LARA FABIAN, secrets de l'album américain...Propos recueillis le 8 octobre
1998 par Ludovic Perrin et Jean-Marc dAngio 1998 aura consacré Lara Fabian : aux Victoires de la musique, dans les tops de vente, sur les scènes de lOlympia, du Palais des Sports, du Stade de France et au musée Grevin. En pleine préparation de son album américain et dun nouveau Palais des Sports, la productrice de Patrick Fiori fait le point. A partir du 27 novembre, vous vous produisez au Palais des Sports, votre troisième concert sur Paris cette année. De qui est venue la demande ? Cest parti dune demande de mon public et de lenvie de mes producteurs de spectacle, " mon duo de choc ", Camus & Camus et Thierry Suc, de reproduire le show. Il est certain que les Victoires de la musique ont contribué à amplifier mon succès. Mi-septembre, les billets des trois premières soirées se sont arrachés en une semaine, sans affichage. Ce qui nous a amené à rajouter une date au Palais des Sports et je reviendrai également le 18 décembre au Zenith pour clore ma tournée française. Il faut voir cela comme un merveilleux cadeau du public et non comme une volonté marketing dun artiste ou dun producteur. Pourquoi travailler avec deux producteurs de spectacle ? Pour mélanger le risque et la raison. Les deux se complètent parfaitement : le côté un peu fou et artistique de Thierry, avec qui je travaille depuis un an, allié au cartésianisme et au pragmatisme de Camus. Ces concerts vont-ils être loccasion dun live ? Je ne sais pas si cest le désir actuel de ma maison de disques. Pour ma part, je ne pense pas quon puisse mener de front plusieurs projets dont les buts diffèrent. Pour linstant, je moccupe dun album américain qui devrait sortir en février 1999. Parlons-en. Diane Warren avait été pressentie comme songwriter. Avec quels autres auteurs et compositeurs avez-vous travaillé pour cet album ? Diane (C. Dion, W. Houston) sera présente ainsi que Pat Leonard (Madonna), Walter Afanassief (M. Carey, M. Bolton) et Rick Allison, mon partenaire depuis mes débuts. Moi-même, jai écrit lalbum à 80%, toujours en co-composition avec Diane, Rick... Comment avez-vous contacté ces compositeurs de renommée internationale ? Etes-vous passée par leur éditeur ? Non, nous les avons appelés en direct avec ma maison de disques Sony. Ils ont écouté ce que je faisais et je me suis pointée à Los Angeles, New York ou Nashville. Nous nous sommes isolés pendant trois ou quatre jours, autour dun clavier à pondre une mélodie et à imaginer un texte. Puis nous avons fait des démos avant de nous retrouver quelques semaines plus tard en studio à produire des pistes et ma voix. De quoi sera constitué lalbum ? Essentiellement de ballades à laméricaine car le marché le requiert. Nous avons souhaité marier mes origines latines et lefficacité dune production à laméricaine. Comment avez-vous été perçue par ces compositeurs américains ? Quand jécris en anglais, jai tendance à poétiser contrairement aux Américains qui écrivent plus sur la forme du dialogue, dune manière directe en employant des mots-clefs comme le vent, la pluie. Jécris comme on lirait une lettre à quelquun, en intervertissant parfois les syntaxes. Au début, ils ne comprenaient pas mes textes. Cest devenu limpide en chantant, avec lintention que jy mettais. Cétait la première fois que vous écriviez en anglais ? Je parle couramment litalien, lespagnol, langlais et le français et jai lhabitude de passer dune langue à une autre, dans mes lettres, mon journal. Les sentiments exprimés changent-ils selon la langue ? Non, la profondeur et lintensité dun sentiment restent intacts quelle que soit la langue quon utilise. Dieu merci. La version européenne de cet album devrait proposer un titre en italien. Quen est-il ? Ca devrait effectivement être le cas, mais aucun choix na été arrêté pour le moment. Avez-vous gardé un souvenir marquant de ces moments décriture ? Oui, un jour, je composais avec Pat Leonard et je trouvais bizarre une boucle quil utilisait. Répondant à ma remarque, il me dit : " Je ne fais jamais rien de ce qui se fait