LARA FABIAN ouvre les portes de sa maison au Canada..
Avant de senvoler pour New York, où elle prépare son quatrième album, en anglais, Lara a reçu " Ciné-Télé-Revue " dans sa maison de Montréal. Un privilège rare Vous venez de triompher à lOlympia. La salle était debout, trépignait, et le public connaissait vos chansons par coeur, alors que, pour la France, vous navez que six mois dexistence. Quavez-vous ressenti ? Je ne vais pas vous dire : " Cest incroyable, vraiment, je ne my attendais pas... " Pas dhypocrisie. En revanche, la rapidité de ce qui marrive est quelque chose dincontrôlable. Je lexplique comme un coup de foudre, les regards de deux personnes qui se croisent dans la rue, un choc amoureux entre mon émotion et la sensibilité de ceux qui aiment mes chansons. Je me sens dans un état deuphorie maximale qui me donne envie de soulever des montagnes. Avec plus de 700'000 albums vendus, vous êtes la révélation de lannée. Votre ascension est fulgurante. Elle vous fait peur ? Au contraire, elle me donne une force et une volonté sans bornes, un courage fantastique pour dévorer lavenir à pleines dents. Quand je parle autour de moi, on me dit : " Avant toi, la seule qui ait connu ce genre de décollage colossal, cest Patricia Kaas... ". Dans mon cas, il ne faut pas oublier que jai neuf ans de boulot derrière moi avant dêtre arrivée là. Jai tissé cette toile point par point, jai gravi les échelons un à un, sans jamais vouloir brûler les étapes. Jai commencé avec mon père, qui maccompagnait à la guitare dans les pianos-bars belges, avant de partir à la conquête du Canada, où je fait la même chose. Croyez-moi, je ne suis pas là par hasard. Daucuns diront que le succès vos fait tourner la tête... Eh bien, que daucuns disent... Que peut-on faire à part les écouter et sourire avec beaucoup délégance ? Depuis mes débuts, je suis la même. Je nai jamais changé. Sur scène, vous avez déclaré : "Toute mon enfance, jai rêvé dêtre ici ". Comment était ce rêve ? Il ressemblait beaucoup à ce que je viens de vivre. Il était très " glamour ", plus sophistiqué peut-être que la réalité. Ces images fictives dégageaient une ambiance à la Brel, ou un parfum à la Piaf. Alors que sur cette scène mythique, jai eu limpression dun coup de coeur très rock-italien. Petite, vous identifiez-vous à une Piaf seule dans son halo de lumière, à une Shirley MacLaine meneuse de revue, ou à une Tina Turner endiablée ? Aux trois. Jestime avoir toutes leurs facettes. Je peux passer dun tremolo italien à la voix cassée dune Tina Turner, ou me sentir profondément française dans un rayon de lumière, droite comme un cierge, scrutant lhorizon. Jai lopportunité extraordinaire dêtre toutes ces femmes à la fois. En concert, vous débordez dénergie. Dans la vie, est-ce le cas ? Complètement. Sur scène, jai une force hallucinante, mais croyez-moi, loin de la foule, je suis aussi un véritable volcan. Jai certes des moments plus intérieurs, lorsque jécris, lorsque je pense ou lorsque je fais la cuisine. Là, je suis très calme, je veux respirer en plein silence. Mais à lopposé, je suis une boulimique exacerbée de tout ce qui se passe autour de moi. Quel genre denfant étiez-vous ? Quand jétais petite, jétais vraiment très sage et très obéissante. Jétais calme... Moi, ma crise dadolescence, je ne lai pas faite entre 12 et 18 ans, mais plutôt entre 18 et 23 ans, comme une jeune femme passionnée que je suis, à cause dune histoire damour qui ma fait entrer en conflit avec mon père. Je pensais avoir le droit de vivre pleinement mon aventure. Par la suite, cette première expérience a été une source dinspiration fantastique. Cétait votre histoire damour avec Rick Allison, votre inséparable manager et producteur ? Non, cétait un Irlandais. Jétais jeune, très jeune. Avec Rick, ce fut différent. Votre rupture davec Rick vous a inspiré " Tout "... Chanter ses échecs, finalement ça rapporte ? Mes peines, mes larmes, mes échecs. Cest une façon de mexposer, bien sûr, de mettre à nu mes sentiments, de dévoiler mon âme. Je me sers de mes chansons comme on parle à sa meilleure amie, comme on écrit un journal intime, comme on se confie à sa maman. Je ne connais rien de mieux que lhonnêteté, lauthenticité, et une façon pure et simple de dire les choses telles quelles sont. Et maintenant, si, ça rapporte... (Elle sourit). Aujourdhui, trouvez-vous le temps pour lamour ? Oh non ! Ma dernière histoire damour est encore trop présente dans ma vie pour que je puisse à nouveau me sentir libre daimer. Dans le tourbillon de mon existence actuelle, je ne pense pas quil existe une " pauvre âme " capable de supporter un tel rythme. Pensez-vous réussir à vous aménager des plages de repos ? Pas pour linstant. Mais il marrive de rêver que je pars loin dans les îles, sable blanc, mer turquoise, ou plus simplement que je sillone la Toscane comme au temps de mon enfance... Jespère que je ne serai pas obligée de dire un matin en tapant du poing sur la table : " Ca suffit, jarrête, jai besoin de vacances... ". La déprime, vous connaissez ? Bien sûr. Je nai pas la prétention de penser que je nai que le soleil devant moi. La tristesse est une question de pudeur. Là, jai besoin de Rick, je parle, je pleure, une espèce dimmense peine insondable ; je me vide de lintérieur en essayant de mextérioriser. Je suis quelquun de très paradoxal. Jai la faculté de vivre un très grand bonheur avec une intensité incroyable et, en