La mise en orbite de Lara Fabian

Article de Louis-Bernard Robitaille
© L’Actualité, 15 avril 1998


Le décollage a réussi. Un : le Québec, qui l’a adoptée. Deux : La France, où ce qui devait être un test a tourné au triomphe. Trois : les Etats-Unis. Car la machine Fabian a plus que jamais l’oeil sur la statue de la Liberté.

Cette fois, c’est vrai. Lorsque la presse de caniveau commence à vous prendre en filature à la sortie de votre hôtel et à vous pourchasser dans les rues de Paris, c’est que vous êtes devenue un star.

Pour avoir le redoutable honneur de faire la une de Voici, magazine à capitaux allemands et numéro un de la presse à scandale en France, il faut être une grande vedette française ou internationale, s’appeler Stéphanie ou Caroline de Monaco, Lady Diana, Madonna ou Isabelle Adjani. Lorsque Céline Dion y a eu droit, à la fin de 1996 - " à bout de forces " pour cause de non-maternité, disait Voici, elle était déjà presque numéro un aux Etats-Unis et se promenait aux quatre coins du globe en jet privé.

Or, dans son édition du 2 mars, Voici consacrait la moitié de sa couverture à Lara Fabian (Le succès.. et l’amour), à égalité avec Sharon Stone, traquée lors de la " lune de miel " avec un nouveau prince charmant, un certain Philippe Bronstein, alis " El Macho ".

Comme ce magazine écrit volontiers n’importe quoi, on y lisait que Lara Fabian, dans la foulée de son " triomphe " du 20 février aux Victoires de la musique (le grand gala annuel télévisé du show biz français), se promenait désormais avec huit gardes du corps, ce qui est flatteur mais faux : elle se contente d’avoir à Paris une résidence-palace très discrète et une voiture avec chauffeur. Le gorille comme celui qui veille sur Céline, c’est pour plus tard, si la gloire américaine se présente.

Ce qui est moins faux, en revanche, c’est que Mlle Fabian, depuis sa rupture (amicale) avec Rick Allison - son alter ego musical et professionnel -, a un nouveau chevalier servant. " Oui, il y a quelqu’un, mais, pour le moment, c’est secret ", nous disait en février son imprésario de toujours, la québecoise Lise Richard.

Lara, de son côté, restait fort ambiguë à ce sujet, laissant croire au public des Victoires que son fiancé était Rick Allison, mais donnant à entendre en entrevue que, pour l’instant, il n’y avait pas " d’homme de sa vie " dans les parages.

Sans que ceci ait le moindre rapport avec cela, elle me disait fin février qu’un certain Walter Afanassief, un important producteur-compositeur de la maison Sony, travaillait à temps plein avec elle et Rick Allison aux chansons de son album qui doit sortir aux Etats-Unis en septembre.

" Voici " a donc levé un coin du voile : le nouveau fiancé de Mlle Fabian est bien ce New-Yorkais à casquette de rappeur qui tient son parapluie dans les rues de Paris et qui se prénomme Walter. Lequel, comme par enchantement, est également considéré comme un faiseur de star dans le monde des variétés américaines il a déjà été le maître d’oeuvre de disques de Mariah Carey..et de Céline Dion.

Cela commence à ressembler à une véritable mise en orbite pour la " parfaite inconnue " qui est arrivée en 1991 au Québec avec son petit ami bruxellois, Rick Allison, une cassette et 1000 dollars en poche. La même Lara Fabian, qui, au début 1997, restait, malgré ses triomphes au Québec, une " parfaite inconnue " en France et, bien entendu, aux Etats-Unis.

Depuis qu’elle a remis les pieds sur le Vieux Continent le printemps dernier pour la sortie de son album Pure, tout est allé tellement vite que désormais rien ne lui paraît impossible, pas même un triomphe instantané dès l’automne prochain sur le marché américain, c’est-à-dire sur le marché mondial.

" Chez Sony Musique, on a établi deux stratégies ", me dit-elle tranquillement en sirotant une eau minérale dans un salon de son hôtel du quartier Saint-Augustin. " L’une examine la possibilité d’un succès progressif, qui se fasse en deux ou trois disques. L’autre, à laquelle on travaille actuellement, c’est celle d’un grand succès dès le premier... ".

