| Propos recueillis par Pierre-Michel
Meier © Radio Lac Genève (Suisse) - le 4 février 2000 "Lara au micro de PiMi "
Absolument Notez que j'étais avec David Hasseloff dans ce même hôtel, c'était à peu près la même chambre, c'est bon signe non ? C'est bon signe, tant mieux. Ecoutez si vous le dites, je vous crois. Alors pourquoi Zurich Zurich en ce moment parce que cet album est un album qui peut rayonner sur l'ensemble de la Suisse, c'est un album en anglais tout simplement. Le centre du véhicule pour cet album-ci avait l'air de partir plutôt de cette ville-ci que de Genève. Quoiqu'on a fait de la promo à Genève aussi. Mais cette fois-ci dans ce format de temps maintenant avec ce qui nous reste pour les trois semaines à faire, on a décidé de venir à Zurich. Et Zurich c'est aussi le moyen d'éviter la journalistes francophones qui se baseraient plus sur le côté un peu, comment dire, sentimental de votre existence... Oh la la je ne sais pas si ils se baseraient plus ça que sur cet album, je pense que quand j'ai fait de toute façon le tour de cet album là-bas, les gens se sont basés plutôt sur cette musique parce que c'était le but de ma visite donc qui que ce soit qui va me poser d'autres questions qui aurait un attrait différent, enfin qui aurait une couleur différente que celle de ma musique, il n'a qu'a me la poser, et puis il verra bien ce que je lui répondrais. Est-ce que vous avez des craintes de ce côté là, que ça déborde ? Je crois qu'il y a eu tellement de débordements en général sur tout ce qui est la vie des artistes. Peu importe que ce soit moi au quelqu'un d'autre, il y a toujours une tendance à aller chercher plus profondément dans ce qui est personnel que dans ce qui est professionnel comme si soudainement le fait que ce que nous faisions en premier lieu et qui était la chose la plus importante de nos vies devenait secondaire sous prétexte qu'on avait comme tout le monde une vie un peu privée, un peu personnelle. Donc les débordements sont probablement inévitables. En ce qui me concerne je crois que j'ai été très claire sur le sujet si on lit Match et puis il n'y a plus rien à dire et c'est terminé quoi. Mais est-ce que dans tout ce que vous avez pu vivre et vous avez vécu des choses quand même assez extraordinaires depuis la rencontre avec Amélie Nothomb dans nos studios à Genève en septembre 1997. Est-ce que vous avez appris énormément de choses, des choses que vous ne referiez plus du tout. Bien sûr que j'ai appris énormément de choses. Je serais vraiment la reine des tartes si en plus de tout ce qui m'est arrivé depuis deux ans et tout ce que j'ai vécu, je n'avais rien appris et je n'avais rien rassemblé de ce qu'il faut et ne faut plus faire. Mais en même temps on ne peut pas dévier de son honnêteté, de cette espèce de spontanéité qui caractérise notre caractère surtout si ça vient de la générosité, la spontanéité et l'honnêteté viennent de la générosité. Donc c'est difficile pour moi de diluer ce que je suis de plus profond au détriment ou au profit, enfin peu importe parce que dans ces cas-là on peut le voir des deux manières, d'une presse qui justement se base beaucoup plus sur ce qui est personnel que sur ce qui est professionnel. Je suis ce que je suis, je ne peux pas être autre chose. Je suis quelqu'un de spontané, de généreux en certaines circonstances, ça ne m'a pas toujours été favorable et j'ai appris donc dans certaines de ces circonstances et aujourd'hui je rectifie simplement le tir. Le bilan, c'est l'amertume qui triomphe où c'est la joie de vivre et la volonté de continuer ? Mais moi je ne suis pas du tout quelqu'un d'amer. Pourtant quand on prend des coups et des coups sur la tête, il y a un moment ou on en a ras le bol, non ? Ras la tête, oui vous avez raison. Bien sûr qu'on en a ras la tête. Evidement qu'on en peu plus un moment donné mais c'est tout à fait normal , c'est tout à fait humain, mais il ne faut pas le voir comme ça, il ne faut pas le voir selon la perspective qui dit que tout ça est inacceptable et on ne peut plus le supporter. Je crois que justement si ce que je suis est caractérisé plutôt par la joie de vivre et le soleil, c'est ce qui reviendra et c'est ce qui revient aujourd'hui dans ma vie. Donc non, ce n'est pas l'amertume qui triomphe, je ne suis pas quelqu'un