Streisand a commencé, elle était la nouvelle Judy Garland. Mais ce sont des comparaisons qui se dissolvent avec le temps. Je crois que les longues carrières ne sont pas basées sur le talent, mais sur les grandes personnalités. Quand les gens me voient sur scène, ils saperçoivent que nous sommes deux artistes complètement différentes. Le succès, cest délicieux, non ? Je suis née dune mère qui a vu le jour au pied de lEtna et qui a été élevée à lhuile dolive et au pain sec, et dun père qui a vu la guerre et qui est né avec une brique dans le ventre. Quand on a 5 ans et quon se réveille un matin en disant à son père " Papa, tu sais, je veux être chanteuse ", est-ce que vous pensez sincèrement quon réalise ce que ça veux dire ? ce que ça représente ? Moi, je me mettais devant le miroir, avec le bâton du mortier à pistou en guise de micro et les chaussures de maman. Je savais quoi de la célébrité ? du pognon ? Quand jentends la musique, je me balance davant en arrière, je décolle, je ne suis plus là. Je crois que, lorsquon perd ça et quon met ce métier au service de plus en plus dargent, de plus en plus de notoriété, cest là quon pète les plombs. Vous êtes en train de me dire que rien de tout ça ne peut vous arriver ? Vous me parlez de ça, et cest vrai que ça met le feu, ça me met le feu au corps. Parce que, oui, ça peut arriver à tout le monde. Pour mon premier succès au Canada, jai vendu presque un demi-million dalbums sur un territoire qui compte à peine 4 millions de francophones. Je ne lai jamais vu comme un exploit. Je me suis toujours dit " Cest génial ", mais jai bossé, ça fait neuf ans que je me casse la tête contre les murs, ça fait neuf ans que jenrage. Là, ça fait sept mois que ça marche en France, on en est quasiment à un million dalbums. Si on noublie jamais quil fallait mettre son lait sur la fenêtre parce quon avait pas de frigo, si on noublie jamais quil y a eu ces moments-là, quon na pas toujours porté des vêtements dun certain prix, quon se changeait sur une caisse de bière avec une robe à 35 dollars alors, tout se passe bien. Que faites-vous pour protéger votre voix ? Des vocalises, quarante minutes à une heure par jour. Jai fait huit ans dopéra, ça aide. Beaucoup de vos chansons sont inspirées par des désespoirs damour. Ce nest pas un peu troublant dexhiber ainsi son mal à lâme ? Je men suis vraiment servie comme dune porte de sortie, comme dun exutoire, une " thérapie ". Sincèrement, cest pour moi un journal intime, si on veut lexprimer plutôt comme ça. Je crois que cest impudique, complètement. Et jespère ne jamais perdre cette impudeur. Souvent, on enrobe, on met des gants, on tourne autour du pot. Et moi, non. Je dis "ça jaime pas, ça me fait mal ". Je crois quune phrase bien dite, et pas trop fort, cest beaucoup plus efficace quune vaisselle cassée. Comment avez-vous été accueillie par le show-biz français ? Soit les gens apprécient cette sincérité, soit ils considèrent que ce nest pas du tout leur truc. Mais ici, en Europe, il y a bien trop de bienséances, bien trop de manières pour me le faire comprendre directement. Il y a quelque temps, jai été interviewée par un journaliste qui, à la fin de lentretien, me dit : " Mademoiselle Fabian, vous êtes vachement intelligente ". Je lui ai demandé pour quelle raison il avait éprouvé le besoin de me dire ça. " Hier, jai eu un collègue au téléphone qui ma dit " Bonne chance, parce que Fabian na rien à dire, elle est vraiment très conne ". Cest dur quand on entend un truc pareil. Jai su par la suite que la personne en question ne mavait jamais rencontrée. Vous avez participé à lémission de Michel Drucker. Ca sest passé comment ? Ca a été une journée de quatorze heures, dont six heures de tournage. Jétais assise sur ma chaise. Je ne bougeais pas. A la fin de lémission, il est venu me voir et ma dit : " Vous savez combien dartistes restent assis là pendant quatorze heures à ne rien dire ? Il ny en a pas beaucoup. " Cest fou, aujourdhui, que la dimension ait changé au point que quelquun comme Drucker me remercie. La vérité, cest que cest moi qui devrais lui être reconnaissante de mavoir invitée pour la troisième fois. Moi, je dis merci à tout le monde. Lautre jour, je me suis même fait engueuler par un autre artiste, que je ne nommerai pas, pour avoir dit merci à un technicien. Il ma dit : " Tu sais, cest juste un leveur de câbles ". Je nen revenais pas. Je lui ai répondu quil y a des leveurs de câbles qui deviennent des réalisateurs, ou des directeurs de chaîne. Nous, par contre, le seul avancement quon peut avoir, cest Dieu et le cimetière. Quest-ce qui, aujourdhui, pourrait vous faire perdre la tête ? Tomber éperdument amoureuse du
mauvais mec. Mais, dans mon équipe, il y en a un qui
veille au grain. Rick, avec qui jai vécu sept ans,
me connaît tellement bien, cest comme si on était
vraiment des jumeaux. Cest très impressionnant
comme relation, très très fou. Et quand il voit que ça
sembarque mal, cest le seul qui a le droit de
me dire " Je ne le sens pas ". Il sera honnête,
pas pour me faire du mal, mais pour que je le sache. Cest
déjà arrivé. Vous savez, lamour, cest un
peu comme par temps de pluie. Ca vous tombe dessus, vous
ne pourrez rien faire. Mais vous pouvez aussi ne pas
sortir
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Transcript par : Hezia Abel
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