Et pour bien montrer qu’elle connaît le business, elle souligne : " Withney Houston et Céline ont atteint la gloire après trois albums. Pour Mariah Carey, ce fut instantané... Je peux vous dire une chose : chez Sony, mon disque n’est pas un projet marginal, juste pour voir, pour faire trempette sur le marché américain... "

Lise Richard, qui a été la première à miser sur elle et qui a produit son premier album, en 1991 au Québec, est plus précise : " Pour Sony Musique, c’est LE projet de la rentrée 1998. Tous les moyens sont mis à la disposition de Lara : musiciens, studios, compositeurs. S’il le faut, on enregistrera 30, 40, 50 chansons avant d’arriver au choix final. On a carte blanche et aucune limite de budget ".

Le monde du spectacle, en particulier aux Etats-Unis, est une table de jeu où il ne suffit pas de parier gros pour faire sauter la banque. Bien qu’elle interprète sur scène des succès américains de manière tout à fait convaincante, Lara Fabian n’a jamais approché de près ou de loin le public ou le marché américain. Le produit, si j’ose dire, n’a jamais été testé. Mais ce qui arrive depuis un an à cette chanteuse canadienne de nationalité, belge de naissance.... et italienne de culture est déjà tellement extraordinaire qu’on se dit : et pourquoi le conte de fées ne continuerait-il pas aux Etats-Unis ? Pourquoi Lara ne serait-elle pas au sommet avant même la fin de 1998 ?.

L’explosion de sa carrière française est presque sans comparaison sur le plan de la fulgurance, de l’importance des ventes de disques, de l’accueil du public et des critiques, et de l’assistance à ses spectacles. Il y avait longtemps qu’on avait vu quelqu’un aller si haut si rapidemnet.

Lara Fabian, qui tient les comptes avec une précision maniaque, m’affirmait le 23 février que Pure en était à 940,000 exemplaires vendus et que les singles Tout et Je t’aime totalisaient 1,5 million. A la mi-mars, elle demeurait numéro trois au chapitre des ventes d’albums en France, toutes catégories confondues.

A titre d’exemple, Roch Voisine, dont le succès fut également foudroyant à l’époque grâce à la chanson Hélène, qui resta une année en tête du top 50, et à quatre spectacles à Bercy (16,000 places), n’avait vendu " que " 400,000 albums.

Et on n’en est pas encore à capitaliser sur le formidable coup de pub des Victoires de la musique (trois jours plus tôt), où, incontestablement, elle est apparue comme la grande vedette : les deux catégories dans lesquelles elle était en nomination (révélation de l’année et meilleure chanson de l’année) arrivaient en toute fin de soirée.

Une consécration : déjà choisie par le milieu professionnel, Lara était plébiscitée par le public (qui comptait pour 50% du jury) et recueillait 43,000 voix sur 60,000, devançant quatre autres concurrents.

Selon toute vraisemblance, l’album Pure a encore une belle carrière devant lui et pourrait faire grimper Lara jusqu’au sommet des ventes de disques en France, aux côtés de Patrick Bruel, dont un titre a atteint 2,5 millions d’exemplaires, ou de Francis Cabrel, qui vend deux millions d’exemplaires de chaque nouvel album (à six millions, dont quatre en France, D’eux, le disque de Céline Dion concocté par Jean-Jacques Goldman, restera sans doute longtemps un record historique). Du jamais vu ou presque...

En juin 1997, on me signale la venue à Paris d’une chanteuse québecoise d’origine belge. Elle a un single au top 50, et son album Pure se serait déjà vendu à quelques dizaines de milliers d’exemplaires. Ce sont des choses qui arrivent assez souvent et qui restent généralement sans lendemain : des Québecois ont parfois connu de formidables succès avec un tube unique. Parmi les plus célèbres : Marc Hamilton, qui avait vendu deux millions d’exemplaires de " Comme j’ai toujours envie d’aimer " et dont on n’a plus jamais entendu parler.