d'amer, je suis encore moins quelqu'un de désenchanté aujourd'hui. Désenchantée pour une chanteuse, ce serait un comble ! Ce serait un comble total. Alors je l'ai écouté, je l'ai ré-écouté et en tant qu'homme la réaction première qui me vient, c'est de dire, elle a besoin de moi ! C'est con hein (rires). Elle entre dans le genre mais elle n'est pas encore rencontré l'homme idéal ! (Rires) C'est magnifique, c'est très beau... C'est un appel à l'amour ça ! Bien sûr, en fait c'est un appel à l'amour, je crois que c'est une conscientisation sur ce que je désire véritablement et une réalisation de ce qui m'est arrivé, une manière de l'exorciser aussi . Je crois que je suis en constant appel à l'amour, je pense que je le serais toute ma vie. Le prince charmant ou simplement de l'homme qui comprend ? Ca n'existe pas le prince charmant, je crois qu'il faut arrêter les conneries, il faut arrêter cette espèce de discours éternel de l'amour qui vient de notre merveilleuse éducation conservatrice qui fait que nous sommes fait pour un homme lorsque nous le trouvons. On est pas fait pour l'éternité, on est pas fait pour toujours et on est pas fait pour vivre une vie avec un seul être humain. Si on a l'intelligence de cheminer suffisamment longtemps dans notre vie pour pouvoir un jour arriver à la barrière qui fait que celle qu'on rencontre, que cette expérience qu'on croisera après toutes les expériences qui nous auront menées à ce pont là fait que c'est la bonne et qu'on peut faire un très long bout de chemin ensemble. Fine. Tant mieux. Mais je crois pas qu'à l'âge de 30 ans je puisse dire aujourd'hui que je suis dans la position ou j'attends les bras ouverts l'homme qui restera à mes côtés 60 ans. J'en sais rien, je ne sais même pas si il existe. Ce que je peux dire en tous cas aujourd'hui, c'est que je sais qu'on est fait pour être complémentaire, pour vivre un mode d'amour qui est basé sur l'amitié qui devient de la complémentarité, qui devient de la conversation, qui devient de la tendresse et qui forcément déborde dans la passion à un certain moment. Mais vous dire que je l'attends sur son cheval blanc avec ses meilleures intentions, ses mots gantés de velours qui seront éternels et qui chausseront toutes mes attentions et tous mes rêves de gosses, non, non, j'ai vraiment dépassé ce stade là. Moi, à quarante ans passé, j'y croyais plus à trente ans. A trente ans, je disais il n'y a pas de princes charmants, enfin pour moi c'est plutôt une princesse charmante mais qui n'a pas de cheval blanc et tout. Je pense que comme dans tous les contes populaires, chaque chose à sa sagesse et sa réponse et que ce qu'on attend plus finit toujours par arriver, sur un quai de gare, l'avion ne part pas, on est là en train d'attendre et tout d'un coup il y a quelqu'un qui passe, ne serait-ce qu'une ombre et c'est peut-être le bonheur de toute une vie comme disait Musset, etc. Un jour on en avait déjà parlé ensemble mais cet album c'est quand même quelqu'un qui a un peu mal au cur, enfin qui a très mal au cur, qui fait une sorte de bilan et sur toutes les chansons à part je dirais peut-être Adagio, même pas Adagio, c'est quand même une chanson pas non plus très gai.... Non, en fait je cherche Adagio. C'est l'éternel utopie, c'est en moi, c'est l'idéaliste, c'est la femme qui se dit "elle sait qu'il est là, je ne sais pas sous quelle forme il va apparaître, je ne sais pas quand il va apparaître, mais il est là". C'est ça l'Adagio. Le reste c'est vrai qu'il y a peut-être un petit peu de moments autobiographiques ou je parle de ce qui a pu se passer mais vous savez, ce n'est pas seulement en relation avec une relation récente dans ma vie. Tout le monde se sent concerné ! Mais tout à fait. Mais la peine c'est universel. La déception l'est aussi. Le fait qu'on puisse traverser une relation et en ressortir grandi ou en ressortir blessé, ce n'est qu'une option. Ce sont deux des milliards de sentiments qu'on peut ressentir lorsqu'on sort ou qu'on rentre dans une relation. C'est ce que je sais aujourd'hui. Je ne sais pas beaucoup de choses, mais ça je le sais. C'est qu'il est impossible d'en ressortir sans en être quelque part transformé d'une manière ou d'une autre et que ces transformations l'une à la suite des autres nous mènent à une sagesse