généralement, pour tout te dire, je nécoute pas la radio, je fais selon mes envies et habituellement ça marche ". Devant mon air interdit, il ma demandé sil mavait choqué. " Cest dommage, tu passes souvent à la radio, tu devrais écouter, il y a de superbes trucs ", lui rétorquais-je. Quel sera le titre de cet album ? Un premier album international na jamais de titre, il se nommera donc Lara Fabian Pourquoi avoir choisi de le sortir ici chez Epic (Columbia pour les Etats-Unis) alors quon vous connaissait en France artiste Polydor ? Quand jai fait du shopping pour cet album international, jai trouvé chaussure à mon pied chez Sony. Chez Polygram, je crois quon ne comprenait pas mes intentions musicales pour cet album. Je signe avant tout avec des gens. Donc, mes projets internationaux sortent chez Sony et mes albums francophones chez Polygram. Cette manière de faire me laisse une plus grande liberté de choix : en lan 2000, mon nouvel album français paraîtra tandis que mon album américain sera déjà sorti lannée précédente. Bruno Gérentes qui vous avait signée chez Polydor dirige aujourdhui BMG. Avez-vous entretenu les mêmes relations avec son successeur ? Oui, Jean-Philippe Allard et chouette. Bruno avait lancé Pure et quand on a vendu 1,7 millions dalbums, il est difficile de maintenir la barre dun tel succès. Cest la dure tâche qui incombe à M. Allard. Le mois de septembre fut chargé pour vous. Comment avez-vous vécu le Stade de France aux côtés de Johnny ? Comme un cadeau du ciel, un moment détoile. Ca fait partie de ces rêves que, gamine, on nimaginait pas un jour pouvoir concrétiser. Quel moment face à ce colosse vivant, devant 80'000 personnes ! Cest lui qui, après vous avoir vue en concert, vous avait choisie ? Oui, il ny a pas eu de pistonnage de la part de Camus (ndlr : tous les deux sont pris en main par Camus & Camus pour les concerts). Adolescente, jécoutais beaucoup de musique britannique, Duran Duran, Spandau Ballet, Tears for Fears, Pink Floyd, et mon père mavait fait découvrir Johnny, une sorte dElvis européen. Jaffectionnais particulièrement Jai oublié de vivre, les Portes du pénitencier et ses chansons rock. Mon père ma légué sa passion pour Johnny Hallyday. Cest vous qui avez retenu Requiem pour un fou ? Oui. Jaime la violence qui se dégage de cette chanson. Ca part dun endroit que lon contrôle mal, cest simple, direct, sans mièvrerie, ça déménage. Quand je lai proposée à Johnny, il ma demandé : " Tu crois que ça va aller ? " Avant dajouter : " De toute façon, ya que toi qui peux chanter ça ". Il a coutume de mappeler " la panthère ". On vous a vue reprendre à la télévision Syracuse avec Salvador. Vous aviez déjà chanté Je suis malade de Lama et récemment un hommage à Brel. Comptez-vous un jour enregistrer un album de reprises ? Syracuse est une de mes chansons préférées. Cest vrai, je pense faire un jour un album de reprises avec un concept original que je ne dévoilerai pas, de peur de me le faire piquer ! Il y aura quinze ou vingt chansons mélangeant les cultures, illustrées par des photos qui retraceront le cheminement qui ma amenée à les choisir. On trouvera Brel, Lama, Aznavour, Sardou, berger, Balavoine, Goldman, Ferré, Ferrat, Brassens, Duteil, Alice Dona, Sanson, mais aussi Gershwin, Christopher Cross, Gary Moore, Ruben Ford... Vos albums Carpe Diem et Pure sont sortis en coffret. Pourquoi avoir rajouté Si tu maimes sur Pure que lon trouvait déjà sur Carpe Diem ? Ma maison de disques souhaitait rééditer cette chanson. Ils la trouvaient forte et tendre. Au Québec, elle mavait permis de vendre 300,000 albums. Nous lavons rajoutée à Pure pour la faire découvrir à ceux qui ne connaissaient pas Carpe Diem. Avez-vous fait de la promo au Québec pour la nouvelle version de cette chanson en 1995 ? Non, pas avec celle-là. Dernièrement, jy ai fait de la promo pour annoncer le gala de lAdisq où je suis nommée le 1er novembre. Votre premier album Lara Fabian paru en 1991 nest disponible en France quen import. Comptez-vous le ressortir ici ? Je ne pense pas, pas pour le moment. Dans le coffret Carpe