Dans une sorte de vaste bureau, au dernier étage d’un immeuble moderne du quartier de l’Alma, la chanteuse en question est venue faire une démonstration de son talent (un showcase, comme on dit dans le jargon du métier) à des journalistes et à des professionnels du milieu. Rien de bien concluant : la salle est moche, le son approximatif, le public un peu bruyant. " Qu’est-ce que c’est que ce nom de Lara Fabian ? " Un nom sorti d’un ordinateur ? " me demande un ami qui travaille en publicité. N’empêche : sa maison de disques, Polydor - numéro un de la chanson francophone dans le monde -, a réservé deux soirs à l’Olympia pour le début de 1998. A cela, rien d’extraordinaire : deux soirs dans cette célèbre salle de 2,200 places pour une chanteuse à vocation commerciale, c’est à peine plus qu’un showcase élargi, une façon de tâter le terrain. Elle a incontestablement une voix, mais pas vraiment une jolie gueule, plutôt un joli visage passe-partout qu’on ne garde pas nécessairement en mémoire.

En fait, la mayonnaise prend d’elle-même pendant l’été, sans qu’il se passe rien d’exceptionnel, seulement grâce à deux tubes (Tout et Je t’aime) qui tournent à la radio et au bouche à oreille.

En décembre, je constate que Lara Fabian est devenue une grande vedette populaire et que tout le monde la connaît : des adolescentes de banlieue interrogées à la radio et qui la désignent comme leur chanteuse préférée, ma femme de ménage qui a trois jeunes enfants, des amies qui travaillent dans la mode et qui ne sont pas particulièrement des fans. En trois ou quatre mois, Lara Fabian est devenue un nom incontournable en France.

Preuve supplémentaire qu’elle fait déjà partie du paysage, elle est invitée à participer, le 25 janvier, à l’enregistrement de la grande soirée des Restos du coeur - l’association qui vient en aide aux moins bien munis fondée par le regretté comédien Coluche. Absolument toutes les grandes vedettes de la nouvelle génération des variétés françaises en sont - Goldman, Souchon, Cabrel, Vanessa Paradis, etc. Avec deux ou trois " vieux " en prime, l’affiche comporte 43 noms célèbres en France. Et uniquemnet français. Seule exception : Lara Fabian, invitée à participer à deux pots-pourris et, surtout, à exécuter en duo avec Johnny Hallyday " Requiem pour un fou ", de l’omniprésent Jean-Jacques Goldman.

En répétition, et davantage encore pendant l’enregistrement, Lara Fabian - qui se mesure tout de même à cette superstar que reste Johnny Hallyday - est accueillie par des applaudissements et saluée par une formidable ovation, la plus importante de l’émission. Leur prestation est à peine terminée que Johnny, qui rencontre Lara pour la première fois, l’invite officiellement à chanter en duo avec lui en septembre prochain au Stade de France (80,000 places).

Deux jours après les Restos du coeur, c’est l’Olympia, dont les 4,000 billets sont tous vendus depuis plusieurs semaines. C’est le délire : des spectateurs qui l’acclament pendant le spectacle, une foule qui manifestement connaît la moitié de ses chansons, une interminable ovation à la fin. Alors qu’elle interprète une dernière chanson, seule avec un guitariste, un jeune homme crie du balcon : " Lara, je t’aime ! ". La foule sursaute et rit. " Moi aussi je t’aime ", lui répond-elle avec l’aplomb d’une fille qui a en vu d’autres. Applausissements de la salle.

Plus d’une heure après la tombée du rideau, pendant que s’étire un gros cocktail dans les salons de l’Olympia, une cinquantaine de fans attendent encore la star à la porte de l’entrée des artistes.

Ce qui devait être un test tourne au triomphe. Trop tard pour des supplémentaires : les grandes salles se réservent de six à douze mois à l’avance. On se rabat sur le Palais des Sports, en avril (4'500 places). Avant même les Victoires de la musique, le 20 février, les places pour la première représentation sont toutes vendues, et on décide d’ajouter une supplémentaire.

Pour une chanteuse qui avait recommencé à zéro en 1991 au Québec après une discrète carrière en Belgique, puis qui est revenue en parfaite inconnue à Paris en mars 1997, ce formidable succès paraît déjà inespéré. Avec Pure, qui continue de battre des records de vente, et son album précédent, Carpe Diem, qui, remis sur le marché, commence à faire des vagues, la chanteuse de 28 ans aurait largement de quoi s’occuper en France. Après tout, c’est là que se contrôle l’ensemble du marché francophone, qui n’est quand même pas négligeable quand on vient du Québec.. ou de Belgique.

