- Bonjour, Monsieur le Cur�.
- Bonjour, mon bon ami. Comment cela va-t-il ?
Le Cur� se l�ve et va � la fen�tre.
- �a ne va pas fort.
- !
- Non.
- ?
- Je n�en peux plus de ma femme.
- Ah ! Ah !... Qu�est-ce que vous lui reprochez ?
- D��tre l�.
- Il ne fallait pas l�y mettre.
- Oh ! - �a, c�est mal r�pondu, Monsieur le Cur� : souvenez-vous du jour o� nous nous sommes mari�s - et vous ne viendrez pas me dire que c�est la m�me femme !
- Dame, elle a trente ans de plus !
- Ce n�est pas seulement une question d��ge - on peut avoir cinquante-deux ans et ne pas �tre comme un tonneau.
- Est-ce que vous n�avez pas chang� vous-m�me - soyez juste ?
- J�ai pris trente ans comme elle - je ne dis pas le contraire. Seulement, moi, je ne bois pas trois litres de vin par jour - je ne gueule pas du matin au soir comme elle le fait, je ne casse pas la vaisselle - et, pour tout dire, j�ai beau avoir cinquante-trois ans, je me lave toujours les pieds !
- Qu�entendez-vous par l� ?
- Que je les mets dans l�eau et puis que je me les savonne.
- Ah ! Bon - je croyais que c��tait une fa�on de parler.
- Non, non, du tout.
- Et... elle n�en fait donc pas autant ?
- Si - mais tous les deux mois. Et cependant elle voit bien que je me les lave chaque semaine - comme tout le monde.
- Ce n�est pas elle qui vient - l�-bas ?
- Mais si, c�est elle. Regardez-moi �a, un vrai boudin.
Sortant de la mercerie, Blandine (Germaine Reuver) passe au loin.
Est-ce qu�elle va se confesser, de temps en temps ?
- Non, jamais.
- C�est dommage - vous auriez pu lui en dire deux mots.
- �a, vous savez - un pr�tre ne peut pas conseiller � ses ouailles de se laver les pieds.
- Non, non, bien entendu - mais, en dehors des pieds, est-ce que vous ne pourriez pas lui faire comprendre... heu...
- Quoi ? !
- Rien. Vous avez raison. Allez donc faire comprendre � une femme qu�elle est de trop - et qu�on voudrait la voir au diable!... Vous avez de l�imagination, Monsieur le Cur� ?
- Peut-�tre, un peu.
- Bon. Et bien, tenez : vous �tes couch� - et vous voyez arriver �a dans votre lit...
- Excusez-moi, mais j�ai moins d�imagination que vous ne le supposez.
- C�est entendu - mais, enfin, quoi : on est entre hommes tout de m�me - et vous me comprenez ?
- Oui, je vous comprends - mais je veux esp�rer que vous ne parlez pas de votre femme, comme vous venez de le faire, devant n�importe qui ?
- Oh ! Je m�en garde bien !... Il y a trop de mauvaises langues...
- Et s�il lui arrivait malheur un jour...
- On m�accuserait d�avoir fait le coup. Oh ! Mais j�y pense. Et si je me suis confi� � vous, c�est que vous n��tes justement pas n�importe qui. Et j��prouvais un tel besoin de dire tout haut certaines choses - parce que j�ai remarqu� que, quand on se parle � soi-m�me... on n�entend pas les mots qu�on se dit... alors on va tout de suite un peu trop loin - et c�est tr�s dangereux, pour la bonne raison que les projets qu�on fait tout bas se r�alisent pour ainsi dire sans aucune difficult�...
- je ne sais pas � quoi vous faites allusion, en ce moment - mais vous m�avez tout l�air de vous parler � vous-m�me... et d�aller justement trop loin.
(...)