LARA
FABIAN, Ma règle dor en amour...
Propos recueillis par Benoit Léger
© Magazine Le Lundi (Canada) - 4 juillet 1998
Elle est belle, célèbre,
talentueuse et... a toute la vie devant elle. Lara rêve
toujours de monter sur les plus grandes scènes du monde,
mais plus que tout, elle caresse des projets bien
terrestres.
Quelques jours seulement avant le solstice dété,
Lara Fabian sest arrêtée chez elle pendant 24
heures avant de senvoler de nouveau vers le
continent européen. " Montréal est si belle à
cette époque de lannée ", observe-t-elle. La
chanteuse a passé près de 10 mois dans la Ville lumière
au cours de la dernière année. Cest que les français
ont littéralement craqué pour cette ambassadrice de lamour.
Dailleurs, en février dernier, le coup de foudre
était limpide : Lara a décroché le titre convoité de
Révélation de lannée au gala des Victoires. Avec
1,5 million dexemplaires de lalbum Pure
vendus dans toute la francophonie, dont un million en
France seulement, une tournée européenne sur le point dêtre
lancée et un album américain en préparation, la jeune
femme fougueuse et passionnée flotte maintenant entre le
rêve et la réalité.
Le tourbillon qui agite sa vie ne la toutefois pas
déroutée. A 28 ans, son plus grand désir est noble :
construire une vie à deux pour éventuellement fonder
une famille. .
Dites-nous, Lara, que fait-on lorsquon sarrête
à la maison pendant 24 heures seulement ?
Jai pris le temps de régler quelques affaires
personnelles - avec mes comptables et mes avocats - et
maintenant il ne me reste plus que le temps de changer de
valises. Je suis arrivée de New York dimanche soir et je
repars pour Paris mardi, à 17 heures. Heureusement, je
peux compter sur laide des gens qui mentourent.
Plus tôt, on est allé porter des vêtements chez le
nettoyeur et faire quelques courses pour moi. Cest
bête de ne pouvoir faire ces choses soi-même, mais je nai
pas le choix. Cest ce qui me permet, entre autres,
de pouvoir échanger avec vous maintenant.
Est-ce naturel pour vous de voyager ainsi ?
Disons que je fais en sorte que ça le soit. Il faut que
mes déplacements soient intégrés à mon quotidien,
sinon il serait trop lourd.
Montréal reste-t-il toujours votre lieu de résidence
?
Bien sûr, je suis à la maison ici. Je serai dailleurs
de retour pour une semaine à la fin du mois, où je
compte bien appeler des amis et lancer quelques
invitations à souper.
Ne venez-vous pas de déménager ?
Cest exact. Jai quitté la Rive-Sud pour
revenir vivre sur lîle de Montréal. Cest
plus pratique puisque je suis maintenant à quelques
minutes seulement de laéroport. Cependant, la
maison est un véritable chantier, car on y effectue des
travaux. Cest un projet très excitant ! Cest
la première fois que jachète une maison seule. Cest
mon nouveau bébé et cest aussi un engagement
important. Je devrais pouvoir y emménager
confortablement quand je serai de retour en ville. Jai
déjà hâte de retrouver ce havre de paix lorsque je
rentrerai après de longs voyages.
Depuis que vous connaissez le succès, votre vie privée
fait la une en France. Récemment, de grands titres annonçaient
votre mariage. Comment vous accomodez-vous de cette réalité
?
Pour moi, cest le côté amer de la pomme. Je
comprends que le public désire en connaître un peu plus
sur la vie de ceux qui ont une certaine notoriété.
Cependant, ça minquiète lorsquon invente
des histoires dans le seul but dintéresser les
gens. Cette histoire de mariage, cest un mensonge.
Des amis mont jointe au téléphone pour me
demander " Tu te maries ? Pourquoi ne me lavais-tu
pas annoncé ? ". Je navais pourtant rien dit
ou fait qui puisse laisser croire à une union prochaine.
Mais que faire, cest comme ça.
La rumeur ne devient-elle pas alors comme les pépins
de la pomme ?
Vous avez raison. Malheureusement, certains adorent les pépins.
(Rires). Actuellement, il ny a rien de nouveau à
dire sur ma vie sentimentale. Il faut dire que les français
raffolent des histoires damour princières ou
mettant en scène de riches Américains. La presse est prête
à tout pour leur en mettre sous la dent. Maintenant, je
ne lis plus les titres.
Avez-vous changé dattitude afin de vous protéger
?
Un peu, oui. Je me protège davantage. Mais jai en
moi un petit côté italien, passionné. Ca reste mon
grand problème. Si, avec Walter, je vis une relation qui
me rend heureuse, je nai pas envie de men
cacher. Cela dit, peu importe le métier quon
pratique, on nétale pas sa vie privée dans les
journaux.
Vos parents vous accompagnent régulièrement lorsque
vous séjournez en Europe. Vous aident-ils à garder
votre équilibre ?