D’autant plus que, pas loin de la France, il y a l’Italie et ses 58 millions d’habitants. L’italien est l’une des langues maternelles, sinon la première, de Lara, qui interpète deux chansons en italien en spectacle : son disque a circulé dans les milieux professionnels, et les échos de ses triomphes en France on déjà provoqué des frémissements parmi le public. Les sollicitations se multiplient, et on l’imagine fort bien faire carrière au pays du bel canto.

Mais celle que certains milieux professionnels montréalais avaient surnommée " Lara des sources ", à cause de sa propension à verser des larmes les soirs de galas, est une ambitieuse plus coriace qu’elle ne le paraît au premier abord.

Bien sûr, le fait de venir ainsi, presque à l’improviste, triompher dans une salle aussi mythique que l’Olympia et d’atteindre d’une seul coup les plus hauts sommets de vente d’albums ressemble à un conte de fées. A l’occasion de l’avant-dernier Midem (Marché international du disque et de l’édition musicale), à Cannes, en janvier 1997, elle ne s’était même pas déplacée, laissant Rick Allison venir faire la promotion de Pure. " Quelque chose se passait, dit Lara, il y avait des propositions de presque toutes les majors en France. ". Mais c’est une cassette maison, enregistrée au Québec par... une cousine du patron de Polydor, Bruno Gérontès, et envoyée à ce dernier, qui a tout déclanché : au début de 1997, Polydor était décidé à mettre le paquet pour la faire réussir en France. La suite a dépassé toutes les espérances.

Mais cela ne l’a pas fait dévier d’un pouce de la route qu’elle s’était tracée. Elle qui fait volontiers des gentillesses à ses interlocuteurs - mais qui, lorsqu’elle s’adresse à son entourage, en passant instantanément du français à l’italien et à l’anglais, manifeste un caractère certain - a soudain un air très volontaire, presque dur.

" Vous savez, je suis très ambitieuse : j’ai toujours voulu faire une carrière mondiale, et une carrière mondiale ne se décide nulle part ailleurs qu’aux Etats-Unis ". En effet, un artiste qui se retrouve dans le peloton des cinq ou dix premiers chanteurs aux Etats-Unis est presque automatiquement vedette dans le monde entier : consacrée aux Etats-Unis, Céline Dion a vu s’ouvrir les portes de l’Australie, de la Thaïlande et de la Scandinavie.

" Les plus grosses ventes des stars américaines se font en Europe ", me dit encore Lara avec son sens précis des affaires. " C’est là que Michael Jackson vend 65% de ses albums. Mais, pour atteindre l’Italie, l’Allemagne, les pays de l’Est, il faut s’imposer aux Etats-Unis ".

Mais la jeune femme ne manquent pas de détermination, comme en témoigne son parcours. Avec un père (flamand) saltimbanque, jadis guitariste et choriste de Petula Clark, Lara a commencé à chanter dès l’âge de 15 ans dans les boîtes de Bruxelles. A 18 ans, elle est quatrière au concours Eurovision (celui que Céline gagne en 1988).

" En fait, une carrière en France, j’en avais déjà commencé une, raconte-t-elle. J’étais sous contrat avec une maison française, Tréma. J’avais vendu 500,000 exemplaires de la chanson Croire et 300,000 de Je sais ". Des débuts prometteurs qui en auraient satisfait bien d’autres.

" Mais en réalité, j’allais mal. Malgré mes succès et le fait que le public a toujours aimé les chanteurs à voix, les belles mélodies, c’était considéré comme ringard. C’était l’époque où seules avaient leur place les lolitas très très maigres et très très blondes, pas les femmes qui avaient un peu de tempérament. Les chanteuses à voix, brunes, méditerranéennes étaient mal vues ".

Plutôt que de se taper la tête contre les murs, elle a donc décidé de prendre ses salades et d’aller les planter ailleurs.

" Je me souviens, un soir, j’étais dans la vieille Golf de Rick Allison et je pleurais toutes les larmes de mon corps. Il m’a dit : " Tu vas voir, on va aller en Amérique donner un grand coup à la Statue de la Liberté ". On a fait ça comme d’autres immigrants avant prenaient le bateau. Quand on a débarqué au Québec - j’y étais passée une fois en vacances -, on avait de l’expérience, beaucoup d’amertume, mais un vrai esprit guerrier... ".

