Tribune de Genève (3 articles)

1. La chanson de Lara


Article de Sandrine Cohen
© Tribune de Genève du 4 décembre 1998

Même si on voulait, on ne pourrait pas y échapper. Elle est invitée dans toutes les émissions de télévision. Qui ? Lara Fabian, chanteuse belgo-sicilienne installée d’abord à Montréal et de plus en plus à Paris. Une opération de marketing propre en ordre, menée tambour battant.

Après l’avoir vue chez Foucault, chez Drucker, chez Machin et chez Truc, le très sirupeux et ami de toutes les vedettes, Laurent Boyer lui consacrait une émission tout entière (Fréquenstar, sur M6). Une heure trente rien qu’avec Lara.

Eh bien, j’ai regardé, d’abord pour me faire une idée sur la dame et ensuite parce que je suis un peu masochiste... Et il fallait l’être pour se taper, sans zapper, Lara Fabian, le temps d’un téléfilm.

Lara Fabian, je vous résume un peu. Marketing oblige, la chanteuse a été lancée sur le concept simple et efficace qu’elle était l’héritière de Céline Dion. D’abord parce qu’elle aussi avait fait carrière au Québec. Ensuite parce qu’elle aurait la même voix. C’est ainsi.

Les médias doivent toujours comparer ce qui est incomparable. On veux nous faire croire que Lara Fabian c’est le clone de Céline Dion, comme on a voulu nous faire croire, il y a trente ans, que Mireille Mathieu était la nouvelle Edith Piaf.

Du coffre avant tout

Non. Je ne suis pas une fan de Céline Dion (sauf quand elle chante du Goldman). Mais il faut bien reconnaître qu’il y a un océan, un continent, voire une planète toute entière qui sépare la voix de Lara à celle de Céline. La nouvelle coqueluche du bel canto version variétoche (Lara Fabian) n’a pas une belle voix. Elle a du coffre, plus en puissance qu’en finesse d’ailleurs. Elle ne chante pas. Elle hurle en crachant des litres de postillons, en tordant sa bouche - ça donne des grimaces hideuses - et en tordant son corps - ça donne un postérieur tout en arrière et des seins tout en avant. Ces postures ne lui avantagent pas du tout la silhouette. Elles lui donnent ce côté.. ce côté, comment dire... ce côté si masculin. C’est sans doute pour ça que Johnny Hallyday s’est tout de suite identifié à elle. Il l’a dit dans une conférence de presse : " Lara, c’est moi en femme. "

La Fabian veut, comme la Dion, devenir une superstar internationale. Apèrs avoir vendu plus d’un million d’exemplaires de " Pure ", son album anglais est déjà sous presse. Elle l’a dit au dégoulinant Laurent Boxer, mardi soir dernier : " Je ne cache pas que j’ai de l’ambition ".

Il y a un petit truc qui m’a chiffonnée dans cette interview promotionnelle. C’est quand Laurent Boyer lui a demandé quels étaient les trois objets qu’elle emporterait sur une île déserte... et vous savez ce qu’elle a répondu ? Elle a dit : " Une culotte propre, une brosse à dent et un discman. " Ca laisse rêveur comme réponse, non ?

Guimauve et mélo

Lara Fabian n’est ni moche, ni sûrement aussi sotte qu’elle en a l’air. On aimerait pourtant bien, primo, qu’elle hurle moins quand elle chante, deuzio que, dans sa petite entreprise, elle vende un peu moins de guimauve. Ce n’est pas parce que son prénom lui vient du Docteur Jivago qu’elle doit nous la jouer mélo toute sa vie.

Une autre Lara, terriblement excitante, celle-là. Et pour cause. Elle est virtuelle. Lara Croft est l’héroïne de Tomb Raider, un jeu vidéo qui bat tous les records. Neuf millions d’exemplaires vendus dans le monde pour Tomb Raider I et II. Le troisième épisode vient de sortir. C’est pour ça que Lara Croft, on en parle même aux infos de 20 heures.

Le journaliste ne s’y connaissait pas plus en jeux vidéo que Martina Chyba (auteur il y a quelques années d’un reportage sur le sujet où elle tentait de nous expliquer tout le mal qu’il y a à fréquenter ces jeux-là). Il a juste résumé ainsi le phénomène.

Le succès de Lara Croft est planétaire ; les filles s’identifient à elle et les garçons la trouvent hypersexy. Il a dit encore que Lara Croft est partout, dans la presse, dans la pub et bientôt au cinéma. On avance déjà les noms de Sandra Bullock et de Demi Moore, bien connue pour ses performances sportives (mais un peu vieille pour le rôle déjà).