Assurément. Ils font partie de moi, de ma force. Quimporte
la ville où je me trouve ou le nombre de spectateurs qui
assistent à mon spectacle, si maman est là, en
coulisses, lorsque je sors de scène, elle me demande,
comme bien dautres mères le feraient : " Est-ce
que tu as faim ? Est-ce que tu as soif ? ". Cet
aspect terre-à-terre de ma vie est essentiel à ma carrière.
La relation que vous entretenez avec eux se transforme-t-elle
avec le temps ?
Elle est toujours plus forte. Au cours de la dernière
année, jai eu le bonheur de passer beaucoup de
temps avec eux puisque jai longuement séjourné en
Europe. Je partage de plus en plus de choses avec mes
parents. Jai pu marrêter quelques fois à la
maison familiale, en Belgique. Papa et maman vivent au même
endroit depuis 32 ans et, lorsque jy vais, je dors
dans le lit que javais lorsque jétais gamine.
Que demander de plus ? Vous voyez, la vie change mais le
coeur et le sang restent les mêmes.
Que faites-vous lorsquun moment de loisir soffre
à vous ?
Je cuisine ! Pour moi, cest daller au marché,
de sortir mes chaudrons, de préparer un bon plat et de masseoir
à table avec mes amis.
Quelles sont vos spécialités ?
Les pâtes... et les sauces, bien entendu. Jaime
bien les plats raffinés également. Je fais entre autres
un délicieux lapin à la moutarde et du canard aux châtaignes.
Cuisiner, cest une véritable évasion.
Quel âge avez-vous ?
Jai 28 ans, mais je dis souvent que je me suis arrêtée
à 25 ans dans ma tête.
Pourquoi ?
Cest quand javais cet âge que les choses ont
pris une nouvelle tournure pour moi. Mes vraies forces se
sont déployées au cours de cette année charnière et,
depuis, ça na jamais lâché.
Lâge a-t-il une importance pour vous ?
Aucune. Au fond. Je men fous. On a lâge quon
a dans sa tête.
Vos désirs de femme se précisent-ils avec les années
?
Oui. Ces derniers passent dailleurs par cette
maison que je suis en train daménager. Ce quelle
représente et ce à quoi elle me fait rêver viennent préciser
ces désirs. La cuisine, par exemple, très imposante, se
veut familiale. Jai voulu quelle soit une pièce
où on vit. Bien sûr, on peut y manger, mais on peut
aussi sy détendre, sy " entendre "
même. Cest beaucoup plus quune table et des
chaises. Quant à la salle de bains, très spacieuse,
elle me fait aussi rêver, parce que celle de la maison où
jai grandi était très minuscule. Enfin, ma
chambre à coucher est dépouillée, aérée. Elle représente
tout lespace que je laisse à la vie dans ma vie.
Aimeriez-vous avoir des enfants ?
Les enfants sont essentiels à mon bonheur. Mon souhait
le plus cher est dêtre mère. La venue dun
premier bébé est ce que jattends avec le plus dimpatience.
On pourrait croire, à tort, que mon plus grand désir à
trait à ma carrière mais, en fait, mon ambition
professionnelle me permettra simplement de réaliser mon
rêve de mère, beaucoup plus terrestre que la gloire,
avec davantage de confort.
Souhaitez-vous connaître cette joie dans un avenir
rapproché ?
Certains diront peut-être que je suis un peu démodée...(elle
sourit). Pour moi, une famille se fonde à lintérieur
du mariage. Et le mariage, cest sacré. Je ne parle
pas ici de la robe ou de la réception, mais bien du
sacrement qui symbolise lengagement de deux êtres
lun envers lautre. Rencontrer quelquun
et laimer si fort quon fait le voeu dunir
sa vie à la sienne, cest un coup de coeur immense,
extraordinaire. Le mariage est une promesse unique, un
souhait très cher.
Saurez-vous reconnaître cet être dont la rencontre
sera déterminante ?
Pour moi, cest très clair, on reconnaît cette
personne dès les premiers instants. Croiser lhomme
de sa vie, cest comme entendre une chanson pour la
première fois : si après 45 secondes on na pas le
cur qui bat, cest inutile.
Avez-vous limpression, comme vous le chantez
avec passion, de mieux connaître lamour ?
Je crois plutôt linverse : cest parce que je
suis proche de lamour et que jembrasse la
passion que je peux le chanter.
Etes-vous prudente en amour ?
Non. Je suis entière. La flamme est vive et jouvre
toutes grandes mes fenêtres lorsque le vent souffle. Cest
pourquoi ça peut quelque fois être dangereux.
Heureusement, des êtres chers qui mentourent maiment
assez pour me dire : " Oh, oh, Lara... fais
attention ! ". A partir de ce moment, je pense à
faire preuve dun peu de prudence.
Quelle règle dor lamour vous a-t-il
enseignée ?
De prendre les choses au jour le jour. Je suis très
carpe diem en amour. Mon inquiétude par rapport à lavenir
et ma hantise du passé mont conduite à cette
approche. Je suis du genre à vouloir tout, tout de suite
si je me sens bien avec quelquun. Maintenant, je
sais quon ne peut pas agir comme ça dans la vie.