Ils ont un album sous le bras, mais il faut quelqu’un pour le produire. Les maisons de disques n’en veulent pas. Lise Richard, qui travaille dans le milieu des variétés, mais qui n’est pas productrice, est aussitôt emballée : elle fondera sa prore maison, Clandestine, exprès pour le lancement de l’album de Lara Fabian.

Et la carrière est lancée... dans le Québec profond. " Rick et moi, on voyageait dans une Chevrolet, on donnait jusqu’à 300 spectacles par année : quand le cachet atteignait 50 ou 75 dollars, cela couvrait largement nos frais, qui étaient de 25 dollars par jour. On se produisant dans des clubs, dans des salles de 50 ou 100 places. Rick jouait du piano, des claviers et de la guitare. On avait des bandes. J’acceptais toutes les occasions de promotion qui se présentaient, les radios communautaires, les journaux locaux. Au bout d’un an, on avait vendu 20,000 disques. Finalement, l’album Lara Fabian a atteint les 100,000. L’affaire était lancée ".

Mais le Québec c’était d’abord pour elle l’Amérique, " mon Amérique à moi ". Un territoire où tout est possible, où les choses sont moins figées qu’en Europe. Avec bientôt des succès phénoménaux (300,000 exemplaires vendus de Carpe Diem), Lara Fabian gardait plus que jamais l’oeil sur la Statue de la Liberté.

En fait, la foudroyante aventure française commencera... au moment où tout est déjà en place, avec Sony Musique, pour tenter le grand coup aux Etats-Unis, en septembre 1998. Ce qui fait dire à son imprésario, Lise Richard, que Lara Fabian " est la seule artiste à avoir signé en même temps avec deux majors : Polydor en français et Sony en anglais ".

Assez curieusement, la petite immigrante italo-belge qui chantait dans des bars du fond de la Gaspésie il y a cinq ou six ans n’est pas éblouie outre mesure par ses triomphes parisiens.

Comme si, d’un côté, le plus dur avait été fait, avec la " galère " québecoise des deux premières années, et comme si, de l’autre, elle avait toujours su qu’elle serait une star : " Au fond, le public est partout le même, ce n’est qu’une question d’échelle. Si vous faites une télé au Québec, vous pouvez obtenir jusqu’à un million d’auditoire. En France, un gros succès touchera 10 millions de spectateurs. Aux Etats-Unis, 50 ou 60 millions, c’est tout ".

La petite Lara, qui surveille ce qu’elle mange pour ne pas grossir - " J’ai une tendance naturelle à être une boutielle de Chianti ! " a-t-elle dit en entrevue -, consacrera l’essentiel des mois qui viennent à cette énorme offensive aux Etats-Unis : après l’Olympia, le tournage d’un clip au Maroc et une semaine de vacances, il y aura un long séjour à Los Angeles. Intermède parisien du Palais des Sports les 25 et 26 avril, puis retour aux Etats-Unis.

Pour tenir ce rythme frénétique, sa méthode consiste à "garder les pieds sur terre". Et, pour ce faire, à rester en permanence sous la protection de ce quelle appelle sa " tribu ". Un peu à l’image de Céline Dion, d’ailleurs.

Ce n’est pas parce qu’elle explose à Paris qu’elle change de milieu. " C’est si facile de péter les plombs quand on arrive à ce niveau ", constate la chanteuse désormais sacrée vedette.

En immigrante guerrière mais prudente, elle sillone la planète en transportant son univers familier avec elle : à son hôtel comme dans les coulisse de l’Olympia, il y a toujours sa mère, omniprésente, la discrète et fort peu mondaine Lise Richard, qui demeure sa conseillère et confidente privilégiée. De Bruxelles, il y a Rick Allison ; du Québec, quelques personnes qui lui ont fait confiance à ses débuts, et même deux musiciens de Jazz du Bijou qui avaient accepté, en 1991, de suivre la chanteuse inconnue.

Les pieds sur terre, mais la tête vraiment dans les nuages : " Si je veux devenir une star, dit-elle bizarrement, ce n’est pas pour l’argent ou pour être célèbre, mais bien pour accomplir le rêve de petite fille de sept ans qui y croyait ".

Aujourd’hui encore, Lara Fabian y croit tellement qu’elle ne sera même pas vraiment étonnée si le rêve américain se réalise.


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Transcript par : Hezia Abel

 

 

 

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