qui nous font voir les choses avec un filtre beaucoup plus édulcoré, qui font qu'au moment ou la prochaine déception devrait poindre son nez, où le prochain bonheur devrait poindre son nez, on a une attitude un petit peu plus observatrice que l'attitude qui se déverse directement dans cette espèce de consistance passionnelle par moment un petit peu dérisoire quand même. Mais on est que des hommes et des femmes, ou des femmes et des hommes et on sait bien qu'on a beau répéter ce genre de choses et que quand le prochain amour arrive comme dit Brel même si on fait qu'au petit matin la feuille morte que sera le petit jour, c'est lui qui le dit, quand on est pris on est pris quoi qu'il arrive. C'est vrai ! C'est comme quand on a une idée en tête par rapport à sa carrière et vous je crois que vous en êtes l'image même, c'est très difficile. Une fois que la passion s'en mêle. Ca dépend de qui, c'est-à-dire que moi j'ai toujours été celle qui construisait les choses, j'ai toujours été celle qui faisait quasiment tout pour deux, vous comprenez ce que je veux dire. Aujourd'hui j'ai compris que si cet amour existe quelque part et j'en sais rien, mais si il existe je ne serais pas le seul artisan de son bonheur et le seul artisan de sa longévité. Je serais aussi celle qui observera le fait que quelqu'un pourra y participer. Et au moment de l'écriture de ces chansons, vous étiez dans un état d'esprit on va dire amoureuse où .... Ca dépend des moments. J'ai écrit sur une période de deux ans donc il y a eu des moments très forts, des moments où certaines de ces chansons ont été écrite en plein amour forcément et d'autres où ça été en plein désarroi, il y a eu une tournante quoi. Mais il y a quand même une tonalité générale, on est d'accord ? C'est vous alors en fait ? Mais c'est complètement moi, en effet. Ce que je veux dire, la tonalité générale c'est vous ? Le point commun parce qu'entre toutes ces chansons .... Vous voulez dire le dénominateur de toutes ces chansons. Mais bien sûr, qui d'autre penseriez-vous que ce soit. Est-ce que j'oserais dire la chanteuse ? Mais c'est la même personne. Voilà ou est l'erreur. Vous voyez ce que vous venez de dire là. Ca c'est vraiment une phrase de mec parce qu'il y a très peu d'hommes qui approcheraient une femme comme moi en pensant que c'est la même et seule personne. Oui qu'elle peut avoir des moments de sa vie où elle décline des facettes de sa personnalité où elle est femme, où elle mère, où elle est amante, où elle est enfant, où elle est performer pour 10'000 personnes, mais c'est la même personne. Je ne suis absolument pas dix femmes, je suis dix visages de femme, mais une seule. Et ça c'est tout à fait possible. Mais un mec va avoir du mal à comprendre que quelque part on peut avoir cette densité sans se diluer dans l'une ou l'autre de ces facettes. Moi je peux moucher un gosse, faire un osso-bucco, aimer un mec, être en pyjama, en robe du soir très maquillée, pas maquillée et être la même fille, être la même Lara, je veux dire il y a rien qui change. C'est complètement absurde de penser que l'on porte un vêtement et qui soudainement change la consistance de ce qu'on est intrinsèquement. Mais c'est une hallucination de la vie de penser quelque chose comme ça. En revanche, c'est vrai que l'image que je peux donner de l'extérieur de ma musique, donc de moi à travers ma musique, peut faire penser quelque chose comme ça mais si on analyse vraiment, non. Puisque vous êtes parfaitement honnête, je vais l'être aussi. Supposons que je tombe amoureux de vous, j'aurais quand même peur ! De quoi ? De pas tenir la route. De quelle manière ? Parce que je me dirais honnêtement qu'avec tous les mecs supers géniaux que vous rencontrez quotidiennement ... Mais qui vous dit qu'il y a tant de mecs supers géniaux ? Et qui vous dit d'abord que je suis super géniale ? Si je tombe amoureux de vous, j'en peux rien, j'en sais rien. C'est un sentiment qu'on ne contrôle pas, et heureusement d'ailleurs. Et bien si vous avez trop d'insécurité face à vous-même vous allez peut-être vous dire ce genre de choses là mais si vous n'avez pas d'insécurité face à vous-même et que vous êtes sûr de la façon que vous avez de m'aimer et que vous êtes sûr du fait que ça va créer entre vous et moi une relation