Intervention de
Mr Hocine Ait Ahmed a la table ronde "The opening of the east :
implications for the south"
�C'est un privil�ge et un plaisir pour moi
d'assister � cette "table ronde" qui regroupe tant d'illustres
repr�sentants des pays de l'Ouest, du sud et de l'Est.
Je voudrais remercier messieurs les membres de l'Institut de Vienne pour le
d�veloppement et la coop�ration ainsi que les autorit�s Autrichiennes qui nous
ont invit� � cette assembl�e.
Les
vents implacables de libert� qui ont balay� les r�gimes totalitaires des pays
de l'est ont soulev� de profonds espoirs dans le monde.
Nous,gens du Sud, sommes heureux de voir nos r�gimes autoritaires perdre de ce fait
la l�gitimite id�ologique import�e � partir du mod�le stalinien.
Nous
sommes d'autant plus satisfait de la d�bande des dictatures qu'elle consacre la
guerre froide, comme elle cr�e pour le sud les conditions favorables pour
�liminer les " guerres ouvertes" et les conflits internes.
Le rapprochement entre l'Est et l'Ouest contribuera -je l'esp�re- � restaurer la
paix dans le tiers monde et nous aidera � �liminer les causes de la
militarisation des �tats du Sud.
Je
ne vous apprendrai rien en disant que nous, au sud, sommes assez inquiets par
les perspectives plus ou moins affirm�s de la " maison europ�enne"
car elle pourrait conduire � une attitude discriminatoire � l'�gard du Sud.
Nos
inqui�tudes semblent bien fond�es d'autant que les gens de l'Est et de l'Ouest
se ressemblent - Ils ont des affinit�s culturelles, ils sont des blancs, ils
sont des chr�tiens. "Donc on se tient chaud entre nous".
�Il se pourrait m�me qu'un sc�nario se
d�veloppe pour r�inventer de nouvelles relations Nord-Sud et selon lequel les
pays du Sud deviendraient ou resteraient des r�serves d'exotisme de musique de
rue et de mati�res premi�res, tandis que l'Est et l'Ouest d�velopperont des
affaires s�rieuses entre eux.
Aussi
notre inqui�tude reste grande car la libert� politique et la d�mocratie ne
peuvent pas progresser sans le d�veloppement �conomique, social et culturel.
�Je ne veux pas ressortir l'effrayant slogan
" demain l'Apocalypse" dans le Sud, ravag� par les effets conjugu�s
de la pauvret� et d'une d�mographie incontr�l�e.
�Je ne suis pas venu non plus pour vous dire :
aidez-nous!" autrement la plan�te explosera. Cependant, on ne doit pas
perdre de vue la fragilit� de nos soci�t�s ni sous-estimer leurs situations
�conomiques et sociales.
�Permettez-moi d'illustrer mes propos � partir
de l'exemple alg�rien. Vous avez du entendre parler du succ�s �lectoral du mouvement
fondamentaliste dans mon pays. Bien! ne versons pas dans la
"dramatisation". Apr�s tout, ces �lections municipales ont r�ellement
situe le paysage politique nationale. Officiellement, les int�gristes ont gagn�
avec 54% des votants.
�Au fait leur influence r�elle n'a pas d�pass�
les 30% et le r�sultat enregistr� traduit davantage l'hostilit� � l'�gard du
FLN plut�t qu'une r�elle adh�sion au programme�
du mouvement fondamentaliste.
Puis-je
relever la manifestation de rue de mon mouvement en date du 31 mai 1990 a
mobilis� plus de quatre fois le nombre de celle organis�e par les islamistes.
�Tous les m�dias �trangers ont rapport� cet
�v�nement. Pour revenir � ces r�sultats �lectoraux, il convient de consid�rer
les deux principaux facteurs qui ont aid� cette tendance extr�miste, laquelle,
faut-il le rappeler � fait l'objet de notre part d'une mise en garde r�p�t�e de
nos gouvernants depuis plus d'un quart de si�cle. Aucune suite n'a �t� donn�e �
ces avertissements. Le premier facteur est de nature politique, les gouvernants
ont jou� avec le feu. Ils ont utilis� les mosqu�es et les int�gristes pour
renforcer leur r�gime.
Le
second facteur est la situation �conomique d�sastreuse : mis�re, terrible crise
de logement et de ch�mage. Les int�gristes construisent leur prosp�rit� sur le
fond de crise sociale et identitaire.
�Lors de leur manifestation la majorit� des
manifestants appartient aux couches pauvres de la population.