Diem/Pure, jai ajouté Je marrêterai pas de taimer. Cependant je ne pourrais le ressortir que par bribes, car je lavais enregistré à 19 ans et aujourdhui je men sens moins proche. Entre-temps, jai acquis une certaine maturité. Vous fêtez cette année vos douze ans de carrière.... Dix ans, car je ne considère pas le festival de Wallonie en 1986 comme faisant partie de ma carrière. Jai commencé professionnellement à 18 ans. En 1987, vous avez sorti lAziza est en pleurs. Pourquoi aviez-vous rendu cet hommage à Balavoine sous le nom de Lara ? Je navais pas encore trouvé de nom. Je voulais mappeler Lara puis je me suis aperçu quil fallait exister sous un nom de famille, faire vivre mes origines italiennes. Fabiano vient du côté de ma mère. Mon oncle que jaimais énormément est décédé trop tôt et je voulais reprendre son nom pour le saluer. Je lui ai dédicacé chacun de mes albums. A propos de Balavoine, cest un modèle dans ma carrière. Un mec vrai, qui vivait sans compromis, ayant toujours fait ces choix par rapport à son intégrité et non en regard des gens, un personnage duquel une génération entière sest inspirée. Il avait réussi à changer les choses de façon radicale et courte. Aussi, était-il profondément généreux et la générosité est un sentiment quon peut posséder sans acheter. Peu de gens comprennent ça dans ce métier. Quel était ce label Monopole ? Rien. Jai dû faire une télé belge avec ce 45 tours pressé à vingt-six exemplaires pour ma famille. Cétait un disque fait à la suite dun concours. Point. Croire (ndlr : titre concourant à lEurovision en 1988), produit par Carrère et distribué par Trema, est le premier 45t qui a marché. Lémission Les Enfants de la télé a retransmis récemment une de vos premières télés où vous chantiez Croire habillée en jeans délavés et tee-shirt à fleurs. Quel regard portez-vous aujourdhui sur ce look ? Jétais nostalgique. Je me revoyais il y a dix ans et dans autant dannées, je me revisionnerai etc. Cest le constat du temps qui passe, de la vie qui évolue et qui fait nous maîtriser. Quand êtes-vous devenue plus " sophistiquée " ? Je nemploierais pas ce terme-là. Je me sens plutôt sobre : redingote, chemise, pantalon noirs, bottes de cuir, cheveux lisse, maquillage très naturel. Je suis très italienne dans mon look, très " Gucci armanisante ", une couleur, une ligne, une image. Dans ma vie quotidienne, je porte jeans et cachemire. Je naime pas les choses qui mettent en évidence autre chose que ce que la personne est. Lintérêt chez moi nest pas dans les vêtements. Vous vous y intéressez, tout de même ? Bien sûr, jai toujours aimé les fringues. Ils ont le pouvoir de nous faire sentir belle ou laide et cest la première chose que les gens voient en allumant la télé. Pour moi, Audrey Hepburn incarnait le comble de lélégance. Sur le 45t Je sais paru en 1989, vous remerciez " lhomme de Rome ". Qui est-il ? Cest Romano Musumara qui, très gentiment à la demande de Jacques Cardonna, était venu chanter " Ti amo ". Le 1er novembre, au vingtième gala de lAdisq, vous êtes nommée dans la catégorie Interprète féminine de lannée. Comment appréhendez-vous de recevoir un trophée des mains de Céline Dion ? Je suis nommée dans trois catégorie : Interprète féminine, Chanson de lannée et Artiste sétant le plus illustré à létranger. Depuis que je suis canadienne, cest la première nomination de la sorte que je reçois ; cest incroyable. Dans Fréquenstar, Céline Dion a répondu à propos de sa comparaison avec vous : " Tant pis pour moi ". Comment interprète-t-on ce type de réflexion ? Tout dabord, la question de Laurent Boyer était bizarrement posée, car je ne sais pas sil est agréable de se voir comparer à quelquun. Elle a sûrement été prise au dépourvu et a répondu sincèrement. Si on mavait posé la même question, je pense que jaurais repris le journaliste. Peut-être na-t-elle pas eu la présence desprit ? En revanche, mes fans on été plus virulents sentant que Céline Dion magressait. Je ne le vis pas comme ça et jai toujours la même admiration pour elle. Vous avez un fan club ? Quelquun gère cela au sein