stable, pourquoi auriez-vous l'insécurité de vous dire que tous les mecs que je vais rencontrer seraient potentiellement un défi à votre amour. Pourquoi ? Et c'est vrai de votre côté aussi ? Mais bien sûre. Attendez, si vous avez la confiance. Quand je parle de confiance, d'honnêteté et de loyauté, je parle de la fondation d'une relation. Si il y manque de loyauté ou d'honnêteté, il n'y a pas d'amour, on d'accord. Enfin il y peu de gens qui le voit comme ça, ca veut dire que les gens ils disent pas grave un petit mensonge blanc de temps en temps, ça fait pas de mal. Le premier mensonge mène au second qui mène au dixième qui mène à celui qui est irréparable, d'accord. On en arrive à la chanson le serment brisé ? Voilà exactement et ça c'était une prophétie parce que quand je l'ai écrite j'étais pas du tout là dedans. Mais alors je parlais tout à l'heure de cri d'amour. Donc il ne faut pas confondre avec vous cri d'amour et cri de détresse ? Mais pas du tout, attendez moi je suis seule mais très heureuse aujourd'hui parce que j'ai compris que la solitude n'était pas un état de non-avoir, c'est un état de liberté dans lequel on peut finalement rencontrer un état d'amour qui sera partagé et pas construit parce qu'on a la volonté profonde à cause de notre éducation et de ce qu'on nous a appris, de fabriquer cette vie qui durera une éternité. Est-ce que l'amour magistral, intégral, sous toutes ses formes chez vous, c'est pas le talent, tous les dons qui vous ont été donnés ? Est-ce que c'est pas une question qu'on se pose quand on chante comme vous chantez, quand on peut écrire des chansons et puis tout d'un coup, n'importe qui à mon sens peut se sentir concerné. C'est ça votre force, c'est ça les grandes chansons, qu'on aille 50 ans ou 22, on comprend. Est-ce c'est peut-être pas ça l'amour avec le A majuscule que tout le monde recherche. Vous ne l'avez pas déjà vous sous cette forme, puis le reste .... Je suis tout à fait d'accord avec vous. Le reste ça va être triste alors ? J'ai l'amour universel d'une certaine manière par rapport à mon métier, non le reste ne sera pas triste, le reste sera une partie de cette amour universel et qui cohabitera avec ça, vous comprenez ce que je veux dire. C'est très difficile d'avoir en face de soi quelqu'un qui a la distance par rapport à lui-même. On a tous un égo, on a tous un peu de narcisse en nous, on a tous cette manière de se regarder à la loupe, c'est grave ça. Quand on fait ça trop longtemps, on finit par être tellement proche de ce miroir qu'on ne voit même plus qui on est. Et j'ai toujours eu cette espèce de distance face à moi-même. Quand les gens me disent mais tu te rends compte de ce que tu as fait, de ce que tu as accompli. Mais non je ne me rends pas compte et tant mieux et j'espère que je m'en rendrais jamais que la seul chose que j'ai accompli de grand dans ma vie, c'est la capacité que j'ai d'aimer avec autant d'intégrité, ça oui, ça je sais que je suis capable de ça, je sais comment je peux aimer, c'est ma force et ma faiblesse. Mais tant que j'ai connaissance de ma faiblesse, connaître ses faiblesses c'est une grande force. Et le fait, vous disiez tout à l'heure, d'avoir écrit ces chansons, c'est un chemin vers la liberté ? C'est un chemin vers la liberté mais je suis déjà libre. Question indiscrète, est-ce que vous recevez énormément de lettres d'amour de la part de gens, quel qu'ils soient, qui disent... Bien sûre parce que quelqu'un qui a la peine d'aimer suscite l'envie chez les autres de se faire aimer, vous voyez ce que je veux dire. Donc quelqu'un qui a mal va forcément mettre quelqu'un dans un état de ... .Si je vous croise aujourd'hui, vous avez de la peine ou vous avez mal, mon réflexe ça va être de vous toucher, de vous aider. Moi je crois que cet album qui est une déclaration d'amour à la base, je déclare l'amour sous toutes ses formes, que ce soit le beau, le mal, la peine, la joie, l'euphorie, la déception profonde et la trahison, je le déclare. Et je crois que quand quelqu'un est face à toutes ces formes, tout ce qu'il peut avoir envie de faire, ça m'a beaucoup touché ce que vous avez dit tout à l'heure, on a envie de vous aimer, on envie de vous prendre dans nos bras quand on écoute ça. Mais c'est un peu ça mais l'amour ça devrait être que ça. Alors