Toujours à propos de Lara Croft, petit message personnel : dans Tomb Raider I, je suis coincée au cinquième niveau et n’arrive pas à tuer le crocodile dans la salle Neptune. Quelqu’un aurait-il la solution ?

Je le jure, vu à la télé (Culture Pub, sur M6) : une pub pour une lessive israélienne qui tourne en dérision " la fameuse robe bleue de Monica tachée par Bill ". Le procédé, bien que discutable, est, paraît-il, payant. On appelle ça " faire du réel pour vendre "... Et c’est souvent d’un goût douteux.

Je sais, cette chronique du vendredi est complètement futile, mais c’est la faute de la météo. Ca fait des siècles qu’on a un ciel de plomb au-dessus de la tête avec le froid qui passe en dessous. C’est tellement lourd tout ça, qu’on rêve de légèreté...

2. Haine gratuite et mauvaise foi

*Suite a l'article de Sandrine Cohen du 4 decembre, un grand nombre de fans de la chanteuse, tous en desaccord avec le propos de la journaliste, adressent des courriers et e-mails au Quotidien suisse. Ils en publient une reponse dans le Courrier des lecteurs

Un courrier de Cyrille Vray (Cagou), Saragosse (Espagne)
© Tribune de Genève du 18 décembre 1998

A propos d'une chronique parue dans la Tribune de Genève du 4 décembre sur Lara Fabian C'est avec le plus profond dégout que j'ai accueilli la chronique de Sandrine Cohen concernant Lara Fabian dans la Tribune de Genève du 4 décembre. Rarement j'ai vu un tel déversement de haine gratuite et de mauvaise foi. J'entends que l'on puisse ne pas aimer Lara Fabian mais de là à lui vomir dessus toutes les insanités qui vous viennent à l'esprit il y a un pas que Sandrine Cohen n'hésite pas à franchir.

Je suis vraiment outré qu'on puisse faire preuve d'un tel manque d'objectivité et de retenu. Je me permets de vous donnez quelques arguments à décharge pour Lara Fabian

Je ne pense pas que l'opération marketing menée par Lara Fabian soit plus horripilante que celle à laquelle nous allons assister lors de ces fêtes de Noël pour lesquelles on va (encore) nous ressortir les chanteurs en mal de tube reprennant des chants de Noël ou faisant la promo de leur nouveau CD... qui sent la naphtaline...

Si vous ne le saviez pas, vous n'étiez pas obligée de regarder jusqu'au bout l'emission qui lui était consacrée. Entrez vous dans la tête que Lara à un public et que c'est à lui que s'adressait cette émission dont beaucoup de gens qui n'aimait pas Lara Fabian dans mon entourage mon dit beaucoup de bien...

La comparaison Dion-Fabian a fait long feu si tant est qu'elle ait jamais existé au sein du public fidèle de Lara. On ne peut pas comparer ces deux chanteuses sous prétexte qu'elles évoluent dans les mêmes pays (ou presque) et que leur itinéraire se ressemble. D'autant plus que cette comparaison est le fruit des médias dont, sauf erreur de ma part, la Tribune de Genève fait partie. C'est un peu réducteur de vouloir faire passer le talent de ces artiste sous le mètre-étalon de vos haines intérieures... Je ne m'étendrais pas sur le passage où vos propos insultant font référence à la manière de se tenir sur scène et aux pseudo-litres de postillons qu'elle enverrait en chantant car ces propos me dégoutent profondément et me semblent peu digne de la journaliste que vous prétendez être...

Pour ce qui est de son ambition, je ne vois pas en quoi celà peut vous gêner que Lara ait de l'ambition. Ceci m'apparaît comme une qualité qui permet à notre société d'avancer faisant fi des conservatismes et des bien-pensants dans votre genre...

3. Pour en finir avec Lara Fabian*

*Suite aux reponses qu'elle recoie des fans mecontents, la journaliste Sandrine Cohen re-ecrit une nouvelle colonne ou elle essaie de tirer une ligne sur les evenements

Article de Sandrine Cohen
© Tribune de Genève du 28 décembre 1998

Plein de lettres, plein de e-mails reçus suite à mon article sur Lara Fabian.

Jamais reçu autant de courrier pour un sujet aussi mineur. Comme quoi, si un journaliste veut recevoir des paquets de lettres, il sait ce qu'il lui reste à faire : du people.

Que tous les fans de Lara Fabian qui m'en veulent se réjouissent. Leur idole a été élue "Révélation de l'année" selon un sondage paru dans Paris-Match. Que tous ceux qui n'aiment pas Lara Fabian (eh oui, il y en a !) se réjouissent : Les Guignols de l'info sur Canal Plus l'ont élue eux, "Dinde de l'année". Comme quoi, les goûts et les couleurs....


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Transcript par : Hezia Abel

 

 

 

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