LARA FABIAN, "Seul l'amour me fait vivre"

Propos recueillis par Katia Alibert
© TéléStar (France) - 26 septembre 1998


Consécration au Victoires de la musique en février, triomphe au Stade de France avec Johnny Hallyday en septembre... En un an à peine, Lara Fabian est devenue une star à part entière. Ambitieuse, la chanteuse belge expatriée au Canada ne compte pas se reposer sur ses lauriers.

Avec son prochain album en anglais, elle s'apprête à conquérir le monde. Et à chanter l'amour, son credo, sa raison de vivre. Avant d'entamer sa tournée en France, elle a reçu "Télé Star".

Elle aussi, le temps d'un duo avec Johnny, a enflammé le Stade de France. Désormais, Lara Fabian se sent prête pour conquérir le monde. Ses moteurs : l'ambition et l'amour.

Un petit bout de femme enfouie dans un canapé. Les traits sont tirés, la voix ferme. Dans les locaux de sa maison de disques, Lara Fabian montre une détermination rare à devenir une grande de la chanson. Une star. Et rien ne semble pouvoir l'arrêter.



Johnny Hallyday vous a invitée à venir le rejoindre sur scène lors de ses concerts au Stade de France, pour interpréter "Requiem pour un fou". Etait-ce un grand moment ?

Depuis le début de ma carrière, c'est certainement une des plus belles choses qui me soit arrivée. Sur scène, ce colosse m'a appris l'intégrité. Il possède une force et une rage étonnantes. Je suis composée de la même façon. Sur scène, j'ai ce truc-là. Evidemment, je n'ai pas trente ans de métier. J'ai forcément toutes les imperfections de la jeunesse. Je gère parfois très mal ma passion.

Vous avez chanté devant 80,000 personnes. Vos impressions ?

C'est génial ! je suis faite pour ça ! Je me vois très bien chanter seule au Stade de France.

En à peine un an, vous êtes devenue une star. Comment le vivez-vous ?

Simplement... Quand on rencontre enfin le succès, il faut garder la tête froide et se rapprocher de plus en plus des gens qui vous ont aidé. Je ne serais rien aujourd'hui si je n'avais pas eu autour de moi douze personnes. Je serais toujours assise sur mon sofa à Bruxelles à me demander ce qui va m'arriver. J'ai vendu plus d'un million d'exemplaires de l'album "Pure". C'est super, mais ça peut s'arrêter demain.

Avez-vous l'impression d'avoir réussi ?

Non, ce n'est que le début. Je suis très ambitieuse. J'ai des vues internationales. Cela dit, je n'ai aucun record à battre. Je rêve d'avoir un public, de pouvoir grandir avec lui. Un artiste, c'est avant tout un être humain et sa réussite ne passe pas exclusivement par son talent.

Vous avez tout de même une voix...

Ce n'est pas de ma faute. Je suis née comme ça. Claudia Schiffer est bien née magnifique.

Vous ne redoutez pas d'afficher votre ambition ?

C'est très conservateur de considérer l'ambition comme un défaut. En Europe, il faut s'excuser de son succès. Quand on sait à quel point il faut se sacrifier pour obtenir la considération du public, la dernière chose qu'on ait envie de faire, c'est de s'excuser. J'ai réalisé une toute petite partie de mon rêve. J'ai d'autres envies comme écrire un livre, une comédie musicale, tourner dans des films.

A trop vouloir, n'avez-vous pas peur de vous perdre ?

J'ai trente ans devant moi. Je ne vais pas tout réaliser en six mois. Si on ne possède pas un plan de carrière, autant s'asseoir et pleurer sur son sort.

Comment expliquez-vous voter succès ?

Je bosse depuis dix ans. Tout ce que j'ai réussi, je l'ai mérité. Ca n'a pas été facile : je me suis expatriée, j'ai quitté la Belgique pour m'installer au Canada. Je n'avais pas d'argent et j'ai tout laissé derrière moi : famille, amis.

Aucun regret ?

Non, même si parfois c'est dur. Après dix-huit heures de travail, on se couche et on ne veut plus entendre parler de rien.

Pourquoi tenez-vous à rester la productrice de vos albums ?

Je veux tout connaître du métier. On ne me pose pas juste une scène pour chanter. Je reste propriétaire artistiquement de tout ce que je fais. Sinon, j'aurais l'impression d'être manipulée.

En ce moment, vous enregistrez votre premier album en anglais. Où en est-il ?

On en est à la moitié. Sa sortie mondiale s'effectuera en février ou mars 1999. Je coécris 80% de l'album avec les auteurs de Mariah Carey, Barbra Streisand et Madonna. Je me suis entourée des plus grands. Il faut avoir l'intelligence de comprendre qu'il existe des professionnels qui connaissent mieux le marché que vous.

Vous partez à la conquête des Etats-Unis. Ne craignez-vous pas l'échec ?

Si ça ne marche pas - et personnellement je ne le pense pas -, j'aurai la conviction d'avoir tout tenté. Je parle quatre langues et je peux faire autre chose.

Cet album parlera-t-il aussi d'amour ?

Tout à fait. L'amour, c'est la seule chose dont j'ai envie de parler. La seule chose qui me fasse vivre. On le cherche, on le veut. Toute la journée, on s'agite autour de : "il faut que je plaise à mon mec et bien que j'en trouve un".

Dans vos chansons, vous racontez vos émois, vos ruptures. Pourquoi une telle mise à nu ?

Je parle très souvent de ce qui m'habite. Si vous me connaissiez dans l'intimité, vous sauriez que je n'ai pas peur de dévoiler mes sentiments. Sur scène, je suis pareille : je fini avec le Rimmel qui dégouline, les vêtements en vrac... je n'ai pas le souci de rester impeccable.

N'avez-vous pas envie de garder les choses pour vous ?

Non, elles me font trop mal. Je me soigne en écrivant.

Vous avez vécu pendant six ans avec votre manager Rick Allison. Comment peut-on devenir la meilleure amie de son grand amour ?

Je pense qu'à la base j'étais sa meilleure amie. C'est tout... Etre des amants nous faisait tort. Ricky, c'est moi. Il est toujours là. C'est la première personne qui compte.

On vous a vue au bras d'un des dirigeants de Sony. Où en est cette histoire d'amour ?

C'est fini.....Mes histoires sont toujours compliquées. Le jour où je vais me prendre la tête avec quelqu'un, ce sera le bon. Je n'aurai plus de problèmes. Je m'installerai en face de vous et je ne vous parlerai que de lui.

Votre cauchemar : finir vos jours seule ?

Cela n'arrivera pas. J'ai 28 ans et, d'ici trois ou quatre ans, je sens que j'aurai très envie de fonder une famille, d'avoir des enfants. Et j'ai intérêt à trouver l'homme de ma vie bien avant. Je suis plutôt saine. Ricky me dit souvent : "Tu sais, je regarde autour de nous, on doit être ennuyeux. On aime nos amis, notre famille, les enfants. On veut trouver quelqu'un avec qui vivre. On s'habille sobrement. Dans le fond, on est des gens simples". Il a raison : je suis quelqu'un de très simple.



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