Propos recueillis
par Alexis Campion
Journal du Dimanche (France) - 2 janvier 2000"Je veux être
une star et je l'assume"
Elle chante en anglais, vise l'Amérique,
assume son ambition : "J'ai ramé deux fois plus que
les autres". Lara Fabian chante en anglais, a décidé
de faire carrière aux Etats-Unis, et en profite pour régler
ses comptes. On aime ou on déteste, mais il faut le
reconnaître, elle n'a pas la langue dans sa poche. Son
interview par Alexis Campion.
Un mois après la sortie européenne
de "Lara Fabian", son album en anglais, la
chanteuse - elle le répète assez - se prépare à
devenir une star en Amérique, rien que ça ! Son rêve d'enfant.
Produit par Sony en la personne de
Tommy Mottola (ex-époux de Mariah Carey, producteur de
Michael Jackson et de Barbra Streisand) avec une armada
de compositeurs recherchés tels Pat Leonard (Madonna) ou
Walter Afanassief (Michael Bolton), le disque est formaté
au goût de la variété dominante, entre violons
doucereux, disco fade et cris hiératiques. Dans le
sillage du bulldozer Céline Dion, on aime ou on déteste.
En attendant la sortie de ce produit aux Etats-Unis, prévue
pour mars 2000, Lara y croit farouchement.
Vous voilà sur les traces de Nana Mouskouri,
qui vient d'achever sa tournée américaine avec
orchestre symphonique. Elle est paraît-il, votre idole ?
Oui ! Quand j'avais huit ans, je suis allée à
un de ses concerts. J'avais harcelé ma mère pour qu'elle
m'achète une robe à rayures ridicule et un bouquet de
jonquilles. Quand Nana m'a vu, elle a arrêté sa chanson,
O Soleil, soleil, et elle m'a fait monter sur scène
avant de reprendre son concert. Je n'oublierai jamais.
Qu'est-ce qui vous fascine chez elle ?
Elle est méditerranéenne, elle parle plusieurs
langues, comme moi. Elle n'a jamais eu peur d'afficher
son caractère à elle, son physique à elle. Dans notre
société, une femme méticuleuse et perfectionniste n'est
qu'une "chieuse", alors qu'un homme est un
grand professionnel. Et puis, elle a une constance qui me
fait rêver, car je ne l'atteindrai sans doute jamais, je
suis trop caméléon.
Vous, qui êtes-vous ?
Je suis aujourd'hui, à l'aube de mes trente ans, une
femme qui a fait la paix avec elle-même. J'ai toujours
besoin de chanter l'amour et d'être aimée, mais je n'ai
plus peur de ne pas être aimée. En fait, je suis
consciente de la réalité : on peut être aimé et détesté
pour les mêmes raisons. Je suis le genre d'artistes qui
suscite la controverse parce que, justement, j'ai cette
franchise dont les gens se méfient tant.
Pourquoi dites-vous ça ?
Parce que j'ai été blessée ! On m'a toujours fermé
toutes les portes ! J'ai ramé deux fois plus que les
autres ! Les médias ont constamment remis en question
mon honnêteté et ma démarche authentiques !
Pour une femme en paix, vous semblez bien énervée
!
Je ne me suis jamais assises dans le bureau d'un ponte
qui ferait de moi une star en deux ans. Je suis auteur de
90% de mes textes et musiques. A vingt ans, j'ai monté
ma maison de disques, Productions Clandestines, j'envoyais
moi-même les fax aux radios. Personne ne croyait en moi.
J'étais nulle, trop autobiographique, trop grosse, trop
tout. Et aujourd'hui, je le dis, tous ceux qui ont voulu
me détruire, tous ceux qui ne m'aiment pas, je ne les
vois même plus, Dieu les bénisse.
Mais n'est-il pas vrai qu'aujourd'hui vous
inspirez à Sony un marketing forcené ? Vous êtes aussi
un produit, et cela brouille votre image.
Non. Le marketing ne dénature rien, il n'est qu'une
stratégie qui permet à la création d'exister à plus
grande échelle. Que croyez-vous ? Qu'on peut faire une
carrière internationale avec douze chansons, piano-voix
? Soyons réalistes ! Moi, mon rêve depuis l'âge de
cinq ans, c'est d'être une star, de passer sur toutes
les radios. Je l'assume, je suis vraie. J'en ai marre de
cet état d'esprit français qui consiste à refuser le
paradoxe du show allié au business, à croire que l'ambition
est un problème, un mensonge. C'est complètement démago
!
Il paraît que vous avez fait toute une
histoire pour la pochette de votre disque ?
Oui. Sony avait appelé Sante Doracio, l'un des plus
grands photographes du monde. Dans son objectif, j'avais
l'air de ma sur mongole le soir de Halloween. Je me
suis dit que si les gens voyaient ça, ils n'achèteraient
même pas l'album. Je n'ai pas droit à l'erreur.
Finalement, la photo a été réalisée par un ami québécois,
Carl Lessard, sans maquilleuse, sans coiffeuse.
Pourquoi avez-vous voulu chanter en anglais ?
Faut être réaliste, il suffit d'écouter ce qui se
joue sur les radios suédoises ou italiennes pour
comprendre que la réalité du marché radiophonique, c'est
l'anglais. Mais j'ai aussi mis une chanson, Adagio, en
italien. Il faut arrêter de prendre les gens pour des
cons. Si l'opéra italien existe depuis cent ans, si
Pavarotti et Boccelli vendent des millions de disques, c'est
que les anglophones ne sont pas si obtus et fermés que
ça. Une émotion sincère supporte toutes les langues.
Vous semblez follement pressée d'être
consacrée.
Ca fait douze ans que je trime ! Avec l'adrénaline
que j'ai, je ne tiendrai pas jusqu'à quarante ! Dans
trois ou quatre ans, c'est sûr, je vais m'asseoir, faire
un gosse et cuire de la tarte aux pommes.
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