je crois que quand quelqu'un est dans cet état là, dans l'état dans lequel je suis, qui est un état de liberté grâce à la déclaration d'amour, on ne peut que par la suite susciter l'amour, peu importe quelle sera la forme sous lequel il se présentera. C'est avoué, je crois qu'en faisant un album tel que celui-ci en anglais, c'est pour élargir le nombre de vos conquêtes comme on dit dans Molière. Est-ce qu'il n'y a pas un risque aussi. Très honnêtement depuis notre première rencontre avec Amélie Nothomb, d'ailleurs marquante pour moi, j'en parle à tous ceux que je rencontre en disant c'est curieux parce que vous aviez fait quelque chose d'extraordinaire, vous avez soufflé à Amélie Nothomb et personne à mon sens peut la souffler autant que vous l'ayez soufflé ce jour là, et donc la question que je me posais, c'est qu'à la télévision des fois, j'avais l'impression pas de tricherie mais je ne vous reconnaissais pas, je ne reconnaissais pas la personne qui est là. Alors est-ce qu'en faisant un album comme celui-ci, est-ce que vous ne risquez pas de vous perdre ? Parce que ça va être énorme ? Parce que c'est vaste ? Oui, parce que les médias vont être d'autant plus importants. Quand vous êtes à la télévision , vous êtes quand même obligée de penser un peu le près non ? Ca dépend parce que l'interlocuteur qui est en face de moi quand vous parlez de je ne vous reconnaissais pas, n'oubliez pas qu'à certains moments quelqu'un qui me posait une question avec son état d'esprit à lui et qui en me posant la question avait déjà une intention dans sa question qui me faisait répondre d'une certaine manière. Vous ? Oui. Ecoute bien dans le cas de l'interview que nous avons fait où il y avait Amélie Nothomb, il y avait une forme de pureté parce que c'était dénué de tout intérêt point. C'était une interview pure. A certains moments où vous êtes à la télé, où vous avez trois minutes où quelqu'un vous dit "alors vous êtes contente, votre album est sorti" qu'est-ce que vous voulez avoir comme profondeur, ou est la consistance dans cela. C'est impossible. Vous n'êtes pas assez forte pour pouvoir dépasser les trois minutes ? Mais attendez, essayez d'être assez fort avec une question du style "pouvez-vous prendre l'accent québécois, ça va nous faire rire ?". Essayez d'être assez fort avec ça. Vous allez simplement avoir de façon politiquement correcte la bonne attitude qui sied au moment ou il faut le faire parce que ça fait partie du show business et le côté vaste qui fait qu'on peut s'expatrier ou se multiplier à travers un public passe forcément à travers le filtre de tous ces gens que je vais rencontrer tous les jours de ma vie qu'ils soient zurichois, italiens, français, espagnols ou norvégiens. Forcément je vais passer à travers le filtre de leurs pensées et de leurs questions mais il n'en reste pas moins que ce que je suis moi la consistance ou non de ce que j'ai à dire sera celle là. Maintenant quand eux vont le traduire, un vecteur comme une caméra, comme un journal ou comme une radio, ça je ne pourrais pas le contrôler, vous comprenez ça. Il n'en reste pas moins que ce que je suis, je le suis. De toute façon je ne pourrais pas être autre chose et si vous avez eu une impression à certains moments de jeu ou de non vérité, en tous cas je pense que vous avez une impression de pas assez de temps pour savoir ou finalement cette personne aurait pu mener ou moi ou j'allais l'amener. Comment ça se passe, vous êtes quand même une des valeurs fortes actuellement du show business il n'y a pas d'autres termes. Est-ce que vous pensez qu'un jour vous arriverez à faire en sorte que vous puissiez vous exprimer exactement comme vous le voulez de sorte d'éviter les questions "est-ce que vous pouvez prendre l'accent québécois ?". Est-ce c'est possible ? Est-ce que cet album va vous ouvrir ces portes là ? Vous savez ça fait aussi partie du procédé d'évolution et d'éducation d'une femme tout simplement. Quand on m'a posé ces questions là, j'avais entre 27 et 29 ans, aujourd'hui j'en ai 30 et il y aura certainement une manière, peut-être moins politiquement correcte de répondre à cette question mais peut-être un peu moins gentille, et en tous cas beaucoup plus emprunt de ce que je suis profondément. A l'âge de 27 ans on a peut-être pas l'audace