La
t�che du Nord est par cons�quent d'aider le Sud � briser le cercle vicieux de
la pauvret�, en augmentant l'aide au d�veloppement et en lui apportant un
soutien financier.
Dans
cet ordre d'id�e, en tant qu'Alg�rien, je dois condamner les voies
scandaleuses� de quelques fran�aises et
am�ricaines qui essaient d'�touffer notre �conomie en refusant d'accorder des
pr�ts � moyen et long terme sous pr�texte d'instabilit� politique. Je dois
souligner que l'Alg�rie a toujours honor� ses engagements financiers.
Bien,
puisque l'occasion m'est offerte de parler d'assistance, je ne peux m'emp�cher
de faire la remarque suivante : les Europ�ens de l'Ouest ont pos� une condition
pour leur assistance � leur vision de l'Est et cela en vue de consolider le
processus d�mocratique en cours dans ces pays.
Au
contraire, l'assistance de l'Ouest au Sud parait viser la pr�servation du
"statut quo" pr�valant, qui, comme vous le savez� a r�sult� les d�sastres bien connus.
�Pouvons-nous consid�rer que la d�mocratie
n'est pas un facteur de stabilit� et de d�veloppement pour le Sud comme cela
est prouv� dans les pays de l'Est?
�Apr�s, pr�s de 30 ans de dictature du parti
unique, le peuple Alg�rien est d�politis�. Ces mosqu�es sont devenues les seuls
espaces refuges et les seuls moyens d'expression.
Les
fondamentalistes ont construit leur popularit� � travers une opposition radicale
au pouvoir en place et par de violentes attaques contre la corruption et les
gouvernements corrompus. Le r�sultat est l�! la menace d'un fascisme rampant
est s�rieux.
Est-il
possible de consid�rer que le blanc a droit � la d�mocratie et que celui-ci la
d�nie au "M�t�que" . Le respect et la promotion des droits de l'homme
sont une aspiration universelle.
La
d�mocratie est un pr�alable au d�veloppement. C'est �galement une r�gle
universelle.
Le
succ�s� du syst�me d�mocratique �
l'int�rieur de chaque pays, quelque soit son niveau de d�veloppement est un
changement pressant pour instaurer ce qui est appel� par "barbarisme"
le nouvel ordre �conomique mondial. Pour notre part nous pr�f�rons parler de
l'indispensable d�mocratisation des Institutions et structures Internationales.
Puis-je encore donner quelques exemples tir�s de la situation de mon pays?
Le
ch�mage atteint 22% de la population active.
Le
trois quart des ressources en devises de l'Alg�rie sont absorb�s par le service
de la dette ext�rieure qui avoisine 24 milliards de dollars U.S..
200.000
� 300.000 jeunes sont exclus du syst�me scolaire chaque ann�e.
Comment
alors assurer une stabilit� politique dans ces terribles conditions
�conomiques, sociales et culturelles.
�Nous risquons d'�tre pi�g�s dans le classique
cercle vicieux parce que l'instabilit� politique d�courage l'engagement du
capital �tranger. De plus, une telle instabilit� apporte des alibis pour ne pas
orienter les ressources vers le payement de la dette et favorise les conditions
de cr�dit prohibitives.
Enfin
pour terminer, nous pouvons dire:
-
Les Europ�ens sont obs�d�s par l'instabilit� en M�diterran�e. Ils jouent
quelque peu � faire peur l'un l'autre sur les " boats people" fuyant
le Maghreb et accostant en France, en Italie et en Espagne.
En
effet, comment maintenir la stabilit� de l'environnement pour consolider celle
du Nord, si l'indispensable solidarit� politique, financi�re et �conomique
n'aidait pas le processus d�mocratique � r�ussir dans les pays en voie de
d�veloppement?
Le
message attendu de cette table ronde est � la fois de nature morale et
politique.
�Les probl�mes globaux requi�rent des
solutions globales comme soulign� par l'ambassadeur Yan Kawitsch.
Le
monde est actuellement � la crois�e des chemins, d�fi� par un gigantesque
besoin de r�formes aux plans national et international et cela pour aider
chaque peuple � recouvrer sa souverainet� afin qu'il devienne un partenaire
viable dans la communaut� internationale.
�Je souhaite que la d�claration de Vienne sur
les relations Est-Ouest-Sud puisse atteindre son objectif et permettre une
meilleure compr�hension des probl�mes du tiers monde.
Comme
nos destin�es sont profond�ment li�es, le temps est venu d'apprendre �
travailler ensemble selon une nouvelle conception des choses et de nouvelles
bases.
�Nous vous remercions.