même temps, je suis capable de me plonger dans un abîme de mélancolie dont seul Rick sait me sortir. Il met sa main sur mon épaule et me dit : " Attends, je vais te passer un peu de ma force ". Vous serez bientôt de nouveau aux côtés de Johnny Hallyday. Un autre rêve réalisé ? Il y a encore quelques mois, cétait inimaginable. En tant que " junior " dans ce métier, je navais pas eu la chance dêtre approchée par de tels monstres sacrés. Jai un grand respect et une énorme admiration pour Johnny. Derrière la star se cache lêtre le plus gentil et le plus timide du monde. Jaime cette vulnérabilité habillée de force, ce semblant de violence affichée, ces yeux bleus qui vous transpercent. Jusquoù êtes-vous prête à aller pour réussir ? En termes de volonté, très loin. Mais dans les compromis humains, beaucoup moins que ce quon peut imaginer. Lambition est parfois une arme redoutable. Elle peut être dévastatrice. Il faut la regarder comme un magnifique objet, mais on ne doit sen servir que si lon connaît parfaitement le mode demploi. Votre parcours rappelle étonnamment celui de Céline Dion. La comparaison est inévitable. Comment le vivez-vous ? Bien. Très bien. Dautant plus que jai une admiration illimitée pour cette femme. Avec le temps, la comparaison sévanouira delle-même. Noubliez pas que lorsque Barbra Streisand a commencé, elle était la nouvelle Judy Garland, de même que Mariah Carey, le clone de Withney Houston ou Bryan Adams, le Joe Cocker daujourdhui. Ces derniers sont maintenant au top. Ils ont, eux aussi, droit à leur propre identité. Comme les divas dautrefois ou les chanteurs à voix de maintenant, suivez-vous un régime particulier pour être performante ? Jessaye de manger le plus sainement possible, et ce, au moins deux fois par jour, ce qui est difficile à respecter avec nos emplois du temps. Et puis, dormir, dormir, dormir.... Cest le plus important. Je ne fume pas, bien sûr. Rien quà lidée de voir une cigarette, jétouffe ! Dans chacun de vos déplacenents, vous emmenez Mélanie, votre maquilleuse canadienne, votre régisseur, vos managers, lindispensable Rick et vos parents. Doù vous vient ce goût pour la tribu ? Si je vous parle de lEtna, dhuile dolive, de basilic, de pain sans sel, danchois, vous en déduirez que je suis ritale. Et ça vient tout simplement de là : lamour de la famille, de celle quon a et de celle quon créé, sa propre tribu. En amour comme en amitié, je suis très fidèle. Quand vous êtes toute seule comme un " vieux coton " dans votre chambre dhôtel et que vous ne savez pas qui appeler, cest là que vous êtes en danger. Vous êtes actuellement à New York, où vous préparez un album en anglais. Comptez-vous mener votre carrière de front en Europe et en Amérique ? Oui, je souhaite relever ce formidable défi. Etape par étape, jaborderai chaque pays un à un. Il faut agir au moment où on a la chance et lénergie. Pour moi, cest maintenant. Comment vos amis vous appellent-ils ? Pour Rick, je suis " Chichi " ; pour ma maman, je suis "Bedda " (Beauté en sicilien) ; pour mes proches, cest " Laroutcha ", et pour mes meilleurs copains, je suis leur petit original (élan du Canada et de lAlaska). HORS DU COMMUN Quel parcours exemplaire que celui de Lara Fabian. Cest à Bruxelles que tout a commencé. Native dEtterbeek, Lara a 14 ans et se produit sur les scènes des boîtes de nuit accompagnée par son père à la guitare. Le jour, elle le passe au Conservatoire. Elle étudie aussi le droit et les langues. Lauréate du concours " Tremplin ", organisé dans la capitale de lEurope, elle se fait surtout remarquer, en 1988, en interprétant " Croire ". Avec ce titre, la jeune femme défend les couleurs du Luxembourg au Concours Eurovision de la chanson et termine en quatrième position. 600'000 exemplaires vendus en un tournemain. " Je sais " la porte au Québec, où elle décide de sinstaller. Avec les économies de son père, elle produit son premier album, tout simplement intitulé " Lara Fabian ". " Si javais décidé douvrir une épicerie, il maurait aidé de la même manière " dit-elle, reconnaissante envers celui qui, dans les années 60, jouait avec Petula Clark. Elle rame un peu, beaucoup, fonde son propre label, " Les Productions Clandestines ", et finalement, son opus devient disque dor. Après une tournée triomphale à travers le Canada, Lara y est consacrée " Artiste francophone de lannée ". Jolie revanche. " Carpe Diem ", en 1995, suit très rapidement le même chemin. Les récompenses, toutes plus prestigieuses les unes que les autres, saccumulent. Elle reçoit le prix du " Spectacle de lannée " et un autre trophée, celui décerné à " Linterprête féminine de lannée ", couronne son enthousiasme, et surtout, sa voix exceptionnelle. Rebelote un an plus tard : Lara est sacrée au gala Juno de Toronto " Meilleure nouvelle artiste solo " et " Meilleure vente dalbum francophone ". Chez nous, son nom névoque pas encore grand-chose. Clairvoyante, la presse québecoise incite pourtant le public à profiter des talents de cette chanteuse pas vraiment commes les autres " avant que lEurope ne nous larrache ! ". Forte de son succès, Lara
retraverse lAtlantique en 1997 avec, dans ses
valises, un troisième album, " Pure ", déjà
disque de platine en Amérique du Nord. Auteur-compositeur-interprête,
Lara Fabian, est, à 28 ans, une artiste hors du commun.
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Transcript par : Hezia Abel
Copyright © 1998, Purelara