de ma maison de disques. On reçoit des milliers de lettre par jour provenant de partout, autant dAfrique que du Maroc et jy réponds moi-même. Avez-vous un souvenir dune lettre ? Oui, celle de la petite Amandine qui, depuis quelle a perdu son père, sendort avec ma musique, comme si ma voix faisait le lien entre ce qui lui manque et ce qui lui reste. Jentretiens une correspondance avec elle, la fait venir à mes spectacles, la voit. Aussi, je fais toujours quelque chose pour les gens malades. Quand on connaît la résonance que peuvent avoir les mots, écrit-on ensuite de la même manière ? Cest vrai, ça rend responsable. Plus on touche de gens, plus la résonance est forte et il ne faut jamais perdre de vue la raison qui nous a motivé un jour à prendre la plume. Le succès croissant, il faut, sans pour autant faire de concessions, être plus prudent pour dire les choses, utiliser la bonne forme avec intelligence. Mais je ne pense pas pour cela avoir la prétention de changer les choses. A nouveau, vous avez fait la une de Voici lors de votre rupture avec Walter Afanassief. Vous nous aviez confié à propos de la presse people : " Je nai rien à cacher ". Votre sentiment est-il toujours le même ? Javais déjà annoncé cette rupture. On a repris mes propos en cherchant à voir plus loin. Mais plus on essaie de cacher les choses, plus cette presse essaie de savoir. Mais on est des êtres humains, cest-à-dire imparfaitement constitués. On a des histoires damour qui commencent et qui se terminent. Celle-ci sest terminée car elle ne correspondait pas à ma conception de vie de femme. Walter est extraordinaire, il contribue à ce que mon album américain soit une réussite. Aujourdhui, je fais dautres rencontres comme toute femme de 29 ans. Voici ressortira dailleurs sûrement quelque chose un jour. Et ce nest pas agréable de se sentir scruté. A tout moment, on peut me prendre en photo. Mais je nai rien à cacher : je ne suis pas mariée, pas divorcée, je nai pas douze mecs. Rick Allison, votre ancien compagnon et producteur, vient décrire et produire le nouvel album de Patrick Fiori (Notre-Dame de Paris), lui aussi ancien candidat à lEurovision. Que pensez-vous de ce chanteur ? De loin, cest un des plus grands que jai été amenée à découvrir. Nous avons plus dun points commun, une personnalité intègre et, en nous, une dualité homme-femme. Ce mélange rend Patrick Fiori unique ; il plaît autant aux hommes quaux femmes avec dans lécriture lâme dun poète gascon, comme Cabrel. Là-dessus, nous nous ressemblons, on ne créé pas de sentiment neutre : on nous aime ou on nous déteste. Il est jeune, il a une voix, de la sincérité, un feu intérieur, et cest pour cela quil va devenir incontournable. Voyez-vous des similitudes entre sa chanson Himalaya et la vôtre Humana ? Ca tient sûrement au fait que ce sont les mêmes personnes qui les ont écrites. Mais je vois encore plus de similitudes entre Pas sans toi (Carpe Diem) et Vivre en toi (Prends-moi). Vous aviez promis une chanson à Sandy Valentino. Quest-ce qui vous a inspiré chez elle ? Jai été séduite par cette gamine qui a du coeur, de la sincérité et une personnalité vocale. Je lui ai écrit un titre " Encore " dans lambiance de Sade. Cest rafraîchissant et ça correspond à sa personnalité latine. Vous sentez-vous des velléités pour devenir, à linstar de Goldman, auteur-compositeur ? Je voudrais le faire mais de manière aussi intelligente que lui, cest-à-dire de façon parcimonieuse, offrir la chanson appropriée à la personnalité de linterprète au lieu de lui proposer directement douze chansons pour un album. Le 3 septembre, vous êtes rentrée au musée Grevin. Quel effet cela vous a-t-il fait ? Cest sympa, mais, déjà,
je ne peux pas me voir en deux dimensions à la télé,
alors...en trois dimensions en statue de cire... Je
reconnais la mise à lhonneur, mais, relativisons :
OK il y a Depardieu, Clinton, etc., mais aussi un chef
cuisinier en train de servir Catherine Deneuve.
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Transcript par: Hezia Abel
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