que l'on a quand on en a 30 et surtout par l'expérience que je viens de vivre en trois ans de ma vie qui a été assez incroyable et me donnera peut-être un peu plus de cet aplomb et m'enlèvera un peu de cette peur de déplaire si je réponds vraiment profondément et que exclusivement comme je suis. Vous comprenez ce que je veux dire, quand vous êtes en face de quelqu'un qui vous pose cette question là, si vous lui répondez gentiment c'est parce que vous ne voulez pas lui déplaire et vous ne voulez certainement pas déplaire à une audience qui pour la première fois vous voit trois minutes à la télé. Tout ça est logique, ce que je vous dis là, en fait je vous parle de cuisine intérieure qui n'intéresserait personne mais la strict vérité. Quand un gosse à l'âge de 15 ans arrive pour la première fois dans une classe dans un nouveau lycée et qu'on lui pose un question bête, il ne va pas faire le cornichon, il va essayer de se mouler et de se couler un peu dans l'ambiance parce qu'il a besoin de cette classe pour pouvoir évoluer et le jour où il aura sa personnalité relativement bien intégrée à cette classe, il pourra montrer certaines de ses couleurs avec plus de ferveur, c'est tout. C'est ce que je fais. Autre image qui me vient, c'est l'iceberg dans le sens "est-ce que n'est pas une toute petite parcelle que vous avez encore à offrir et je pense pas musique, je pense écriture ? Complètement, je ne suis qu'au début, en plus c'est la première fois de ma vie que j'écrivais en anglais. J'ai écrit beaucoup des musiques aussi mais je veux dire écrire des textes en anglais, donc adapter une poésie à un mode de pensées qui est une culture plutôt latine qu'anglo-saxonne ça été toute une expérience pour moi. Il fallait que je trouve le moyen de ne pas diluer ma propre culture mais de continuellement me faire comprendre dans une langue qui n'était pas la mienne. Alors oui, ce n'est que le début de ce procédé paradoxal, de mélanger ce qui est latin à ce qui est britannique. Peut-être sous la forme d'un livre ? Moi, je dirais plutôt sous la forme du jeu, je jouerais un jour. Cinéma ? Oui. Des choses que vous auriez écrites vous. Oui absolument. Parce qu'il y a une volonté de contrôle ? Oui, en tous de comprendre, de compréhension Ca revient au même Oui bien sûr. Je pense que vous êtes assez forte pour avoir déjà quelque chose sous là.... là je regarde mais il y a rien.... Non... mais, il y a un scénario qui est prêt ? Non, mais j'écris beaucoup, il y a un truc que je traîne partout avec moi dans lequel j'écris en permanence. Attention parce que Bono, lui il a perdu son Mac..... son ordinateur pour pas qu'il y ait de confusion... Non, non, je ne perds pas ce genre de choses. C'est l'horizon combien ça ? 2010 ? Le rêve ce serait quoi, tout de suite ? le cinéma tout de suite. Non, 5 ans. Entre maintenant et 5 ans, ça m'aurait permis de faire deux albums en anglais encore deux autres en français et voir ma famille. Et puis en tête, vous avez combien de chansons d'avance ? Est-ce que vous êtes tout le temps habitée par des idées de chansons ? Tout le temps, écoutez, j'en ai une vingtaine d'avance là. Ca va pour l'album français, en tous cas je suis couverte, il est presque tout écrit. Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour toutes ces aventures qui se pointent à l'horizon ? La santé et la sagesse. La lucidité surtout C'est la chanson de Léo Ferre "je suis d'un autre pays que le vôtre, d'un autre quartier" Oui, tout à fait. Oui, c'est très joli. Autre question, pourquoi à la fin de la version anglaise d'Adagio il y a ce soupir ? Parce qu'il est complètement naturel, parce que la note est tellement haute et tellement tenue d'envoi de poitrine que j'ai pas pu faire autrement que de faire ça. Je trouvais que cela aurait été joué que de ne pas garder ces respirations parce que ça aurait fait "comment elle fait pour tenir une note aussi longue, aussi haute, sans respirer normalement à la fin". C'était par souci de crédibilité. En italien c'est moins difficile ? Il est le même mais au niveau du masters je suis d'accord
avec vous, au niveau du mixe il était moins fort que sur
la version anglaise.
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Transcript par : Hezia Abel
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