Quand jouvre la porte à lamour, si je nenvisageais
pas ma relation au quotidien, je ne survivrais pas.
Où cette insécurité prend-elle racine ?
Je pense tenir ce sentiment de mon père. Je crois aussi
que linsécurité de lartiste est telle que
celui-ci entoure souvent son coeur de béton armé afin
de se protéger. Il faut néanmoins se rendre à lévidence
: la vie à deux ne fonctionne pas ainsi. Je suis si
forte sur certains plans et, pourtant, cette faiblesse
rejoint mon coeur. Avec lexpérience, toutefois,
force est davouer quen voyant chaque jour
comme un véritable moment de bonheur je me sens beaucoup
mieux. Voilà où réside lessentiel de ma règle dor
puisque, dès que je men éloigne, je me fais mal.
Comment parvenez-vous à y demeurer fidèle ?
A chaque tournant de ma vie, je réfléchis et analyse
beaucoup. Très souvent, je couche mes pensées sur le
papier. A tout moment du jour, je peux attraper une
feuille volante et lui confier mes sentiments. Ensuite,
cette feuille senvole à nouveau... cette fois vers
la corbeille. Après cet exercice, je me sens toujours
mieux.
Croyez-vous au destin ?
Enormément. Il y a des moments dans la vie où le ciel souvre
au-dessus de notre tête et, alors, des choses passent à
travers les nuages. Cela ne sexplique pas. Par
exemple, on se tourne, on ouvre une porte et la bonne
personne est là, tout bonnement. Tout ça fait partie de
ce ciel qui nous protège et de ce qui nous pousse
parfois plus loin que ce quon pouvait imaginer.
Possédez-vous un appartement à Paris ?
Non, je vis à lhôtel. Ma chambre est très grande,
mais ce nest pas le confort dune maison. Je
connais bien Paris : je my suis rendue plusieurs
fois avec mes parents quand jétais gamine et,
adolescente, jy ai travaillé.
Parlez-nous de lalbum américain que vous préparez.
Cest un projet emballant et, surtout, la concrétisation
dun rêve. Deux choses au sujet de cet album me
rendent très fière : je suis lauteure-compositrice
de la majorité des pièces et, de plus, mes
collaborateurs sont deux êtres merveilleux - Rick
Allison, mon grand ange gardien, mon frère, et Walter
Afanasieff, lun des principaux producteurs. Plus
que jamais, jy ai écrit lamour.
Avez-vous composé ces chansons en anglais ?
Bien sûr. Cest très naturel pour moi de rédiger
dans la langue de Shakespeare. Jattribue cela à
mon instinct de poète. Il faut dire aussi que jentends
parler langlais depuis ma tendre enfance, puisque
mon grand-père est dorigine américaine.
Los Angeles, San Francisco, New York.. Ces villes vous
plaisent-elles ?
Los Angeles est une ville jeune et effervescente. Cest
aussi une cité moderne, glamour. Jai visité les
quartiers de Santa Monica et de Beverly Hills. Avec sa
baie et ses collines, San Francisco est une très belle
ville. Quant à New York, cest ma préférée, je ladore.
New York, cest la vie.
Votre carrière a pris de lampleur. Est-elle
devenue difficile à gérer ?
Je ne crois pas. Dailleurs, je suis aujourdhui
entourée de personnes qui ont le pouvoir de mieux
diriger les choses. Mon agente, Lise Richard, travaille darrache-pied,
Rick est toujours très présents et huit personnes
travaillent pour nous dans un bureau montréalais, sans
oublier le bureau de presse Danielle Papineau-Couture.
Sur la route, une trentaine de musiciens et techniciens maccompagnent.
Nous avons tous le même but, faire avancer la machine,
et le respect est à la base de cette entreprise.
Vous préparez une tournée européenne. Le seul fait
de contempler votre agenda vous épuise-t-il ?
Après avoir construit des assises là-bas au cours de la
dernière année, cest une évolution normale des
choses. Bien sûr, une tournée épuisante. Je travaille
très fort, mais je ne me promène pas la mine basse, oh
non ! Tout cela, cest tout ce dont jai
toujours rêvé.
Mais où sarrête le rêve, où débute la réalité
?
Le rêve persiste et grandit toujours. Malgré tout ce
qui se passe dans ma vie, je conserve une incrédulité
face aux événements extraordinaires. Lorsque je
travaille avec Walter, lun des plus grands, ou que
japprends que le London Symphony Orchestra jouera
sur cinq de mes chansons enregistrées au Hit Factory, à
New York, des expériences comme celles-là font que je
sors du studio en me pinçant pour être bien certaine
que tout cela est vrai. Je demeure cette adolescente qui
rêve, et je suis cette adulte qui, depuis maintenant 10
ans, travaille dans ce milieu pour atteindre ses
objectifs. Le rêve et la réalité se confondent, et cest
sublime.
TRANSLATE
|